Sensual Bodyguard (French Edition)
Chapitre 18
Cadmal
J’essaye de résister à la tentation le plus longtemps possible, mais mon corps est en feu. Je sais qu’elle est ici. J’ai également conscience qu’elle s’occupe des « bobos » que les gars ont pu se faire à l’entraînement – oui, je suis certain qu’ils en rajoutent une couche rien que pour la voir – et autres soins dont auraient besoin les membres de chaque équipe. Toutefois, j’ai du mal à me raisonner et à ne pas aller la chercher pour qu’elle s’occupe de moi.
Je n’ai pas pu jouer à notre petit jeu de séduction ce matin. Je n’ai pas pu la titiller, mesurer sa résistance, être excité par ce manège qui nous conduira forcément dans un lit. Ou sur mon bureau. N’importe où, enfoui dans son corps voluptueux.
Je m’oblige à rester dans mon bureau une bonne demi-heure de plus, puis le quitte avec un certain empressement. Avant son départ, ce matin, nous avons convenu de nous retrouver le soir à mon appartement afin d’éviter le genre de scène de la veille. Pas de cadre à porter de main pendant que j’attends la jolie infirmière, pas de chagrin et de culpabilité à m’en faire oublier que Néréa n’y est pour rien.
Elle est déjà devant la porte de mon appartement quand j’arrive, tenant devant elle la cage de son chat. Ses yeux sauvages se braquent sur moi et l’appréciation que je lis dans ce vert-jaune fascinant suffit à échauffer mon sang. C’est ça, le truc avec Néréa. Un regard et je flambe. Il me suffit d’être près d’elle pour brûler. Je n’ai jamais ressenti ce désir intense avec une autre. Ça me crame les veines, calcine ma raison, carbonise tout ce qui n’est pas entièrement tourné vers elle. Vers ses courbes généreuses, ses traits doux, sa bouche provocante, sa peau sucrée. C’est tellement intense, tellement lancinant, que l’avoir sous moi relève du besoin. J’ai besoin d’elle. Tout entière. Nue. Gémissante et chaude autour de moi.
Ce désir que je ressens pour elle est de même nature que ses yeux : profond et sauvage, insensé et unique, indompté et indomptable. Primitif. Ça me noue les tripes, ébranle mon être et secoue mon corps.
Je m’approche d’elle avec lenteur, la dévorant des yeux à mon tour. Je réalise, alors, que Néréa ne sera jamais comme toutes les autres femmes que j’ai mises dans mon lit. Elle est à part. Unique. Elle se fait une place d’exception, elle est la première femme en dix ans avec qui je veux bien partager un peu de mon âme en plus de mon corps. Elle est la première femme depuis une décennie avec qui je n’ai pas envie d’être considéré comme un enfoiré fini. Je ne veux pas la blesser. Si je suis totalement honnête avec moi-même, l’instinct que je ressens envers la jolie infirmière est tout autre. J’ai envie de la tenir et de la protéger. De l’aider à s’épanouir. Je veux la voir passer cette barrière que je décèle chez elle, celle qui retient toute sa fougue. Je veux observer les deux faces de sa personnalité se mêler : sa douceur et son ardeur.
Oui, Néréa n’est pas comme les autres. Mais je n’ai plus de cœur à lui offrir. Il est enterré avec Kali. J’ai beau lui avoir déjà dit que je ne recherchais aucune relation, j’ai envie de la prendre par les épaules et de lui répéter de nouveau. Pour qu’elle me dise qu’elle me comprend, qu’elle n’attend rien de plus et qu’elle ne m’en veut pas d’être incapable d’arrêter ce jeu entre nous, de refréner mon désir pour elle et de ne pas la mener à mon lit.
Néanmoins, pour la première fois de ma vie, le courage me fuit. À la place, je lui offre un petit sourire en coin :
— Tu m’attends depuis longtemps ? demandé-je en déverrouillant ma porte.
— Je ne t’attends pas, contre-t-elle de tac au tac. Je patiente pour faire mon job.
Je ris doucement alors que je m’écarte pour la laisser entrer :
— À d’autres, sheranee, lui murmuré-je à l’oreille quand elle me frôle pour passer. Je suis sûr que je suis dans chacune de tes pensées.
Elle se crispe, de cette tension délicieuse qui vous tord le bas-ventre et fait recroqueviller vos orteils. Sa réaction fait converger mon sang vers un endroit bien précis de mon anatomie et je prends une profonde inspiration tandis qu’elle avance dans le couloir de mon appartement.
Néréa pose la boîte de son chat par terre et se penche vers cette dernière, tentant visiblement de balayer ma remarque :
— Je peux libérer mon chat ?
— Fais comme chez toi, plaisanté-je.
Sauf que la voir dans mon appartement me retourne complètement. Ici, chez moi, sa présence remplit l’espace. Elle comble le vide et le silence. Balaye dix ans d’existence à ne pas y inviter de femmes. Erell, Gina et Zahra ne comptent pas, elles font partie de ma famille. Toutes les autres, toutes celles avec qui passé une nuit, toutes celles-là n’ont jamais franchi le seuil de mon appartement. J’ai toujours fini chez mes conquêtes ou dans un hôtel, pourvu qu’aucune ne pénètre dans mon espace personnel, celui que Kali n’a même jamais eu le temps de voir.
Pourtant, Néréa est là et se crée encore une nouvelle exception dans ma vie.
— Tu n’as pas d’animal de compagnie ? m’interroge-t-elle.
Elle me lance un regard curieux alors que son chat se fait la malle en trottinant dans mon appartement, visiblement à l’aise.
— Non. Je suppose que je n’en ai jamais ressenti le besoin.
— Tu devrais en adopter un, dit-elle. Ils sont fantastiques et apportent toujours ce dont tu manques avant même que tu le saches.
— Qu’est-ce que t’a apporté ton chat ?
— Du réconfort et de la confiance quand j’en manquais, de la chaleur et de l’amour comme je ne pensais plus en ressentir.
— J’ai du mal à y croire quand je te vois aujourd’hui… Je n’arrive pas à t’imaginer vide d’amour et de chaleur.
— Crois-tu déjà me connaître ? me taquine-t-elle.
— Je crois que je ne veux pas cesser de te découvrir.
Les mots m’échappent et elle écarquille les yeux de surprise. Au moment où je les prononce, je sais que je n’aurais pas dû dire cela. Ils ressemblent à une déclaration. Pourtant, cela ne peut pas en être une. Je lui offre un sourire plein de sous-entendus pour en contrer l’effet et elle se détend avant de reprendre :
— J’étais adolescente quand mon père est mort. Ça a été… brutal. J’ai eu l’impression que plus rien n’avait de sens. Que tout était absurde. J’ai changé cette absurdité en une voie à suivre pour ne pas devenir complètement folle. J’ai fait des études dans le but de devenir infirmière. Mais… j’étais toujours… renfermée. C’est Newton qui est venu m’apporter tout le reste.
Je l’écoute et l’observe avec attention, je remarque quand ses yeux se voilent, je vois sa tristesse apparaître et, surtout, je discerne toute la force que cela lui a demandé pour arriver à en parler aujourd’hui. Je peux presque sentir la longueur du chemin qu’elle a parcouru jusqu’à devenir la femme qu’elle est devant moi. Néréa possède une puissance intérieure que l’on ne peut pas soupçonner au premier coup d’œil, mais qui est bien présente. Cela m’empreint de respect et de fierté. Ce n’est pas une femme à se laisser abattre. Ce n’est pas une femme à se laisser mourir. Ce n’est pas Kali.
Je me rapproche d’elle tout en enlevant mon pull, une distraction volontaire pour la faire penser à autre chose. Je note son regard qui glisse sur mon torse nu avec un sourire satisfait, la frôle pour la dépasser, tout en reprenant les commandes de la conversation :
— Je comprends ce que tu veux dire. Je vois tous les jours la relation d’Eneko avec Django, son malinois. Ils ont l’air de s’apporter un certain équilibre, aussi fou que cela puisse paraître.
Je peux la sentir me suivre jusque dans mon salon où je tire une chaise pour elle avant d’en faire glisser une deuxième à côté pour m’y asseoir. Elle regarde autour d’elle à mesure qu’elle avance, puis prend place distraitement :
— Eneko n’avait pas besoin d’un malinois pour paraître effrayant. Il n’aurait pas pu prendre quelque chose de plus mignon ? Un bichon, par exemple ?
Je glousse en imaginant ce bad boy cabossé par la vie avec ce petit chien blanc et frisé, typique des chiens de compagnie clichés des jolies blondes.
— Je lui soumettrai l’idée, il risque de l’apprécier !
Elle me fusille du regard et me donne l’impression d’avoir reçu une décharge électrique. Mon rire se meurt alors que mon corps frissonne et que je me retiens d’exiger qu’elle recommence. J’aime quand elle se lâche complètement et que ses yeux me vrillent. Ils sont faits pour cela : clouer les gens sur place. Me fixer à elle. Foudroyer mes sens.
Je sais qu’elle sent le changement d’atmosphère, elle aussi. Elle inspire et fait gonfler sa poitrine délicieuse. Je devine ses seins généreux et sa peau crémeuse, une gourmandise à déguster sans retenue. Sa langue passe sur ses lèvres rouges et y laisse une trace humide, provocante. Être prisonnier de ces lèvres-là… Bon sang ! Mon sexe se fait douloureusement dur !
Néréa papillonne des yeux avant de se pencher vers moi pour s’occuper de mon pansement. Ses mains sur ma peau… Ses doigts délicats et précautionneux… J’ai l’impression qu’ils laissent des traînées de poudre, prête à exploser. Ses caresses involontaires s’ancrent en moi, font grossir mon désir, font des étincelles prêtes à m’enflammer complètement.
Je lève une main pour la poser sur sa joue et attends que son regard se fixe dans le mien pour passer mon pouce sur sa bouche appétissante. Sa lèvre inférieure est plus charnue, mais les deux sont aussi douces l’une que l’autre.
— Néréa, soufflé-je.
Je la vois frissonner, tout entière, grisée par l’instant. Ils n’existent plus que nous et cette alchimie entre nos corps. Le reste a disparu, submergé par cette vague contre laquelle nous ne pouvons lutter. Cette envie qui nous dépossède de tout et qui, pourtant, nous rend si vivant. Cette passion insaisissable qui nous est tombée dessus et nous tire inexorablement l’un vers l’autre.
— Je vais t’embrasser, lui murmuré-je.
Je me penche lentement vers elle, savourant sa respiration saccadée et ses yeux enflammés. Nos souffles se percutent, s’apprivoisent et s’emmêlent. J’ai l’impression que je vais crever d’une seconde à l’autre, tomber en cendres à ses pieds, si je ne l’embrasse pas tout de suite.
Peut-être que j’essaye de nous donner le temps de nous préparer.
Comment aurais-je pu savoir que c’est impossible ?
Ça crépite quand on s’effleure. C’est un raz-de-marée quand on se touche.
Les sensations déferlent, me crispent, dégomment tout sur leur passage. Rien n’a jamais été aussi bon. Rien n’a jamais été aussi violent. C’est la porte ouverte sur le paradis et l’Enfer combinés. Ce plaisir délicieux et ce goût de trop peu. Pour la première fois, je comprends qu’un baiser puisse rendre fou.
Sa bouche est chaude, humide, excitante. Ses lèvres se moulent parfaitement aux miennes, comme si elles étaient faites pour me trouver. Son goût m’envahit, me possède et me noie dans une décadence sucrée. Elle gémit contre moi, un son qui semble se prolonger en écho sur mes sens.
Ce baiser est une fichue tempête. Un ouragan qui ne me laisse pas indemne. Et, pourtant, j’en veux plus.
Quand ses mains plongent dans mes cheveux et les agrippent avec ardeur, les miennes passent sous ses cuisses pour la ramener vers moi. Néréa glisse sur mes genoux, se frotte contre moi et je grogne en l’empoignant plus fermement. Je suis au centre d’une putain de tornade, frappé par la foudre, en complète surtension.
Si je pense avoir atteint un état critique, ma bite prête à se casser en deux, je me trompe. Sa langue glisse entre mes lèvres avec une sensualité érotique incandescente et j’ai l’impression d’être sur le point d’exploser.
Elle sur moi, sa bouche contre la mienne, ses gémissements sur mes lèvres…
Ce n’est pas un simple baiser. C’est trop fort, trop rapide, trop brutal.
C’est un orage volcanique. Violent et explosif. Spectaculaire et dangereux.
Un déchaînement qui nous transforme en victimes collatérales – embellies par l’instant, abîmées irréversiblement.
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