Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)

Chapitre XXI

 

Programme de fêtes pour 1778.—Quelques invités et habitués.—Balleroy,

toujours l’empressé commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du

jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie, «le vilain petit

homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.—Une lettre de

d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale; fêtes et bals.—

D’Aiguillon donne également ses commissions à Balleroy.—Il fait le juge

de paix au château.—Projets de mariage pour le comte d’Agénois.—

Marie-Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa résolution de ne plus

voir d’Aiguillon à la cour.

 

Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un solennel

adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique: il va s’enfermer un certain nombre d’années dans son domaine d’Aiguillon.

Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société

bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un sursaut d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son entrain des jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître, oisif et ennuyé, sevré aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les mouvements de la Cour».

Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que

n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet obligeant commissionnaire

[Pas d'image disponible.]

Cliché Lauzun.

Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle. Mémoires de P. Verdolin, édités

par M. René Bonnat 1907

 

qu’on n’avait pas mis depuis longtemps à contribution, expédiera à la châtelaine, soucieuse de s’approvisionner aux meilleures marques, des poudres parfumées, des vinaigres de rose, de sauge et de millepertuis,

achetés chez «notre ami Maille», fournisseur des têtes couronnées [490].

Des réponses arrivent. On attend Mᵐᵉ d’Esparbès «qui aime le jeu autant

que la dévotion». Les Flesselles ne peuvent venir. Et Desnos, l’évêque de

Verdun[491], vieil ami de trente ans, retarde son voyage de quelques jours pour assister aux débuts de Mᵐᵉ de la Muzanchère comme premier rôle dans

La Bohémienne[492].

Il n’est pas inutile de faire connaître cette dame, qui était veuve, comme

d’ailleurs son ennemie personnelle et rivale, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, née de Boisgelin de Cucé.

Le mari de celle-ci, d’une très bonne famille de Bretagne, ainsi que M.

de la Muzanchère, s’était montré, avec lui, un des plus chauds partisans de l’ancien commandant. Quant à sa femme, elle avait, comme nous l’avons vu, beaucoup de prétentions, mais son tempérament combatif la rendait insupportable.

Mᵐᵉ de la Muzanchère n’était guère plus traitable. Mais c’était une

amazone des temps héroïques, une manière de Lucrèce... à rebours, dont certaine aventure avait défrayé, pour la plus grande joie des curieux, les échos de la chronique scandaleuse.

On annonce un jour—en 1766 ou 1767—à Mᵐᵉ de la Muzanchère,

parente de l’évêque de Nantes, la visite de l’évêque de Saint-Brieuc, Monseigneur de Girac, fils d’un second président au bailliage d’Angoulême. Le prélat, qui avait trente-six ans à peine, était un mondain fort empressé auprès des dames et grand amateur de théâtre: c’était lui qui plaçait les billets pour les représentations de la Clairon. Fut-ce sous ce prétexte qu’il s’introduisit chez Mᵐᵉ de la Muzanchère, fort jolie femme et très séduisante? Toujours est-il qu’il la serrait de très près, quand soudain survint le mari. La jeune femme s’élance sur l’épée du gentilhomme, la tire hors du fourreau et va la planter dans la cuisse de son trop bouillant adorateur. On ne parla bientôt plus à la Cour que de cet exploit, d’autant que M. de Girac, après avoir été le grand ami de M. d’Aiguillon, en était

devenu un des plus acharnés adversaires[493].

La duchesse ne dit pas à son correspondant si Mᵐᵉ de la Muzanchère, à

qui le rôle de bohémienne devait certainement convenir, était aussi tragique au théâtre qu’à la ville. Elle ne lui donne plus de nouvelles qu’en juin. A

cette époque, la santé de son mari ne lui laisse plus d’inquiétudes [494]. Mais celle du chevalier s’est trouvée fortement atteinte. La duchesse l’invite à venir «se refaire» au château d’Aiguillon qu’il devait avoir déjà visité; car elle lui annonce qu’il «y trouvera bien des changements dans les constructions». Les travaux actuels sont exécutés par un «maçon» (entrepreneur) qui «a travaillé à l’Orangerie de Versailles et qui a fait tous les bassins de Veretz». A la fin du mois d’août on commencera la salle de

comédie [495]. La basse-cour ne lui donne pas moins de soucis que le temple consacré à Thalie et à Melpomène: «la mode est aux canards»; la duchesse

en aura bientôt une centaine [496].

Il est probable que le chevalier alla tuer, à cette époque de l’année, «les

perdreaux et les lièvres» du propriétaire d’Aiguillon, car la correspondance ne reprend qu’en décembre avec Balleroy, qui passa l’hiver à Paris.

Ses hôtes ne paraissent pas avoir pris un bien vif intérêt aux nouvelles du

jour: tout au plus quelques mots jetés de-ci de-là laissent voir qu’ils ne les ignorent pas. Ainsi la duchesse qui connaît ses auteurs et les cite à l’occasion, sans avoir la moindre prétention au bas-bleuisme, a su la mort de Rousseau:

«Jean-Jacques a fait à votre ami M. Girardin une grande galanterie en

allant mourir chez lui. Il manquait vraiment à son jardin anglais un tombeau; il en aura un véritable, puisqu’on dit qu’il le fait enterrer dans une île de son jardin, que sûrement il décorera de tous les ornements

convenables [497].»

Un procès du comte de Broglie, pendant au Châtelet, éveille dans l’esprit

de la duchesse un mouvement d’humeur: «Tant que ce vilain petit homme

existera, il tracassera et tourmentera son prochain [498]».

Un mot dans la même lettre sur un fait de guerre: «Je suis humiliée du Te

Deum [499] chanté à Versailles: c’est un ridicule pour la nation».

L’expédition d’Amérique trouvait, au surplus, la duchesse assez froide:

«—Je prends peu d’intérêt, comme bien savez, aux insurgents et pas

beaucoup plus aux Anglais [500].»

Le duc se prononçait plus catégoriquement, s’il faut en croire les

Mémoires publiés sur son ministère: «M. d’Aiguillon a toujours dit que c’était une faute que la guerre entreprise contre l’Angleterre en 1778, à la

sollicitation de Sartine (qui était alors ministre de la marine)[501]».

En ce moment où la France jouait une si grosse partie, l’ancien secrétaire

d’État aux affaires étrangères dut ronger son frein d’être confiné dans sa retraite d’Aiguillon. Se fût-il prononcé, s’il était resté au pouvoir, pour la politique de neutralité? Laissa-t-il voir aux siens son dépit de n’être plus employé? Nous ne pouvons que le supposer. Car le langage de la duchesse a pris un ton inaccoutumé d’amertume et d’aigreur, qui s’exhale à tout propos. Son pessimisme devient plus sombre encore, à la suite d’une escroquerie au jeu commise par le général Smitt à la table du roi et «du premier prince du sang». Le fait ne se présentait que trop souvent. «Il faut se flatter, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, que cette démence ne durera pas, et s’il y a quelqu’un à être tout à fait perdu, je souhaite que ce soit plus tôt que plus tard, afin qu’il ne soit plus question de jeu quand mon fils entrera dans le

monde [502].»

Précisément, à la même époque, venait de succomber en duel Adolphe

Du Barry, un neveu de la comtesse, que d’Aiguillon avait jadis nommé

cornette surnuméraire[503] de sa compagnie de chevau-légers, à la place de Pecquigny, devenu, par la mort de son père, duc de Chaulnes. Il écrivit à Mᵐᵉ Du Barry cette lettre de condoléances, d’une correction parfaite, qui fait honneur à des sentiments de reconnaissance, dont se gaussait alors si

volontiers la nouvelle école des politiciens du temps[504]:

 

«J’ai bien imaginé, Madame la comtesse, que vous étiez aussi touchée

qu’affectée de la perte cruelle que vous avez faite; et je n’ai point voulu ajouter, à la douleur que vous en ressentez, l’importunité d’un compliment.

J’ai prié Mˡˡᵉ Du Barry (Mˡˡᵉ Chon) de vouloir bien y suppléer et de vous

renouveler dans cette triste occasion les assurances bien sincères de la part que je ne cesserai de prendre à tous les événements qui vous intéressent.

Je me flatte que vous n’en doutez point et que je n’ai pas besoin de vous

répéter ma profession de foi à cet égard, dont vous devez être depuis longtemps convaincue de la vérité.

Mᵐᵉ la vicomtesse Du Barry est certainement fort à plaindre dans ce

moment, mais je connais trop bien votre tendresse pour elle, pour ne pas être persuadé que vous vous empresserez à adoucir son malheur et qu’elle trouvera auprès de vous les secours et les consolations qui lui sont nécessaires. Une amie telle que vous dédommage de tout; je désire que le triste spectacle qu’elle vous donnera et les soins que vous lui donnerez n’altèrent pas votre santé et qu’elle soit toujours aussi bonne et aussi brillante qu’on m’assure qu’elle l’est actuellement.

Conservez-moi toujours vos bontés, Madame la comtesse, et ne doutez

jamais de ma reconnaissance, de mon attachement et de mon respect.

L ’A .

Mᵐᵉ d’Aiguillon me charge de vous témoigner toute sa sensibilité. Aiguillon, ce 16 décembre 1778.»

 

L’année se termina sur une série de représentations dont Mᵐᵉ d’Aiguillon

salue les interprètes d’une critique assez dure et d’un mot quelque peu osé qui, depuis, a conquis son droit de cité dans les coulisses de nos salles de spectacle.

«Notre théâtre s’est ouvert hier par l’Épreuve (villageoise) et la Famille

extravagante; nos actrices qui sont Mᵐᵉ de Galibert et MMˡˡᵉˢ de Signac, de Fontette, Turpin et Notest (?) ont joué assez mal, surtout la première qui a joué comme un cochon. Vous le croirez aisément...»

Puis la duchesse donnait au chevalier sa liste de commissions: «... Faites-moi le plaisir de m’acheter l’Élite des Almanachs, un Recueil

général des costumes et des modes chez Desnos, rue Saint-Jacques (4 livres 10 sous) broché, le Bijou des Dames avec les nouvelles coiffures de 1778 et le Souvenir à la Hollandaise qui a pour frontispice les coiffures à la Belle

Poule [505] et à l’ Insurgent.»

Ce fut encore par des représentations théâtrales que les châtelains

inaugurèrent la nouvelle année, devant un public d’anciens amis venus de loin et de connaissances, toutes récentes, accourues des environs. Dès le 1ᵉʳ janvier, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne à Balleroy, après les compliments les plus tendres, le programme des fêtes...: «les nouvelles d’ici sont l’ouverture de nos théâtres... Dimanche, nos bals recommencent; vous êtes encore à temps

pour y venir danser une allemande[506]».

Et trois semaines après: «Nos comédies vont leur train; heureusement

nos acteurs n’ont pas été enrhumés... M. de Clairfontaine, en dansant un menuet avec Alexandrine, s’est cassé le tendon d’Achille; et lundi il s’est fait emballer dans sa voiture et a voulu retourner à Agen pour se

guérir[507]».

Elle-même a été souffrante; elle a sans doute maigri beaucoup; car on la

bourre de soupe, de chocolat et de salep: «Je prétends, réclame-t-elle, qu’on

m’empâte comme un dindon[508]». Mais, en vérité, elle n’a point le temps de s’occuper de ces misères: elle est fermière maintenant: «Je vous ferai manger des œufs, comme il n’y en a point, pondus par mes poules... et des canards élevés à la brochette par moi». Les travaux continuent: «le maître du château s’en occupe et s’en amuse». Mᵐᵉ Dubois de la Motte s’extasie sur «la beauté du teint et sur la gaîté» de M. d’Aiguillon. Mᵐᵉ de la Muzanchère qui vient d’arriver—c’était fatal—est, elle aussi, en bonne santé et paraît plus raisonnable. Elle lui apprend que le chevalier «a tout lieu d’espérer le cordon». On en parlait déjà depuis longtemps, «je souhaite

vivement qu’elle ait raison[509]».

Le duc se préoccupe également pour son ami de «ce beau ruban rouge»

et il désire que le chevalier le tienne au courant de ses démarches. Lui-même, à son travail de décembre, demandera la commission de capitaine pour M. de Montaigle (sans doute un intime du chevalier), mais il n’a pas le temps voulu; il faut qu’il attende l’an prochain. Balleroy est un correspondant précieux pour le duc comme il l’est pour la duchesse. D’Aiguillon le prie de s’arrêter à Veretz pour y jeter un coup d’œil sur les

travaux en cours et lui en parler quand il reviendra au château [510]; de

même, il le chargera un mois après d’un règlement de comptes[511] avec le duc de Fitz-James.

C’est un homme vraiment accablé de besogne que M. d’Aiguillon. A

peine a-t-il le temps de se remettre d’embarras gastriques, à force d’eau de Vals en bain et en boisson, qu’il est obligé de s’interposer de nouveau entre Mᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de la Muzanchère. C’est maintenant celle-ci qui devient intraitable, «malgré toutes les promesses qu’elles m’a faites à son débarqué de n’avoir aucune tracasserie avec personne, ni même de l’humeur. Elle m’a fait deux ou trois querelles d’allemand, sans rime ni raison et sur des sujets aussi importants que celui de la comédie qu’elle veut jouer sans acteurs... Je l’ai rembarrée fortement, afin qu’elle prenne son parti, ou de s’en aller, ou d’être plus douce et moins exigeante; et je lui ai déclaré que je ne lui passerais rien et lui ferais des corrections publiques sans ménagement, si elle m’y obligeait par ses incartades... Je ne m’en flatte pas, à moins que mon fils à qui elle fait les coquetteries les plus fortes et qui ne paraît pas éloigné d’y répondre, ne vienne à mon secours; mais il est aussi froid au moral qu’au physique et bien nigaud encore...»

Voudrait-il, par hasard, ce père aux mœurs faciles, ce galant seigneur qui

ne connut jamais de cruelles, que son fils se fît déniaiser pour calmer l’humeur belliqueuse d’une invitée encombrante?

Et puisqu’il parle de ce jeune comte d’Agénois, le seul survivant de ses

six enfants et si peu ressemblant à cet autre d’Agénois qui, lui, n’avait pas attendu le nombre des années, il remercie Balleroy de la réponse qu’il a faite à des propositions de mariage pour son fils et le prie instamment «d’y persister», si on remet la question en train avant son retour à Paris. «Continuez d’affirmer que j’ai moins de désir que jamais de reparaître à la Cour, bien loin d’en chercher le moyen ou le prétexte.» Oui, ses «résolutions sont invariables»; et son bonheur et son honneur exigent qu’il ne s’en écarte jamais. Aussi concluait-il sur cette péroraison qu’Horace eût pu lui envier, mais qui nous rappelle plus encore la morale de l’immortelle fable Le Renard et les Raisins. «... Mes bosquets sont effectivement charmants, mes terrasses charmantes, ma cour commence à se démasquer et à s’ouvrir, ma salle de comédie s’élève à vue d’œil... Il faudrait que je fusse bien fol pour troquer une aussi belle habitation où je jouis de la plus heureuse et de la plus complète tranquillité contre ma triste maison de Paris ou quelque coin de grenier à Versailles, où je serais continuellement

tracassé, persécuté et vilipendé[512].»

Ce mariage pour M. d’Agénois, était-ce celui auquel faisait allusion, six

mois auparavant, Mᵐᵉ d’Aiguillon, en ces termes: «Il n’est nullement

question du mariage de mon fils, et moins encore avec Mˡˡᵉ de Polignac[513] qu’avec personne. Je n’y ai jamais pensé. Chabrillan m’en a parlé quand il est venu ici, et, pour toute réponse, nous lui avons dit que nous n’y songions pas».

Il s’agissait cependant de Mˡˡᵉ de Polignac. On en avait discrètement

causé.

Mais le bruit avait fait du chemin; et la Correspondance secrète le

recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779.

Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse

Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari.

—Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la

volonté de la reine sera la mienne.

En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous

avons signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de Mˡˡᵉ de Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre comme bru. C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des ivresses du pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres de la reine, marque de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer tirer quelque profit.

Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les

ennemis de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le

mariage de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc [514].

La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour

son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune d’Agénois, c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter, par des tiers, une démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte était en âge de se marier; mais il faudrait, pour favoriser cet établissement, que son père eût la liberté de reparaître à la Cour.

La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui

déclara, en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la comtesse. Elle ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en somme, le duc avait-il besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils? Ce n’était pas qu’elle eût la moindre prévention contre ce jeune homme: au contraire, elle l’accueillerait avec bienveillance, quand il lui serait présenté, ne voulant pas l’envelopper dans la disgrâce paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de fleurs Maurepas. Le ministre, dûment chapitré par sa femme,

insistait dans l’intérêt de son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515].

Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se

souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre.