Time to say goodbye (French Edition)
Chapitre 3
Se reconstruire
Tom
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« I keep dreaming you'll be with me
And you'll never go
Stop breathing if i don't see
you anymore. »
Far away, Nickelback.
Enfermé dans cette maison, puisque Ciara n'a pas pris la bague avec elle, je tourne et vire comme une âme en peine, si bien que je pourrais presque entendre le bruit de mes pas résonner entre ces murs vides.
Le moteur d'une voiture que je ne connais pas me sort de mon marasme et je me jette devant la fenêtre, tel un gentil labrador attendant le retour de son maître. Je suis pathétique. Comment en suis-je arrivé là ? D'un trentenaire dynamique dont l'entreprise décollait et sur le point de fonder une famille, je me retrouve réduit à l'état de... de quoi d'ailleurs ? Fantôme ? Ectoplasme ? Âme errante ? Mon Dieu je vous en supplie, rendez-moi ma vie. Mais la scène qui se joue devant moi est bien pire que la mort. C'est un coup de poignard dans le cœur, une éventration en bonne et due forme. Ciara, ma Ciara, sort de la voiture de cet Apollon de pacotille et l'immense sourire qu'elle arbore piétine le reste de mes entrailles. C'est un cauchemar. Je ne comprends pas pourquoi je suis obligé de subir ça. Ai-je été si mauvais dans ma vie terrestre pour mériter un tel châtiment ? Je ne veux plus supporter ça, mon Dieu je vous en supplie, faites que ça s'arrête.
— Tu n'as donc rien retiré de notre conversation d'hier ? me surprend Lydia. — Et donc quoi ? Parce qu'un pseudo ange, qui n'a même pas d'ailes soit dit en passant, se pointe la bouche en cœur en me disant que je dois trouver la lumière, je devrais m'exécuter ? Mais j'avais une vie moi, éructais-je. Tu comprends ça, cette femme je l'aimais de tout mon corps et de toute mon âme. Tu l'as vu de tes propres yeux, elle me reconnait, elle sent ma présence, on ne peut pas se quitter comme ça. Je l'aime tellement, je ne veux pas partir, criais-je de plus belle.
— Des ailes ? Et pourquoi pas une auréole tant que tu y es ? Aussi dur que cela puisse paraître, tu ne dois plus t'accrocher à ta vie d'avant. Elle est finie, ça fait mal mais c'est ainsi.
— Et qu'est-ce que tu en sais toi hein ? C'est facile pour toi de me juger. Tu ne sais pas ce que c'est de voir l'amour de sa vie t'oublier.
— Je te trouve injuste envers Ciara. Aurais-tu souhaité la voir encore pleurer ? Je te signale que ce n'est pas parce qu'elle se réalimente, se lave et arrive désormais à s'habiller le matin que sa peine a disparu.
— Non, bien sûr que non. Excuse-moi tu as raison. Je deviens mauvais, je ne comprends pas ce qui m'arrive, dis-je péniblement, ma colère retombant comme un soufflet.
— Ce n'est pas à moi que tu dois faire des excuses, mais à toi-même. Ce comportement n'est pas digne de toi. Et je ne suis pas sûre que tu mérites d'être le protecteur de Ciara.
— Que veux-tu dire par "protecteur" ?
— Ah, aurai-je éveillé la curiosité de Monsieur ? Au même titre que tu dois mettre de l'ordre dans ta tête un peu trop bordélique à mon goût, pour passer dans ta nouvelle vie, tu dois également jouer ton rôle de protecteur auprès de Ciara. L'aider, non pas à t'oublier, mais du moins à accepter ton absence...et à avancer...sans toi.
— Comment pourrais-je l'aider ? Je suis bloqué dans cette fichue baraque à cause de cette maudite bague ! Je pense que lorsque je me suis fait assassiner, je me suis retenu à cet objet et mon essence a dû se retrouver coincée à l'intérieur.
Les yeux ronds comme des soucoupes, Lydia m'offre un rictus absolument horrible. Je ne savais pas qu'un ange pouvait déformer son visage de cette façon.
— Tu te ne souviens de rien n'est-ce pas ? Le jour où tu es mort, tu n'en gardes aucun souvenir pas vrai ?
J'acquiesce à ses paroles. C'est une des raisons qui me rend fou. Je me revois ce jour-là sortant de chez le bijoutier, tenant l'écrin dans ma main. Je traverse la rue le sourire aux lèvres et le cœur battant à tout rompre. Je tourne à droite vers la ruelle où j'ai garé ma voiture et puis c'est le trou noir. Je pense que cela correspond au moment où l'individu m'a surpris et m'a attaqué par derrière. Quel lâche ! Si tu m'avais attaqué en frontal sale petit enfoiré, c'est toi qui serais en train de pourrir sous terre aujourd'hui.
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Lydia
Et bien on n'est pas sorti de l'auberge avec un tel phénomène ! Je t'en foutrais moi des ailes !
Quel trou du cul celui-là. Et rendez-moi ma vie par ci et rendez-moi mon
amour par-là... y'a que toi et le con de Manon 3 à avoir souffert. Bon sang si je n'étais pas intervenu et si je n’avais pas suggéré à Ciara d'aller chercher cette bague ce jour-là, il serait encore enfermé comme un abruti dans son ancien appartement.
Je sais que je n'aurais pas dû m'en mêler, si père l'apprend, je suis bonne pour être rétrogradée au rang de scribe pour minimum une centaine d'années. Mais que pouvais-je faire d'autre ? C'était trop difficile de voir ces deux âmes en peine.
Tant qu'il ne connaîtra pas la vérité sur sa mort, il ne pourra pas avancer. Et tant qu'il croira être lié à cette bague non plus. Arghhh dans quoi je me suis encore fourrée moi ? Bon, je peux peut-être au moins lui dire une chose gentille, histoire de le réconforter un peu non ?
— Hey du gland, tu n'as jamais été lié à cette bague.
Qu'est-ce qu'elle me raconte encore la greluche ?
— Je te rappelle que j'entends tes pensées.
— Je suis bien au courant, ne t'en fais pas.
— Quel malotru celui-ci ! Je te disais donc, puisque la première fois l'information n'est pas montée au cerveau, que tu n'es pas lié à cette bague.
Décontenancé par la nouvelle, Tom tombe à genoux, à mes pieds, le regard suppliant. Je crois qu'il est au bord de la rupture. Je lutte pour ne pas être submergée par mes émotions et lui annonce :
— Tu t'es imposé toi-même des limites. Tu as créé cette histoire de liens dans ton esprit, peut-être pour te protéger ? Tu es libre comme l'air Tom. Encaissant la nouvelle, Tom se relève et me demande comment faire pour se déplacer.
— Rien de plus simple Forrest Gump 4, il suffit de visualiser l'endroit où tu souhaites te rendre.
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Ciara
Après avoir salué Léo, je retrouve la maison vide. Un frisson me parcourt l'échine, j'ai l'impression qu'un froid polaire règne dans cet espace beaucoup trop grand.
Transie par une sensation de malaise quasi palpable, je me rends dans ma chambre pour profiter d'une douche bien chaude. Après un bon quart d'heure sous l'eau brûlante, je rejoins Sören dans la cuisine qui vient de rentrer.
Celui-ci déballe des sushis provenant de mon restaurant préféré. Sans nous parler, nous nous installons, chacun sur un tabouret, près de l'îlot central, routine réconfortante acquise depuis quelques semaines. Je vois bien que Sören voudrait me parler et qu'il n'ose pas, je décide alors de faire le premier pas.
— J'ai rencontré Léo aujourd'hui à l'hôpital. Pas plus surpris que cela par la nouvelle, Sören ne dit rien et attend que je développe la suite des évènements.
— Nous avons un peu discuté tous les deux, puis il m'a proposé de me raccompagner. Ah là j'ai une réaction.
— Oh j'espère que ses yeux sont encore dans leurs orbites, il en aura besoin pour travailler.
— Ha ha hilarant. Sache pour ta gouverne que ses yeux sont là où il faut et que nous avons enterré la hache de guerre.
— TU as enterré la hache de guerre, lui n'a engagé aucune hostilité.
Malgré leur dureté, j'encaisse les reproches de Sören sans broncher, sur ce coup-là il n'a pas totalement tort.
— Oui, tu as raison. Je n'ai pas su gérer mes émotions lors de notre première rencontre mais je crois en être capable à présent.
— Tant mieux, je suis soulagé de l'apprendre. Nous pourrons commencer sereinement le recrutement de ta remplaçante à présent. Je ne voulais pas te brusquer mais cela devient urgent. Je suis sûr que tu comprends que la situation ne peut plus durer.
Même si je sais pertinemment que Sören a raison, cela me martèle le cœur de penser que quelqu'un d'autre que moi occupera ce poste. J'aimais tellement ça avant. C'est moi qui recueillais les informations sur nos éventuels investisseurs et c'est également moi qui les recevais en premier. Il parait que mon minois peut mettre à genoux le plus rigide des hommes d'affaires.
— Tu sais, l'entreprise survit pour l'instant. Léo a déjà rattrapé pas mal de choses mais les investisseurs commencent à s'impatienter. Nous devons leur prouver que nous sommes toujours au top. Il est hors de question que je laisse le fruit du travail de mon meilleur ami s'anéantir.
Les paroles de Sören me percutent de plein fouet. C'est à ce moment-là que je me rends compte que mon frère est éreinté. Ses traits sont tirés, ses yeux sont cernés...il est épuisé. Aveuglée par mon chagrin, je n'ai pas pris le temps de me demander comment Sören allait. C'était aussi son ami, son coéquipier. Mon attitude me fait honte et les larmes me montent aux yeux.
— Hey, excuses moi, c'est trop tôt pour en parler. Pardon, on ira à ton rythme. Pas de nouvelle recrue pour l'instant, Léo et moi allons-nous en sortir.
— Tu ne comprends pas Sören, je ne pleure pas pour ça. Je m'aperçois que j'ai été injuste envers toi. Je ne t'ai jamais demandé comment tu allais, comment la boîte se portait. Je suis un monstre d'égoïsme. Et quand enfin tu trouves quelqu'un de bien pour faire perdurer la mémoire de Tom, je me montre odieuse avec lui.
Je vois bien à la respiration saccadée de mon frère qu'il se retient de pleurer. Fierté quand tu nous tiens !
Soudain ses bras s'enroulent autour de mes épaules et mon frère me serre fort contre lui. Même si à cet instant je suis au bord de l'asphyxie, mon visage étant écrasé contre son torse, je ne souhaiterais être ailleurs pour tout l'or du monde.
— Je vais reprendre ma place dès la semaine prochaine. Cette entreprise, c'est aussi mon héritage. Je le dois à Tom et je te le dois à toi aussi.
Pour seule réponse mon frère m'offre un sourire radieux. Il m'embrasse sur le front et part s'enfermer dans sa chambre. Je crois que la soirée a été un peu trop riche en émotions pour ce grand gaillard qui voue un culte au self-control.
Excuse-moi Sören, je ne me souciais pas de ta souffrance. Je ne te laisserai pas tomber mon frère. Je vais me ressaisir maintenant.
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Tom
— Alors c'est aussi simple que ça ?
Lorsque Ciara pénètre dans la maison, je repense à cette ruelle où j'ai perdu la vie.
Je fais le vide dans mon esprit, respire un grand coup, et je sens la main de Lydia s'enrouler autour de la mienne. Apaisé par son geste, je ferme les yeux et me concentre à nouveau.
Lorsque je les rouvre, je suis sur le toit d'un immeuble, d'où je suis je peux voir la bijouterie et la ruelle adjacente. Lydia se trouve auprès de moi, toujours sa main dans la mienne. Je ne sais pas combien de temps je suis resté figé mais le jour commence à se lever et Lydia ne m'a pas quitté. Je l'observe à la dérobée. Elle est plutôt mignonne quand elle se tait. Ses traits sont doux, sa peau claire est parsemée de taches de rousseur. Elle a l'habitude de retrousser son petit nez mutin lorsqu'elle secoue la tête, signe de désapprobation, qui est d'ailleurs assez récurrent chez elle. Ses jolies boucles blondes tombent en cascade dans son dos, je crois que je commence à percevoir son aura angélique.
— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? J'ai un morceau de salade coincé entre les dents ?
Et le pire c'est qu'elle joint le geste à la parole, en se grattant les dents de la façon la plus inélégante qui soit. Non, définitivement non. Aucun ange à l'horizon.
— T'as fini ton monologue intérieur ? On peut rentrer ?
— Non, pas tout de suite. J'ai envie de passer un peu de temps avec toi. Si je dois être honnête, et cela me fait mal de l'avouer, tu m'apaises. Si je rentre à la villa, je ne suis pas sûr de contrôler mes émotions et je ne sais pas ce que cela pourrait provoquer chez Ciara.
— Je suis tellement émue ! Mon petit gland qui devient un puissant chêne !
— Tu ne t'arrêtes donc jamais hein ? Ma mort t'amuse donc à ce point ?
— Ta mort ? Tout le problème est là Tom. La mort est une notion humaine. C'est uniquement une enveloppe de chair qui cesse de fonctionner. Ta vie a pris fin, mais ton existence commence maintenant. Mais tu refuses de l'accepter.
— Apprends-moi à devenir un bon protecteur, veux-tu ?
— Bien évidemment, je suis un peu là pour ça.
Je lève les yeux au ciel car cette fille me rend dingue...enfin pas cette fille, cet ange. Non pas cet "ange" au sens figuré, au sens propre du terme je veux dire. Vous me comprenez n'est-ce pas ?
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Ciara
Ce matin je décide de me lever de bonne heure afin de préparer un petit déjeuner de compet' à mon frère. Cela fait des mois qu'il prend soin de moi et c'est bien grâce à lui si notre dragon de mère ne m'a pas encore kidnappée. Je sais qu'il intercepte ses appels intempestifs. Rien que pour cela, il mérite ma reconnaissance éternelle. Estelle Levannier est le cliché de la bourgeoise coincée en apparence mais on ne doit jamais juger un livre à sa couverture. Un véritable pitbull se cache sous ses jupons. À l'heure où nos amis bénéficiaient de nounous, de gouvernantes et autres absurdités, chez nous c'était bel et bien notre mère qui remplissait...et bien son rôle de mère. Entendons-nous bien, j'aime ma mère mais à petites doses. Je crois
que son regret éternel restera de ne pas nous avoir appelé Tanguy 5 mon frère et moi. Sören me surprend dans ma rêverie :
— Je ne sais pas où tu étais mais tu étais loin.
— Je pensais à maman.
— Tu étais donc en Enfer.
Mon frère et moi éclatons de rire. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus ri que mes abdos me font un mal de chien. Une fois l'allégresse retombée, Sören me demande si je pensais réellement ce que je disais hier.
— Oui, tout à fait. Il est temps pour moi de me reconstruire. Je ne veux plus que tu te fasses du souci pour moi et si Tom me regarde de là-haut, je veux qu'il soit fier de moi. Un sourire jusqu'aux oreilles illuminant son beau visage, mon frère semble heureux.
— Termine de nous préparer le petit déjeuner femme et après je t'emmène faire les boutiques.
— Avant ou après un coup de poêle à frire ? dis-je en riant.
***
Quelle merveilleuse journée ! Cela faisait un siècle que je ne m’étais pas sentie aussi légère. J’ai beaucoup pensé à Tom, mais j’ai tout de même passé un excellent moment avec mon frère. Si au début je ne me sentais pas dans mon élément, les arguments de Sören ont fini par me décider à y mettre du mien. J’ai perdu pas mal de poids et il est vrai que mes vêtements ne me siéent guère. Je me suis donc laissée prendre au jeu petit à petit et ce qui était une corvée est devenu un plaisir. Dans la joie et la bonne humeur, nous avons enchaîné les boutiques et terminé notre périple par un bon restaurant.
Sören m’a déposé devant la maison puis a filé je ne sais où avec je ne sais qui.
J’appréhendais mon retour à la villa, par peur de me laisser envahir par mes démons intérieurs mais tout est calme, paisible. Je crois que je me sens bien. Ce que je ressentais, l’impression d’être en sa présence…tout était dans ma tête. Ma tristesse exacerbait mes ressentis et j’en venais à m’imaginer l’impossible. Le fait est que depuis que j’ai décidé de laisser à ma vie la chance de reprendre son cours, je me sens plus apaisée. Son absence me fait encore mal bien sûr mais mon cœur est moins lourd.
D’ici peu, je vais reprendre le chemin du travail. Ce chemin que nous empruntions chaque jour Tom et moi. Je ne sais pas si je suis totalement prête pour ça mais je dois au moins essayer.
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Léo
Dire que je suis stressé est un euphémisme. C’est mon premier jour en tant que Co PDG. Malgré mes études et mes nombreux stages effectués, je n’ai jamais eu de poste de cette envergure. Mes problèmes de santé récurrents freinaient mes employeurs et même si je me donnais à 200% et que, sans me vanter, j’étais plutôt bon, je n’ai jamais réussi à décrocher une place de titulaire.
Sören m’avait repéré avant mon intervention chirurgicale et j’ai un peu flippé lorsqu’après l’opération il ne répondait pas à mes mails. Une fois ma rééducation terminée, il m’a recontacté et c’est là que j’ai su pour Tom. J’ai eu la chance de recevoir un nouveau cœur tandis que celui de son ami s'arrêtait. C’est terrible de penser que le malheur des uns fait le bonheur des autres.
De possible responsable de production, ce qui était déjà incroyable, j’ai été promu à la direction générale. Je ne sais pas si je mérite le poste de Tom mais je me dois d’honorer la confiance qu’a placée Sören en moi. Et puis, je dois prouver à tous ceux qui ne voulaient pas de moi qu’ils ont eu tort. Nous avions eu un très bon feeling lui et moi et je crois qu’il a été touché par mon histoire et mon envie de faire mes preuves. Il suffisait simplement que quelqu’un me laisse une chance. Pour l’instant, je suis minoritaire en termes de parts car je n’ai pu les acheter en totalité, mais Sören me laisse le temps de me “faire” financièrement. Ce n’est pas mon soutien financier qu’il espérait en me recrutant initialement.
À la base, Sören gère le pôle administratif. Tom, lui, était à la tête du pôle technique. S’est greffé Ciara, qui dirigeait le côté commercial, sans avoir réellement le titre de directrice. Tom et Ciara travaillaient en étroite collaboration et leur duo fonctionnait du tonnerre. Si Tom n’était pas décédé, j’aurais été directement sous ses ordres. Dès que Sören m’a proposé cette opportunité, j’ai sauté sur l’occasion. J’ai bossé de chez moi comme un fou sur les anciens dossiers et le projet qui était en cours. J’ai épluché chaque dossier. Mais ma convalescence est terminée, et je dois aujourd’hui affronter ma pire crainte. Celle d’être rejeté. Je n’ai personne pour m'épauler aujourd’hui, à part Sören, et j’ai actuellement le trouillomètre qui avoisine le zéro. Tom était très apprécié par ses employés et si j’en crois ce qui ressort de mes discussions d’avec Sören, l’entreprise me donne l’impression d’une grande famille. J’ai peur qu’ils ne m’aiment pas. Je sais que ma réaction me donne des airs de gamin allant dans sa nouvelle école mais c’est un fait. Je veux trouver ma place, tout simplement.
Sören m’a dit qu’il avait une surprise pour moi. Une nouvelle assistante qui m’aidera à prendre mes marques. Il n’a pas tenu compte du fait que je voulais laisser du temps à sa sœur et si je dois être honnête, je ne sais pas si cela m’ennuie parce qu’il ne m’a pas écouté ou si c’est parce que j’aurais bien aimé que Ciara m’accompagne dans cette aventure. Il m’a assuré que cette nouvelle recrue avait besoin d’un nouveau départ et qu’elle était la personne idéale. Alors puisque Sören a su déceler mon potentiel et m’offrir bien plus qu’une simple opportunité, qui suis-je pour refuser d’offrir la même chance à cette personne ?
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Ciara
Franchir les portes de 6 Rosebud a été moins éprouvant que ce que je pensais. Accompagnée et soutenue par Sören, je sors de l’ascenseur où les employés me sourient tour à tour. Ils me connaissent bien, pas besoin de discours pour exprimer ce qu’ils ressentent à mon égard. Cela me fait chaud au cœur de les retrouver, je m’en suis privée trop longtemps.
Je salue l’assemblée d’un geste général et les gratifie d’un sourire sincère. Nous continuons notre traversée jusqu’à une ultime étape. Celle que je redoutais le plus, celle qui me comprime la gorge et fracasse mon cœur contre les parois de ma cage thoracique.
Je suis devant le bureau de Tom, ou plutôt devrais-je dire le bureau de Léo. Hésitante, Sören me devance et frappe deux coups bien fort à la porte. Lorsque nous pénétrons dans son bureau, Léo a un temps d’arrêt avant de dessiner un fabuleux sourire sur son visage, le même qui m’a fait chavirer lors de notre première rencontre.
J’essaie de me focaliser sur Léo, de ne pas regarder le bureau dans son ensemble. Apparemment mon frère a pris soin de changer le décor. J’en suis à la fois soulagée et attristée. Où sont passées les affaires de Tom ? Ce n’est pas le moment de faire une scène mais je compte bien savoir ce que Sören en a fait.
Mon cœur s’affole de plus belle lorsque Léo s’avance vers nous.
— Je vois que tu as pris possession de tes nouveaux quartiers, lance mon frère d’un ton joyeux à Léo.
— En effet, je suis arrivé très tôt ce matin et ne suis pas encore sorti de cette pièce, lui répond Léo d’un air gêné.
Alors comme ça cet homme peut être déstabilisé ?
— Ne me dis pas que tu n’es pas sorti du bureau depuis ce matin ? Tu es là depuis quelle heure au juste ? Bon cela ne fait rien, nous irons te présenter ensemble, ça sera plus confortable pour nous tous, dit mon frère d’un ton bienveillant.
Léo glisse un regard dans ma direction :
— Je ne t’ai même pas salué, excuse-moi. Comment vas-tu depuis la dernière fois ?
— Je vais bien, merci. J’ai décidé de reprendre le travail mais je pense que tu dois être au courant. J’espère que tu sauras suivre mon rythme, lui lançais-je un brin espiègle.
Je ne pensais pas qu’il était possible de voir un sourire s’agrandir à ce point mais Léo vient de défier toutes les lois physiques.
— Bien, nous interrompt mon frère en se raclant la gorge, vous apprendrez à collaborer ensemble un peu plus tard. Il est temps de présenter le nouveau codirecteur au reste de l’équipe.
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Tom
J'observe en silence l’amour de ma vie poursuivre son bout de chemin. Il y a encore quelques jours, cela aurait été une torture. Je ne peux pas dire que cela m’indiffère bien sûr mais ce temps passé en compagnie de Lydia m’a beaucoup apporté. Ne pas pouvoir approcher trop près de Ciara est difficile mais son bien passe avant tout. Je suis tenté de la toucher, de la respirer, de lui parler, mais je sais aussi qu’elle est beaucoup trop sensible à ma présence et me ressentir lui fait trop de peine. Je ne peux que l’observer et ne dois intervenir qu’en cas de besoin. Je m’estime chanceux d’être son protecteur. Ce qui me semblait cruel me semble juste désormais. Je ne suis plus l’acteur principal de sa vie mais je jouerais le rôle secondaire du mieux que je le peux. Je lui dois bien ça. J’ai pu reconstituer le puzzle des circonstances de ma mort et je connais désormais la vérité. Je regarde l’enseigne de mon entreprise avec un soupçon de nostalgie. Ce nom, c’est moi qui le lui ai donné. Sören en connaît le secret. Mon ami, mon confident, celui qui m’a accepté tel que je suis et qui m’a fait grandir. En me laissant sortir avec sa sœur, il m’a offert le plus précieux des cadeaux : sa confiance. Je sais qu’il aime Ciara plus que tout au monde et me donner sa bénédiction m’a montré à quel point moi aussi je comptais à ses yeux. Je crois que c’était la première fois que je me suis senti aimé. Puis ma douce est arrivée et j’ai pu connaître ce que l’on ressent quand on vous aime de façon inconditionnelle. Si seulement j’avais fait plus attention, quel crétin.
Ils sortent tous les trois de mon ancien bureau. Bordel, ça fait un drôle d’effet quand même ! Sören, un sourire confiant accroché aux lèvres, devancé par Ciara et Léo qui se frôlent du regard…Respire, ça va aller Tom. Il faut que tu passes au-dessus de ça, fais-le pour elle. J’essaie de réciter le mantra que Lydia m’a appris, je me le répète en boucle depuis ces derniers jours. Il a le mérite de m’apaiser…un peu.
Mon ami prend la parole devant une assemblée suspendue à ses lèvres, il arbore d’ailleurs un drôle de sourire. Je le connais, il cache un truc, il est sur le point de faire une connerie. Et dire qu’il y a quelques mois, les discours, c’est moi qui les prononçais.
— Les amis, aujourd’hui nous accueillons notre nouveau directeur, Ole Tveit, mais je crois qu’il préfère qu’on l’appelle Léo. Comme vous le savez déjà, depuis son domicile, Léo a rattrapé le retard accumulé depuis quelques mois. Cependant, hors de questions de s’endormir sur nos lauriers, nous avons du pain sur la planche et allons devoir nous serrer les coudes pour les semaines à venir. Notre plus gros investisseur compte venir dans nos locaux prochainement. Inutile de préciser que je veux qu’il reparte non seulement avec le sourire mais en plus en ayant investi davantage.
Ponctué par un clin d'œil, Sören termine son discours et laisse la parole à celui qui vient officiellement de prendre ma place. Désormais, il ne reste plus grand chose de mon passage sur Terre.
Olé Tveit, quel nom merdique quand même !
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