Vers le cœur de l'Amérique
Premier Speech Anglais
C’est demain dimanche, me dit M. Mc Clure, le soir à la table de famille; je pense que vous voudrez bien prêcher dans notre petite église.—Oh non, fut ma réponse, je préfère écouter.
Le lendemain, après l’église, nouvelle question: Ne pourriez-vous pas nous faire un petit culte de famille, cet après-midi? Cette fois-ci, impossible de refuser, quelle que fût mon appréhension de faire mes débuts en anglais, même devant cinq ou six auditeurs.
Lorsqu’à l’heure fixée, je descendis de ma chambre au salon, je m’y trouvai en présence… d’une cinquantaine de personnes. Je dis à l’oreille de mon hôte: «Monsieur, votre famille est bien nombreuse.» Il y avait là un certain nombre de voisins, gens distingués et instruits, entre autres la bonne et si vraiment modeste Miss Gould, qui a su se faire aimer sur tout le territoire de la République. Mais il s’agissait bien de m’occuper du nom et de la personne de mes auditeurs! C’est peut-être la première fois de ma vie que j’eusse souhaité d’en avoir moins.
Il fallait bien me résoudre à leur parler. Tout en prenant bien garde à mon discours, dont l’allure chancelante devait rappeler les premiers pas d’un enfant, je hasardais de temps à autre un regard vers la figure de tel et tel auditeur en particulier. Oh surprise et bonheur! ils avaient évidemment l’air de comprendre. Visiblement ils suivaient l’idée, et je sentais ce quelque chose qui fait savoir à un orateur que l’auditoire saisit sa parole et se l’approprie.
La glace était rompue à partir de ce moment. Tout le monde, après ce discours, fut réellement charmant, rassurant. Pour moi, il eut la valeur d’un événement. Que de fois, en esprit, m’étais-je d’avance représenté cette première épreuve. Maintenant elle était derrière moi. Une lourde pierre m’était enlevée. Le doute sur la valeur de l’instrument indispensable dont j’aurais désormais à me servir tous les jours, faisait place à la confiance.