80 Notes de blanc

Vina Jackson · Chapitre 11 sur 16

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80 Notes de blanc

11. 80 notes

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80 NOTES

 

LA FEMME PORTAIT SEULEMENT DES CUISSARDES NOIRES ET UNE FINE CHAÎNE EN OR AUTOUR DE LA TAILLE. ELLE n’était plus de la première jeunesse, elle avait certainement une petite quarantaine d’années, mais, avec l’aide du sport et d’un bronzage étonnamment uniforme, on lui donnait facilement dix ans de moins. Seules les rides de son cou la trahissaient.

Les deux hommes étaient chauves – ou avaient le crâne rasé – et ils étaient bronzés eux aussi, comme s’ils venaient juste de rentrer d’une plage naturiste des Caraïbes. Ils étaient très costauds, et, de loin, on aurait pu les prendre pour des jumeaux. La femme avait été étendue sur un épais matelas en caoutchouc gris. Elle était légèrement sur le côté pour permettre à l’un des deux hommes de la prendre par-derrière pendant que, tête un peu levée, elle suçait avidement la queue de l’autre. Ses gémissements étaient orchestrés par le mouvement de balancier de sa tête, tandis que l’homme tenait ses cheveux et la faisait aller et venir sur son membre avec une régularité de métronome. Les hommes étaient sans pitié et la prenaient de manière mécanique, comme des athlètes parfaitement synchronisés, sans jamais manquer un coup de reins.

Je me suis immobilisée, bouche bée.

C’était animal mais terriblement beau, comme un ballet de chair, une danse des sens hédoniste.

J’étais arrivée au club en milieu de soirée : j’espérais convaincre Elle de me permettre de retrouver mes attributions au vestiaire et mon job de factotum. La colère que j’avais ressentie en voyant l’exposition avait disparu depuis longtemps, et je voulais tendre le rameau d’olivier. Je n’avais pas reconnu le videur à l’entrée, mais il m’avait laissée entrer lorsque je lui avais expliqué que j’avais longtemps travaillé là.

En mon absence, la salle principale avait été refaite, et l’ambiance avait totalement changé. Les murs de pierre sur lesquels toute la panoplie BDSM était naguère exposée – des rangées d’instruments et de jouets, de crochets, de chaînes, de poulies, et une variété éblouissante de quincaillerie dont l’usage ne m’avait jamais été clairement expliqué ou montré – étaient à présents dissimulés sous de lourds rideaux en velours qui me faisaient penser à un restaurant indien de seconde zone. L’éclairage, naguère tamisé et élégant, qui délimitait harmonieusement des zones de lumière et d’obscurité permettant la discrétion et l’exhibition en fonction de l’humeur de la soirée, était maintenant cru et brutal ; il isolait les participants dans une explosion de lumière blanche, plongeant le reste de la salle dans des ténèbres glauques et repoussantes, créant ainsi une zone idéale pour les voyeurs et les parasites. Le club avait perdu toute sa joie.

Mais le spectacle du trio en train de baiser était saisissant, certainement à cause de l’expression de la femme qui se faisait prendre. Elle avait l’air extatique, presque comme les soumis quand ils atteignaient la zone. C’était la femme la plus heureuse du monde, et elle avait complètement oublié tout ce qui l’entourait, les spectateurs, les autres couples plus ou moins déshabillés, assis dans les alcôves, les quelques femmes aux talons vertigineux qui se déhanchaient maladroitement sur la piste de danse au rythme d’un morceau d’électropop, ivres comme si elles cherchaient à fuire quelque chose.

Le club n’était plus du tout le même : c’était devenu un baisodrome. J’ai détourné les yeux du trio en rut alors que les gémissements de la femme prenaient un accent désespéré sous l’effet de la jouissance et que l’infatigable duo poursuivait sa destruction soigneusement orchestrée.

Une dizaine de personnes étaient présentes dans la salle, et j’ai remarqué que leurs vêtements étaient différents, vulgaires, mal coupés, sans rien de l’éclat rituel des nuits BDSM : elles ressemblaient à des motards bruyants et ordinaires qui se seraient invités à un mariage.

J’ai regardé en direction du bar et n’ai reconnu aucun des employés.

Mon attention a été attirée vers l’escalier qui menait au donjon. Un rideau avait été installé, et l’accès aux niveaux inférieurs barré.

Je suis revenue vers la porte d’entrée juste au moment où les deux hommes ont échangé leur place. J’ai remarqué du coin de l’œil que celui qui s’était fait sucer enfilait un préservatif. Le nouveau videur était toujours là.

— Le club est différent, ai-je avancé. Nouveaux clients, nouvelles… activités.

Il m’a lancé un drôle de regard, puis il a souri. Il mesurait deux têtes de plus que moi et il était bâti comme un catcheur. Ses biceps tendaient les manches de son tee-shirt noir.

— Oh oui ! Il y a eu un changement de propriétaire. C’est un club échangiste maintenant. Finis les trucs pervers ! Vous ne le saviez pas ? Dans deux semaines, ils feront les travaux au sous-sol pour le transformer en sauna, et on pourra tourner à plein.

Il a remarqué ma déception lorsque je l’ai dépassé pour regagner la rue et il m’a lancé en riant :

— Désolée de te décevoir, petite, mais reviens quand tu veux, et je te laisserai me donner une fessée. Gratuitement.

Je lui ai fait un doigt d’honneur.

Qu’était-il arrivé aux clients réguliers ? À Elle et à Richard ? Avaient-ils trouvé un autre endroit ou étaient-ils devenus des orphelins dans la tempête, privés de leur plaisir ?

J’ai supposé qu’Elle était toujours avec Grayson et que je pouvais les joindre à Shadwell. Devais-je prendre tout cela comme un présage ? Le signe que mon ancienne vie était définitivement derrière moi ? J’étais certaine d’une chose en tout cas : avec ou sans Neil, il était hors de question que je me livre à l’échangisme.

Tout en rentrant chez lui, je n’ai pas pu m’empêcher de penser de nouveau à l’expression béate de la femme du trio, comme si elle avait trouvé un endroit que je n’avais jamais approché. Même avec Leonard, quand nous baisions de manière alternativement tendre et brutale, et que mes entrailles fondaient en même temps que la partie rationnelle de mon cerveau, je savais que je ne pourrais jamais me laisser aller comme cela. Idem lorsque je dominais les hommes. C’était une autre sorte de plaisir.

J’ai repensé avec ironie à ce qu’avait affirmé Leonard, un soir à Barcelone : « Notre problème, Lily, c’est que nous sommes trop cérébraux. Du coup, on ne peut pas s’empêcher de garder le contrôle. Les gens moins intelligents sont moins compliqués en matière de plaisir. Ils l’assument totalement. »

Mon doux et triste philosophe. Mon philanthrope au cœur tendre.

Où était-il à présent ? Hors de ma vie : c’était ma seule certitude.

Le club que j’avais connu et où j’avais, d’une certaine façon, achevé mon éducation sexuelle, avait disparu. Remplacé par un bouge vulgaire et ordinaire, où les gens échangeaient sans problème leur partenaire ou se prosti tuaient sur l’autel du sexe sans attaches. Je me sentais sale et j’étais en proie à des sentiments contradictoires. Qui étais-je pour juger les gens qui fréquentaient cet endroit et semblaient très heureux ? S’ils savaient, ils me prendraient pour une désaxée, la fille avec le tatouage en forme de larme qui prenait son pied en dominant les hommes, en jouant cruellement avec eux, tout cela pour assouvir ma colère et ma frustration tout en ayant l’impression que je valais mieux qu’eux. Ils ne comprendraient rien, ni à moi ni à la délivrance extatique que je fournissais aux soumis qui s’agenouillaient à mes pieds, métaphoriquement parlant. Nous étions des deux côtés du miroir, et j’ai compris que personne ne savait ce qu’était le bon côté. Nous avions tous raison et tous tort. Et voilà que j’étais coincée au milieu, Lily au pays des merveilles, Blanche-Neige brandissant un fouet.

Neil est rentré du travail vers 19 heures. Il m’avait laissé un message un peu plus tôt en me demandant de ne rien préparer pour le dîner : il voulait qu’on sorte manger chinois.

— Le club fétichiste est devenu un baisodrome, ai-je annoncé. C’était… sordide. Tu le savais ?

— C’est arrivé quelques semaines après ton départ pour l’Australie.

— Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Je pensais que tu le savais.

— Non. Comment tu l’as su, toi ?

Je ne pensais pas qu’il s’y soit jamais rendu seul.

— C’est Elle qui me l’a dit.

— Tu as toujours de ses nouvelles ? (Neil m’a regardée en rougissant.) Qu’est-ce qu’il y a ?

— Oui.

— Oui, quoi ?

— Je l’ai vue après ton départ.

Il hésitait.

— Raconte-moi.

— La boîte qui leur louait le club voulait transformer l’immeuble, alors ils leur ont demandé de partir. À un moment, Elle espérait que Grayson ferait une offre pour racheter le club, mais quelque chose a mal tourné. Le conseil leur a refusé le permis de construire, et c’est un club échangiste qui a récupéré les locaux. Je n’y suis pas retourné depuis.

Il évitait de me regarder en face.

— Mais tu y es allé avant qu’il ferme ?

Il a de nouveau eu l’air d’hésiter.

— Euh… oui.

— Tout seul ?

J’étais curieuse. Cela ne ressemblait pas à Neil.

— J’y suis allé avec Elle. Mme Haggard.

— Oh ?

— Elle m’a contacté. Elle voulait savoir où tu étais. Je n’en avais pas la moindre idée à cette époque puisque tu ne m’avais pas encore écrit. Je le lui ai dit. Elle n’a pas eu l’air particulièrement déçue. Elle est devenue toute gentille. Bon, tu la connais. Elle allait à la pêche, mais je n’avais rien à cacher. Puis elle a commencé à me parler de ce qu’on avait fait, toi et moi. Je savais que c’était ton mentor, qu’elle t’avait formée. Elle a lourdement suggéré qu’elle pouvait me… m’en donner davantage. Me montrer…

— Neil !

— Tu n’étais pas là, Lily. Et tu m’avais donné un avant-goût. Je mourais d’envie de retrouver ces sentiments, ces émotions… Quelque chose s’était éveillé en moi.

— Tu t’es soumis à Elle ?

Je l’avais vue à l’œuvre avec des victimes inconscientes de ce qui les attendait même si elles étaient consentantes. J’étais une gamine à côté d’elle, une dominatrice junior encore en formation. Elle était cruelle et brutale, et ne pliait jamais.

Pendant un bref instant, j’ai été transpercée par une jalousie dévorante et foudroyante, à l’idée qu’Elle, entre toutes, avait possédé Neil. Elle savait pourtant bien qu’il était à moi.

Mes yeux m’ont trahie. J’ai senti une larme irrationnelle briser le barrage de mon indifférence. Neil me regardait, quêtant silencieusement mon pardon. Mais était-ce lui qui avait besoin d’être pardonné ? Ou moi ?

Je devais savoir.

— Raconte-moi.

— Tu veux vraiment savoir ?

Je me suis préparée au pire.

— Oui.

Il a soupiré profondément.

— Je suis allé au club plusieurs fois. Et aussi chez elle. Ce n’était pas comme ce qu’il y a entre nous…, mais je ne vais pas te mentir, Lily, avec elle c’était électrique. Comme si je marchais sur la corde raide d’un cauchemar en ayant sans cesse l’impression d’être à la fois retenu et de pouvoir tomber à tout moment. Comme si j’étais suspendu dans les airs sans pouvoir voir ou sentir la corde.

J’ai hoché la tête pour l’encourager à continuer. Il me faisait penser à Liana. Il avait le même désir de se tenir au bord du précipice. Mais je connaissais la théorie et je la comprenais. Je voulais savoir ce qu’elle lui avait fait. Je sentais déjà mes cheveux se hérisser sur ma nuque comme un animal prêt à défendre sa progéniture.

— Elle m’a fouetté si fort que je n’ai pas pu m’asseoir pendant quinze jours. Elle a utilisé des baguettes… sur ma queue.

J’ai cillé. Les baguettes avaient l’air toute petites et inoffensives à côté d’une cravache ou d’un fouet, mais, en fonction de la façon dont elles étaient utilisées, elles pouvaient infliger une douleur intense, et, contrairement à d’autres instruments qui administraient une douleur passagère, celle des baguettes perdurait longtemps. Je ne pouvais même pas imaginer la souffrance qu’elles devaient donner à un pénis. Et j’avais vu Elle les utiliser sur des soumis. Elle n’était pas tendre.

— Et plus. L’humiliation. J’ai nettoyé ses bottes avec ma langue. Je n’avais le droit de m’approcher d’elle qu’à genoux. Je portais des costumes de fille. Une jupe blanche et rose à volants et des talons hauts. Et un collier à clous roses avec une laisse.

— Qu’est-ce que ça te faisait ? ai-je demandé, plus curieuse qu’autre chose à présent.

— Les vêtements, c’est pas vraiment mon truc. Je n’ai jamais eu envie de m’habiller en femme. Mais je suppose que c’est pour ça que c’était vraiment humiliant. Sinon ça n’aurait pas été aussi drôle pour elle. Quant aux autres trucs… ils m’ont fait me sentir complet. Comme si j’admettais enfin que je ne valais pas plus qu’un morceau de merde sur la semelle de sa chaussure. Accepter, ça m’a apporté la paix.

J’ai commencé à protester.

— Non. C’est assez dur comme ça d’en parler. Laisse-moi continuer, s’il te plaît.

Les mots sont restés coincés dans ma gorge.

— Je l’ai laissée me baiser. Avec un harnais. J’ai imaginé que c’était toi. Tu utilises ton doigt, mais j’ai toujours eu envie de plus.

J’ai hoché la tête, muette.

Tandis que Neil parlait, son visage était traversé par toute une palette d’émotions qui cheminaient de l’excuse à l’excitation, de l’envie à la honte. Puis ses sens désemparés empruntaient de nouveau ce sentier tortueux et compliqué.

Lorsqu’il est parvenu à la fin de son récit et a décrit comment Elle l’avait empalé et chevauché devant un parterre de soumis qui avaient regardé avec concentration, attendant peut-être impatiemment que leur tour vienne ou ayant au contraire très peur d’être les suivants, et de voir leur cul pris violemment par le rigide instrument de sa colère, son visage a été parcouru par un mélange fiévreux de souffrance et d’extase.

— Ça t’a fait mal ? ai-je demandé.

J’avais utilisé beaucoup de choses sur lui, mais je ne l’avais jamais pénétré ainsi. Je me contentais de lui mettre un doigt pour stimuler sa prostate et le pousser à bout, mais c’était une bénédiction ou une caresse en regard du terrible gode en ivoire d’Elle. J’avais vu des hommes pleurer quand elle les avait enculés.

J’avais l’estomac retourné. Je savais d’expérience que lorsqu’on a un partenaire attentionné le sexe anal peut être merveilleux, mais, avant de découvrir cela, quand j’étais inexpérimentée et que j’avais couché avec quelqu’un qui l’était autant que moi, j’avais ressenti une intense souffrance, accompagnée d’un début de plaisir, lorsque j’avais été sodomisée. Et le sexe de mon partenaire n’avait rien à voir avec la taille du gode japonais qu’utilisait Elle. Sans compter qu’elle n’avait certainement pas été tendre.

— Oui, a répondu Neil. Beaucoup.

J’ai cligné des paupières pour exprimer ma compassion.

— Le truc, c’est qu’elle m’a poussé, mais qu’il n’y avait rien qui me rebutait. Certaines choses me soulageaient, c’est tout. C’était une façon de m’accepter comme je suis. Mais d’autres choses m’excitaient terriblement. La douleur. Les baguettes me font jouir quand on les pose sur ma queue, Lily. Je n’ai pas besoin de plus.

— Pourquoi est-ce que tu as arrêté ?

Il a détourné le regard.

— Je voulais que ce soit toi, Lily, a-t-il murmuré. Je me suis soumis parce que je voulais me punir de t’avoir éloignée de moi, de t’avoir fait partir en Australie. C’était ma façon complètement stupide de me faire pardonner, mais j’ai fini par admettre que c’était toi que je voulais. Alors, je suis venu te chercher en Australie…

— Tu es un idiot, Neil.

C’est tout ce que j’ai réussi à dire, et j’ai regretté mes mots aussitôt.

Je récoltais ce que j’avais semé.

Mon cœur a bondi, quittant son orbite.

— Viens là, ai-je ordonné.

Il s’est avancé, timide, hésitant, vulnérable. Et, pendant un instant, j’aurais aimé être à sa place. Savoir ce que c’était que d’aimer quelqu’un de manière inconditionnelle. Pour le meilleur et pour le pire.

Je l’ai pris dans mes bras, et nous nous sommes embrassés.

La douceur de ses lèvres m’a submergée, et j’ai pris conscience que nous ne nous étions jamais embrassés pour de bon, avec innocence et tendresse. Même lorsque nous nous étions retrouvés à Darwin, ce n’était qu’une étape sur un chemin compliqué, pavé de souffrance, de colère et de désir. C’était si simple à présent, alors que nos langues se cherchaient, hésitantes, que nos souffles se mêlaient et que mes mains se glissaient sous sa chemise, mes doigts caressant ses abdominaux musclés.

Je l’ai déshabillé.

J’ai léché, titillé et mordillé ses tétons. Mes yeux ont erré lentement sur son torse presque imberbe, et j’ai salué une dernière fois Leonard et sa forêt de poils sombres avant de le chasser de ma mémoire une bonne fois pour toutes.

Neil a soupiré. Comme s’il imaginait déjà les étapes suivantes de notre danse : je lui tirerais les cheveux jusqu’à ce qu’il en ait les larmes aux yeux, je presserais sans pitié ses couilles et je ferais courir mes dents sur son sexe. Il anticipait déjà les coups de la paume de mes mains sur ses fesses et il savait qu’il atteindrait cet espace neutre dans lequel il se permettait de tomber quand je sortais mon arsenal : martinet, paddle, cuir, chat à neuf queues ou tout autre instrument que j’avais volé au donjon désormais disparu d’Elle. Son âme tout entière tremblait au seuil de l’inconnu, appelant la douleur et la soumission, et acceptant ma volonté et mes désirs. Il tremblait parce qu’il n’avait aucun moyen de savoir ce qui allait se passer ensuite. Cette ignorance faisait partie du rituel : elle le réduisait à l’impuissance, et, lorsque arriveraient le prochain coup, le prochain ordre, ce serait un soulagement, une récompense que je lui octroyais.

Nous nous sommes séparés.

Je me suis redressée. Et déshabillée.

Neil s’est agenouillé en silence et a levé vers moi des yeux aussi suppliants qu’un pénitent devant l’autel.

— Non, ai-je dit en lui tendant la main. Ce soir, tu me baises. Et je veux que tu sois dessus.

J’ai ouvert les bras.

La lumière d’un lampadaire, qui traversait la fenêtre, s’est réverbérée sur son visage. Ses yeux avaient l’éclat des lucioles qui brillent dans le ciel nocturne.

Il s’est levé.

Je me suis agenouillée et j’ai pris la chaleur réconfortante de son sexe dans ma bouche jusqu’à ce qu’il atteigne le fond de ma gorge. Neil a retenu son souffle.

Ce soir, je voulais juste qu’il me baise. Et je nourrissais le faible espoir qu’en jouissant mon visage soit à moitié aussi beau que celui de la femme qui se faisait sauter par deux hommes dans le pathétique décor du club échangiste. Ce n’était pas beaucoup demander, non ? Et si cela ne suffisait pas à Neil, je pourrais toujours le fesser ou lui griffer le dos plus tard, n’est-ce pas ?

Je venais de décider que la fille avec le tatouage en forme de larme, la Blanche-Neige perturbée qui avait emprunté un chemin compliqué et incertain, verrait la vie, vivrait la vie, dans son ensemble.

Je voulais tout.

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