Toutankhamon - L'ultime secret
Chapitre 62
À 3 heures du matin, Ateya et Mark, comme tous les habitants de Louxor, furent réveillés par l’homme jouant du tambour et chantant une mélopée pour arracher les musulmans au sommeil et leur permettre de se nourrir avant le lever du soleil.
En raison de la chaleur de la nuit, impossible de se rendormir. Mieux valait préparer les bagages et regagner Le Caire en voiture.
Une vieille servante copte leur servit un petit déjeuner, et le curé qui les abritait leur procura une information importante.
— Une rumeur circule : dans un petit village, à une dizaine de kilomètres au sud de Louxor, on vient de faire une découverte extraordinaire concernant Toutânkhamon. Il y a eu tentative de vol, mais le trésor serait intact.
— Sait-on de quoi il s’agit ? demanda Mark.
— On parle de papyrus.
— Indiquez-nous l’endroit précis.
Le curé dessina un plan sommaire.
— Je trouverai, affirma Ateya.
L’appétit coupé, le couple quitta aussitôt la ville en direction de la campagne. Ateya conduisait prudemment une Peugeot en bon état.
À deux reprises, elle s’arrêta pour demander son chemin. Des paysans la renseignèrent et, alors que le soleil s’imposait après avoir vaincu les ténèbres, elle emprunta un chemin de terre bordé de jardinets.
Un policier lui ordonna de s’arrêter.
La jeune femme stoppa et descendit du véhicule.
— Je dois aller au village.
— Impossible.
— Pour quelle raison ?
— Un problème d’antiquités.
— Justement, je conduis un personnage officiel sur le site. C’est un expert américain qui doit examiner la situation.
— Ah… Allez voir mon chef. Il se trouve à l’entrée du village.
Le gradé interrogeait des fellahs.
Ateya l’aborda d’un air décidé.
— Je vous présente le professeur Wilder. Il vient constater l’étendue des dommages afin de rédiger un rapport à l’intention des autorités scientifiques.
— Moi, ça ne me concerne pas. Adressez-vous à l’inspecteur des antiquités. L’un des villageois vous conduira auprès de lui.
Ateya et Mark suivirent un paysan au visage fermé et au pas lent. Il sortit de la zone cultivée et pénétra dans le désert. Le sentier aboutissait à une baraque en ciment recouverte de tôles. Devant la porte, plusieurs personnes en grande discussion.
Parmi elles, l’inspecteur de Louxor qui avait autorisé le couple à visiter les tombes de Deir el-Bahari découvertes par Carter.
— Monsieur Wilder ! Quelle surprise… Vous connaissiez ce chantier ?
— On m’a parlé de fouilles récentes concernant Toutânkhamon.
— De simples rumeurs ! Mais nous venons de connaître un petit drame. Sur chaque site, nous assurons aujourd’hui une surveillance très stricte. Chaque trouvaille est soigneusement enregistrée et numérotée et, à la fin de la campagne de fouilles, les objets sont conservés dans un magasin comme celui-ci, gardé par des policiers. On obstrue l’accès avec des pierres et l’on pose des scellés. Ainsi, tout vol devient impossible. Et lors de la reprise des travaux, en présence des responsables, on vérifie que tout est intact. Cette fois, il y a eu un incident. Avant-hier, une femme et un gardien se sont querellés. Le panier qu’elle portait s’est renversé, et quelqu’un a aperçu des rouleaux de papyrus cachés parmi les courgettes. Ma hiérarchie m’a confié le soin d’inspecter ce magasin d’antiquités pour savoir si quelque chose avait disparu.
— À-t-on retrouvé cette femme et son trésor ?
— La police s’en occupe. Si vous désirez davantage de détails, allez voir le maire. C’est un homme très accueillant qui ne veut surtout pas d’ennuis. À mon avis, cette histoire de papyrus n’est pas sérieuse.
Le fellah ramena le couple vers le village.
À l’approche de l’aire où les ânes déversaient leurs sacs de céréales, un détail intrigua Ateya. Une dizaine de quadrupèdes, pourtant lourdement chargés, se tenaient immobiles et à bonne distance, comme s’ils refusaient de franchir l’espace les séparant de leur destination. D’ordinaire, ils n’avaient besoin de personne pour s’acquitter de leur tâche et trottinaient à leur allure, sérieux et ponctuels.
Une seule explication : un démon contrôlait le chemin, les ânes le redoutaient et attendaient de l’aide.
— C’est un piège, Mark. Il faut partir.
Surgissant de partout, des villageois les entourèrent.
Ils étaient armés de baguettes terminées par des pointes de fer et de hachettes aux lames plates. Rudimentaires, ces armes n’en étaient pas moins redoutables et servaient à éliminer l’adversaire lors de règlements de comptes entre clans. La police ne s’en mêlait pas, aucune enquête n’aboutissait.
Les papyrus avaient servi d’appât.
À présent, le couple était encerclé.
— Pourquoi cette hostilité ? demanda la jeune femme.
— Parce que cet étranger a déclenché la colère du Salawa ! éructa un édenté qui venait de fumer du haschisch. En le tuant, nous serons délivrés du mal.
— Tu te trompes ! Au contraire, cet homme combat le Salawa. Il le trouvera et le détruira.
Dans les rangs des agresseurs, un moment de flottement.
La colère de l’édenté explosa.
— Tu mens, parce que tu es sa complice ! Toi aussi, tu mourras !
Les armes se levèrent, menaçantes.
Mark n’avait plus qu’une seule carte à jouer.
Lentement, il exhiba le papyrus de l’abbé Pacôme.
Quand il posa le doigt sur le signe ânkh, il prononça le mot « vie », et le hiéroglyphe s’illumina. Croyant voir une flamme sortir du talisman, les fellahs se figèrent et lâchèrent leurs armes à l’instant où les ânes, affolés, se mirent à braire d’une manière tonitruante.
À une cinquantaine de mètres, le Salawa, dissimulé derrière le tronc d’un palmier, fut aveuglé. Terrassé par la douleur, il ne vit pas Ateya et Mark franchir le cercle des agresseurs et courir à toutes jambes vers leur voiture, sous le regard amorphe des policiers.
Cet incident ne les concernait pas.
— Elle démarre, constata avec soulagement la jeune femme qui ne ménagea ni l’embrayage ni l’accélérateur.
— Le monde moderne a tort de renier la magie, murmura l’avocat.
— Celle de Pacôme est particulièrement efficace, rappela Ateya.
— Je n’en doute plus. Direction Le Caire.