Toutankhamon - L'ultime secret

Christian Jacq · Chapitre 6 sur 78

Pages du PDF

Toutankhamon - L'ultime secret

Chapitre 5

 

Le premier moment de stupeur passé, Mark apprécia plutôt la situation.

— Vous parlez un anglais parfait, mademoiselle.

— C’est indispensable lorsqu’on exerce le métier de guide touristique. Je pratique également d’autres langues. Suivez-moi, je vous prie. Nous allons nous comporter comme un guide et son client, désireux de découvrir les richesses cachées du Vieux Caire, depuis le jardin du musée jusqu’au cimetière copte. Ainsi, personne ne s’étonnera de nous voir bavarder.

— Puisque vous connaissez mon nom, puis-je connaître le vôtre ?

— Ateya.

— C’est donc vous qui m’avez écrit et fixé rendez-vous à l’église Saint-Serge ?

— Non, monsieur Wilder.

— Alors… Qui est-ce ?

— Votre attitude suspecte m’interdit de répondre à cette question. Vous avez fait échouer le rendez-vous de 20 heures et je pense qu’il n’y en aura pas d’autre.

Irrité, l’avocat s’immobilisa et regarda la jeune femme droit dans les yeux.

— « Attitude suspecte »… Qu’est-ce que ça signifie ? J’ai pris au sérieux une lettre anonyme au contenu invraisemblable, j’ai suivi les instructions, et vous m’accusez de je ne sais quel méfait ! Avouez qu’il s’agit d’une plaisanterie stupide, et restons-en là !

Les yeux de la jeune femme flamboyèrent.

— Considérez-vous la vérité comme une plaisanterie, monsieur Wilder ?

— Quelle vérité ?

— Celle qui vous concerne.

— Ah oui, j’oubliais ! Savoir qui je suis vraiment…

— En effet.

— Cessez de vous moquer de moi, mademoiselle, et donnez-moi les véritables motivations du rédacteur de cette lettre.

— Vous connaissez mal l’Égypte, je suppose ?

— C’est mon premier voyage.

— Pourtant, à l’aéroport, un homme vous attendait.

— Comment le savez-vous ?

— J’observais la scène.

— Vous m’espionniez !

— Je n’avais aucune confiance en vous, monsieur Wilder, et j’avais raison. Posez-moi une question sur les églises chrétiennes, vite !

Du coin de l’œil, Ateya observait un moustachu, vêtu à l’européenne, qui s’approchait d’eux.

— Ce séjour de la Sainte Famille en Égypte, c’est sérieux ?

— Tout à fait. Il ne faudrait d’ailleurs pas parler de « fuite en Égypte », mais de retour aux sources. Le Christ n’est pas venu se cacher. Il a recueilli les enseignements des sages, transmis à l’Église copte qui les préserve au sein de ses sanctuaires.

La guide se lança dans une description de l’architecture des basiliques primitives.

Le moustachu s’éloigna.

— C’est un inspecteur chargé de surveiller les guides, expliqua-t-elle. Il m’estime compétente et rédige sur moi d’excellents rapports.

— Tant mieux pour vous ! L’homme qui m’a interpellé à l’aéroport s’appelle John Hopkins. C’est un vieil ami qui se trouvait là par hasard.

— Croyez-vous au hasard ? observa la jeune femme, souriante.

— Supposez-vous que John me guettait ?

— Quand vous le reverrez, demandez-le-lui. Que fait-il en Égypte ?

— Il a investi dans le coton. John est un négociant international qui réside là où les bonnes affaires l’appellent. Demain, il partira pour l’Inde ou la Chine. Mon cabinet l’aide lors de l’établissement de contrats complexes.

— Et vous ignoriez sa présence au Caire ?

— Bien entendu !

À son poignet droit, Ateya portait un bracelet formé de clés de vie en or. L’objet était un petit chef-d’œuvre, façonné par un orfèvre au talent exceptionnel.

— Où résidez-vous ? demanda-t-elle.

— Au Mena House. Je dispose d’une chambre immense et jouis d’une vue fabuleuse sur le plateau des pyramides. Aucune photographie ne peut rendre compte de leur puissance. Même si votre lettre était une farce, je ne regrette pas mon voyage.

— Avez-vous choisi votre taxi ?

— Non, il s’est présenté de lui-même. Il m’a posé cent questions et s’est imposé comme guide. Comme je le trouvais trop collant, je m’en suis débarrassé à la sortie de Saint-Serge.

— Vous a-t-il donné son nom ?

— Hosni.

— Cet homme appartient à la police politique du roi Farouk, chargée de suivre à la trace les étrangers.

— Mais… Je viens d’arriver !

— Un hôte du Mena House n’est pas n’importe qui et mérite forcément une attention particulière. En semant Hosni, vous risquez de sérieux ennuis.

« Dutsy n’avait peut-être pas tort, pensa l’avocat. Il existait des destinations plus tranquilles que l’Égypte. »

— Écoutez, mademoiselle, je ne veux être mêlé à aucune embrouille ! Ou bien vous vous expliquez, ou bien je rentre à New York.

— Faites donc, monsieur Wilder. Ainsi, vous ignorerez à jamais qui vous êtes vraiment et vous passerez le reste de votre existence à le regretter.

La gravité du ton impressionna l’avocat. Il avait une sorte de don pour déceler les affabulateurs et les menteurs. À l’évidence, Ateya n’appartenait pas à ces espèces-là.

— Dites-moi au moins si vous connaissez l’auteur de cette lettre !

— Je le connais.

— Et vous lui accordez votre confiance ?

— Je le vénère. Étant donné sa position, il doit rester hors d’atteinte et ne courir aucun danger. La présence de votre « ami » à l’aéroport et celle d’un indicateur de la police de Farouk n’ont rien de rassurant. Vous m’apparaissez comme un personnage dangereux, monsieur Wilder.

— Je vous répète que John est un vieil ami. Et j’ai été l’objet d’une surveillance comme n’importe quel étranger résidant au Mena House et partant seul à l’aventure dans les rues du Caire.

— C’est une vision très optimiste de la situation.

— Pourquoi ne serait-elle pas la bonne ?

— Parce que le hasard n’existe pas.

Perpétuellement sur ses gardes, Ateya ne cessait d’observer les passants.

— Dois-je vous fixer un nouveau rendez-vous ou vous abandonner à votre ignorance ? Après tout, vous préférez peut-être ne rien savoir.

— Vous excitez ma curiosité, vous exigez une coopération aveugle et, maintenant, vous me rejetez ! N’est-ce pas trop de cruauté ?

La jeune femme sourit de nouveau. Outre la perspective d’un entretien avec l’énigmatique personnage qu’elle vénérait, Mark avait envie de la revoir.

— Désirez-vous sincèrement connaître la vérité ?

— Je le désire, Ateya.

Elle prit un long temps de réflexion.

— Demain, à 20 heures, sortez du Mena House et marchez dix minutes en direction du Caire. Une voiture s’arrêtera à votre hauteur. Le chauffeur prononcera mon nom, vous direz : « Dieu vous bénisse », et il répondra : « Que la Sainte Famille vous protège ». Il vous emmènera voir l’auteur de la lettre, et vous découvrirez qui vous êtes vraiment.