Toutankhamon - L'ultime secret
Chapitre 43
Ateya emmena Mark chez l’abbé Pacôme qui désirait le voir d’urgence. L’érudit étudiait un papyrus de l’époque ptolémaïque dont les formules magiques écartaient les serpents, les scorpions et les démons de la nuit. Les anciens Égyptiens attachaient une grande importance à la protection du sommeil, période dangereuse pendant laquelle le dormeur traversait le monde souterrain avant de renaître avec le soleil du matin.
— Le chanoine Drioton m’a envoyé une lettre à ton intention, déclara l’abbé. L’administration du musée du Caire t’autorise à consulter les archives d’Howard Carter. Voici deux recommandations, l’une en français, l’autre en arabe. Un assistant conservateur t’attendra demain matin, à 6 heures. Surtout, ne sois pas en retard.
Ainsi, Drioton jouait le jeu. Carter avait probablement parlé des papyrus, il suffisait de consulter des papiers oubliés depuis longtemps.
— Il y a un prix à payer, révéla Mark : empêcher un plaignant d’accuser le roi Farouk de vol.
— Un jeu d’enfant pour un avocat de ton envergure ! Le roi t’en sera redevable, Pulli ne jurera plus que par toi. De solides appuis en ces temps difficiles.
— Connaissiez-vous l’existence de ces archives ?
— Jusqu’à notre dîner avec le chanoine, je les croyais définitivement disparues. Le musée du Caire est parfois un gouffre où de précieuses trouvailles s’évanouissent.
— Êtes-vous assuré de la sincérité de Mahmoud ?
— Qui peut accorder une confiance totale à un agent double ? Pourtant, il aime son pays et souhaite lui éviter une révolution sanglante. Comme les Anglais refusent de l’écouter et que toute démarche directe le condamnerait à mort, il est obligé de passer par toi. Si l’Amérique peut empêcher l’Égypte de sombrer dans le chaos, vous aurez fait œuvre utile, lui et toi.
*
Ateya et Mark passèrent une nuit enchanteresse, mais le réveil, à 5 heures, fut difficile. Le vent de ce début janvier était frisquet, et Mark aurait préféré jouir davantage de la chaleur d’un corps de femme amoureux.
Elle lui servit un café très fort, accepta de se doucher avec lui et l’incita à ne pas traîner.
En Orient, le temps n’existait pas, sauf pour un bureaucrate tatillon imbu de sa supériorité, surtout quand il recevait un solliciteur, étranger de surcroît.
À 5 h 55, Mark se présenta à l’entrée des services administratifs. À 6 heures précises, il fut introduit dans le bureau d’un moustachu au front bas, apparemment très occupé à consulter une pile de dossiers. D’un geste sec, il convia son hôte à s’asseoir. Sans cesse, des employés entraient et sortaient.
Une vingtaine de minutes plus tard, il leva la tête.
— Que désirez-vous ? demanda le moustachu.
— Merci de me recevoir. Le chanoine Drioton m’a donné ces deux lettres de recommandation.
L’avocat les remit au moustachu qui les lut attentivement.
— Ce sera difficile, très difficile, voire impossible.
— Je ne suis pas pressé.
— Il s’agit de difficultés techniques insurmontables. Mieux vaut éviter de perdre votre temps.
— Auriez-vous l’obligeance de me redonner les recommandations du chanoine ?
Ravi d’avoir remporté la partie, le moustachu s’exécuta.
Mark se leva.
— Je me rends au palais, annonça-t-il. Comme j’ai le privilège de travailler pour Sa Majesté, je l’informerai de la manière dont je viens d’être traité.
Le moustachu s’agrippa aux bras de son fauteuil.
— Asseyez-vous, je vous en prie !
— Désolé. Maintenant je suis pressé.
— Non, non, ne partez pas ! Je vous emmène chez le responsable des archives qui tentera de résoudre les problèmes. Suivez-moi, monsieur Wilder.
L’archiviste occupait un bureau encombré de paperasses et de dossiers. Le moustachu s’adressa à lui en arabe et, vu le ton employé, imposa la marche à suivre.
— J’espère que vos recherches seront fructueuses, monsieur Wilder, conclut-il, aimable et souriant. Pardonnez-moi, d’autres rendez-vous m’attendent.
La tête carrée, les yeux profondément enfoncés dans leurs orbites et les lèvres minces, l’archiviste ne semblait pas enchanté.
— Puis-je voir vos lettres de recommandation ?
— Les voici.
Le technicien lut lentement.
On lui apporta du café, il ordonna d’en servir à son hôte. Puis entrèrent un subordonné demandant des consignes, un ami de passage, un cousin sollicitant une aide financière et un autre bureaucrate à la recherche de gommes et de crayons. Des discussions croisées s’entamèrent, et l’on vida plusieurs petites tasses de café.
Sans se départir de son calme, Mark attendit que l’archiviste consentît à s’occuper de son cas.
— Pourquoi désirez-vous consulter les archives d’Howard Carter ? lui demanda-t-il enfin.
— Recherches personnelles.
— Il s’agit de vieux papiers dépourvus de tout intérêt.
— Sait-on jamais ?
— Vous pouvez croire en mon expérience, monsieur Wilder.
— Je ne la mets pas en doute, mais j’aimerais cependant les examiner moi-même.
Irrité, l’archiviste appela son second et lui ordonna d’emmener son hôte jusqu’à une salle où étaient entassés des casiers dont certains menaçaient ruine. Au centre, une table et des chaises. Mark fut invité à s’asseoir, et on lui apporta un nouveau café.
À l’issue d’investigations menées sur un rythme modéré, le second déposa sur la table des documents dans un triste état. Il s’agissait d’un carnet de fouilles d’Howard Carter et de notes diverses. Ces reliques auraient mérité un meilleur sort, mais l’avocat songea surtout à parcourir ces pages qui le mettraient peut-être sur la piste des papyrus de Toutânkhamon.
Mark ne vit pas s’écouler les heures, et personne n’osa le déranger.
Hélas ! aucun résultat et pas le moindre indice.
À l’évidence, Drioton connaissait ces archives et savait qu’elles ne contenaient rien concernant les papyrus. Aussi avait-il permis à l’Américain de les consulter.
Depuis les précisions données par Antonio Pulli, la situation évoluait. Drioton détenait forcément un renseignement important, et Mark était bien décidé à l’obtenir.