Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)

Chapitre XVIII

 

Impatience et joie exubérante de la reine.—Réaction de l’opinion publique

en faveur de l’exilé.—Fausse philosophie de d’Aiguillon: billet à Balleroy,

entretien avec Maurepas.—«Il n’y a rien perdu», le mot de Marie-

Antoinette justifié.—Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas.—La tâche de Mᵐᵉ

d’Aiguillon.—Voyage de Mᵐᵉ Du Barry: l’anecdote des «Entretiens de

l’autre monde».

 

«Il partira dans quelques jours», avait dit Maurepas à la reine. Or, Marie-

Antoinette n’avait eu de cesse que M. d’Aiguillon fût déjà sur le chemin de l’exil. Un courrier de La Vrillière était venu réveiller Maurepas: «Rien ne m’a plus étonné que l’empressement de la reine à savoir M. d’Aiguillon parti: il faut qu’on lui ait fait encore quelque noire méchanceté», écrivait à sa nièce la femme du ministre. Un autre émissaire avait couru chez la duchesse: «Que les ennemis du duc se rassurent, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, il est

parti ce matin[418]». Noble et fière réponse qui laisse pressentir avec quelle dignité la vaillante fille des Plélo s’efforcera d’adoucir pour son époux les rigueurs de la disgrâce.

Jusqu’au dernier moment, elle avait douté de la catastrophe: elle ne

voulait pas que leur ami Balleroy pût y croire: «Cependant, à tout hasard, lui disait-elle, je vous donne part qu’il n’en est rien, le roi ayant dispensé M. d’Aiguillon d’aller à son sacre, et lui avancé son voyage pour Veretz de huit jours.» Elle notait en passant que «le procès de M. de Guines n’était rien moins que fini, puisque Tort en appelait».

Marie-Antoinette exultait de joie: «Ce départ, écrit-elle le 13 juillet au

comte de Rosemberg, est tout à fait mon ouvrage. La mesure était tout à fait à son comble (l’avait-elle assez répété?). Ce vilain homme entretenait toutes sortes d’espionnage et de fort mauvais propos. Il avait cherché à me braver plus d’une fois dans l’affaire de Guines; aussitôt après le jugement (le 2 juin) j’ai demandé au roi son éloignement. Il est vrai que je n’ai pas voulu de lettre de cachet; mais il n’y a rien perdu; car, au lieu de rester en Touraine, comme il le voulait, on l’a prié de continuer sa route jusqu’à

Aiguillon qui est en Gascogne [419].»

Cette prétendue clémence n’était donc qu’un raffinement de vengeance

féminine. On en saura tout à l’heure le motif.

La persécution, si justifiable que le prétende le persécuteur, finit par

donner l’auréole des martyrs à ses victimes, fussent-elles les moins sympathiques du monde. Ce fut le cas de l’exilé. L’opinion publique réprouva un tel acharnement. Et Besenval le remarque d’un ton pincé: «Le sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion philosophique que les femmes, qui s’étaient érigées en législateurs, outrèrent, ainsi qu’elles outrent toujours à tort. On n’entendit que les mots

de [420] tyrannie, justice exacte, liberté du citoyen et loi».

Le public, note Belleval[421], blâma la sévérité du roi: «M. d’Aiguillon n’était pas plus coupable alors qu’en quittant le

ministère. Aussi lui écrivait-on que «la partie n’était pas perdue et qu’il y avait lieu de profiter de ce mouvement de l’opinion qui se déclarait pour lui». Il répondit qu’il était au-dessous de lui d’implorer sa grâce et qu’il laissait ses amis libres de faire pour lui ce que bon leur semblerait. La question de retour fut proposée et agitée; et la reine faiblit devant le bruit de la Cour et de la ville...»

A notre avis, Belleval, que sa chaude amitié incita peut-être à cette

démarche, s’abuse sur la prétendue «faiblesse» de la reine. La fille des Césars était trop férue de son autorité, trop absolue et trop pénétrée de la sûreté de son jugement, pour ne pas persister dans sa résolution, même en présence des protestations de l’opinion publique.

Puis elle se voyait enfin émancipée du joug de sa mère, et de plus, elle

avait conscience de l’infériorité intellectuelle de son époux. Comme une autre Marie-Thérèse, elle gouvernait déjà. Dans les deux lettres qu’elle écrivait à Rosemberg, cet ami d’enfance, elle affectait une indépendance d’allures et un ton d’autorité vraiment étranges: elle s’était constitué une petite cour «d’hommes aimables», et, de son boudoir, faisait marcher la machine gouvernementale: «Nous allons être débarrassés de M. de la Vrillière». Elle avait vu Choiseul à Reims et lui avait parlé, sans que le roi l’ignorât, mais assez adroitement pour n’avoir pas l’air d’en demander la permission au «pauvre homme» (elle appelait ainsi Louis XVI).

Marie-Thérèse, qui se plaignait déjà amèrement de la «vivacité, légèreté,

inapplication, entêtement» de sa fille, sent qu’elle lui échappe et ne peut retenir son indignation, surtout après la lecture de la missive adressée à Rosemberg, qu’elle n’avait «connue, disait-elle, que par tradition»:

«... Je l’ai fait copier, écrit-elle à Mercy, pour vous l’envoyer... J’avoue

que j’en suis pénétrée au fond du cœur. Quel style! Quelle façon de penser! Cela ne confirme que trop mes inquiétudes. Elle court à grands pas à sa ruine, trop heureuse encore, si, en se perdant, elle conserve les vertus dues à son rang! Si Choiseul vient au ministère, elle est perdue, il en fera moins de cas que de la Pompadour à qui il devait tout et qu’il a perdue le premier...»

A ces sinistres prédictions qui se terminent sur une révélation inattendue,

l’archiduc Joseph avait voulu joindre une sévère admonestation à sa sœur. Ce ne fut qu’un projet de lettre; mais le ton en était vraiment dur: «De quoi vous mêlez-vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d’en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l’un, etc..... Vous êtes-vous demandé une fois par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de

la monarchie française... Quelles études avez-vous faites [422]?»

Marie-Thérèse brûla le brouillon de cette épître quelque peu cavalière,

quoique fort sensée. Mais elle invitait Mercy à redoubler «d’assiduités» auprès de Marie-Antoinette: elle pressentait toutefois «l’éloignement» de son autre agent, l’abbé de Vermond: alors, gémissait-elle, «ce serait la perte totale de ma fille».

Au reste, la principale victime que l’impératrice-reine trouvait elle-

même trop rudement frappée, semblait accepter sa disgrâce avec un sang-froid et un détachement philosophiques trop beaux pour être sincères. Il

adressait, le 7 juin[423], ce billet au chevalier de Balleroy:

«Ce n’est plus à Veretz que je vous donne rendez-vous, mais à Aiguillon

où l’on m’envoie, sans que je puisse deviner la cause d’un traitement aussi rigoureux, auquel je ne devais pas m’attendre après les services que j’ai été assez heureux de rendre dans tous les genres depuis plus de quarante ans. Vous serez mal logé; mais je compte sur votre amitié. Vous tirerez mes

lièvres et mes perdreaux; et je les mangerai [424].»

S’il faut ajouter foi à certains passages des [425] Mémoires, dont l’éditeur

de 1792 affirme avoir «adouci» les termes, pour «ne pas offenser la reine dans une circonstance malheureuse», d’Aiguillon, avant de partir pour Veretz où il se croyait tout d’abord exilé, aurait eu, à Pontchartrain, devant Maurepas, l’attitude d’un homme découragé, aigri et devenu particulièrement amer. Il lui aurait dit toute sa lassitude de la vie combative qu’il menait depuis un an, son dégoût du parti de la reine capable de la compromettre et d’en faire une aventurière, sa pitié pour sa faiblesse à lui Maurepas. Et son bonhomme d’oncle de s’excuser: «Je ne suis qu’un lourdier et je traîne le timon; j’ai besoin d’aide... Aujourd’hui c’est Turgot dont le roi s’engoue, mais vous savez si l’engouement d’un Bourbon peut durer; mais tout cela ne durera pas, il faudra changer d’adjudant». Un rêve dont Maurepas donnait le mirage à son neveu pour le faire patienter et à sa femme pour avoir la paix! D’Aiguillon gagna l’Agenois avec la persuasion qu’il n’y resterait que quinze mois... «et voilà cinq ans!» dit le rédacteur des

Mémoires [426].

Si le duc ne se plaignait pas, prétend Belleval, Mᵐᵉ de Maurepas jetait

feu et flammes; elle gourmandait son mari, elle écrivait à Mᵐᵉ d’Aiguillon

lettres sur lettres et combien tendres, combien désolées[427]:

De Pontchartrain, ce lundi (12 juin 1775).

«Jugez de ma douleur, ma chère nièce; j’ai cru jusqu’à présent que votre

exil n’était que des propos. Je n’ai su qu’hier, après les démarches que M. de Maurepas avait faites, que ce n’était que trop vrai. J’espère que vous viendrez me voir ici. Que je suis fâchée de n’être pas plus jeune! J’irais vous trouver dans quelque lieu que vous soyiez; ne doutez jamais de ma tendre amitié; elle ne finira qu’avec ma vie.

Dites mille choses tendres pour moi à M. d’Aiguillon; il doit savoir

l’intérêt sincère que je prends à lui.»

 

Les «démarches» de M. de Maurepas! Nous avons vu plus haut ses

«conférences» avec la reine, d’après l’abbé de Véri. Or, la correspondance de Mercy les présente sous un tout autre jour. L’ambassadeur d’Autriche parle d’une «audience» que le ministre a demandée. Marie-Antoinette a bien traité Maurepas. Elle lui adresse les compliments que nous savons. Elle estime sa droiture en regard de la méchanceté et des intrigues de son neveu. Et le rusé courtisan se tut, ajoute Mercy, mais assura la reine de son

«respectueux attachement[428]».

Et quel était cet exil d’Aiguillon pour lequel Marie-Antoinette insinuait

que le duc «n’y avait rien perdu»?

Une lettre de la comtesse de Boisgelin à Balleroy[429] va nous le dire:

6 juin 1775.

«... On ne sait pour quel crime on traite le duc d’Aiguillon si

cruellement. Le public prétend que la reine s’en prend à lui de ce que le peuple n’a pas crié aux deux dernières revues. Vous ne croirez pas plus que moi que c’est la raison d’un traitement aussi dur...»

 

Et Mᵐᵉ de Boisgelin s’apitoyant sur la duchesse: «La pauvre femme se

désespère de ne pouvoir suivre son mari, puisqu’il venait de jeter en bas le château d’Aiguillon où l’on est à le rebâtir; et il ne reste pas même de quoi le loger seul avec quelques domestiques...»

On a vu avec quelle hauteur méprisante la reine affectait de traiter la

duchesse d’Aiguillon. La femme devait donc prendre sa part du châtiment infligé au mari. N’était-elle pas déjà prête, d’accord avec son époux, disaient les mauvaises langues, à «faire sa cour», elle aussi, à la châtelaine

de Saint-Vrain, qui lui offrirait, pendant une bonne partie de l’été [430], une hospitalité princière—digne remercîment de celle qu’elle avait reçue, à Ruel, de Mᵐᵉ d’Aiguillon, dans des circonstances que la reine ne pouvait oublier?

Pour de grands seigneurs habitués aux splendeurs de Veretz, la nouvelle

résidence imposée au duc était donc inhabitable. «Aiguillon n’était ni bâti, ni meublé!» déplore l’historien Moreau. Et la duchesse se lamente autant qu’elle s’indigne. La disgrâce qui vient de s’abattre sur son époux est d’une rigueur inouïe. M. de Maurepas, M. de Choiseul lui-même «dont le feu roi avait plus d’une raison de se plaindre» avaient été envoyés dans leurs terres, et lui M. d’Aiguillon est exilé à deux cents lieues de Versailles «dans un

endroit non bâti et où je ne puis pas aller[431]».

Elle y courut.

«J’ai su des nouvelles de votre arrivée par votre fille et par Mᵐᵉ de

Laigle, lui écrit, le 3 août, Mᵐᵉ de Maurepas. Vous devez avoir reçu deux lettres de moi. Vous êtes, à ce que l’on m’a dit, très mal logée avec toutes les incommodités possibles. Jugez de ma peine de ne pouvoir vous en tirer. J’espère toujours avant l’hiver pouvoir faire parler aux gens qui vous

tiennent éloignés sans aucun sujet[432]...»

Une correspondance très active, surtout de la part de la comtesse de

Maurepas, dut s’engager entre elle et sa nièce.

Les lettres de celles-ci, relatives à cette néfaste période, ne se trouvent

pas dans les archives Chabrillan qui en contiennent déjà si peu de la duchesse à d’autres époques. Ont-elles été détruites par Mᵐᵉ de Maurepas? Ont-elles disparu pour des motifs que nous ignorons? En tout cas elles ont existé: car celles qui subsistent de la comtesse répondent à des missives reçues, témoin celle où l’oncle fait savoir au neveu qu’il peut aller prendre, sans permission, les eaux de Bagnères, puisqu’il n’a pas de lettre de cachet. Et ce billet encore, si intéressant dans ses premières lignes, pour l’histoire de la disgrâce qui frappa le ministre de Louis XV.

 

Versailles, 22 août 1775.

«M. de Maurepas n’écrit pas à M. d’Aiguillon (toujours l’homme

prudent que hante la terreur du Cabinet noir) tant qu’il n’aura pas quelque chose d’agréable à lui mander, à l’égard des motifs qui l’ont éloigné; car il n’y en a point; il est difficile de les dire. Lorsque nous avons été à Bourges, je suis encore à savoir pourquoi; on dit que c’était pour des chansons dont nous n’avons jamais entendu parler. Il en est de même des discours que l’on vous prête qui seront bien prouvés qu’ils ne sont pas de vous.

... Si nous pouvons obtenir votre liberté, je crois que M. d’Aiguillon fera

bien de n’en point profiter cet hiver pour Paris: il sera encore question de la maudite affaire de Guines; et il serait à craindre qu’on ne le fît encore parler...

Il (évidemment Maurepas) a trouvé la reine avec la même résistance.»

En vérité, la comtesse fait un peu trop l’innocente. Elle ne pouvait

ignorer que son mari avait été bel et bien disgrâcié pour ces «chansons dont elle n’a jamais entendu parler», sinon pour le couplet qui fleurissait à l’excès Mᵐᵉ de Pompadour, du moins pour une infinité d’autres que le ministre récoltait par les soins de la police, quand il ne les composait pas

lui-même [433]. Et même, en dépit de l’âge et de la plus élémentaire prudence, il s’amusait encore à ces menues bagatelles. Il s’adressait plus particulièrement à l’entourage de la reine sur lequel il décochait ses traits les plus acérés. Il en déclinait hautement la paternité: sinon, dit Belleval, on l’eût «déchiré». Seul, d’Aiguillon était épargné; il est vrai que Mᵐᵉ de

Maurepas n’eût pas toléré que son neveu fût chansonné par son mari[434].

Parfois elle assaisonnait ses lettres d’un grain de philosophie; il fallait

bien revigorer un homme qui sortait de Bagnères et lui prouver, par un exemple familial, que l’exil, à l’occasion, peut devenir un brevet de santé:

«Vous savez, par mon expérience, qu’on peut vivre sans cela (la rentrée

en grâce). M. de Maurepas a été cinq ans sans pouvoir aller à Paris, et s’en est fort bien porté.»

La saine raison, l’énergie et le sens pratique de Mᵐᵉ d’Aiguillon devaient

exercer une influence salutaire, non tant sur la santé, qui resta toujours précaire, que sur le moral affaibli de l’homme politique, encore meurtri de sa chute. Tout manquait à ce château d’Aiguillon qui commençait à sortir des ruines de l’ancien. Et il fallait des prodiges d’économie domestique, pour assurer rapidement à la nouvelle demeure le grand air, la confortable opulence, l’attrait irrésistible et jusqu’aux aspects pittoresques de l’inoubliable Veretz.

La châtelaine entreprit cette tâche avec l’esprit de suite, le goût, la

persévérance qui la caractérisaient, s’inspirant toujours de cet orgueil du nom, mitigé d’une tendresse presque maternelle, dont le trait le plus saillant était de laisser croire que le maître et seigneur du logis était l’ordonnateur suprême de toutes ces magnificences. Elle, se réléguant de la meilleure grâce au second plan, n’était plus qu’une simple intendante, voire la fermière du château. C’est ainsi que nous assisterons, dans sa correspondance, aux efforts continus, aux développements successifs, aux améliorations progressives qui devaient transformer une propriété, négligée jusqu’à l’abandon, en un domaine prospère qu’allait ruiner de nouveau et bouleverser de fond en comble la tempête révolutionnaire.

Nous n’avons aucune lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, nous retraçant les

premières heures de ce que nous appellerions volontiers la période d’incubation, c’est-à-dire les travaux d’installation et d’aménagement qui suivirent l’arrivée des exilés dans les décombres du vieux manoir. Mais il fallait que l’ensemble en fût assez satisfaisant pour que les propriétaires en aient fait les honneurs, à deux reprises, pendant l’été et l’automne de 1775,

à la comtesse Du Barry[435].

Naturellement, la malignité publique s’empara de la nouvelle et la

grossit (sans jeu de mots) à plaisir. Nous en retrouvons l’écho dans un pamphlet du temps. L’ignoble auteur des Entretiens de l’autre monde fait dire à Turgot dans son Dialogue avec Louis XV: «Elle (la Du Barry) a déjà eu la liberté d’aller à son château de Luciennes. Il paraît que le duc d’Aiguillon en est toujours amoureux. Non seulement, pendant son dernier séjour à Paris, il n’a pu contenir sa passion, au point d’en devenir plus odieux à la reine et de se faire donner un ordre de se retirer dans ses terres de Gascogne; mais, souffrant trop d’être éloigné de cette beauté, il l’a engagée à venir le voir. La bretonne duchesse, accoutumée à ses infidélités, s’est prêtée à ce concubinage; et le bruit général est que Mᵐᵉ Du Barry est

grosse des œuvres du duc[436].»

Nous avons cru devoir transcrire intégralement cette infâme calomnie

dirigée contre Mᵐᵉ d’Aiguillon, parce qu’elle est la seule que nous ayons jamais trouvée à son adresse. Les pires ennemis du ministre, Marie-Antoinette elle-même, n’ont jamais écrit une ligne, ni dit un mot qui pût faire soupçonner la duchesse de la plus vile complaisance.

Quelques amis, plus fidèles au culte du souvenir qu’au souci de leur

bien-être et même de leur intérêt personnel, vinrent, à la fin de 1775, consoler les solitaires dans leur retraite d’Aiguillon; entre autres M. de Flesselles, qui devait finir si misérablement, le 14 juillet 1789, à l’Hôtel de Ville de Paris, comme prévôt des marchands. Les services qu’il avait

rendus, en dépit de quelques désaccords passagers [437], au duc d’Aiguillon, pendant les affaires de Bretagne, lui avaient valu l’intendance de Lyon, après celle de Rennes.