Time to say goodbye (French Edition)
Chapitre 2
La rencontre
Léo
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« 'Cause she's so high
High above me
She's so lovely
She's so high
Like Cleopatra
Joan of Arc
Or Aphrodite. »
Shes's so High,Tal Bachman.
La main encore tendue, le sourire toujours accroché aux lèvres, je n'arrive pas à me défaire de cette vision angélique. Je crois que Ciara est une des plus belles créatures qu'il m'ait été donné de rencontrer.
— Je suis sincèrement désolé, je savais que ma sœur ne serait pas ravie de cette rencontre, mais j'ignorais qu'elle se comporterait de cette façon. Sören ne sait plus où se mettre, mais moi cela m'amuse.
— Ne sois pas gêné, tu m'avais prévenu. Je suppose qu'il va lui falloir un peu de temps avant de m'accepter.
— Oui, elle n'a toujours pas fait son deuil. D'ailleurs à ce propos...je sais que je t'ai demandé de conserver son poste mais elle semble réellement réfractaire quant au fait de reprendre le travail au sein de la boîte. Je pense qu'il vaudrait mieux songer à recruter une nouvelle assistante. Tu vas avoir du pain sur la planche et besoin de quelqu'un de compétent pour t'épauler. J'aurais vraiment aimé que Ciara te seconde, elle connait son job sur le bout des doigts mais...
— Laissons-lui encore un peu de temps. Qui sait, peut-être finira-t-elle par revenir d'elle-même ?
Et je l'espère sincèrement. La vie m'a offert une seconde chance et je compte bien la saisir. Et si Ciara fait partie de cette deuxième vie, alors soit ! Je ne sais pas si on peut parler de coup de foudre mais bordel, elle ne m’a pas laissé indifférent. Ses prunelles noires m’ont transpercées, ses cheveux longs et brillants tout aussi noir que ses yeux m’ont captivé. Cette fille m’a mis un coup dans le bide. C’est une beauté. Avec un sacré tempérament donc. Sören me sort de mes pensées.
— Comme tu le sens mais j'espère que tu es sûr de toi car cela pourrait prendre une éternité connaissant ma sœur. Une bière pour me faire pardonner son comportement ?
— Merci mais non merci, avec mon traitement je préfère ne pas prendre de risque et il n'y a rien à se faire pardonner.
— Excuse-moi mon ami, je n'y avais pas pensé.
— Y'a pas d'mal, ne t'en fais pas. On pourrait croire qu'il s'agit d'une contrainte mais je ne le ressens pas du tout comme tel. Je suis tellement heureux d'être vivant que je pourrais bien boire de l'eau salée tous les jours s'il le fallait.
Sören me sourit et nous laissons éclater des rires nerveux. Mon ami connait mon histoire et sait à quel point je suis reconnaissant de vivre enfin. Nous continuons la soirée en discutant de tout et de rien, multipliant les fous rires et prolongeant ce moment d'insouciance. Demain nous redeviendrons sérieux, mais ce soir, je veux juste profiter un peu.
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Tom
Je regarde mon ami de toujours tisser des liens avec un autre. Je devrais être content pour lui, au lieu de ça j'enrage. L'idée que ce Léo s'installe dans mon bureau, devienne ami avec mon meilleur ami, me donne envie d'exploser. J'ai le sentiment que cet imposteur grignote ma vie et ça me terrifie. Manquerait plus qu'il me prenne ma femme…
Je rejoins ma Ciara dans sa chambre, elle est bouleversée. Les yeux embués de larmes, elle s'accroche à la bague comme à une bouée de sauvetage. D'une main invisible sur son épaule j'essaie de la réconforter comme je le peux mais ses pleurs redoublent. Je crois que je suis mauvais pour elle, le problème est que je suis coincé ici et que je ne sais pas vraiment pourquoi. Tout ça est tellement injuste, je dois regarder ma bien-aimée souffrir sans pouvoir intervenir.
— Qui a dit que tu ne pouvais pas intervenir ?
— Ahhhh !!!! Mais d'où est ce que je sors ce cri moi ? Edvard Munch sort de ce corps.
— Quel cri viril !
— Mais bordel qui a dit ça ? Je cligne plusieurs fois des yeux car le petit bout de femme qui se tient devant moi ne peut pas être réel. Cela fait des semaines que je suis mort et je n'ai rencontré personne dans le même état que moi, si je puis dire. Soit je déconne à plein tube, soit les fantômes existent et je suis bien content de ne pas avoir été au courant de mon vivant. C'est quand même super flippant, non ?
— Qui…qui es-tu ?
— Ton pire cauchemar mouhahahaha...pardon ce n'est pas drôle.
— Non en effet, et vas-tu me dire qui tu es ? Pourquoi viens-tu hanter cette maison ? Je te préviens, je ne partage pas ma femme.
— Ok, déjà ce n'est pas ta femme.
— Question de point de vue.
— Vous n'étiez pas mariés et dois-je te rappeler que tu es mort ?
Je suis outré ! Quel odieux personnage ! La sale petite p...
— Je peux entendre ce que tu penses tu sais ?
— Peste ?
— On va dire ça.
— À part m'envoyer dans la tronche que je suis mort, chose que j'avais déjà remarquée, tu ne m'as toujours pas éclairé de tes lumières. Donc, je te le redemande, qui es-tu ? Que viens-tu faire ici ? Et surtout, d'où me connais-tu ?
— Ça fait beaucoup de questions mais puisque tu insistes je vais te répondre. Je suis l'ange de la mort et je suis là pour te faire passer de l'autre côté.
Je sens que mon Edvard Munch intérieur ne demande qu'à se manifester...
— Mais non détends toi je déconnais. Enfin pas totalement. Les anges de la mort c'est des conneries. Tu crèves, tu montes au ciel et puis basta. Sauf pour certains, ceux qui ne veulent pas partir, comme toi. En revanche, je suis bel et bien un ange et je suis là pour t'aider à passer de l'autre côté puisque tu t’accroches comme une moule à un rocher à ton ancienne vie.
— Je crois que j'ai du mal à respirer...je ne peux pas partir d'ici, elle va être toute seule si je la quitte. Je lui ai fait une promesse, je ne peux pas l'abandonner, je regrette.
— Écoute, je te comprends. Je suis passée par là moi aussi, mais le fait est que plus tu t'accroches à elle, moins elle réussira à tourner la page.
— Mais je ne veux pas qu'elle tourne la page.
— Et je suis là pour ça, petit égoïste. C'est justement mon rôle. Cela fait un moment que je t'observe, je ne voulais pas intervenir car normalement tu dois trouver le chemin par toi-même mais il arrive parfois que certains aient besoin d'un petit coup de pouce. Et comme j'en possède deux, mes pouces et moi nous voilà.
— Le chemin vers quoi ?
— J'ai envie de te répondre vers ton cul, je peux ?
— Mon Dieu mais quelle sorte d'ange es-tu ?
— Laisse notre père en dehors de ça veux-tu ? Il m'a encore collé une mission dont je ne voulais pas et sans vouloir t'offenser tu me fous le cafard, tu n'es pas vraiment un bout en train. Mais pour parler plus sérieusement et aussi parce que je n'ai pas envie de m'éterniser dans le coin trop longtemps, je te parlais du chemin pour trouver la paix intérieure, celle qui te conduira tout droit vers la lumière.
— Je...je crois que je ne suis pas prêt.
— Long le chemin sera.
— Merci maître Yoda.
— Lydia suffira.
— Lydia...tu es vraiment un drôle d'ange toi.
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Ciara
Quelle nuit épouvantable je viens de passer. Cela ne m'était plus arrivé depuis que je vis ici. J'ai rêvé de Tom toute la nuit. Ce matin, j'ai beaucoup de mal à me motiver pour sortir du lit. Heureusement que le bénévolat me donne de la force pour atteindre de nouveaux objectifs. Je regarde la pendule et suis soulagée de constater qu'à cette heure-ci, Sören est déjà parti travailler. Je ne saurais pas quoi lui dire ni même le regarder en face après mon attitude pitoyable d'hier. Il est vrai qu'il m'a prise au dépourvu et je lui en veux car je n'étais clairement pas prête. Mais je m'en veux encore plus, car ce Léo a réanimé mon cœur, pendant certes de bref secondes, mais des secondes de trop. Je repense à ce grand blond aux yeux d’un bleu presque irréel…je me met une claque mentale et dirige mes pensées ailleurs. Je n'ai pas le droit de faire ça à Tom. Je ne peux pas le trahir.
Arrivée devant l'hôpital, je souffle un grand coup. Ce n'est jamais facile de franchir ces portes mais bizarrement, une fois que je suis à l'intérieur, mon appréhension s'efface et je me sens bien. J'aime retrouver ces enfants. Leur pureté, leur joie de vivre, la façon qu'ils ont de s'émerveiller pour des petits rien, je crois qu'ils m'ont tout simplement sauvé. Je n'ai pas choisi cette association au hasard. Je rends visite aux enfants malades dont certains sont en attente de greffe. C'est parfois très compliqué de ne pas pleurer mais si eux sont forts alors je me dois de l'être aussi. C'est assez paradoxal, mais ces gamins me font un bien fou.
Depuis que j'ai reçu ce coup de fil insupportable m'indiquant que Tom avait été admis à l'hôpital dans un état critique, je n'ai cessé de me noyer dans une vague de mélancolie qui m'engloutissait un peu plus de jour en jour. Mais lorsque l'occasion de devenir bénévole s'est présentée, je n'ai pas hésité une seule seconde. Cela ne fait que quelques semaines mais je me sens mieux. Je me sens utile, à ma place. Dommage que je ne puisse pas venir plus souvent car entre les soins, les examens, les visites des familles, mes heures sont trop peu nombreuses à mon goût.
Quand je suis ici, je ne pense qu'aux enfants mais dès que je franchis les portes dans le sens inverse, le froid m'enveloppe à nouveau. Et je me rappelle.
Tom n'est pas mort sur le coup, à son arrivée à l’hôpital il était plongé dans le coma. Mon amour a vécu quelques heures avant de s'éteindre. Il m'a fallu alors prendre la décision la plus dure de toute ma vie. Mais celle-ci je ne la regrette pas.
Je n'ai pas envie de partir tout de suite de l'hôpital et de regagner la grande maison vide de Sören, je décide de passer par la cafétéria, histoire de prolonger un peu le moment. Le café des hôpitaux n'est pas le plus réputé, certes ! Mais il faut croire que je suis prête à boire du jus de chaussettes afin de reculer l'échéance de ma solitude.
C'est avec le liquide encore fumant dans la main que je me heurte à un torse.
Mais que fait-il ici lui ?
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Léo
Le regard furieux braqué sur moi, Ciara, que je reconnais immédiatement me dévisage. Je me prends sa beauté sauvage en pleine tête et je ne suis pas sûr du tout que cela soit au goût de mon palpitant tout neuf. Étant donné les embardés chaotiques que ce dernier se permet de faire dans ma poitrine, il semblerait que son ancien propriétaire et moi-même apprécions fortement la vue de ce petit bout de femme nerveux. J'en oublie même qu'elle vient de me brûler, dans tous les sens du terme.
— Ciara, je suis ravi de te revoir. Je suis désolé de m'être imposé de la sorte hier. Vraisemblablement tu ne t'attendais pas à recevoir de visite, alors je m'excuse, sincèrement.
Si au premier abord cette furie semblait vouloir m'arracher les yeux, son visage se détend au fur et à mesure que je lui parle. Ses yeux de biche me scrutent et semblent vouloir s'adresser directement à mon âme. Une adorable fossette se creuse sur sa joue lorsqu'elle daigne enfin me répondre :
— Je m'excuse également. Tu n'avais pas à faire les frais de ma mauvaise humeur. Tu es le nouvel associé de mon frère et j'aurais dû t'accueillir comme il convient. Le drame que nous traversons, tu n'y es pour rien. Repartons sur de bonnes bases, veux-tu ?
Ciara me tend la main en annonçant d'un ton solennel :
— Ciara, enchantée de te rencontrer. Mais je ne saisis pas sa main tout de suite. Ciara semble déstabilisée par mon geste, un petit "je vois" sort de sa bouche et je ne peux retenir un éclat de rire plus longtemps.
— Mais non, je te taquine.
Dégainant ma main avant que celle-ci ne décide de me faire faux bond, je lui réponds à mon tour que je suis enchanté et que je m'appelle Léo. Je souris à pleine dent et met un petit moment avant de capter que je lui tiens toujours la main et que je dois ressembler à un crétin.
Je consens cependant à la lui rendre et me force à sourire un peu moins.
— Alors, pourquoi es-tu ici ? me demande Ciara, gênée.
Je n'ai pas envie de lui dire que je sors d'une lourde intervention, s'il y a bien une personne chez qui je ne veux pas lire de pitié, c'est elle. Je décide donc d'omettre que j'avais rendez-vous pour un suivi de contrôle post chirurgical.
— Je suis venu rendre visite à un ami.
— Oh ce n'est pas trop grave j'espère ?
La façon qu'elle a de s'inquiéter pour le malade imaginaire me fait presque regretter mon mensonge.
— Ne t'en fais pas, une simple appendicite.
— Tant mieux...alors je vais y aller, il se fait tard et bientôt il n'y aura plus de bus.
— Je peux te ramener si tu veux ? A en juger par le panel d'émotions qui traverse son visage, Ciara doit être en plein monologue intérieur.
— Je ne ferai que te déposer, je resterai dans la voiture, ne t'en fais pas, la rassurais-je.
Comme si on venait de lui ôter un poids énorme des épaules, Ciara accepte que je la raccompagne chez elle. Fier comme un paon d'avoir gagné sa confiance, à défaut de faire la roue, je nous dirige vers ma voiture. Certains diraient que ma voiture est vieille, moi je dis qu'elle est vintage.
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Ciara
Enfermée dans ce vieux tacot, je ne peux m'empêcher de comparer la voiture de Léo à celle de Tom. Il était tellement fier d'avoir pu se payer sa première voiture neuve. Je regarde le paysage défiler à travers la vitre. Je me souviens combien j'appréciais ces moments avec lui. Les kilomètres défilaient sans que nous nous en rendions compte. Nous étions bien assis l'un auprès de l'autre. Nous roulions parfois sans but précis, l'important était d'être ensemble, tout simplement.
Je perçois le regard insistant de Léo et je décide de me montrer un peu plus loquace. Me souvenir de mon amour me fait encore beaucoup de peine mais il est temps pour moi d'arrêter d'en vouloir à la terre entière. Ce n'est pas moi et surtout, Tom ne le voudrait pas. Mon homme était un tendre. Il s'est fait tout seul comme on dit. Si Sören et moi avons eu la chance de naître dans une famille aisée, nous permettant de poursuivre des études, Tom n'a pas eu la même, lui. Il ne s'est jamais épanché longuement sur le sujet mais je sais qu'il est parti de chez lui une fois le bac en poche et a obtenu son diplôme à la sueur de son front. Mon homme était exceptionnel. Ne connaissant rien de sa vie d'avant, je n'ai pu contacter aucune personne lors de son décès. Cela peut paraître bizarre de ne rien savoir du passé de votre moitié mais je respectais cette partie secrète de sa vie. Tom et moi c'était bien plus que cela, nous avions une confiance sans limite l'un envers l'autre. Un raclement de gorge me sort de mes pensées mélancoliques mais le sourire en coin de Léo m'en dessine un en écho et à cet instant il me semble que mon cœur engourdi s'allège un peu de sa peine.
— Donc, commence Léo, au risque de me montrer indiscret, tu étais à l'hôpital pour ton bénévolat ?
Je dois faire une tête de six mètres de long car Léo éclate de rire et m'éclaire en me disant que c'est mon frère qui lui a confié cette information. — Oui excuse-moi, j'ai encore du mal à assimiler le fait que tu es lié à Sören. Bien sûr je comprends que ton statut d'associé a dû vous pousser à des confidences, toutefois, je ne suis pas encore très à l'aise pour parler de cela. Je sais juste que j'aime être avec ces enfants, ils m'apaisent. Je ne me l'explique pas.
Léo reste silencieux jusqu'à la fin du trajet et son rire enfantin ne cesse de raisonner dans ma tête. Quelle insouciance, je l'envie tellement. La mine enjouée et le regard espiègle, Léo m'atteint, du moins un tout petit peu. On croirait que rien ni personne ne pourrait entacher sa bonne humeur et c'est rafraichissant. Je crois que ce Léo fera un bon associé et je crois même qu'il aurait plu à Tom...et peut-être bien qu'il commence à me plaire à moi aussi.
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