Vers le cœur de l'Amérique

Charles Wagner · Annexe

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Vers le cœur de l'Amérique

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CH. WAGNER

VERS LE CŒUR DE L’AMÉRIQUE

DEUXIÈME ÉDITION

PARIS

LIBRAIRIE FISCHBACHER

(SOCIÉTÉ ANONYME)

33, RUE DE SEINE, 33

1906

Published December 1st 1905.—Privilege of copyright in the United States reserved under the Act approved March 3d 1905 by Charles Wagner.

A Théodore Roosevelt

Au Président des États-Unis

magnanime et pacifique

A sa maison

au peuple des États-Unis

PRÉFACE

En allant aux États-Unis j’avais un but précis: me rapprocher du centre vital de ce pays afin d’acquérir une idée des ressorts intimes de son extraordinaire activité. Les observations que comporte un tel sujet sont de nature délicate. Un visiteur, réduit aux moyens ordinaires rencontrerait, pour les faire, des obstacles presque insurmontables. Ces obstacles m’étaient aplanis par un accueil tout familial. Je n’ai pas visité un territoire, j’ai fraternisé avec des âmes. C’est ce qui donne leur signification à ces impressions de voyage. J’ai été réduit, pour les écrire, aux seules ressources du souvenir, n’ayant pas eu le temps de prendre des notes. Mais, toutes fragmentaires qu’elles soient, c’était pour moi un besoin du cœur de les fixer. Je les offre aujourd’hui, en double hommage, à mes concitoyens de France et à tous ces amis d’Amérique dont je ne pourrai jamais oublier l’hospitalité cordiale.

Paris, décembre 1905.

PREMIERS TRAITS D’UNION

C’était en 1891. Je ne connaissais l’Amérique que très vaguement.

Pendant une visite que je faisais à Madame Blaze de Bury, je fus présenté à une jeune Américaine, bien connue dans son pays par ses beaux livres: Grace King, de la Nouvelle Orléans. Elle savait le français. Son esprit en travail et sur bien des points brouillé avec la tradition, s’intéressait aux questions morales et religieuses telles que je les présentais, pour les mettre en contact aussi intime que possible avec la conscience de ce temps. Nous eûmes, dans la suite, de longs entretiens; Grace King devint une auditrice fidèle de la salle Beaumarchais. Elle écrivit sur mon œuvre missionnaire dans une revue américaine. Avant de quitter Paris, elle me fit connaître Miss L. Sullivan, de New-York, qui, de même que son amie, se mit à fréquenter régulièrement nos réunions.

Rentrées dans leurs pays, ces deux jeunes dames ne cessèrent de m’écrire de temps à autre. Grace King me mit en rapport avec la Revue l’«Outlook»

et son fondateur M. Lyman Abbott, et traduisit ma Préface américaine à «Jeunesse», premier livre par lequel les éditeurs Dodd Mead et Co, de New-York, firent connaître ma pensée aux États-Unis. A ces noms, il convient d’ajouter celui de Mrs Worthington d’Irvington.

Lorsque en 1901, Miss Marie-Louise Hendee eut traduit «La Vie Simple»

pour la maison Mc Clure, Grace King fut chargée de faire précéder le livre d’une introduction biographique. Elle fit cette œuvre avec une exactitude d’informations et une grâce de style dignes de tout éloge. Sa préface, où se trouve l’histoire de ma pensée et une caractéristique de ma libre propagande de l’Évangile perpétuel, était comme un drapeau déployé.

Aujourd’hui que tant d’heureuses rencontres ont suivi ces premières connaissances, j’éprouve un grand bonheur à remonter à ces débuts. Un de mes regrets, en allant visiter les États-Unis, a été de ne pouvoir, faute de temps, pousser une pointe jusqu’à la Nouvelle-Orléans. Espérons que ce n’est que partie remise.

A partir du moment où «La Vie Simple» parut à New-York, chez Mc Clure, les points de contact se multiplièrent. Ce livre eut la bonne fortune d’intéresser les Américains, en répondant à leur compréhension de la vie et à plusieurs de leurs préoccupations présentes. Il me valut de leur part de nombreux témoignages de sympathie. Nos relations se bornaient là, et je ne songeais pas à les agrandir, en traversant l’Océan. Mais, pendant les vacances de 1902, le Président Roosevelt, par deux fois, d’abord dans un discours à Banghor, puis dans un autre au Temple maçonnique de Philadelphie, à l’occasion du 150me anniversaire de la réception de George Washington, dans la société des maçons américains, voulut bien signaler «La Vie Simple» à ses concitoyens, comme un traité pratique de bonne vie.

Si donc j’ai vu l’Amérique, si j’ai pu y faire un voyage inoubliable, je le dois à son grand Président. Il s’en faut pourtant que ce voyage se soit décidé d’un seul coup, et ait été préparé sans obstacle ni peine.

C’est là ce que je demande à exposer en toute brièveté.