Vampireville

Ellen Schreiber · Chapitre 7 sur 17

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Vampireville

L’appel de la maison hantée

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L’appel de la maison hantée

 

— Hé ! Becky ! Ça ne te dérange pas de t’arrêter une seconde devant la Pharmacie Paxx ? demandai-je à ma meilleure amie en sautant dans son pick-up.

— Matt nous attend devant les gradins, et je n’ai pas envie d’être en retard…

— Ça ne prendra que quelques secondes, la suppliai-je.

Ma vieille copine était aussi accro à son amoureux footballeur que je l’étais à mon vampire. Si je n’étais pas capable de comprendre sa dévotion sentimentale, alors qui le serait ?

— D’accord, finit-elle par accepter. J’en profiterai pour acheter des friandises à Matt ; il adore les rouleaux aux fruits rouges.

Il n’y avait pas si longtemps de cela, Becky et moi traînions devant la pharmacie et mangions rouleau après rouleau jusqu’à en tomber malades. Désormais, je serais absente des nouveaux souvenirs de Becky. Matt m’avait supplantée…

Je me tournai vers ma meilleure amie et notai qu’elle portait un pantalon à pinces et une chemise bleu ciel. J’avais toujours vu Becky en jean et en sweat-shirt large. Depuis quand avait-elle changé de style ?

— En plus, reprit-elle gentiment, ça nous donnera l’occasion de passer un peu de temps ensemble.

Becky avait raison. J’avais été tellement obnubilée par l’idée de contrarier l’union entre Luna et Trevor que j’en avais oublié de papoter avec Becky. De la regarder, même !

À présent que nous avions chacune un petit ami, nous n’étions plus dépendantes l’une de l’autre. Cela signifiait-il que nous n’avions plus besoin l’une de l’autre ?

— Ça fait une éternité qu’on n’a pas passé un peu de temps entre filles, acquiesçai-je.

— C’est vrai. On a des petits copains, et c’est super, mais notre complicité me manque.

— À moi aussi ! Il faut qu’on se réserve un peu de temps.

— Marché conclu, dit-elle en me tendant son petit doigt.

— Marché conclu, répétai-je en le crochetant avec le mien.

Pire encore que le fait de ne plus passer autant de temps qu’avant avec elle, je souffrais d’être seule dans les ténèbres, de ne pouvoir révéler à ma meilleure amie que notre ville grouillait de vampires.

— Si je te dis quelque chose, me promets-tu de n’en parler à personne, pas même à Matt ?

— Ça a un rapport avec le sexe ?

— Non, c’est encore plus secret que ça.

— Qu’est-ce qu’il y a de plus secret que le sexe ?

J’étais prête à m’épancher, prête à lui dire pourquoi mon petit ami ne sortait jamais le jour, prête à lui expliquer pourquoi Jagger conduisait un corbillard, pourquoi la fantomatique Luna était soudain apparue en ville.

Mais le visage poupon de Becky semblait si radieux que je ne pus me résoudre à souiller son monde si parfait. Pour elle, seuls comptaient désormais les tenues qu’elle portait pour aller au lycée et les bonbons qu’elle achetait à Matt.

— Shank nous réserve un contrôle surprise demain.

— Bah ! lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel. Tout le monde est au courant !

— Ah bon ? demandai-je, horrifiée. Mon talent n’est plus ce qu’il était.

J’étais accroupie dans le rayon vitamines et phytothérapie à étudier les compositions des remèdes de mère Nature et à remplir mon panier rouge de boîtes de vitamine C et de gélules d’ail, lorsque Becky me rejoignit avec plusieurs paquets de rouleaux aux fruits rouges à la main.

— Je croyais que tu te sentais mieux, s’étonna-t-elle.

— Je me sens mieux, mais je fais des réserves pour l’avenir.

— Des gélules d’ail ? Moi qui croyais qu’Alexander t’avait guérie de ton obsession des vampires.

— Je suis guérie, mais j’ai vu cette pub…

— En parlant d’Alexander, me coupa-t-elle, ça vous dirait qu’on se retrouve chez Hatsy’s après le match de ce soir ?

Comment pouvais-je dire « non » à ma meilleure amie alors que nous venions de nous promettre de nous voir davantage ? alors que nous avions scellé un pacte en croisant nos auriculaires ? Tant que je serais avec Alexander, tant que Trevor resterait chez lui alité, nous ne risquerions rien, me raisonnai-je.

— Oui, c’est une bonne idée. Je ne crois pas qu’Alexander ait déjà mangé chez Hatsy’s.

Becky et moi nous dirigeâmes vers la caisse. La vieille vendeuse était en train de lire un magazine people et ne nous avait pas vues, tandis que sa jeune assistante classait des photos.

— Les deux jeunes dont je t’ai parlé l’autre jour sont venus hier soir, racontait la vendeuse. Je crois que ce sont des cousins de la famille bizarre qui s’est installée dans le manoir de Benson Hill.

— J’ai entendu dire qu’ils ressemblaient à des cadavres ambulants, enchérit la jeune stagiaire.

— Et comment ! Je n’arrive pas à comprendre que les jeunes d’aujourd’hui puissent trouver ça beau de ressembler à un corps qu’on vient de sortir de son cercueil.

— Il paraît même que l’un d’entre eux conduit un corbillard.

À ce moment-là, la vieille vendeuse posa sa revue et me vit. Elle écarquilla les yeux comme si j’étais un fantôme.

— Je suis désolée, s’excusa-t-elle. Vous attendez depuis longtemps ?

— Une éternité ! répondis-je.

Jagger et Luna s’étaient donc fait remarquer en ville. En avaient-ils assez de se cacher ? Se moquaient-ils d’être repérés ou bien avaient-ils commencé à marquer leur territoire ?

Trevor et moi avions certes passé notre vie à nous sauter mutuellement à la gorge, mais je préférais que les jumeaux ne se mêlent pas de notre petit jeu. D’autant qu’ils ne comptaient pas se contenter de lui tordre le cou. Un mélange d’émotions se déversa en moi : protéger un habitant de ma ville d’un duo très dangereux, contrarier un plan visant à transformer un simple footballeur en fauteur de troubles importants, empêcher ma Némésis de devenir un vampire avant moi.

Je devais absolument donner ces gélules à Trevor. Jagger et Luna risquaient d’attaquer, ou plutôt de mordre, à tout moment.

Me faire passer pour ce que je n’étais pas, à savoir un vampire, était épuisant, mais aussi très amusant. Je me devais de mettre en pratique tout ce dont j’avais rêvé lorsque j’étais une simple gothique obsédée par Dracula : je devais manifester mon goût pour les ténèbres et mon aversion pour la lumière, nourrir une identité secrète, vivre comme une des leurs et non pas comme une vulgaire observatrice. Quant au reste, je devais me contenter de mon imagination : voler dans le ciel de Dullsville, vivre dans un repaire inquiétant, me blottir contre Alexander toute la journée dans un cercueil deux places.

Comme le soleil commençait à disparaître derrière la ligne d’horizon, j’enfourchai mon vélo et fonçai chez Trevor, ma pochette de chez Paxx soigneusement rangée dans mon sac à dos « Olivia Outcast ». J’avais déjà appelé Jameson pour le prévenir que j’aurais quelques minutes de retard. Il était crucial que je joue mon rôle à fond, que j’attende la nuit pour rencontrer Trevor, au cas où celui-ci informerait Luna de ma venue. Quant à la visite que je lui avais faite l’autre jour après le lycée, Luna conclurait peut-être à un délire provoqué par des médicaments trop forts. Mais, à présent que ma Némésis était en voie de guérison, j e ne pouvais plus prendre de risque ni leur donner la moindre raison de penser que j’étais encore mortelle.

— Je t’ai attendue toute la journée, me dit Trevor en m’ouvrant la porte.

Il portait un bas de pyjama à carreaux et une chemise de surf aux couleurs de la ligue sportive du Middle West, mais surtout, il avait bien meilleure mine que la dernière fois. La mauvaise nouvelle, c’était qu’il reprendrait très bientôt les cours ; la bonne, c’était qu’il n’avait pas encore été mordu.

— Je t’ai manqué ? demandai-je avec un sourire sucré.

— Oh ! je croyais que c’était Luna, lança-t-il, déçu. Merci, mais nous n’avons pas besoin de cookies à la chauve-souris aujourd’hui. (Il voulut refermer la porte, mais je la bloquai avec ma botte.) Tu veux que j’aille mieux ou tu préfères m’envoyer à la morgue ?

— Ai-je vraiment le choix ?

— Tu pourrais noter dans ton devoir la raison de la maladie de Trevor Mitchell. Ça tient en deux mots : Raven Madison. Je suis sûr que le ministère de la Santé a déjà entendu parler de toi, ajouta-t-il.

Je fis comme si je n’avais pas saisi ses remarques désobligeantes et j’entrai dans la cuisine repeinte en jaune tournesol. L’odeur de peinture fraîche était encore forte.

— J’ai entendu dire que tu avais reçu la visite d’une marchande de bonbons un peu particulière, commençai-je avec un sourire.

— Tu es jalouse, ma parole.

Je sortis de mon sac la pochette Paxx et la posai sur le granit de l’îlot central.

— Ma mère m’a déjà acheté des médicaments.

— Ce sont juste de petits trucs, histoire de remonter dans ton estime. De la vitamine C, des pastilles pour la gorge, des gélules d’ail.

— Des gélules d’ail ? Je vais avoir une haleine de restaurant italien.

— C’est excellent pour la santé de tes artères. Tu joueras encore mieux au foot.

— Tu as vu ma montagne de trophées ? Même à moitié endormi, je reste le meilleur, affirma-t-il avec arrogance.

J’étais à court d’options et de temps ; c’était le moment de lui sauter à la jugulaire.

— On raconte que c’est un puissant aphrodisiaque. Ça libère un parfum auquel les filles ne peuvent pas résister. Une histoire de phéromones… Mais bon, c’est vrai que tu n’as pas besoin de ça, ajoutai-je en me tournant vers la porte.

— Eh ! attends, lança-t-il en me rattrapant. Laisse-moi tout ça. (Il m’arracha le sachet des mains.) Ce n’est pas pour moi, mais pour les gars de l’équipe.