Time to say goodbye (French Edition)

Elisa Mévan · Chapitre 10 sur 20

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Time to say goodbye (French Edition)

Chapitre 8

Les désillusions

Ciara

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Cet après-midi Léo est en déplacement. Ce week-end, cela fera quinze jours que nous sortons ensemble. Nous n’avons pas eu l’occasion de passer du temps en tête à tête depuis notre intermède en pleine nature. Mes joues crament à ce souvenir. Ses mains sur mon corps…j’ai cru mourir de plaisir. J’avais oublié à quel point ce sentiment est merveilleux.

Sören en a profité pour inviter Chloé à la maison le week-end dernier. J’aime cette fille, elle rend mon frère heureux. Sa douceur et son empathie nous ont rapprochées naturellement. Nous avons plein de points communs. Elle aime lire et est accro au café. Elle ne fait pas vraiment attention à son look mais vu la façon dont mon frère la dévore du regard, cela n’a aucune importance. Elle fait partie de ces beautés naturelles qui n’ont besoin d’aucun artifice pour exister. C’est la première fois que je me lie d’amitié avec une fille. Nous avons discuté de son métier d’infirmière, elle aime son travail, c’est évident. A sa façon d’en parler on sait que c’est inscrit dans ses gènes. Je lui ai raconté que je faisais du bénévolat mais elle était déjà au courant. Sören lui a raconté mon histoire, notre histoire. Ils se sont rencontrés le jour où Tom s’en est allé. J’étais bien incapable de percevoir la détresse de mon frère quand la mienne me submergeait. Je me sens un peu moins coupable de me dire que Chloé a su être là pour lui.

Bien sûr nous avons également parlé de ma relation naissante avec Léo. Elle a semblé surprise lorsque je lui ai raconté que Léo était chez ses parents et que de ce fait il ne pouvait pas être avec nous.

Sören a passé quasiment toutes les nuits de cette semaine écoulée chez Chloé. Ces deux-là ne se quittent plus et j’en suis ravie. Nous avons prévu une sortie en couple samedi soir. Ce sera la première fois. Nous avons vécu des centaines de soirées Tom et moi escortés par mon frère, mais jamais Sören n’était accompagné.

Parfois, je me demande si Tom m’observe de là-haut. Nul doute que cet homme a gagné sa place au paradis. Il me manque chaque jour mais la présence de Léo allège son absence. Que ce soit clair, j'aimerai toujours Tom. Il sera toujours dans mon cœur mais Léo a su y gagner sa place lui aussi. Il ne s’agit pas de savoir lequel des deux j’aime le plus. Je les aime, c’est tout.

Je prends soudainement conscience de mes pensées et me prends un mur en pleine face. J’aime Léo. Ce constat me chamboule plus que de raison. Pourtant, si je l’ai laissé m’approcher ce n’est pas pour rien. Jamais je n’aurais accepté qu’il me touche, si mon cœur ne lui appartenait pas déjà.

 

***

Un besoin inexplicable de voir les enfants s’est imposé à moi. Franchir les portes transparentes de cet hôpital est toujours aussi émouvant mais ces cœurs purs et innocents me manquent.

Deux heures plus tard, je quitte le service, rassérénée par ces petits anges qui me donnent à chaque visite une leçon de courage. Je constate malheureusement que certains n’ont pas quitté le service depuis ma dernière visite. Je repense à Tom et à notre décision de faire don de ses organes. La personne qui a eu la chance de recevoir son cœur est assurément devenue la personne la plus belle sur cette Terre, si elle ne l’était pas déjà. Je suis en paix avec moi-même, j’ai fait le bon choix. De son vivant Tom s’est évertué à améliorer le quotidien des gens, et à sa mort, ce ne sont pas moins de onze personnes qui ont pu bénéficier d’une seconde vie grâce à lui. La décision a été difficile mais finalement elle ne m’appartenait pas. Tom avait déjà évoqué cette éventualité. Bien sûr, à l’époque nous ne savions pas que nous devrions faire ce choix douloureux.

Sören m’a dit que Chloé est de service aujourd’hui. Suivant les pancartes, je me dirige vers la chirurgie cardiaque. Mon cœur dégringole dans ma poitrine. J'étouffe un hoquet de surprise en découvrant Léo qui serre Chloé dans ses bras. Ils se sourient à s’en décrocher les mâchoires. Je ne comprends pas. Chloé avait l’air tellement amoureuse de mon frère. Pauvre Sören il va être dévasté. Quant à moi, je crois qu’il ne reste plus rien de ma personne. Je pensais que Léo m’aimait bien lui aussi. Sans avoir la prétention de penser qu’il était amoureux de moi, je pensais quand même qu’il avait développé une certaine affection. J’ai mal, j’ai tellement mal que je le ressens physiquement. Je reste plantée là à les observer tandis qu’ils parlent de je ne sais quoi, étant trop loin pour les entendre. Peut-être se vantent-ils de s’être joués de nous ? Non, je ne peux pas croire que je me sois autant plantée sur ces deux personnes. La rage qui prend naissance dans le creux de mon ventre et enflamme mes reins me donne le courage nécessaire pour ravaler mes larmes et partir de cet endroit sordide. Surtout ne pas s’effondrer, d’un volte-face incertain, je rebrousse chemin et m’enfuie de cet hôpital de malheur.

En rentrant à la maison, j’ai la surprise d’y trouver mon frère. Comment vais-je bien pouvoir lui expliquer que Léo et Chloé nous ont baladés ? Je ne peux pas lui faire ça.

— Ciara, tu vas bien ? Tu as l’air préoccupé.

Surtout ne pas flancher.

— Oui, tu sais je suis toujours un peu triste lorsque je sors de l’hôpital. Ces gosses me touchent énormément.

Je ne sais pas si j’ai convaincu mon frère mais ses traits soucieux se déplient et sa bienveillance reprend sa place habituelle sur son visage.

— Tu es tellement forte Ciara, je ne connais personne dotée de ton courage.

C’en est trop, je me précipite dans ses bras et pleure de tout mon soul. Sören me berce et me caresse le dos. Il me réconforte en me disant que j’ai le droit de craquer, que j'accumule depuis trop longtemps la pression et que ça fait du bien de lâcher prise. S’il savait…

Il me tend un verre d’eau, je m’en empare sans le regarder. Il attrape mon menton et me force à relever la tête. Il sait, j’ignore comment mais il lit dans mon âme.

— Ciara, dis-moi la vérité. Sa voix tremble légèrement, il respire vite. Ceux qui ne le connaissent pas pourraient penser que Sören est calme mais moi je vois la tempête qu’il essaie de contenir.

— C’est Léo ? Vous avez discuté de quelque chose ?

Je n’arrive pas à lui répondre. Les larmes dévalent mes joues, ma gorge est trop serrée pour libérer un quelconque son. Je suis tellement désolée pour mon frère.

— Bon sang Ciara, parle-moi ! C’est Léo j’en suis sûr ! Le sale con, je l’avais prévenu, je vais le bousiller !

Qu’est-ce que j’ai fait ? Soudain, je pense à l’entreprise, je pense à notre équilibre récemment retrouvé depuis la mort de Tom. Tout est de ma faute. Si je ne m’étais pas entiché du premier homme à m’offrir un peu de réconfort nous n’en serions pas là. Difficilement, j’avale ma salive et tente de rattraper les dégâts causés par mon imprudence.

— Ce n’est pas de la faute de Léo, je t’assure. Les épaules de mon frère se relâchent et le brasier incandescent dans ses yeux perd en intensité.

— C’est moi, rien que moi. Ma visite auprès des enfants m’a remué les tripes, ça m’a fait penser à Tom et je me suis laissée submerger par mes émotions.

Je me répugne. Comment puis-je mentir aussi éhontément à mon frère ? Je le regarde droit dans les yeux en lui racontant mensonge sur mensonge. Pire encore, j’omets volontairement de lui dire que sa Chloé se paye du bon temps avec son ami devenu si cher à son cœur. Je me dégoûte, autant que mes reniflements incessants.

Je me libère du poids pesant du regard de Sören et m’enfuie comme une lâche dans ma chambre.

J’écoute mon frère parler au téléphone à travers la porte. Il discute avec elle. La garce.

— ...oui, je suis sûre que c’est à cause de Léo. Elle a essayé de m’embobiner mais je connais ma sœur…je voudrais que tu lui parles…je sais bien que c’est à Léo de le faire…oui je sais, tu as raison…il a intérêt de rattraper le coup sinon je lui fais la peau…oui mon cœur je vais me calmer… excuse-moi mais je ne viendrai pas ce soir…merci de comprendre…tu es un ange…je t’aime aussi, à demain ma belle.

Cette femme est un monstre ! Comment peut-on faire délibérément autant de mal à quelqu’un ? Tu m’étonnes qu’elle comprenne qu’il ne vienne pas ce soir, ils vont sûrement s’en donner à cœur joie. Soudain, je repense à ce moment d’intimité que nous avons vécu avec Léo. Je me sens sale. Moi qui me suis livrée totalement à lui. Bien sûr, Tom n’était pas mon premier, mais tout de même, je n’ai pas eu beaucoup d'amants et penser que je me suis abandonnée comme une traînée dans les bras du premier gars qui me montre de l’intérêt depuis le décès de Tom me révulse.

Mes pleurs redoublent de plus belle. Je suis anéantie. J’ai mal pour mon frère, j’ai mal pour moi. J’ai perdu non seulement celui que je considérais comme mon petit ami mais également une amie. Épuisée d’avoir tant pleuré et par l’intensité des évènements, je m’allonge dans mon lit et m’endors le cœur lourd.

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Léo

 

Nous sommes samedi matin, depuis hier soir j’essaie de joindre Ciara. Elle ne me répond pas et je commence réellement à me faire du souci. Pour me rassurer, je compose le numéro de Sören. Celui-ci décroche à la première sonnerie, le souffle court. Je crois savoir qu’il a passé la nuit chez Chloé, sur le ton de l’humour je lui balance qu’il n’aurait pas dû décrocher vu son essoufflement. Le problème c’est que ça ne le fait pas rire, pas rire du tout même. Je sens bien à son ton que quelque chose ne va pas. C’est tellement inhabituel de la part de Sören que je ne sais plus quoi dire. Apparemment, lui oui.

— Je suppose que tu appelles pour avoir des nouvelles de Ciara ?

— Oui, elle va bien ? Je n’arrive pas à la joindre, tu sais…il ne me laisse pas finir et enchaîne sans même me laisser en placer une.

— Putain je le savais, c’est de ta faute ! Elle n’a rien voulu me dire mais hier elle est revenue de l’hôpital dévastée, sombre connard ! Si ma sœur replonge à cause de toi, je te vire ! Je t’avais dit d’être honnête avec elle ! Qu’est-ce que tu lui as fait ?

Elle était à l’hôpital…hier…elle sait tout. Voilà pourquoi je ne voulais rien dire. Mon sang a déserté mes veines, mon pouls essaie de reprendre un rythme régulier mais c’est peine perdue.

Je suis déçu, finalement Ciara n’est pas celle que j’imaginais. Je ne voulais rien lui dire car j’avais peur qu’elle me prenne en pitié, mais c’est pire que ça. Il faut croire qu’elle ne veut rien avoir affaire avec un gars malade. Du moins anciennement malade. Merde, j’ignorais que je la dégoûterais à ce point.

— Écoute Sö, je ne sais pas ce que t’a dit Ciara, mais nous ne sommes pas vus depuis hier, ni même parlés. Si tu me dis qu’elle était hier à l’hôpital, je pense qu’elle m’y a vu et qu’elle a fait le rapprochement. Je t’assure que je n’ai rien fait ou dit qui puisse la faire souffrir. En revanche, elle me blesse énormément. Je pensais que je comptais plus que ça.

Il souffle à travers le téléphone et reprend d’une voix plus posée :

— Tu as eu le résultat des examens que tu as passés la semaine dernière ?

— Oui, je suis allé récupérer mon bilan afin de pouvoir adapter mon traitement. Je peux enfin réduire les corticoïdes.

— Chloé a essayé de m’expliquer mais je n’ai pas tout saisi. Je crois cependant avoir retenu que si tu peux baisser les corticoïdes, c’est que ta greffe se porte bien.

— En gros c’est ça. L’analyse de ma biopsie ne révèle aucun rejet. Mon cœur se porte comme un charme. J’ai croisé Chloé et nous avons un peu discuté. Je me suis excusé pour mon attitude lors du concert. Je lui ai expliqué que Ciara n’était pas au courant. Elle était heureuse pour moi, heureuse que j’ai rencontré une personne comme ta sœur, mais a également menacé de m’écorcher vif si je lui faisais du mal et m’a recommandé de tout révéler à Ciara au plus vite. Je crois qu’elle aime beaucoup ta sœur.

— Je suis content que tu ailles bien. Excuse-moi de t’avoir crié dessus, tu fais partie de l’équipe et bien entendu il est hors de question que tu partes de Rosebud. De toute façon tu es officiellement associé donc…

— Ce n’est rien, je t’assure. Tu cherches à protéger ta sœur et je le comprends tout à fait. Ce qui me tord les tripes en revanche est son attitude. Apparemment je ne mérite même pas un largage en bonne et due forme. Je suis désolé de la tournure qu'ont pris les évènements, je vais respecter le silence de Ciara, je pense en avoir besoin moi aussi.

— Je ne sais pas quoi te dire. Je ne comprends pas son attitude. Si tu me dis que vous ne vous êtes pas vus et pas parlés, je ne sais pas ce qui a pu la mettre dans un tel état.

— Peut-être a-t-elle su pour ma greffe et qu’elle ne veut pas d’un animal blessé ?

Cette idée me déchire la poitrine, je n’ai pas pu me tromper à ce point sur elle. Ma chair l’a reconnu dès les premiers regards.

— Impossible, ce n’est pas Ciara. Elle n’aurait pas réagi de façon si excessive.

— Je vais devoir te laisser, je suis rassuré, Ciara va bien c’est tout qui compte. Je vais me reposer un peu.

Il est temps de mettre fin à cette conversation car ma gorge se serre de plus en plus et je vais me mettre à chialer comme une fillette dans pas longtemps.

— Repose-toi bien mec, on s’appelle plus tard.

— À plus tard Sö.

Je me laisse tomber sur mon canapé. Je suis complètement perdu. Je ne sais plus où j’en suis.

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