Stèles

Victor Segalen · Chapitre 30 sur 46

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Hymne au Dragon couché ..........................................................45

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Sans frontières, parfois sans nom, nous ne régnons pas, nous allons. Mais tout ce que l'on taille et fend, ce que l'on cloue et qu'on divise…

Tout ce qui peut se faire, enfin, du bout du sabre,

Nous l'avons fait.

 

Hymne au Dragon couché

Le Dragon couché : le ciel vide, la terre lourde, les nuées troubles ; soleil et lune étouffant leur lumière : le peuple porte le sceau d'un hiver qu'on n’explique pas.

Le Dragon bouge : le brouillard aussitôt crève et le jour croît. Une rosée nourrissante remplit la faim. On s'extasie comme à l'orée d'un printemps inespérable.

Le Dragon s'ébroue et prend son vol : à Lui l'horizon rouge, sa bannière, le vent en avant-garde et la pluie drue pour escorte. Riez d'espoir sous la crépitation de son fouet lancinant : l'éclair.

 

*

 

Hé ! Las ! hé, Dragon couché ! Enspiralé ! Héros paresseux qui sommeille en l'un de nous, inconnu, engourdi, irrévélé,

Voici des figues, voici du vin tiède, voici du sang : mange et bois et flaire : nos manches agitées t'appellent à grands coups d'ailes.

 

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