Time to say goodbye (French Edition)
Chapitre 1
Vivre sans toi
Ciara
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— Bon sang Ciara, ressaisie toi ! Cela fait plus de trois mois qu'il est parti. Je t'aime plus que tout mais je ne peux plus supporter de te voir dépérir et tes histoires à dormir debout je ne veux plus les encaisser sans broncher.
Celui qui m'aboie dessus c'est mon frère Sören. Il est tellement rouge de colère qu'il vient de créer une nouvelle nuance. Sa voix claque comme des coups de fouet, pourtant cela me laisse de marbre. D'ailleurs à peu près tout me laisse de marbre. Depuis que j'ai perdu mon unique raison d'exister, je ne ressens que le vide immense qu'a laissé son absence.
— Ce ne sont pas des histoires Sören. Il est là, avec moi, je peux le sentir. Il communique avec moi.
Je tente désespérément de convaincre mon frère mais rien n'y fait. Alors, les larmes aux coins des yeux et les sanglots dans la gorge, j'attends que l'orage passe.
— Communiquer ? De mieux en mieux. Ma pauvre chérie tu deviens complètement folle. J'ai passé l'éponge lorsque tu disais ressentir sa présence mais là ton délire va trop loin. Écoute, tu souffres énormément mais tu n'es pas la seule à avoir perdu quelqu'un. J'ai perdu mon associé, mon ami. Et crois-moi chaque jour il me manque mais la vie continue.
À quoi bon essayer de lui faire comprendre ? Peut-être bien que je deviens folle, mais je m'en fou complètement. Tant que cela me permet de retrouver mon amour perdu beaucoup trop tôt, j'accepte volontiers de sombrer dans les méandres de la folie.
J'attends patiemment que son petit discours moralisateur prenne fin mais il semblerait que Sören soit en forme aujourd'hui. Il en vient même à me menacer de la façon la plus vile qui soit :
— Si tu n'arrêtes pas tes conneries de suite, je signalerais à maman que tu te
crois dans sixième sens 1 et tu sais aussi bien que moi que si ce diable vêtu en chanel et plâtré de poudre de riz, s'en mêle, Tchernobyl ne sera qu'un détail insignifiant de l'histoire en comparaison de son pétage de plomb. Alors je vais te dire ce qui va se passer, tu vas quitter ton appart...
— Je t'en supplie, tout mais pas ça. Je ferais tout ce que tu voudras l'implorais-je. J'irais voir un psy, je trouverais un nouveau job, tout ce qu'il te plaira mais s'il te plait, pas notre appartement. Nous avons tous nos souvenirs ici plaidais-je les larmes dans les yeux et dans le cœur. Je crois avoir gagné la partie car les traits de mon frère s'adoucissent et sa voix se fait moins dure.
— C'est non Ciara. Cette fois ça suffit. Tu vas partir de cet appartement, tu vas retrouver TON travail, celui pour lequel tu es douée et surtout, surtout tu ne parleras plus d'histoire de fantômes.
Ok. Cette fois, il ne capitulera pas. C'est la mort dans l'âme que je lui demande où est-ce-que je vais bien pouvoir m'installer. Cet appartement est un bien que nous avons acquis à deux. Tom n'étant plus là pour partager avec moi les dépenses, et comme il est hors de question que je mette l’appartement en vente, il va m’être difficile de payer en même temps le crédit de la maison ainsi qu’un loyer.
— Tu habiteras chez moi durant quelques semaines histoire de te remettre d'aplomb. Tu pourras réfléchir aux dispositions à prendre pour l’appartement sans te presser.
J'aime mon frère mais de là à vivre avec lui sous le même toit, j'ai quelques doutes. Je crois que Tom et moi allons bien rigoler...ou pas.
***
Cela fait maintenant deux mois que j'ai emménagé chez Sören. Ce célibataire endurci s'est offert une luxueuse villa en périphérie de la ville, car malgré son air pincé de citadin, mon frère aime la tranquillité et le calme que lui procurent la vie en banlieue. L’endroit serait idéal pour qu’il fonde sa propre famille. Encore faudrait-il qu'une femme accepte ses petites manies de vieux garçon ? De six ans mon aîné, Sören a toujours vécu seul. Voguant de déceptions amoureuses en conquêtes sans lendemain, mon frère ne m'a jamais présenté qui que ce soit. La décoration épurée mais néanmoins chaleureuse de cette villa m'apporte une paix intérieure que je n'avais pas ressentie depuis longtemps.
Cinq mois et demi exactement. Qu'est-ce qu'il me manque. Avant de commencer à broyer du noir, je chasse cette mélancolie qui ne demande qu'à se réinstaller. Il faut croire que partager le quotidien de mon frère n'est pas si désagréable que cela. Le retrouver le soir après son travail, discuter autour d'un bon repas, ne plus être seule...il me semble que cela lui est autant bénéfique qu’à moi. D'ailleurs, je ne ressens plus du tout la présence de Tom. Plus de picotements, plus de frissons, plus rien. À croire que mon frère avait raison, je commençais réellement à perdre les pédales. J'ai bien conscience à présent de mon attitude autodestructrice voire légèrement borderline. J'étais sur une corde raide et mon numéro de funambule aurait pu finir en drame. La seule chose pour laquelle je n'ai pas cédé est mon travail. Je suis, ou du moins j'étais l'assistante de Tom. Sören voudrait que je reprenne mon poste auprès de son remplaçant, celui-ci n'ayant pas encore pris ses fonctions pour des raisons que j'ignore et à vrai dire dont je me fou totalement. Mais il n'en est pas question. En attendant, je fais du bénévolat. Sören ne comprend pas ce choix mais il l'accepte, du moins pour l'instant. N'ayant pu prendre toutes mes affaires lorsque je suis partie de notre cocon, je décide que je suis suffisamment forte pour retourner dans notre appartement et récupérer une babiole ou deux. En fait, je veux surtout récupérer la bague que Tom projetait de m'offrir le jour où il est mort. Sören me l'a interdit lorsque je suis partie de la maison, le jour même de notre discussion. Mais j'en ai besoin, j'ai besoin de cette bague. Je voudrais la serrer contre mon cœur juste une fois.
Grâce à l'enquête, aux caméras et au bijoutier, nous avons pu retracer les derniers instants de vie de mon amour.
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Ciara / Tom
« I'm so tired of being here
Suppressed by all my childish fears
And if you have to leave
'Cause your presence still lingers here
And it won't leave me alone. »
My immortal, Evanescence.
Je vais devenir fou !!! Cela fait des jours que je tourne comme un ours en cage dans cet appartement vide. Mais où est passée ma princesse ? Je ne la vois plus, je ne l'entends plus, je ne la respire plus et ça me tue...encore. Je ne peux pas partir de cet appartement, c'est comme si des liens invisibles me retenaient ici. J'ai bien tenté de me la jouer Patrick Swayze mais pas de
penny indien à l'horizon 2... force est de constater que je suis un fantôme vraiment médiocre. Alors que je m'apprête à défoncer, mentalement bien sûr, le mur de la chambre, j'entends un bruit de clés dans la serrure. Ciara se tient là, devant moi, plus belle que jamais, j'en ai le souffle coupé.
— Je t'aime tellement mon ange.
Sitôt ces paroles prononcées, le visage de ma douce se pare d'une infinie tristesse. Moi qui me faisais une telle joie de la revoir. Je m'approche de son corps encore trop frêle à pas de loup, comme si je craignais de la voir déguerpir sur le champ. Je prends le temps de l'observer, je suis si prêt que si j'avais encore un souffle, elle le sentirait. Elle ne bouge pas d'un pouce, ma princesse est figée dans l'entrée. Ses yeux sont écarquillés, sa respiration saccadée, sa peau satinée se pare de magnifiques frissons.
— C'est ça ma douce, je suis là. Tu le ressens, n'est-ce pas ?
Ses yeux se referment avec une lenteur exquise et sa poitrine se gonfle à l'extrême, dévoilant ses deux parfaites vallées. Tout en se frottant les bras, Ciara parcourt notre appartement. Pièce après pièce, on croirait qu'elle le découvre pour la première fois. Je me souviens d'ailleurs de cet instant magique :
— Ici ce sera notre chambre, et ici notre dressing ! Oh mon dieu Tom, viens voir ces étagères !!! Je crois avoir enfin trouvé la place qu'il convient à mes bébés". Ciara est tellement excitée, on dirait une enfant le soir du 24 décembre.
—Tes bébés hein ?
— Oui mes livres chéris méritent une place digne de ce nom.
— Et si nous commencions par faire le nôtre de bébé ? Ciara accroche son regard au mien et un sourire insolent naît sur son visage.
— C'est une proposition ?
— Non, c'est une promesse.
***
Une fois dans la chambre, Ciara s'assoit sur le rebord de notre lit. Ce coin de lit où elle m'a pleuré tant de fois. Comme pour se donner du courage, ma belle claque ses mains sur ses genoux et se lève d'un bond. Elle fouille dans le tiroir de sa table de nuit et en ressort un écrin. Cet écrin de velours rouge, celui à cause duquel j'ai perdu la vie.
Ciara l'ouvre délicatement et les perles salées ne tardent pas à dévaler ses joues. Elle est tellement secouée par ses sanglots que je la prends dans mes bras sans trop savoir pourquoi puisque je n'existe pas. Au lieu de passer au travers de son corps, comme dans tout bon film du genre qui se respecte, ma peau se superpose à la sienne. Je ne sais pas comment le décrire. On croirait à une légère décharge électrique qui parcourt tout mon corps. Je crois que Ciara le ressent aussi car ses pleurs ont cessé. D'ailleurs il me semble qu'elle a cessé de respirer tout court. Mon dieu qu'ai-je fais ?
— Ciara, tu vas bien ? Comme si elle pouvait m'entendre !
— Tom, c'est toi ?
***
Folle, je suis complètement folle. C'est en courant que je claque la porte de chez moi, dévalant les marches deux par deux, manquant de me briser la nuque à chaque bond dans l'escalier.
De retour chez Sören, je ne prends même pas la peine de le saluer et file dans ma chambre pour une douche salvatrice. L'eau chaude fouettant mes épaules, je prends le temps de me remémorer l'épisode de l'appartement. Je n'ai pas rêvé, je l'ai sentie, je sais que c'était lui. Il n'y a que lui pour mettre mon épiderme dans un état pareil. Dire que je suis chamboulée est un euphémisme et cette douche n'est pas du tout salvatrice. Me remémorer la première fois que nous avons visité notre appartement m’a retourné l’âme. Nous avions fait l’amour à même le sol ce jour-là, nous promettant de fonder une famille.
Je rejoins Sören dans le salon et me garde bien évidemment de raconter ma petite escapade.
— Où étais-tu ? Le regard inquisiteur de Sören m'arrache involontairement un sourire. Mon frère me scrute toujours, un sourcil relevé en guise de mécontentement face à mon silence.
— À mon bénévolat, où d'autre ?
Toujours un brin suspicieux mais cédant face à mon sourire bien trop rare ces derniers temps, Sören m'annonce :
— Demain, Léo viendra dîner à la maison. Il va prendre ses fonctions la semaine prochaine. Je voudrais que mon nouvel associé prenne ses marques, qu'il se sente bien. Tu comprends, ces derniers mois n'ont pas été faciles pour lui.
Sören continue de parler mais je ne l'écoute plus. Je remballe mon sourire, me lève du canapé et pars m'enfermer dans ma chambre, j'ai envie de hurler. Comment ose-t-il me faire ça ? Croit-il vraiment que je vais manger à la même table que celui qui a volé le poste de mon amour ? “J'aimerais qu'il se sente bien.” Et moi alors ? Est-ce-que je me sens bien ? Pas du tout et j'ai l'impression que Sören s'en fout. Tout ce qui l'importe c'est de remplacer Tom et de continuer à faire fleurir son business. Il n'y a que ça qui compte pour lui.
Bien sûr, les larmes se mêlent à ma tristesse. Épuisée par mes sanglots, je finis par m'endormir, la bague de Tom bien serrée contre mon cœur.
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Ciara / Tom
Ma douce a enfin capitulé et s'est endormie après de nombreuses larmes. Allongée auprès d'elle, je contemple ses interminables cils encore mouillés. Elle était tellement bouleversée qu'elle n'a même pas ressentie ma présence. Mes yeux parcourent son corps et se posent sur ses mains tenant la bague. Un simple anneau doré, monté d'un diamant taille marquise. Au départ je voulais une bague outrageusement tape à l'œil mais ce n'est pas ma Ciara. Au lieu de cela j'ai choisi une bague fine et délicate, comme ma bien-aimée. Cela lui correspond mieux.
Et je percute enfin. Je crois que je suis lié à cette bague. Je n’ai pu sortir de l’appartement que lorsque Ciara est venue la récupérer. Avant ça, elle était enfermée dans le tiroir de son chevet, et j’étais prisonnier des murs. Les traits du visage crispés par un sommeil agité, Ciara se débat avec ses démons. Je me serre alors un peu plus contre elle et l'embrasse sur le front. Aussitôt ses traits se détendent et elle s'apaise enfin, emportant dans son sommeil mon marasme intérieur qu'a provoqué cette découverte. Ciara s'étire de tout son long, il semblerait que la nuit ait été réparatrice car un joli sourire orne ses lèvres. Les quelques rayons de soleil se reflètent sur ses cheveux soyeux.
Même à moitié endormie, ma douce est un fantasme ambulant. Ses tétons pointant timidement dans ma direction me feraient presque avoir la gaule du matin, d'ailleurs il me vient une question...suis-je encore capable de bander ?
Alors que mon esprit divague quant à une possible virilité dans l'au-delà, mes yeux sont attirés par des mouvements sous le drap. Putain, non ! Ma belle n’est quand même pas en train de se donner du plaisir ? La question ne se pose plus, oui je peux encore bander. Je crois que si je n'étais pas mort, Ciara pourrait me tuer une seconde fois, rien qu'en la regardant prendre son pied. Les paupières closes, la tête légèrement rejetée en arrière, je contemple ma princesse au bord de l'extase. Sa respiration saccadée et ses légers gémissements en témoignent.
Je me rapproche encore plus près d’elle et l’embrasse comme je peux, lui susurrant des mots doux au creux de l’oreille. Elle est époustouflante et je me damnerais pour pouvoir la caresser une dernière fois. Courbant l'échine comme pour mieux aspirer le son de son orgasme, Ciara retombe essoufflée sur le matelas, les joues rougies et les tempes en sueur.
Mon Dieu je suis fou d'elle. Mais soudain elle me tourne le dos, recouvre son visage avec le drap et éclate en sanglots.
Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je me suis réveillée tellement heureuse, comme si mon amour était toujours prêt de moi, comme si j'avais oublié qu'il n'était plus là. Cette nuit j'ai rêvé qu'il était à mes côtés, qu'il me rassurait en m'embrassant le visage et en me susurrant qu'il m'aimait et qu'il ne m'abandonnerait jamais. Foutaises ! La vérité est qu'il m'a laissé et que je suis seule à présent. La honte m'a envahie dès l'instant où j'ai laissé exploser mon plaisir. Je me permets ce moment de liberté alors que Tom n'en connaîtra plus jamais. Je suis un monstre. Et moi qui fantasme sur mon homme qui a perdu la vie... je suis bonne à enfermer.
Des coups frappés à la porte me font sursauter. Sören s'enquiert de mon état, il veut savoir si je lui fais toujours la tête et si je compte hiberner. Ma réponse est oui et oui, il peut également rajouter le merveilleux doigt d'honneur mental que je lui adresse.
***
Je suis resté loin de ma Ciara toute la journée, la laissant digérer ses pleurs. Elle me brise le cœur. Je ne sais plus trop si ma présence lui fait du bien ou lui fait encore plus de mal. Je n'ai jamais douté de son amour mais je m'aperçois que nous étions tout l'un pour l'autre. Nous étions ce genre de couple se suffisant à lui-même. Nous n'avions pas beaucoup d'amis, il me semble d'ailleurs ne pas en avoir eu à part Sören. Je suis heureux qu'il sache gérer mon absence mais je ne sais pas, j'aurais souhaité égoïstement que mon décès le rende plus...malheureux ? Mais quel enfoiré je suis ! Je ne viens pas réellement de penser ça, si ?
Le soir venu, pas de Sören ni de Léo à l'horizon. Je crois que le message est passé cette fois.
22h00...toujours pas de trace de Sören, même pas un appel de sa part. Il aurait tout de même pu me joindre histoire de me rassurer, mais apparemment c'est trop lui demander !
22h30...vêtu d'un pyjama de mémé, un pot de glace en guise de repas entre les mains et affalée sur le canapé telle une baleine échouée, j'essaie de m'abrutir l'esprit devant une énième émission de télé réalité mais rien n'y fait. Où est donc passé mon frère ? Je commence vraiment à me faire du souci. Au moment où je me décide à me désincarcérer du guet-apens qu'est ce canapé, j'entends des rires dont le son se fait de plus en plus proche. Oh le petit salopard !!! Pendant que j'me faisais un sang d'encre, celui-ci se fendait la poire tel un ado pré pubère ayant découvert les premiers poils sur ses coui...
— Oh tu es là ? Excuse-moi je pensais que tu serais dans ta chambre.
C'est qui ce mec ?
— Sören ! Tu es enfin rentré ? Je commençais à me faire…Deux billes azur fixées sur moi m'empêchent de continuer ma tirade. Je reste bloquée quelques secondes sur le visage impertinent de l'inconnu qui ose dessiner un sourire moqueur sur ses lèvres dont cupidon lui-même a dû tracer le contour avec son arc.
Oh c'était quoi ça ? Je rêve ou elle papillonne des yeux ? Et l'autre là, il a intérêt à remballer tout de suite son sourire aguicheur. Non mais quel tocard, et en plus Monsieur se permet de la fixer du regard. Même pas en rêve minus, cette fille est à moi !
— Ciara je te présente Léo, mon nouvel associé, Léo voici ma sœur Ciara.
Avant que ce grand dadet ne pose une main sur ma douce, j'enlace Ciara aussi fort que ma coquille vide puisse l'imaginer en fermant les yeux. Ouf, sauvé ! Au moment où je les rouvre, ma belle opère un volt face majestueux, laissant ce fameux Léo avec sa main en suspens, comme un gland.
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