Vampireville

Ellen Schreiber · Chapitre 11 sur 17

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Vampireville

Le soir suivant, tandis que je tournai…

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Fée gothique

 

Le soir suivant, tandis que je tournai le coin de Benson Hill, j’avisai une silhouette noire près du portail. Comme je n’étais pas du genre à me cacher, je remontai lentement le trottoir défoncé. Hors de question de me faire surprendre par Trevor ou Jagger.

Je reconnus bientôt une fée gothique aux longues mèches blanches et roses adossée à un arbre.

— Luna. Qu’est-ce que tu fais là ?

— Raven, dit-elle en venant à ma rencontre et en me serrant dans ses bras. J’espérais te voir, justement.

— J’ai rendez-vous avec Alexander, m’excusai-je.

— Je sais, mais je me suis dit qu’on pouvait se voir un tout petit peu.

— Je n’ai pas envie de le faire attendre…

Je me tournai vers le manoir. Il n’y avait pas de lumière derrière la lucarne.

— Juste un instant ?

Nous nous assîmes sur des pierres devant le portail.

— Trevor prépare un contrôle d’histoire. Je ne le reverrai pas avant le week-end. Jagger m’a dit qu’il t’avait parlé hier soir, avoua-t-elle.

— Il t’a dit où on s’est rencontrés ? demandai-je.

— Dans ta chambre.

— Il ne doit plus recommencer. Il pourrait effrayer ma famille.

— Tu as fait pareil avec Trevor. Tu t’es introduite dans sa chambre.

Un point pour elle.

— C’était différent. J’ai une réputation à défendre.

— Jagger est quelqu’un de spécial, expliqua-t-elle avec une pointe de fierté. Il m’a appris tellement de choses depuis que j’ai été transformée.

— De bonnes choses, j’espère…

— J’adore ton sac, dit-elle en effleurant la poignée de ma sacoche inspirée des Noces funèbres de Tim Burton. Je peux le voir ?

— Bien sûr.

Personne, pas même Becky, ne s’était jamais intéressé à mes vêtements et accessoires de mode. J’étais fière de partager cela avec elle.

Elle le mit à son bras et l’admira.

— Trop flippant ! J’adore !

— Merci. Je l’ai acheté sur Internet. Je peux t’en commander un, si tu veux.

— Je tuerais pour avoir le même ! Tu aurais des bonbons ? On a fini les miens hier.

— Il me reste des chewing-gums, je crois.

Luna tira la fermeture à glissière de mon sac.

— Fais attention, c’est un vrai foutoir, là-dedans, la prévins-je.

— Comme dans tout sac de fille qui se respecte !

Je me penchai en arrière et regardai les étoiles scintiller dans le ciel.

Luna trouva un paquet de Freedent. Elle prit deux chewing-gums et le rangea.

Qu’elle fouille dans mon sac ne me dérangeait pas. Je n’avais rien à cacher. Quoique…

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en sortant le miroir pliant de Ruby.

Mon rythme cardiaque s’accéléra.

— Tu n’as pas besoin d’un miroir, remarqua-t-elle en examinant le boîtier en plastique blanc et en suivant du bout du doigt les contours du R rouge.

— C’est un héritage, expliquai-je, peu convaincante.

— Ah bon ? s’étonna-t-elle. Il n’a pas l’air très vieux, pourtant.

Une Mustang déboucha soudain dans la rue et s’arrêta devant le manoir.

J’attrapai mon sac et le miroir et me précipitai vers la voiture.

— Matt ! Becky ! Vous allez bien ?

— Eh ! Raven, ça roule ? commença Matt.

— Salut, Beck ! lançai-je, tout sourires.

Luna se rapprocha de moi.

— Salut, Beck, dit-elle en souriant.

Becky eut un sourire forcé. Ma meilleure amie, normalement si gentille, me considéra avec dédain.

— Je croyais que tu voyais Alexander, ce soir…

— Oui, oui, j’y allais justement.

— On avait juste une petite discussion entre filles, intervint Luna avec enthousiasme.

Cela m’ennuyait. Luna n’avait aucune raison de rendre Becky jalouse.

— Bon, je ferais mieux d’y aller, bredouillai-je finalement. On se voit demain, Becky.

— Ouais.

Je m’écartai de la voiture. Luna me prit par la taille et fit signe à Becky.

Becky lui rendit son salut.

La Mustang s’engagea sur la chaussée sinueuse. Alexander m’avait mise en garde contre les véritables motivations de Jagger et Luna.

— Au revoir, Luna, dis-je en me dirigeant vers le manoir, alors qu’elle restait sur le trottoir.

Cette fois-ci, c’était à mon tour de disparaître.