Stèles
Stèle au désir............................................................................... 41
A celle qui, prête à donner ses lèvres à la tasse des épousailles, tremble un peu, ne sait que dire, consent à boire, – et n'a pas encore bu.
Stèle au désir
La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l'atteindre, que le dépit ne t'émeuve : Ne l'as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s'étale sous ta marche. Même si tu n'en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, – tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l'as jamais vue nue, sans voix, sans défense, – contemple-la de ton désir.
*
Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t'a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu'elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.
Par respect
Par respect de l'indicible, nul ne devra plus divulguer le mot GLOIRE ni commettre le caractère BONHEUR.
Même qu'on les oublie de toutes les mémoires : tels sont les signes que le Prince a choisis pour dénommer son règne,
Qu'ils n'existent plus désormais.
- 41 -
*
Silence, le plus digne hommage ! Quel tumulte d'amour emplit jamais le très profond silence ?
Quel éclat de pinceau oserait donc le geste qu'elle ingénument dessine ?
*
Non ! que son règne en moi soit secret. Que jamais il ne m'advienne. Même que j'oublie : que jamais plus au plus profond de moi n'éclose désormais son nom,
Par respect.
- 42 -