Time to say goodbye (French Edition)

Elisa Mévan · Chapitre 11 sur 20

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Time to say goodbye (French Edition)

Chapitre 9

Un cœur pour deux ?

Ciara

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Sören m’a forcé à m’habiller et à sortir boire un verre. Je ne sais absolument pas ce que je fous là. Je me sens minable et je ne sais pas comment je vais tenir toute une soirée en le regardant droit dans les yeux.

— Salut la compagnie !

C'est le pompon de la cerise sur la Garonne ! Encore plus belle que d’habitude, Chloé débarque, un grand sourire aux lèvres. Elle salue Sö d’un bref baiser sur les lèvres et me claque une bise sonore sur la joue. Elle est forte, très forte. Même en lui en voulant au maximum, cette fille arriverait presque à me faire sourire. Mon traître de cœur est presque heureux de la voir. Je suis complètement déglinguée. Mais ce qui me tue, c’est Sören. Il n’a d’yeux que pour elle. Il s’est illuminé à l’instant où Chloé a franchi les portes du bar. Il est complètement accro.

— Alors Ciara, as-tu pris le temps de lire le livre que je t’ai prêté ?

Je me rembrunie sur le champ et lui réponds sur le ton le plus froid qu’il m’est possible d’adopter :

— Non pas eu le temps, excuses-moi mais mon travail est assez prenant. Une fois que je suis partie de l’entreprise, j’ai encore du boulot à la maison moi. Je n’ai pas autant de temps libre que toi.

Elle ne se départit pas de son sourire, malgré tout, un léger mouvement de recul et des yeux légèrement embués montrent que je l’ai blessée…et je ne sais pas quoi en penser. Parce que faire de la peine aux gens, ce n’est pas moi.

— Oui tu as raison, vous avez un grand projet sur le feu, tu dois être exténuée. Tu devrais tout de même essayer de prendre du temps pour toi, me répond-elle avec un brin de tristesse dans la voix.

Une chaleur m’inonde tout à coup, ma tête bourdonne et je sens comme un souffle balayer mon visage. Je suis enveloppée d’une bulle protectrice, je ressens la même chose que pendant le concert. On croirait qu’un deuxième cœur bat dans ma poitrine et qu’il essaie de se calquer sur le mien…en fait c’est l’inverse. C’est mon cœur qui s’emballe et l’autre qui tente d’apaiser le mien. Et ça marche. Jusqu’à ce que je croise le regard furibard de mon frère. Ses narines sont dilatées et ses yeux lancent des éclairs, je crois que pour la première fois de ma vie, je viens de décevoir mon frère. Il a le souffle court et on croirait qu’il mène lui aussi un combat intérieur. J’aimerais beaucoup claquer des doigts et rétrécir, rétrécir jusqu’à disparaître dans un trou de souris. Mes joues brûlent, doivent être cramoisies, je triture mes doigts et les malmène dans l’espoir qu’ils me sortent de cette situation. Je suis mal à l’aise, et pas qu’un peu. Là tout de suite, je ne me sens pas à ma place. Et Tom me manque.

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Tom

 

Oh non Ciara, qu’as-tu encore imaginée ? Elle est méconnaissable. Dès l’arrivée de Chloé, ses pupilles se sont réduits en deux fentes, tel un félin prêt à fondre sur sa proie. Est-ce-que ça m’excite ? Un peu je dois dire. Voir Ciara aussi combative n’est pas habituel.

Je fais taire mes pensées salaces et l’enlace de toute mon âme. À chaque fois que je l’étreins ou que je tente de lui faire passer mes émotions, je ferme les yeux et me concentre très fort sur chaque mot. Je pourrais presque entendre nos pulsations cardiaques qui se cherchent et se rejoignent. Une fois apaisée, je me concentre sur mon ami, mon frère. Sören n’est pas juste en colère, il a dépassé ce stade. Il est…surpris, choqué, déçu…tout ça à la fois ? Cette scène est surréaliste. Jamais je n’avais vu ce regard chez Sören.

— Allez mon ami, calme-toi. Tout ça est un malentendu. Il y a une explication au comportement lunaire de ta sœur. Ne t’emballe pas si vite. Mes mots accompagnés d’une main sur sa nuque semblent résonner dans son esprit car Sören relâche ses épaules et ses traits se détendent peu à peu.

— Dis donc, sacré caractère, celle-ci lorsqu’elle est jalouse !

Ah ! Il semblerait que Lydia ait décidé de s’inviter à la fête, il ne manquait plus qu’elle et ses sarcasmes. Toutefois, comme d’habitude, je suis heureux de la savoir près de moi. Ces moments auprès de Ciara sont toujours difficiles, mais avec Lydia à mes côtés, ils le sont de moins en moins, comme cette fois lors du pique-nique où je pensais devenir fou de chagrin. Sauf que ce ne fut pas le cas, grâce à elle.

— Elle n’est pas jalouse, elle est en colère parce que l’autre abruti ne lui a toujours rien dit. C’est un vrai sac de nœuds cette histoire.

— Elle pense que la nana de son frère se fait culbuter par son nouveau mec, elle est jalouse, CQFD tête de bite.

— Okkkay, ta poésie s’affine de jour en jour. Et je crois que je l’aime pour ça, mais chuuut ça reste entre nous.

Je rêve ou Lydia vient d’accompagner son merci d’un rire presque enfantin ? Cet ange me rend fou.

— C’est à cause de l’autre tâche tout ça ! Tout se passait bien entre Chloé et Ciara, si seulement il en avait assez dans le pantalon pour tout déballer à Ciara, on n'en serait pas là.

— Oh mais je peux te dire que d’après ce que j’ai vu, il a ce qu’il faut !

Je suis horrifié ! Elle ne vient tout de même pas d’insinuer qu’elle les a regardés jusqu’au bout dans la clairière ? Si ? Et pourquoi l’idée qu’elle ait pu le mâter et que ça lui ait plu m'énerve d’ailleurs ?

— Bien sûr que non petit pervers, je l’ai maté une fois…ou deux alors qu’il prenait sa douche.

— Dieu du ciel, tu m’as fait une peur bleue ! dis-je soulagé, mais pas tout à fait quand-même.

— Tu sais, il faudrait vraiment que tu arrêtes de mêler papa à ce genre de discussion. Je ne sais pas si tu es au courant mais cela s’appelle un blasphème, et lorsque tu devras passer de l’autre côté ça pèsera lourd dans la balance.

Mon Edvard Munch intérieur vient de se mettre en position fœtale tant il est terrorisé. Je vais aller en enfer, c’est sûr ! Cette garce éclate de rire. Bien entendu, elle vient de se payer ma tête, encore. Je n’en peux plus d’elle.

— Si tu voyais ta tronche ! C’est à mourir de rire !

— Tu es tellement drôle, ma vie était si fade avant de te connaître. Tu sais quand même que j'avais une vie avant toi ? Dis-je ironique en levant les yeux au ciel pour plaisanter à mon tour.

Si ses yeux pétillaient de malice et son sourire illuminait son joli visage l’instant d’avant, son sourire se fige et Lydia fronce les sourcils ; en un éclair, elle disparaît de mon champ de vision, me laissant seul sur ces pains de C4 prêts à exploser. Elle ne croit tout de même pas que j’étais sérieux ? Si ?

— Oh bonsoir à tous, Sören je pensais que nous ne serions que tous les deux.

Ah, il ne manquait plus que cette tête de gland pour parfaire le tableau…il a intérêt à assurer et à se dépêcher d’éclaircir la situation parce que j’ai un ange furieux et apparemment vexé à retrouver…et je ne sais pas quoi faire de cette information.

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Léo

 

C’est quoi cette tension de dingue ? S’agit-il d’une embuscade ? Comptent-ils me dépecer en famille et cacher mon corps ? Ciara sursaute au son de ma voix. Cela à l’avantage de rompre ce contact visuel oppressant entre elle et son frère. Chloé à l'air de danser sur sa chaise, signe qu’elle aussi est légèrement mal à l’aise. Et sinon, quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que je fais là ? Je décide de m'asseoir sur la seule place de libre, c’est-à-dire à côté de Ciara. Le vent polaire qui émane d’elle est saisissant. J’ai bien compris le message ma belle, je te dégoûte.

— Alors…vous venez ici souvent ?

Nul, c’est nul mais je n’ai pas mieux.

— Oui, c’est vrai ça, comment avez-vous connu ce bar ? Chloé, aussi déphasée que moi, essaye de me soutenir dans ce pétrin fraternel dans lequel nous sommes impliqués à notre insu.

Ciara fixe son regard, tantôt sur moi, tantôt sur Chloé. Elle fait ce petit manège trois ou quatre fois, souffle un grand coup et se lève presque de façon théâtrale. Est-ce la Ciara qui a fait battre mon cœur ? Je ne crois pas.

Avant qu’elle ne puisse s’en aller comme si la simple vue de Chloé et de moi l'incommodait, Sören la retient par le bras.

— Tu arrêtes tout de suite ce comportement de petite fille gâtée. Tu vas t’asseoir et tu vas discuter avec Léo.

Quoi ? Moi ? Mais pourquoi ?

— Chloé et moi allons essayer de sauver le reste de cette soirée pathétique et quand tu seras prête, tu lui feras tes excuses.

Outch, ça fait mal. Prenant sa belle par la main, Sören s’en va du bar et me laisse seul, le dos trempé de sueur face à une Ciara rouge de colère…ou de honte, au choix.

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Ciara

 

Je viens de me faire une honte intersidérale. Je n’ose même pas relever la tête pour regarder Léo. Celle-là, je ne l’ai pas volée. Même si j’ai mes raisons et que franchement, quand on sait pourquoi j’ai agi de la sorte, c’était indigne de m’abaisser de cette façon avec ce comportement puéril. Malgré la pointe de mes oreilles qui brûlent comme si elles avaient été chauffées à blanc, je décide d’assumer mes actes, et surtout d’affronter Léo. Je relève la tête et mon cœur loupe un battement lorsque je croise ses prunelles azuréennes. Je ne peux m’empêcher de repenser à cet instant dans la clairière, où nos regards, voilés par le plaisir, se confondaient et se perdaient l’un dans l’autre.

Mon cœur, qui s’était mis en pause, décide de se réveiller et de jouer une petite cavalcade. J’essaie de me focaliser sur autre chose que ses yeux et concentre ma vision sur un autre point. Mauvaise idée. Peut-on trouver une pomme d’Adam sexy ? Le voir déglutir ne devrait pas me provoquer des tiraillements dans le bas du ventre. Je dois me rendre à l’évidence qu’il n’y a plus aucune logique qui existe lorsqu’il s’agit de Léo. Je suis tombée dans ses filets et je m’en veux d’avoir autant apprécié d’en être captive. Pire, je m’en veux de ressentir encore maintenant cette attirance pour lui. Finalement, c’est lui qui se jette à l’eau :

— Ciara, qu’est-ce que je fais là ? Tu n’as répondu à aucun de mes appels depuis ce week-end et je n’ai reçu aucune nouvelle de toi…mais je me doute de la raison de ton silence, dit-il à mi-voix.

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Léo

 

Heureusement que ce nouveau cœur est bien accroché car il tape beaucoup trop fort et beaucoup trop vite. Il tape pour cette femme qui me rend fou. De désir, de colère mais surtout d’amour. Elle est tellement belle que ça me flingue de la regarder.

Je ne peux pas penser que je la dégoûte, à la façon dont elle me regarde, on pourrait croire qu’elle est sur le point de me bouffer. Est-ce-que ça me dérange ? Pas le moins du monde. Est-ce que je suis complètement foutu ? Assurément. Mais bordel, qu’est-elle en train de faire de moi ? Si elle continue à m’observer de la sorte, je vais finir par la prendre sur la table devant tout le bar. Je me ressaisis, un peu, sans oublier que cette même femme m’a rejeté dès l’instant où elle a su qu’un coeur qui ne m’appartenait pas battait dans ma poitrine. Et ça me fait un mal de chien. A cette pensée mon palpitant s'emballe de plus belle. Putain. A ce rythme-là, nouveau cœur ou pas, il ne va pas faire long feu.

Je romps le charme de cet instant, le cœur lourd et avec une tristesse dans la voix que j’aurais aimé maîtriser davantage.

Ciara me coupe le souffle en me regardant droit dans les yeux, les siens brillants de larmes.

— Je suis au courant de tout Léo.

Mon cœur dégringole dans mon estomac. Alors c’est vrai, elle est vraiment au courant pour mon intervention et ne sais pas passer au-delà. L’entendre de sa bouche, et je ne pensais pas que ça soit possible, me fait encore plus mal. Je suis sans voix, elle m’a anéantie.

— Je suis extrêmement déçue de ta part. Je pensais que je comptais pour toi, je t’ai fait confiance et tu m’as trahi.

— Je te faisais confiance aussi. Je pensais qu’il était trop tôt pour t’en parler, que tu ne l’accepterais pas. J’avais peur que tu me rejettes et apparemment j’ai eu raison. De toute évidence, tu comptais plus pour moi que ce que je comptais pour toi.

— Comment aurais-je pu accepter cette situation me répond-elle blessée.

Est-elle sérieuse ? Elle joue vraiment les offusquées ?

— Que tu me fasses du mal passe encore, mais que Sören souffre, ça, il en est hors de question, rugit-elle.

Mais en quoi Sören devrait souffrir du fait que j’ai été greffé ? Parce qu’en plus elle croit que je vais couler l’entreprise ? Va-t-elle réussir à me rabaisser encore plus ?

J’ai tellement mal, que j'observe simplement ses lèvres bouger. Je n’ai même pas la force de répliquer.

— ...Chloé, pauvre Sören. Il me semble tellement amoureux, il va être dévasté lorsqu’il sera au courant…

— Attends, comment ça Chloé ? Mais ton frère est au courant pour Chloé ! m'écria-je.

Cette fille n'est pas nette ! Jolie certes, mais vraiment pas nette. Elle me regarde incrédule, et le rouge de honte laisse place au rouge de colère.

— Tu es vraiment un pervers ! Tu ne me feras pas croire que mon frère sait et qu’en plus il cautionne ! Tu n’es qu’un minable ! Jamais je n’aurais dû croiser ta route, jamais je n’aurais dû me laisser aller dans tes bras et jamais je n’aurais dû tomber amoureuse de toi. Me tromper avec Chloé…ou bien est-ce elle que tu trompes avec moi…

De quoi ?

— Répètes ce que tu viens de dire ? lui demandais-je totalement abasourdi.

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Ciara

Il se paye ma tête.

— Que tu trompes Chloé avec moi ?

— Nan, avant ça, dit-il en secouant la tête de droite à gauche.

— Que tu me trompes avec Chloé ?

— Nan, avant ça, continu-t-il avec le même mouvement de tête.

Je vais le tuer. Et puis, qu’est-ce que j’ai dit d’abord ? Je ne fais que vider mon sac, je ne sais pas vraiment ce que je raconte. Mais ça soulage ! J’ai beau chercher ce que…oh non je n’ai pas dit ça. Léo comprend que j’ai percuté parce qu’un sourire aussi solaire qu’insolent prend vie sur son visage. Et en plus ce sale gosse est fier de lui ! Après tout, je n’ai pas à avoir honte de mes sentiments, même si les révéler de cette façon m’intimide un peu.

— Que j’étais tombée amoureuse de toi ? avouais-je d’une voix incertaine.

Cette fois-ci Léo arrête de sourire et acquiesce de la tête, vivement. A ce rythme-là, elle va finir par se décrocher de son cou.

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Léo

 

Elle m’aime ? Moi ? Ole Gudmar Torun Léonard Tveit ?

— Que je t’aime, ne change rien au fait que tu m’as trompé.

Mais c’est quoi ces conneries ?

— De quoi tu parles ?

— Comment ça de quoi je parle ? Depuis tout à l’heure je te dis que je suis au courant pour ta liaison avec Chloé et tu as essayé de me faire croire que mon frère savait et qu’il était en accord avec cette situation.

Ok, je répète, c’est quoi ces conneries ?

— Je crois qu’il y a un malentendu. Ciara, je ne te trompe pas.

Comment le pourrais-je ? Je ne vois qu’elle, les autres n’existent pas.

— Tu nies maintenant ? Il fallait me contredire tantôt. Maintenant, je ne te crois pas !

J’essaye de garder mon calme, parce que putain, elle m’aime, mais elle croit aussi que je la trompe avec Chloé et je ne sais absolument pas ce qui l’a poussé à imaginer cette ineptie. Avec Chloé en plus, beurk !

Je tente une nouvelle fois :

— Ciara, je peux te jurer que je ne te trompe pas. Voudrais-tu, s’il te plait, m’expliquer pourquoi tu penses ça ?

 

— Je vous ai vu, dit-elle les larmes aux yeux. L’autre jour à l’hôpital, je suis passée dire bonjour à Chloé, et je vous ai vus, éclate-t-elle en sanglots.

Oh non princesse, comment as-tu pu croire une chose pareille ? J’attrape ses petites mains dans les miennes et lui demande de me regarder. Comment peut-elle arriver à me faire vivre autant d’émotions en si peu de temps ? D’anéanti, me voici surhomme.

— Ciara, je t’aime aussi. Je t’aime comme un fou depuis la première fois que je t’ai vu avec ton adorable pyjama aux motifs d’oursons. Jamais je ne pourrais te tromper et surtout pas avec Chloé, elle est comme une sœur pour moi.

— Alors pourquoi vous ai-je vu vous enlacer ce soir-là ? Et puis je ne savais pas que vous étiez aussi proches. Lorsque nous nous sommes vus au concert, c’est à peine si tu lui as adressé la parole.

Et merde. Belle, pas nette…et intelligente. Il est temps pour moi de jouer carte sur table, mais suis-je prêt à révéler tout mon jeu ?

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Tom

 

Bien ! Maintenant que cette couille molle à avouer ses sentiments à Ciara, je vais pouvoir retrouver mon petit ange qui s’est fait la malle. Heureusement que Ciara lui a mâché le travail sinon il en serait encore à ruminer dans son coin.

Je me recentre sur Lydia. Je ne sais pas du tout où a pu filer cette chipie. Je fais le vide dans ma tête et me concentre sur mon drôle d’ange. Je sais où elle est, je peux la sentir, je m’étonne toutefois du lieu qu’elle a choisi. Je décide que je peux partir, serein, et m’éclipse afin de retrouver ma charretière préférée. Maintenant qu’ils se sont avoués leurs sentiments, tout va bien aller. Non ?

 

***

« I'm a bitch, i'm a lover

I'm a child, i'm a mother

I'm a sinner, i'm a saint

And i do not feel ashamed

I'm your hell, i'm your dream

I'm nothing in between

You know you wouldn't want it any other way. »

Bitch, Meredith Brooks

 

— Que fais-tu ici Tom ? Tu ferais mieux de t’assurer que ton ex et son nouveau mec se remettent ensemble.

Assise sur le bord du toit de l’immeuble où j’ai l’habitude de me réfugier, mon petit ange balance ses jambes comme une enfant qui serait assise sur une chaise trop haute pour elle. Elle est adorable. Ses boucles blondes sont en pagaille, comme toujours. Le vent s'engouffre dans sa robe blanche et moule ses formes angéliques. Armée de ses converses montantes, blanches elles aussi, Lydia se remet sur ses pieds en un bond rempli de grâce. Cette femme est un paradoxe ambulant. Elle est tout à la fois. Femme, enfant, ange, démon, tantôt camionneur tantôt délicate, cœur de pierre ou cœur trop grand ? Je ne sais pas vraiment quand j’ai commencé à être attiré par elle, mais ce que je sais à présent, c’est que son absence se ressent, et que lorsque sa main se trouve dans la mienne, je me sens à ma place. Je n’ai plus mal, plus de peine, plus de colère. Je me sens bien, léger.

— La méchanceté ne te va pas au teint, Lydia. Je ne sais pas ce que j’ai fait ou dit pour te mettre dans cet état mais je m'en excuse.

— Ne te donne pas plus d’importance que ce que tu en as, me balance-t-elle durement sans me regarder dans les yeux.

À ces mots je souris. Je souris parce que je la connais bien maintenant, ma Lydia. Elle est honnête, parfois trop, et sa franchise peut déstabiliser. Mais lorsqu’elle a quelque chose à dire elle n’y va pas par quatre chemins, et j’adore ça. Mais ce que je sais aussi, c’est que lorsqu’elle te balance ses quatre vérités en pleine tronche, elle te regarde droit dans les yeux, sans ciller. Et là, ma belle manque de conviction.

— Toi tu en as pour moi, de l’importance. J’ai été égoïste, et je ne t’ai jamais remercié de m’avoir aidé et accompagné dans cette quête. Sans toi, j’en serais encore à penser que je suis lié à une bague de fiançailles…

Elle relève la tête vers moi, et ses jolis yeux verts me fauchent en plein vol. Sa petite bouche s’étire, je sais que les mots qui s'apprêtent à en sortir vont m’écorcher les oreilles, et je m’en délecte d’avance. J’aimerais tellement pouvoir lire dans ses pensées.

— C’est vrai qu’à l’heure qu’il est, sans moi, tu serais chauve à force de t’arracher les cheveux. Je ne l’ai pas fait pour toi je te signale, je l’ai fait parce que j’en avais marre de t’entendre chouiner.

Qu’est-ce que je disais ? La grâce et l’élégance incarnées… Je souris de plus belle, tout en me rapprochant, sans la quitter des yeux. Au fur et à mesure que j’avance, elle recule, mutine. Elle ne devrait pas faire ça, parce que ça éveille le chasseur qui est en moi, et imaginer cette beauté comme ma proie m’excite à fond et réveille une faim de loup…et je crève la dalle.

Acculée au bord de l’immeuble, cette petite démone attend sagement les mains derrière le dos, le sourire aux lèvres, lèvres que j’ai envie de dévorer. Je suis maintenant face à elle et mon cœur bat la chamade. Tandis que je la saisis par la taille, elle se dresse sur la pointe des pieds. Nous nous sourions, nous savons. Je me rapproche d’elle en douceur mais ma semi-remorque percute mes lèvres sans ménagement. On s’embrasse à en perdre haleine. Nos langues dansent un rock endiablé, aussi vorace l’un que l’autre, nous nous répondons par des gémissements suaves. J’empoigne ses fesses et Lydia accepte mon invitation en enroulant ses jambes autour de ma taille. Légère comme une plume, je frotte sa féminité contre mon érection de malade. Lydia exhale son plaisir encore plus bruyamment et ça m’excite davantage. De plus en plus vite et de plus en plus fort, elle monte et descend en prenant soin de cajoler aussi bien son clitoris que ma queue. Je vais exploser. Lydia, les joues en feu, penche sa tête en arrière et se délivre en un cri bestial. Putain ce que la jouissance lui va bien !

Lydia se remet sur ses pieds, les yeux encore brillants de luxure. Et tout en me bouffant du regard, descends ma braguette dont le bruit du zip a failli me faire éjaculer, se met à genoux en me lançant :

— À ton tour !

Je ne sais pas à quoi ressemble le paradis, mais s’il est comme la bouche de Lydia, je veux bien passer tout de suite dans l’au-delà.

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Ciara

 

Je ne sais plus quoi penser. J’ai tellement envie de le croire ! Perdue dans son regard suppliant, mes mains dans les siennes, Léo m’annonce :

— J’ai quelque chose à t’avouer. Je ne sais pas si cela te fera fuir mais j’ai bien compris que je devais être honnête avec toi. Sören et Chloé avaient raison, je ne peux pas construire une histoire solide et durable avec toi si nous partons sur des fondations bancales.

J’ai peur.

— J’espère que je ne te fais pas peur, dit-il en riant.

— Du tout…je t’écoute. Je suis prise entre l’envie de connaître les mystères qui entourent Léo et l’envie de faire la sourde oreille car j’ai peur d’être déçue. La politique de l’autruche a son charme non ?

— Fais-moi la promesse de ne pas m’interrompre avant la fin de mon histoire, tu veux bien ?

J'acquiesce d’un mouvement de tête, la gorge bien trop nouée pour émettre le moindre son.

— Par où commencer ? Bon j’y vais, dit-il nerveux. Je suis né avec une malformation cardiaque congénitale. Mon enfance a été ponctuée de traitements et d’hospitalisations. Ces enfants à qui tu rends visite, j’ai été l’un d’eux. Ma mère avait tellement peur pour ma vie, que je n’avais pas le droit de jouer comme les autres enfants, ni avec eux d’ailleurs. Je ne lui en veux pas, mais j’ai dû faire face à la solitude malgré moi. Je ne trouvais pas ma place dans la société, j’avais une furieuse envie de faire mes preuves. Faute de sortir faire la fête, je me suis lancé dans des études marketing. J’ai fait de nombreux stages et je me suis fait remarquer pour mon travail. Le problème, c’est que lorsqu’à la médecine du travail tu te ramènes avec un dossier médical aussi épais que la bible à même pas 25 ans, ça suscite des questions et surtout des craintes de la part de tes futurs employeurs. Alors j’ai continué les études…et les stages. Un jour, alors que je n’y croyais plus, j’ai reçu un coup de fil d’un certain Thomas Sinclair.

C’est un coup de massue. Alors c’est Tom, mon Tom qui a contacté Léo ? Voyant que j’encaisse l’information, Léo fait une pause dans son récit. Il se contente de serrer mes mains et de me regarder dans les yeux. Je suis bouleversée. Je savais que Tom avait fait appel à un chasseur de tête. Il cherchait la perle rare pour le seconder. Jugeant que la pause a assez durée, Léo reprend :

— Tom était emballé par mon profil, il ne comprenait pas qu'avec mon expérience, je sois encore sur le marché du travail. Je décidais d’être honnête et lui racontais mon parcours de santé. Cela ne l’effrayait pas, au contraire, il m’a dit qu’il me voulait dans son entreprise, à ses côtés, et qu’ensemble nous allions faire des choses grandioses.

Les larmes inondent mes joues face à ces mots. Je reconnais bien là la gentillesse et la bienveillance de l’homme que j’ai aimé. D’un mouvement de tête, je donne mon assentiment à Léo pour continuer.

— Tom étant pressé que je débute au sein de Rosebud, j’ai été mis en contact avec Sören qui devait me chapeauter sur les dossiers en cours. Le courant est tout de suite passé entre Sö et moi. Comme si nous avions été amis depuis toujours. Malheureusement, malgré la stabilité de la maladie depuis des années, mon état de santé s’est aggravé et le verdict est tombé. Mon temps était compté, seule une greffe cardiaque pouvait me sauver. Alors que j’avais perdu espoir, on m’a annoncé que j’allais recevoir un cœur. C’est ainsi que j’ai connu Chloé. Elle a été mon infirmière puis ma confidente.

Soudain, je blêmis. Ce n'est pas possible, c’est un cauchemar. Je fais un rapide calcul dans ma tête et le couperet tombe. Léo a reçu le cœur de Tom. Je me lève en trombe, renversant les verres au passage. J’étouffe, je dois partir d’ici. Sans me retourner, je sors de cet endroit maudit en courant, les larmes ravageant mon visage et mon cœur.

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Léo

 

C’est une catastrophe ! Pire que ce que je m’étais imaginé dans mes scenarii les plus sombres…elle m’a planté là, comme ça. Sans un mot, sans un regard. Depuis une demi-heure j’attends comme un con qu’elle revienne et qu’elle m’explique son attitude. Je dois me rendre à l’évidence, Ciara s’est tirée et ne reviendra pas. Je me suis bouffé les ongles jusqu’à la deuxième phalange, j’ai les yeux qui tentent de sortir de leurs orbites tellement les larmes me brûlent les rétines, mes cheveux tiennent droit sur ma tête à force d’y passer nerveusement mes mains dedans, y’a pas à dire, je dois ressembler à un junkie en manque d’héroïne.

Le cul vissé sur la banquette, je suis incapable de me bouger et de rentrer chez moi retrouver le peu de dignité qu’il me reste. Je ne sais pas l’image que je renvoie mais elle ne doit pas être bien flatteuse. Le bruit d’un SMS reçu me ramène sur Terre. Prenant mon courage à deux mains, c’est avec les jambes flageolantes et la nausée que je me décide à rentrer chez moi.

Sö : Ciara vient de rentrer à la maison. Elle s’est enfermée dans sa chambre et refuse de m’ouvrir. Elle a l’air choquée. Que s’est-il passé ?

Il se passe que ta sœur ne veut pas de la créature de Frankenstein. Je la révulse au point qu’elle n’a même pas pu me regarder en face. Pour moi non plus cela n’a pas été facile d’accepter que le cœur d’un autre batte dans ma poitrine. Attendre que la mort fauche un innocent pour me permettre de rester en vie est assez perturbant en fait. Tous les jours je remercie cette personne pour ce cadeau si précieux, et tous les jours je dois refouler la culpabilité d’être en vie.

Désolé Sö, ne m’en veux pas si je ne te réponds pas tout de suite. Je vais rentrer chez moi et tenter d’oublier toute cette merde. Si j’avais su qu’avoir un nouveau cœur me ferait aussi mal, je me serais laissé crever. Quel gâchis ! Ce cœur aurait été bien plus utile dans la poitrine d’un autre.

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