Sensual Bodyguard (French Edition)
Chapitre 28
Néréa
On ne se rend jamais compte à quel point les émotions sont aussi fragiles que dévastatrices. Elles sont là un instant, cèdent la place au moindre souffle et nous dévastent la seconde suivante. J’ai été comblée et apaisée ce matin avec Cadmal, puis stressée au point de filer. Je me suis sentie nerveuse, mais fière avec ma mère avant de rester perplexe avec Nick. En sortant de la chambre de Deon, j’avais une petite bulle d’espoir dans mon cœur pour cet adolescent revêche.
Maintenant, assise sur une chaise du département de police, je me sens anéantie. Cette émotion-là balaye toutes les autres. Elle prend toute la place et m’asphyxie. Madame Hartman n’accouchera jamais de son bébé. Elle ne guérira jamais de son poignet. Elle ne pourra plus jamais aimer qui que ce soit. Elle est morte. Morte sous les coups de son compagnon. Morte sans parler. Morte alors que, trois jours plus tôt, j’étais à son chevet. Trois jours avant, j’ai essayé de l’aider.
Sans y parvenir…
En échouant lamentablement. En baissant les bras trop vite. J’ai l’impression de l’avoir abandonnée à son sort. Comme mon père. Et ça me fait un mal de chien. Une douleur si atroce que je peine à respirer. Pourquoi n’ai-je pas insisté auprès de la police ? Pourquoi n’ai-je pas appelé Monsieur Hartman chaque jour pour vérifier qu’elle allait bien ? Pourquoi ne suis-je pas passée ? Pourquoi ?
Je n’ose imaginer ce qu’elle a dû ressentir. Tuée par celui qu’elle aimait, entraînée vers la mort alors qu’elle portait la vie. Je n’ai pourtant pas le temps de pleurer. Ni de hurler. Je passe les heures suivantes à répondre aux questions des policiers qui ont, visiblement, noté mon nom et mes inquiétudes lors de mon dernier passage. On reprend tout depuis le début, passant de mon identité à mon contact avec les Hartman, les soins, mes soupçons… Et j’ai l’impression de me répéter pendant des heures.
Quand, enfin, on me laisse sortir, je suis lessivée. Complètement à bout de forces, à bout de tout. Je m’oblige à remonter dans ma voiture et à conduire. Conduire vers la seule personne avec qui j’ai envie d’être. La seule à pouvoir soulager mon cœur.
Je roule jusqu’à Suraksha, tremble en sortant de ma vieille carlingue, pousse les portes à deux doigts de m’effondrer. Je m’étonne à peine de la présence de Zahra si tard ce soir. Est-ce qu’elle m’attendait ? Je l’ignore et je ne me sens pas capable de m’arrêter pour lui parler. Pas capable de faire comme si tout allait bien. Pas capable de m’effondrer non plus. Je continue ma route, presque titubante, et je crois qu’elle attrape son téléphone. Est-ce qu’elle prévient Cadmal de mon arrivée ?
Je monte dans l’ascenseur, un dernier effort pour retenir mes larmes et ne pas les verser sur la première personne venue, puis m’expulse jusqu’à l’appartement de Cadmal. Je m’écroule contre la porte, le raz-de-marée me secouant. Les sanglots se coincent dans ma gorge. Je n’ai même plus la force de frapper. J’étouffe.
Derrière moi, des bras viennent m’enlacer. Je reconnaîtrais cette peau chaude et son odeur épicée entre mille. Je me tourne pour m’appuyer contre lui, pose ma tête contre son épaule et m’effondre pour de bon. En sécurité. C’est comme s’il me permettait de reprendre assez de souffle pour pleurer. Je respire de nouveau en déversant ma peine contre lui. Contre cet homme qui détient mon cœur sans le savoir.
Et qui me le brisera inévitablement…
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