Stèles
Ordre de marche......................................................................... 21
Vous ! fils de Han, dont la sagesse atteint dix mille années et dix mille dix milliers d'années, gardez-vous de cette méprise.
Rien d'immobile n'échappe aux dents affamées des âges. La durée n'est point le sort du solide. L'immuable n'habite pas vos murs, mais en vous, hommes lents, hommes continuels.
Si le temps ne s'attaque à l'œuvre, c'est l'ouvrier qu'il mord. Qu'on le rassasie : ces troncs pleins de sève, ces couleurs vivantes, ces ors que la pluie lave et que le soleil éteint.
Fondez sur le sable. Mouillez copieusement votre argile. Montez les bois pour le sacrifice : bientôt le sable cédera, l'argile gonflera, le double toit criblera le sol de ses écailles :
Toute l'offrande est agréée !
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Or, si vous devez subir la pierre insolente et le bronze orgueilleux, que la pierre et que le bronze subissent les contours du bois périssable et simulent son effort caduc :
Point de révolte : honorons les âges dans leurs Chutes successives et le temps dans sa voracité.
Ordre de marche
Plus de stupeur ! Croyez-vous ces palais immobiles ? Lourds à l'égal des bâtis occidentaux ? Assez longtemps ils ont accueilli notre venue : qu'ils s'en viennent à nous, à leur tour.
Debout, l'arche triomphale et sa bannière en horizon et sa devise : Porche oscillant des nues. Des porteurs pour ses hampes
- 21 - droites ; des porteurs aux hampes obliques. Qu'ils gonflent l'épaule, piétinant.
Derrière, le pont en échine de bête arquée : d'un saut il franchira l'eau de jade fuyant sous lui. Qu'on l'attelle à la voie du milieu déroulant son trait impérial.
À gauche et à droite, dans un mouvement balancé, riche d'équilibre, marchent la Tour de la Cloche et la Tour du Tambour aux puissants cœurs sonores de bois et d'airain sur leurs huit pieds éléphantins.
Viennent ensuite les gardes lourdes des tripodes ; et s'ébranlent enfin les poteaux du Palais au toit double ondulant comme un dais, soufflant de haut en bas.
Pour le démarrer, lâchez les cavaleries d'arêtes, les hordes montées aux coins cornus. Et déroulez les nues des balustres, les flammes des piliers. Laissez tourbillonner les feux, vibrer les écailles, se hérisser les crocs et les sourcils du Dragon.
Le beau cortège étalé pour tant de règnes implore qui lui rendra sa vertu d'en-allée. Il ne pèse plus : il attend.
Qu'il se déploie !
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Seules immobiles contre le défilé, voici les Pierres mémoriales que nul ordre de marche ne peut toucher ni ébranler.
Elles demeurent.
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