Time to say goodbye (French Edition)

Elisa Mévan · Chapitre 6 sur 20

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Time to say goodbye (French Edition)

Chapitre 4

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Léo

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Le sale petit enfoiré, il l’a fait, il vient de révéler mon véritable prénom. Il savait que je ne voulais pas le dire tout de suite. Mon père, d'origine norvégienne, tenait à ce que mon prénom rende hommage à ses origines. Il aurait pu m’appeler Sven, Erik, Alexander ou que sais-je encore ? Mais non, il a fallu qu’il me trouve un prénom bien miteux avec une prononciation qui donnerait envie d'éternuer à n’importe quelle personne non scandinave.

J’essaie de faire bonne figure et de garder le smile, mais mes joues se sont échauffées dès l’instant où l’annonce du prénom vieux de Mathusalem a suscité l'intérêt de Ciara. Je sens son regard sur moi. J’ai le cœur qui tape fort dans ma poitrine. Elle sourit tellement qu’on voit ses dents. Cette garce a envie de se marrer. Je suis tellement heureux de lui provoquer cette réaction que ma gêne est écartée en un instant. J’ai les mains moites et ma voix doit contenir quelques trémolos car je ne suis pas habitué à prendre la parole devant un public, mais bon sang, qu’est-ce que je suis heureux ! Je termine mon discours sur une note humoristique au sujet de mon prénom qui ressemble à celui d’un meuble Ikea et tout le monde se marre, y compris cette brune au regard tapageur. Je crois que je suis bien parti pour gagner le cœur des salariés…et peut-être bien celui d’une en particulier.

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Ciara / Tom

 

« But darlin', just kiss me slow,

Your heart is all i own.

And in your eyes, you're holdin' mine. »

Perfect duet d’Ed Sheeran feat Beyoncé

 

Chacun a regagné son bureau, chaque employé a retrouvé sa place. Moi je suis assise devant mon ordinateur et la pile de dossier qui me fait face me semble insurmontable. Le moment d’euphorie étant passé, je me retrouve face à la réalité. Suis-je encore capable de travailler dans ces locaux sans Tom ? Il me manque, c’est aussi simple que ça. Je plonge ma main dans mon sac et en ressort l’écrin de velours. Un profond soupir s’échappe de mon être.

Son soupir me déchire les entrailles. Je sais que je dois faire quelque chose pour elle mais j’ai peur de sa réaction. Qu’elle craque au travail devant tout le monde est la dernière chose que je veux pour elle. Je m’approche lentement d’elle en lui disant que ça va aller, qu’elle est forte, que je crois en elle et que je suis fière d’elle et de son chemin parcouru. Que son courage est un exemple pour tous et qu’elle doit y arriver pour elle, pour Sören et pour moi. Parce que je serai toujours là pour veiller sur elle.

Petit à petit, ma respiration se fait plus lente et ordonnée. J’arrive à reprendre contenance et les larmes qui menaçaient de s’effondrer se sont asséchées. Une boule de chaleur m'inonde de l’intérieur et un bien-être s’installe progressivement. Je me sens mieux, je me sens bien. Je sers fort contre mon cœur une dernière fois l’écrin avant de le mettre à l’abri dans le tiroir de mon bureau et décide qu’il est temps de me mettre au travail.

Voilà, c’est ça ma belle. Tout en apposant mes mains sur ses épaules comme pour mieux la protéger, je lui susurre que tout ça, elle peut le gérer, qu’elle doit reprendre confiance en elle et en ses capacités. Ma douce se détend peu à peu. Elle est prête à reprendre du service. Je m’éclipse du bureau en emportant avec moi la vision de cette magnifique femme serrant le gage de mon amour contre elle.

Je crois que je viens de réussir ma première mission.

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Léo

 

Cette première journée va bientôt prendre fin. J'éteins mon ordinateur et prends le temps de contempler ce qui m’entoure. Malgré la fatigue qu’a généré le stress, je suis excité comme une puce. Au moment de refermer la porte de mon bureau, je m’aperçois que celui de Ciara est toujours allumé. Nous aurions dû nous retrouver dans le courant de la journée pour faire un point tous les deux, mais je lui ai laissé le temps de reprendre ses marques. Je n'ai pas voulu me montrer intrusif mais demain, il faudra commencer à se mettre sérieusement au travail. Et puis je suis impatient de faire plus ample connaissance avec elle si je dois être honnête. D'ailleurs, il se fait tard et je voudrais l’inviter à manger un morceau. Je prends mon courage à deux mains et toque à sa porte. D’une voix douce elle m’invite à entrer.

Dieu qu'elle est belle ! Ciara a délaissé sa queue de cheval et son blazer noir un peu trop guindé. Ses cheveux sont désormais libres et encadrent son visage de poupée, les premiers boutons de son chemisier en satin violet sont défaits. Ses yeux de biche me scannent de haut en bas. Elle papillonne des cils quelques secondes avant de se ressaisir. Je crois bien que la teinte que prennent ses joues lorsqu’elle est prise en flagrant délit de matage est devenue ma couleur préférée. Tout en se levant de son bureau, Ciara croise les bras sur sa poitrine généreuse et me demande si j’ai besoin d’un coup de main. Pas sûr qu’elle apprécie ce que j’ai en tête en ce moment même…il faut dire que sa posture est sexy au plus haut point. Elle a retiré ses talons, ses jambes nues dévoilent une peau parfaitement lisse et satinée. Elle est parfaite. D’un raclement de gorge exagéré, Ciara me ramène sur Terre en un éclair.

— Léo, j’ai encore beaucoup de travail donc si tu as quelque chose à me dire, je t’écoute.

— En fait, je me demandais si tu ne voulais pas venir manger un morceau avec moi. Cette journée m’a épuisé mais j’aimerais bien fêter mon premier jour dans la boîte avec quelqu’un.

— Sören n’est pas disponible ?

Outch ça fait mal. Je croyais pourtant que le courant passait bien entre nous, mais il semblerait que je me sois trompé. Remarque, vu mon expérience avec les femmes… J’essaie de garder un ton jovial et détaché mais ce coup d’estocade m’a balafré le palpitant.

— Non, il est parti depuis déjà une bonne demi-heure, il avait un dîner de prévu mais je ne sais pas avec qui. Ton frère est d’ailleurs très discret à ce sujet.

Bon pas la peine de traîner plus longtemps dans le coin, je vais tenter de conserver le peu de dignité qu’il me reste.

— Bon et bien je te souhaite une bonne soirée, il faudra tout de même que nous nous entretenions sur quelques points. À demain alors !

— Attends, s’il te plaît. J’ai…je…en fait, j’ai été surprise par ton invitation. Cette première journée n’a pas été facile pour moi tu sais. C’était la première fois que je remettais les pieds à Rosebud depuis la mort de Tom. Je suis désolée si j’ai été sèche avec toi. J'accepte volontiers ton invitation, laisse-moi juste le temps de rassembler mes affaires et accessoirement de mettre des chaussures.

Mais quel âne ! J’ai envie de me gifler.

— Bien sûr prends ton temps, c’est moi qui suis désolé. Je me doutais qu’il te faudrait te réacclimater mais je n’avais saisi l’importance de cette journée. Si tu veux remettre à plus tard ce dîner, je le comprendrais tout à fait.

— Non, vraiment, j’ai envie de partager ce moment avec toi. Nous avons tous les deux vécu une journée particulière et je crois que nous avons le droit de relâcher un peu la pression, tu ne crois pas ?

Alors là ma jolie, ce n’est pas moi qui vais te contredire.

— Absolument, j’espère que tu aimes japonais, j’ai une de ces envies de ramen moi!

Un grand sourire aux lèvres, Ciara me répond qu’il s’agit de sa cuisine préférée. Décidément, cette femme est vraiment parfaite !

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Tom

 

Perché sur le toit de l’immeuble qui fait face à la bijouterie, je me repasse en boucle l’image de Ciara.

— Tu as donc réussi ta première mission, je suis vraiment impressionnée, je n’aurais pas misé un kopek là-dessus !

— Tes encouragements me vont droit au cœur Lydia, ta foi inébranlable en ma personne me donne envie de me surpasser.

— Combien de fois devrais-je te dire que tu n’es plus une personne ?

— Arrête avec ça, veux-tu ? Je t’ai dit que j’avais besoin de temps pour l’assimiler, pourquoi m’asticotes-tu de cette façon ?

— Je dois te révéler quelque chose de très important, il s’agit d’une information capitale. Mais je ne sais pas si tu es prêt à l’entendre.

— Je suis tout ouïe.

— Puisque tu insistes…tu parles comme une vieille mémé, c’est insupportable. Je dois avoir cinq cents ballets de plus que toi et pourtant je suis bien plus fun !

— Non tu es juste vulgaire, ce n’est pas la même chose.

— Et gna gna gna, rabat joie !

— Et sinon, avais-tu une réelle information à me donner ?

— Du tout Monsieur Bescherelle, je venais simplement te féliciter pour cette première mission.

— T’as une drôle de façon de féliciter les gens toi.

— Ok ok temps mort ! Je ne suis pas ta nounou, je ne suis pas là pour épargner ta petite “personne”. Je suis là pour t’aider à avancer et à passer de l’autre côté. Tu sais là où est ta place !

— Oh là tout doux Jolly Jumper7 !

— Arrête ça tout de suite !

— Arrête quoi ?

— D’essayer de faire de l’humour, non seulement tu n’es pas drôle mais en plus le personnage rigolo de l’histoire c’est moi !

— D’accord, je vois. C’est une épreuve de Dieu c’est ça ? Il t'a envoyé pour juger si j’étais digne d’aller au Paradis. Si j’arrive à ne pas t’étrangler le test est réussi, pas vrai ?

— Non vraiment, tu n’es pas drôle du tout. Efface-moi ce sourire niais de tes lèvres. Tu riras moins quand tu comprendras quelle est ta deuxième mission.

Connasse.

— J’ai entendu.

— Je sais.

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Ciara

 

Installés à la terrasse d’un restaurant japonais que je ne connais pas, j’écoute Léo me raconter le ressenti de sa première journée en tant que directeur technique. Ce grand blond aux yeux océan est à l’opposé complet de Tom. Tom était bâti comme un char d’assaut. Un peu plus petit que Léo et mat de peau, mon brun aux yeux noir ressemblait à un danseur de salsa. Léo est plus sec, plus nerveux. Pourtant, malgré ce qui les oppose, Léo me fait penser à Tom. Je ne sais pas, ces yeux pétillants de malice, cette façon de me regarder…est troublante. Je ne sais pas pourquoi je les compare, ils n’ont pourtant rien en commun.

— Je te lasse peut-être ? Excuse-moi je suis une vraie pipelette, je parle beaucoup trop. Ma mère me le dit souvent.

Le ton de sa voix se veut rieur, et comme pour appuyer mon ressenti, Léo dévoile un de ces sourires à couper le souffle. Cet homme est la joie de vivre incarnée.

— Non tu ne me lasses pas, au contraire. J’aime la façon légère que tu as de t’exprimer. J’envie ta nonchalance tu sais ?

Mais le sourire de Léo s’efface et soudain il se rembrunit. L’éclair fugace de douleur qui a traversé son visage était quasi imperceptible mais bien réel. Je crois que je viens de lui faire de la peine et cette idée me noue l’estomac.

— Pardonne-moi Léo, je ne voulais pas te blesser. Je sens que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Je suis sincèrement désolée, si tu as besoin de parler, je saurais t’écouter, tentais-je avec bienveillance.

Mais Léo se dandine sur sa chaise, mal à l’aise, le charme est rompu je crois.

D’une voix sans joie, il me répond que ce que je prends pour de la désinvolture est simplement une philosophie de vie, qu’il a appris à apprécier chaque jour comme s’il était le dernier.

Je pense qu’il me cache quelque chose mais ce n’est pas ce soir qu’il me confiera quoi que ce soit. J’ai tendance à penser que je détiens le monopôle de la souffrance et je viens de commettre la même erreur qu’avec mon frère.

— Ne t’en fais pas, la fatigue commence à peser c’est tout, je suis venu vraiment très tôt ce matin pour éviter tout le monde, se rattrape-t-il avec plus d’entrain.

Et comme si rien ne s’était passé, Léo revêt un magnifique soleil sur son visage.

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Léo

 

Je suis un abruti fini. Mais oui Léo vas-y, gueule-lui dessus tant que tu y es. Comment pourrait-elle savoir qu’il y a encore quelques semaines tu étais en convalescence à la suite d'une greffe cardiaque et que, jusqu’à ce jour tu as vécu une vie merdique. Et encore, que dis-je une vie ? Une survie ! Ma mère m’enfermait dans une bulle aseptisée, vivant dans la peur que mon cœur lâche trop tôt à cause d’une quelconque infection. Je faisais l’école à la maison et il était hors de question que je ramène un copain à la maison. C’est bien connu, les enfants sont porteurs de germes tueurs, du moins dans l’esprit de ma mère. De toute façon c’était vite vu, des copains je n’en avais pas. Sauf peut-être ceux de l’hôpital, qui étaient encore plus malades que moi. Combien n’en ai-je jamais revu hein ?

Je regarde ma montre et m’aperçois qu’il est déjà très tard. Je n’ai pas mes anti-rejets sur moi, indispensables si je veux conserver ce cœur en bon état de marche.

— Je suis vraiment désolée Ciara, je pense qu’il vaudrait mieux rentrer. Je ne pensais pas que ce repas prendrait autant de temps et puis demain on se lève tôt.

Son regard triste me pince le cœur, mais je préfère mille fois passer pour un enfoiré, que de lui avouer que je suis un faible sous traitement. Je me rattraperai Ciara, je te le promets.

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Ciara

 

C’est avec une boule dans la gorge que nous quittons le restaurant. En parfait gentleman, Léo règle la note. Aucun de nous n’ose regarder l’autre. C’est un gâchis monumental.

Je grimpe dans la voiture de Léo, toujours face à son silence pesant qui me ratatine sur mon siège. Le trajet s’est passé non sans un certain malaise et je suis soulagée de franchir le seuil de ma nouvelle maison. Malheureusement celle-ci est aussi vide que mon cœur à cet instant. Où se trouve Sören à cette heure-ci ? Remarque, il vaut peut-être mieux que je ne le sache pas. Toujours est-il que j’aurais bien aimé discuter avec lui. Je me démaquille et traîne sous la douche malgré l’heure tardive. Je repense à cette journée, à Léo, à son sourire, à cet air grave qui a traversé son beau visage. Je dois me rendre à l’évidence, Léo me plaît. D’ailleurs pas Léo mais Ole Tveit. Quel nom terrible, nous n’avons même pas eu le temps d’en discuter. Il faudra que j’en touche deux mots à mon frère, si un jour il daigne rentrer bien sûr. Il faut croire que mon frère lit dans mes pensées puisque je reçois un message de sa part.

Sö : Je ne rentre pas cette nuit, on se voit demain au bureau. Je t’aime, Sören.

Moi : C’est ce que j’avais cru comprendre, ne fais pas trop de folies de ton corps. Je connais le patron et figure-toi qu’il est intransigeant avec la ponctualité. Je t’aime aussi, Ciarinette.

Sö : Avoue que tu t’es fait violence pour ne pas alerter le FBI de ma disparition. Quant à mon corps…tu ne veux pas savoir :-)

Moi : Beurk !

Sö : Bonne nuit Ciarinette.

Moi : Bonne nuit Sö.

Eh bien, en voilà un qui sait se faire plaisir ! Et il est temps que je fasse de même…une bonne tisane à la camomille et au lit. Y’a pas à dire, je suis la nana de 24 ans la plus fun qui existe !

***

Le réveil fut une souffrance phénoménale. Je ne sais pas comment je suis arrivée au bureau mais je suis en un seul morceau. À peine le temps de sortir de ces portes d’ascenseur de malheur que je surprends les deux nigauds en train de tailler la bavette, un café fumant à la main. Les salops ! Ils sont frais comme des gardons pendant que je peine à garder les yeux ouverts et que mon tube d’anti cernes y est passé. Gardez vos sourires pour vous par la même occasion.

Je constate que mon frère n’a pas les mêmes fringues qu’hier et qu’il est rasé de près, malgré le fait qu’il ne soit pas rentré à la maison. Bizarre cette histoire, il faut vraiment que nous ayons une discussion entre quatre yeux nous deux.

Je leur passe devant à toute vitesse en décrochant un “bonjour à tous” aussi terne que mon teint ce matin et m’enferme dans mon bureau. Et puis, comme l’a dit Sören hier, un de nos plus gros investisseurs va venir nous rendre une petite visite et il faut à tout prix de quoi occuper ce gros lourd. Je ne l’aimais déjà pas quand Tom était là alors le revoir sans mon homme me rend encore plus nerveuse.

Voilà de quoi me remettre les idées en place. Je n’ai pas le temps de papillonner et dois cesser ce petit jeu avec Léo au plus vite. Et que diraient les autres ? Que je jette mon dévolu sur tous les directeurs qui passent ? Allez Ciara, coup de pied mental aux fesses, on se ressaisit, la récré est finie.

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Léo

 

Plus belle que jamais, Ciara sort de l'ascenseur avec une grâce qui lui est propre. Je suspends mon dialogue avec Sören pour la regarder traverser ce couloir et ne pas en louper une miette.

— Ferme la bouche, tu baves.

— Quoi ?

— A force de regarder ma sœur de cette façon, tu baves !

— Hein, non mais pas du tout. Tu dis n'importe quoi, allons dans mon bureau ou dans le tiens, je dois m’entretenir de quelque chose avec toi.

— Tu ferais mieux d’aller voir ma sœur, je ne sais pas ce qu’elle a mais de toute évidence, elle est contrariée et une Ciara contrariée, c’est mauvais. Très mauvais.

— Et pourquoi ce serait à moi d’aller la voir ? Tu es son frère, c’est toi qui dois prendre la première balle.

— Je ne suis pas la raison de sa tristesse. Mais mon petit doigt me dit que tu en sais plus que moi sur ce sujet.

Touché ! Je m’équipe de mon meilleur poker face mais le petit sourire en coin de Sören me dit qu’il n’est pas dupe.

— Bon ok, j’y vais.

— Bien sûr je vais croire que c’est une torture pour toi de passer du temps avec elle.

Je fais comme si je n’avais rien entendu et me dirige d’un pas incertain vers son antre. Je ne sais pas à quel moment ça a dérapé mais je dois à tout prix rattraper mon comportement d’hier soir. Ciara est encore fragile et je dois y aller pas à pas.

Je frappe à la porte et entre lorsqu’elle m’y invite.

— Comment vas-tu ce matin ? Tu es passée tellement vite que je n’ai pas pu te dire bonjour.

— Ah oui excuse-moi, je voulais vérifier le dossier de Monsieur Schuster.

Ses joues sont rouges, comme à chaque fois qu’elle est gênée et sa voix est partie dans les aiguës…elle est adorable ! Je décide de reprendre un air sérieux, hier elle me trouvait nonchalant, je ne peux pas me permettre de laisser cette image de moi. Surtout lorsque l’on sait le charisme qu’avait Tom. J’ai visionné des conférences où il est intervenu et j’ai du boulot si je veux reprendre le flambeau.

— Oui, Sören m’a briefé au sujet de cet investisseur. Il a été le tout premier et le plus généreux. Il ne faut pas le décevoir, je comprends.

— Oui, il y a de ça mais ce n’est pas tout.

Je sens qu’elle se renferme, quelque chose la met mal à l’aise et vraisemblablement ce Monsieur Schuster en est la cause.

— Un problème avec notre investisseur ?

Elle sursaute presque en entendant ma voix, perdue dans ses pensées.

— Non pas du tout, oublie ce que je viens de dire, il faut simplement que je me remette dans le bain.

Je décide de ne pas la brusquer mais je garde l’information dans un coin de ma tête. Je dois prendre mon courage à deux mains et mettre sur le tapis ce qui fâche…

— Ciara, je voulais discuter d’hier. Malgré la fin précipitée, j’ai été content de passer la soirée avec toi. Finalement, nous n’avons pas pu fêter notre première journée de travail mais j’aimerais me rattraper. Peut-être pourrions-nous organiser cela dans la semaine ?

— Écoute Léo, je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je me reconstruis lentement, je ne dois pas brûler les étapes. Tu as apparemment tes propres soucis et nous nous connaissons à peine. Rosebud doit passer en premier. Et je ne voudrais pas que notre rapprochement fasse jaser, tu comprends ?

Son ton est doux mais ferme, j’ai joué, j’ai perdu. Je me résigne avec la mort dans l’âme et lui répond :

— Bien sûr tu as raison, commençons par travailler ensemble. Nous verrons bien où cela nous mène.

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