Time to say goodbye (French Edition)

Elisa Mévan · Chapitre 12 sur 20

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Time to say goodbye (French Edition)

Chapitre 10

Ton absence

Ciara / Tom

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Je suis dans un mauvais rêve et je ne vais pas tarder à me réveiller. Ce n’est pas possible autrement, ma vie ne peut pas être aussi merdique. Alors pendant tout ce temps, c'était le cœur de Tom qui faisait battre le mien. Cette attirance dès le premier regard, était en réalité liée au fait que le cœur de mon amour pulsait juste à côté de moi, dans le corps d’un autre.

C’est un bordel monumental ! Comment en est-on arrivé là ? Ciara est dévastée et ça me fout en l’air. Elle était de nouveau heureuse et il a fallu que je gâche tout par égoïsme. Si j’avais été là, j’aurais pu faire quelque chose.

— Tu es trop dur envers toi-même Tom.

Lydia ne m’a pas lâché la main une seule seconde. Sa douceur nouvelle me déstabilise un peu. Ne t’en fais pas, mes sentiments n’ont pas changé, mais Ciara reste ma priorité.

— C’est de ma faute, pas de la tienne. Si je n’avais pas piqué ma petite crise existentielle, rien de tout cela ne serait arrivé. Je suis la seule coupable et je vais tout faire pour arranger les choses.

Sa présence est un don du ciel.

— Tant que nous sommes ensemble, nous pouvons tout surmonter.

Lydia m’offre un sourire désarmant de sincérité. Mutin, revêche, ironique ou sarcastique, je les connaissais tous. Mais ce sourire est le plus beau de tous. Mon ange colle son oreille contre mon cœur, et se laisse bercer au rythme de ses pulsations.

Elle lève ses yeux vers moi et me dit :

— Je me languis qu’il ne batte que pour moi.

Sa franchise me fait rire. Je ne démens pas le fait que pour l’instant, Ciara y a encore une place. Elle en aura toujours une. Mais je crois bien que ma petite démone pourrait y élire domicile de façon permanente. Je devrais inventer un mot pour qualifier Lydia, un mix entre le mot ange et le mot démon : Angone ? Démange ? Non, on dirait le nom d’une maladie. Je pouffe de rire mentalement.

— Tu n’as pas oublié que je pouvais lire dans tes pensées ?

— Nope.

— Alors arrête tes conneries ou tu pourras dire adieu à mes pipes de compétition.

Voilà qui a le don de me faire taire…

— Concentre-toi plutôt sur la façon dont nous allons bien pouvoir arranger les choses entre Ciara et Léo au lieu de vouloir me rebaptiser.

— Le problème, c’est que je ne vois absolument pas comment arranger les choses.

Je crois qu’elle commence sérieusement à déteindre sur moi. Il y a encore quelques semaines, la peine m’aurait fait disjoncter. Aujourd’hui, armé d’un humour, quelque peu douteux j’en conviens, je fais face aux aléas malgré la tristesse que ceux-ci engendrent. Et puis, je ne suis plus seul à présent.

— Je ne te quitte plus Sinclair, va savoir quelle bourde tu pourrais faire sans moi ?

Ça, c’est une promesse ou je ne m’y connais pas. Reste à savoir ce que nous allons faire pour Ciara et Léo.

— J’ai ma petite idée, fais-moi confiance.

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Ciara

 

Des petits coups timides frappés à la porte me sortent de ma torpeur. Il s’agit de Chloé…avec ce que je lui ai balancé, je me demande comment elle fait pour avoir envie de me parler. Je déverrouille la porte et l’entrebâille légèrement. Son visage inquiet me tord les tripes.

— Ciara s’il te plait, ne te renferme pas. Parle-moi, je me fais réellement du souci pour vous deux. J’ai cru comprendre que quelque chose t’a contrarié et si je peux faire quoi que ce soit pour apaiser cela…

Je n’arrive plus à me contenir. Je fonds en larmes et ouvre la porte en grand afin de me jeter dans les bras de celle que j’ai mal jugé. Aucune hésitation, Chloé m’accueille avec toute la douceur et la bonté qui la caractérise.

— Chut, je suis là, tout va bien. Je ne te laisse pas tomber Ciara, je suis là pour toi.

Ses mots m’atteignent en plein cœur et mes pleurs redoublent. Elle m’étreint encore plus fort et sa chaleur qui m’enveloppe m’apaise un peu. Chloé attend patiemment que les larmes cessent de couler puis m'entraîne jusqu’au rebord du lit où elle m’invite à prendre place. Elle s’assoit à côté de moi, attrape mes mains dans les siennes et me dit calmement :

— Prends tout le temps qu’il te faut ma belle, je t’écoute et je ne bouge pas.

Je ne sais pas par où commencer mais il me semble que je lui dois des excuses sincères.

— Tout à l’heure au bar, tu as dû me prendre pour une folle.

Elle esquisse un sourire mais ne m'interrompt pas.

— Je m’excuse pour mon comportement, tu as trouvé ta place dans le cœur de mon frère ainsi que dans le mien. Tu comptes beaucoup pour moi et si j’ai agi comme une peste, c’est parce que je me suis fait des films.

Je sens que Chloé a du mal à déglutir, cette fille est incapable de cacher ses émotions tant elle est sincère.

— Vendredi soir, je suis allée voir les enfants à l’hôpital et je voulais venir te saluer. Lorsque tu m’as parlé de ton métier, j'ai ressenti un tel amour pour ta profession que je voulais voir à quoi tu ressemblais dans ta blouse blanche. C’est là que je vous ai surpris avec Léo. Vous étiez dans les bras l’un de l’autre et ma jalousie m’a aveuglée…

— Oh mon dieu Ciara, jamais, jamais je ne pourrais faire ce genre de chose à Sören ! Je l’aime tellement ! Et maintenant que je te connais, je ne pourrais jamais te faire de mal, et surtout pas avec Léo ! Il est comme un frère pour moi !

— Oui, c’est ce que Léo a dit aussi.

Les traits de Chloé se détendent et celle-ci attend que je poursuive mon récit, mais les mots restent coincés dans ma gorge. Voyant que je reste muette, Chloé me demande :

— Ciara, si vous avez mis les choses au clair, je ne comprends pas pourquoi tu es dans cet état.

Prenant une grande inspiration, je tente d’expliquer, la voix éraillée, l’horreur de la situation.

— Léo m’a raconté son histoire, je sais à présent quel lien vous unit…

— C’est une bonne chose, Sören et moi ne cautionnions pas qu’il te cache cette information. Je n’aime pas mentir et cela commençait à me mettre dans des situations inconfortables. Comme ce fameux week-end où Léo t’a raconté qu’il partait voir ses parents.

— C’est-à-dire ?

— Oups, je pensais que vous en aviez discuté. Excuse-moi, ce n'est pas mon rôle de te révéler ce genre d’informations.

— Dis-moi ! Tu en as trop dit ou pas assez !

— Trop, assurément…bon, je ne pense pas que Léo m’en voudra. La semaine dernière, Léo était hospitalisé pour un bilan post greffe. Il n’a pas pu passer le week-end avec nous pour ça.

D’accord, il m’a vraiment mené en bateau. Elle continue :

— A part cet évènement, je ne comprends toujours pas ce qui a pu déclencher un tel tsunami entre vous.

— Tu ne sais vraiment pas ? Tu n’as pas fait le rapprochement

— De quoi parles-tu Ciara ? Je suis un peu perdue là.

— Mais du cœur de Tom ! C’est le cœur de Tom qui bat dans la poitrine de Léo !

Ses yeux s’arrondissent de stupeur, elle a les larmes aux coins des yeux.

— Oh mon dieu Ciara, tu devrais discuter avec Léo. Je suis soumise au secret professionnel, par conséquent je ne peux rien te dire mais s’il te plait, tu dois à tout prix en parler avec Léo.

— Et qu’est-ce que ça changera, hein ? Je refuse de me mettre avec quelqu’un qui partage le cœur de mon amour disparu. D’ailleurs mes sentiments ne sont que des illusions. Si je suis tombée amoureuse de Léo c’est uniquement parce que j’ai reconnu le cœur de Tom. Cette attirance, ce désir, cet…cet amour…tout cela c’est parce qu’au fond il s’agit de Tom.

J'éclate en sanglots, complètement déboussolée. J’ai l’impression que mon corps ne m’appartient plus. Je suis devenue spectatrice de ma vie qui fait concurrence à un vaudeville de bas étage.

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Tom

 

« Il manque ton rire à l'ennui

Il manque ta flamme à ma nuit

C'est pas du jeu

Mon alter ego. »

Alter ego, J.-L. Aubert

 

Ciara s'est enfin endormie, dans les bras de la belle de mon meilleur ami, épuisée par ses pleurs incessants qui m'ont déchiré la poitrine. Lydia est accrochée à moi, elle aussi est triste de voir Ciara dans cet état. Il faut dire qu'entre ses larmes et ses cris de désespoir, il était difficile de rester insensible face à une telle souffrance.

Sören tourne en rond comme un ours ou un lion en cage, je ne sais plus. Chloé tente de l'apaiser du mieux qu'elle peut. Finalement assis sur le canapé, la tête sur les genoux de celle qui partage désormais son cœur, Sören se livre à quelques confidences. Les paupières closes, le souffle court et la voix rauque, mon ami lève le voile sur les dernières heures de ma vie.

Ce jour-là, Tom allait demander à Ciara de l'épouser. Bien sûr, j'étais dans la confidence. Ma petite sœur attendait ce moment depuis des mois. Tu sais, ils n'étaient pas ensemble depuis très longtemps, mais tous les deux, c'était tellement fusionnel…

Une larme solitaire roule sur sa joue, Chloé lui caresse les cheveux et mon ami de toujours reprend son souffle.

Il a juste eu le temps de lui choisir une bague. Quand on l'a retrouvé inconscient dans cette putain de ruelle, il serrait l'écrin tellement fort qu'ils n'ont pu le lui retirer qu'une fois qu'ils ont commencé à l'intuber.

Je me prends la douleur de celui qui m'a épaulé durant toutes ces années en pleine face. J'ai les tripes en lambeaux. J'aimerais tellement serrer mon frère dans mes bras, juste une dernière fois.

Lorsque nous avons reçu l'appel de la police, Tom avait été transporté à l'hôpital, il était dans le coma. Plus aucune activité cérébrale. Son cœur battait mais son cerveau avait déjà éteint la lumière. Je crois qu'il s'agit du jour le plus triste de ma vie, je crois bien avoir perdu une partie de moi. Et le plus dur, c'est qu'il a fallu être fort pour Ciara. J'ai dû étouffer ma peine.

Et moi, comme un égoïste, je croyais qu'il supportait sans mal mon absence. Je regarde Sören s'ouvrir à cette femme, comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Est-ce mal de ma part qu'une partie de moi se réjouisse d'avoir autant compté ?

Ce crétin…je lui en ai tellement voulu ! Toutes ces migraines qu'il avait, si seulement il s'en était préoccupé ! Juste un p'tit mal de tête de rien du tout, ça n'a jamais tué personne qu'il disait…mais une rupture d'anévrisme, oui.

Je me souviens encore de la réaction de Lydia lorsque je lui ai raconté que je croyais avoir été agressé. Jamais je n'aurais pu imaginer que ces maux de tête étaient les prémices d'une rupture d'anévrisme. Trente ans…je suis mort à trente ans à cause d'un vaisseau qui a pété au mauvais endroit, au mauvais moment.

Lorsque nous sommes arrivés à l'hôpital Ciara et moi, il n'y avait déjà plus d'espoir. Le corps de Tom était relié à des machines barbares, ça bipait de tous les côtés. Seuls les sanglots de Ciara couvraient le bruit de ces engins…quant à moi…j'étais à l'extérieur de mon corps, comme si je ne vivais pas réellement cette situation épouvantable. C'était horrible. Une jeune femme s'est présentée à nous pour nous expliquer la situation. Tom, malgré son torse qui se soulevait, était déjà parti. Il vivait de manière artificielle. Elle nous a parlé de don d'organes, que malgré notre douleur, nous pouvions y réfléchir, que nous pourrions éviter cela à d'autres familles. La question ne se posait même pas. Mon ami était un être exceptionnel. Un jour, au détour d'une discussion informelle, il nous a confié qu'un de ses souhaits serait de faire don de ses organes, si cela permettait d'aider quelqu'un. J'aurais tellement aimé que tu rencontres cet homme formidable.

À mon tour, les larmes prennent place sur mon visage. La tristesse me ravage les entrailles. Lydia me caresse le dos d'une main tandis que j'emprisonne l'autre dans la mienne. Mon ancre, ma bouée…mon ange.

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SORËN

 

Quelques mois auparavant.

C'est un cauchemar, je vais me réveiller, ce n'est pas possible, mon meilleur ami, mon frère...non ! Impossible il était en pleine forme, je ne peux pas croire qu'il nous a quitté. Que va devenir ma sœur, elle ne s'en relèvera pas. Putain mais pourquoi ?! Pourquoi lui, pourquoi nous ? Il avait enfin une belle vie, une vie qu'il méritait. Dire que nous allons devoir le charcuter pour que d'autres puissent vivre. J'ai envie de vomir. Pendant que des larmes labourent mon visage, je jure par tous les saints et blasphème tout ce que je peux. C'est alors qu'une petite voix se fait entendre.

— Avez-vous besoin d'aide Monsieur ? Avez-vous mal quelque part ? me demande-t-elle en s'approchant de moi, le visage inquiet.

— Moi j'ai besoin de personne, c'est mon ami qui avait besoin d'aide. Mais vous êtes d'une telle incompétence que vous n'avez pas pu le sauver, lui répondis-je acide.

— Je vois...je ne lui laisse pas finir sa phrase, et lui crache toute ma tristesse en pleine tronche, mes traits déformés par la douleur.

Alors que mon venin ne cesse de l'accabler, à aucun moment elle ne sourcille, jamais elle ne recule malgré des paroles qu'elle ne mérite pas. J'ai même l'impression que plus je crie, plus elle souffre avec moi. Une fois ma rage retombée, je me laisse choir et atterrit durement sur le sol. Soudain la honte m’étreint et je cache mon visage dans mes mains. Ne se laissant pas démonter, elle s'avance jusqu'à ma carcasse vide et s'accroupit en retirant mes mains de mon visage. Si au premier abord je l'ai trouvé quelconque, ses prunelles vertes me coupent le souffle. Elle étire un sourire timide, voyant que je la contemple sans retenu. Son visage est dépourvu de maquillage, ses ongles sont courts et sans vernis, ses cheveux blonds sont attachés en une queue de cheval simple, dont quelques mèches s'échappent et encadrent ses traits fins. Elle porte une blouse blanche, elle fait donc partie du personnel soignant. Cette femme est l'inverse de ce que je mets dans mon lit habituellement, pourtant, elle a ce je ne sais quoi qui m'attire.

Une fois mon inspection terminée, elle hausse un sourcil joliment dessiné.

— Ça va mieux ? Je peux vous aider d'une quelconque façon ? Poursuit-elle avec bienveillance.

Décidant qu'il était temps qu'elle arrête de faire les frais de ma mauvaise humeur, je me bouscule mentalement et joue franc jeu avec elle.

— Je viens de perdre mon meilleur ami. Il est en mort cérébrale et l'on vient de nous demander de réfléchir à un don d'organes. Alors, veuillez m'excuser si perdre une des personnes qui m'est le plus cher me déstabilise un peu.

Pour la diplomatie on repassera.

— Je suis sincèrement désolée pour vous. Je ne peux pas comprendre votre peine mais je la partage. Je vais devoir remonter en service mais si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir me voir. Je suis infirmière en chirurgie cardiaque.

Et comme ça, sans prévenir, elle sèche mes larmes de ses pouces et m'offre un sourire des plus éblouissants. Elle se relève, commence à partir, mais je l'arrête en lui demandant :

— Qui dois-je demander ? Voyant qu'elle ne réagit pas je continue. Si je dois me rendre en service de chirurgie cardiaque, qui dois-je demander ? Son air perplexe laisse place à des joues rougies et d'une voix timide elle m'annonce : Chloé, vous demandez Chloé.

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