Toutankhamon - L'ultime secret

Christian Jacq · Chapitre 11 sur 78

Pages du PDF

Toutankhamon - L'ultime secret

Chapitre 10

 

 

Mark se rua au bar du Mena House et commanda un triple whisky. Il avait la gorge sèche et aurait volontiers frappé un bon moment dans un punching-ball. Toujours aussi irrité, il décida de prendre l’air en arpentant le plateau de Guizeh.

À la nuit tombée, des familles se regroupaient au pied de la grande pyramide pour déguster des gâteaux et goûter la tiédeur de l’air. On se racontait de bonnes histoires, on riait, on jouissait de l’instant présent. Quelques policiers débonnaires déambulaient, se plaignant de leur maigre salaire.

Mark ressentit l’énergie qui montait du sol. Effaçant la fatigue, elle rendait les jambes vigoureuses et leur donnait la capacité de marcher à l’infini.

Tourner autour des géants de pierre offrait une étrange expérience. Le promeneur eut l’impression de franchir le mur séparant son époque de celle des bâtisseurs et de communier, si peu que ce soit, avec l’âme des maîtres d’œuvre.

Chaque mot de l’entretien avec l’abbé Pacôme résonnait en lui comme un coup de tonnerre. Ce vieil homme au rayonnement indéniable n’était pas un plaisantin ! Bien sûr, il se trompait en se faisant l’écho de bruits infondés et dépourvus de sens. Mais comment étaient-ils parvenus jusqu’à lui ?

Mark se remémora les temps forts de son enfance et de son adolescence, auprès d’un père rigoureux et d’une mère lui passant tous ses caprices. Il fallait travailler dur à l’école, tenter de conquérir la première place et subir les réprimandes en cas d’échec. Mais il y avait les matchs de basket avec sa bande de copains, les goûters pantagruéliques et les vacances à la mer et à la montagne. Quand son père grondait trop fort, sa mère le protégeait. Et le petit homme se construisait jour après jour, mêlant efforts et joie de vivre.

Qui aurait pu rêver de meilleurs parents ? Pourtant, l’abbé Pacôme avait semé un doute insupportable. Et puisqu’il le mettait au défi de vérifier son invraisemblable théorie, Mark ne reculerait pas.

De retour dans sa chambre où avait été déposée une corbeille de fruits à côté d’un bouquet de roses, il parvint à joindre Dutsy Malone grâce à l’efficacité d’une opératrice.

— Comment vont les pyramides ?

— Indestructibles.

— Quand rentres-tu ?

— Je compte profiter encore un peu du paysage. Mais j’ai besoin de renseignements.

— Ça y est, estima Dutsy, tu es sur une affaire !

— Si l’on veut. Retrouve-moi au plus vite la trace d’un docteur nommé Jonathan Gatwick. S’il est encore vivant, utilise n’importe quel moyen pour lui faire avouer tout ce qu’il sait à propos de mes parents et de ma naissance.

— Tu es sérieux ?

— Très sérieux. Menace-le si nécessaire, mais qu’il parle !

— Quoi d’autre ?

— Renseigne-toi sur un certain bureau 303, annexe B, qui aurait existé à New York il y a une quarantaine d’années.

— Dans quel secteur administratif ?

— Aucune idée.

— Tu me prends pour Superman !

— Tu es beaucoup plus fort que lui et tu es payé pour ça.

— Qu’est-ce qui se passe, Mark ? Tu as une drôle de voix.

— J’ai un peu trop bu.

— Ça ne te ressemble pas. Aurais-tu des ennuis ?

— Ça dépendra des informations que tu obtiendras.

— Dis-m’en davantage, bon sang !

— C’est trop tôt, Dutsy, et je ne veux pas t’influencer. Tu délègues les dossiers en cours à tes assistants et tu te mets en piste. Je suis extrêmement pressé.

— Entendu, patron. Évite quand même de commettre des imprudences !

— Ce n’est pas mon style. Embrasse de ma part ton épouse et les petites.

En raccrochant, Mark regretta d’avoir entrepris cette démarche ridicule qui n’aboutirait probablement à rien. Au moins, il en aurait le cœur net et pourrait regagner New York en toute sérénité.

*

Malgré l’heure tardive, la gare du Pont-Limoun était encore remplie de voyageurs qui attendaient un train retardé et de badauds venus fumer une cigarette en évoquant les menus événements de la journée et se plaindre du gouvernement de Farouk, incapable de résoudre leurs problèmes quotidiens, de plus en plus pénibles à supporter. Les riches s’enrichissaient, les pauvres s’appauvrissaient. Et l’infinie patience du peuple avait ses limites. Mais existait-il un seul homme assez honnête et courageux pour briser le cours du destin ?

Hosni repéra Mahmoud qui lisait le journal du parti Wafd.

Autrement dit, les policiers en civil rôdaient dans le secteur.

De son pas lourd, avec une allure pataude, Hosni se dirigea vers un guichet, fit la queue et prit un billet à destination de la banlieue. Mahmoud avait plié son journal et allumé une cigarette.

Plus de danger.

Il pouvait faire son rapport à l’émissaire des Officiers libres.

— Que devient Mark Wilder ?

— Je ne m’étais pas trompé, affirma Hosni. Il s’agit bien d’un agent américain de première force, habitué à rompre les filatures. L’un de mes hommes le surveillait et l’a vu sortir à pied du Mena House en direction du Caire, comportement inhabituel pour un touriste. Il l’a donc suivi mais, quelques minutes plus tard, une voiture s’est arrêtée à la hauteur de l’Américain qui s’est rué à l’intérieur. Elle a redémarré à vive allure.

Mahmoud hocha la tête.

De fait, la stratégie de Wilder ne laissait subsister aucun doute sur ses véritables activités.

— As-tu relevé le numéro de la plaque ?

— Bien entendu, et j’ai demandé au service compétent d’identifier le chauffeur. Peine perdue, ça ne correspond à rien.

— En plus, une fausse plaque… Wilder est-il revenu au Mena House ?

— Le soir même.

— Sais-tu qui l’a ramené ?

— Malheureusement non. C’est l’un des employés de la réception qui m’a signalé le retour de l’Américain, mais il n’a pas vu la voiture qui l’a déposé. Le bonhomme ne sera pas facile à pister. Désires-tu que je renforce mon équipe de surveillance ?

— Non, il s’en apercevrait et prendrait des mesures radicales pour nous filer entre les doigts. Ce genre d’homme sait se débrouiller en milieu hostile, et il ne manque pas de contacts efficaces.

D’un talon nerveux, Mahmoud écrasa sa cigarette.

— Comment dois-je procéder ? s’inquiéta Hosni.

— Dispositif léger et discret, pas d’intervention directe. En revanche, s’il quitte l’hôtel avec ses bagages, tâche de ne pas le perdre et avertis-moi immédiatement.

Au fond, Hosni procurait d’excellentes nouvelles à Mahmoud. Pour la première fois depuis longtemps, ce dernier avait un espoir de sortir de la nasse où il se sentait enfermé. Encore lui faudrait-il agir avec une extrême prudence.