Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)
Appendice Ii Négociations Secrètes de Beaumarchais
APPENDICE II
NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS
Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour
le rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M. Robiquet a donné dans son Théveneau de Morande (Paris, 1882, p. 43) le récit de cette négociation:
«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la
recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison du terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry.
Beaumarchais accepta la mission délicate qui lui était proposée et se
rendit à Londres, en mars 1774, sous le nom de Ronac, anagramme de Caron.
Morande ne demandait qu’à se laisser corrompre. Dans les lettres qu’il
avait adressées au duc d’Aiguillon et à M. de Sartine, l’auteur des Mémoires secrets d’une fille publique avait lui-même fait son prix. D’après ce que raconte Dutens dans les Mémoires d’un voyageur qui se repose, il fut convenu, entre l’envoyé de Louis XV et le libelliste, que ce dernier supprimerait toute l’édition, moyennant une somme de 32.000 livres et une pension de 4.000, dont la moitié serait reversible sur la tête de sa femme.
M. de Loménie dit, nous ne savons sur la foi de quels témoignages, que
Morande ne toucha qu’un capital de 20.000 francs comptant; mais la Police dévoilée (de Manuel) et le Diable dans un bénitier (de Lafite de Pellepore) donnent le même chiffre que Dutens qui tenait ces renseignements de Beaumarchais en personne.
Quant à la pension de 4.000 livres, d’autres disent 4.800, c’était un
contrat de rente bien authentique.
Tous les exemplaires de la biographie de Mᵐᵉ Du Barry furent brûlés
dans un foyer à briques aux environs de Londres. On n’épargna qu’un seul exemplaire. Les feuillets furent coupés en deux moitiés: Beaumarchais garda l’une et Morande l’autre. Si l’ouvrage reparaissait, le contrat serait frappé de nullité...
... Le duc d’Aiguillon aurait bien voulu savoir quelles personnes de la
cour renseignaient Morande avec une perfidie et une exactitude si dangereuses pour le repos du roi. Mais le pamphlétaire ne livra pas des secrets qui faisaient sa force, et Beaumarchais affirme, dans un mémoire adressé à Louis XVI, qu’il refusa, de son côté, de «jouer le rôle infâme de délateur».