Andromède 2 - Andromède revient

Fred Hoyle · Chapitre 12 sur 14

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Andromède 2 - Andromède revient

Chapitre X

 

Le gros avion de transport, après avoir décrit une courbe, se posa sur le terrain. Les trois hommes de l’équipage, exténués par un vol sans escale depuis Londres, et dans des conditions atmosphériques effroyables sur tout le parcours, mirent pied à terre et se dirigèrent vers le bureau de l’aéroport. Un Arabe en uniforme et un Européen à tête ronde les saluèrent brièvement. Le capitaine tendit les papiers relatifs au fret. L’Européen ne les regarda qu’à peine et les passa à l’Arabe. Mais il examina plus attentivement les papiers personnels de l’équipage. Il laissa sortir immédiatement le capitaine, mais retint les deux autres. Il désigna l’un d’eux et demanda en allemand :

— Qui est-ce ?

Il dut répéter sa question en mauvais arabe.

Ce fut Yusel – le cousin de Lemka, et le plus jeune des deux – qui répondit :

— C’est le navigateur en second. Il ne comprend ni l’arabe ni la langue que vous avez tout d’abord employée.

L’homme de l’« Intel » fronça les sourcils.

— On ne m’a pas informé d’un changement. Pour quelle raison…

— Difficulté du parcours, dit Yusel. Nous avons dû voler très bas, et c’était prévu au départ.

L’homme de l’« Intel » relut les papiers avec méfiance. Mais comme ils étaient correctement établis, il n’insista pas.

Les deux hommes sortirent. Le compagnon de Yusel n’était autre que Neilson.

— Le plus difficile est fait, dit Yusel. Je vais maintenant vous mener chez ma cousine. Vous y serez en sécurité. Son mari, Abu Zeki, viendra vous voir dès qu’il le pourra.

— Le plus tôt serait le mieux.

Yusel, après avoir déposé Neilson chez sa cousine, revint à Baleb. Il alla dans un café où il savait que passerait Abu. Celui-ci ne vint qu’au bout d’une heure et apprit donc l’arrivée du professeur Neilson.

— Il désire voir Fleming et le professeur Dawnay, lui dit Yusel.

— Je ne sais pas s’ils pourront sortir tous les deux. Mais je vais les prévenir.

Dès que Fleming apprit cette nouvelle, il demanda à Madeleine de se tenir prête dès la tombée de la nuit, si elle acceptait de courir le risque de sortir en fraude. Elle accepta.

Le temps les aida. Une violente tempête éclata un peu après la chute du jour. Les gardes, effrayés, avaient tous gagné des abris. Le voyage fut épouvantable, car la tempête était accompagnée de pluie et d’éclairs.

Fleming éprouva un grand soulagement quand Lemka lui ouvrit la porte. Neilson leur serra les mains avec effusion. Pour Madeleine, la venue du professeur était un renouveau d’espoir.

Neilson, quand ils se furent assis, leur expliqua quelle était la situation à Londres. Ils apprirent – ce qu’ils ne savaient pas encore – qu’Osborne n’avait été que blessé par le coup de feu tiré sur lui.

Il leur dit qu’il avait lui aussi découvert que la source des perturbations était à Thorness, mais qu’il n’avait encore rien trouvé pour combattre ce fléau.

— Avez-vous quelque espoir ? demanda-t-il à Madeleine.

— Notre espoir est comme un grain de sable dans le désert. Le computeur nous a bien fourni quelques données que je vais vous montrer. Mais posséder des indications sur les composantes et réaliser une synthèse sont deux choses. Pourtant, il doit être possible de créer une antibactérie.

Neilson examina la feuille qu’elle lui tendit.

— Ainsi, fit-il, c’est là le travail de la machine que mon fils Jan avait construite. Je me demande…

Fleming, qui était assis auprès du berceau du bébé, et l’amusait avec un petit jouet, intervint alors :

— Vous vous demandez ce qui serait arrivé si votre fils était resté ici…

— Oui… Mais ils l’ont abattu de sang-froid, sous mes yeux. Si je retrouvais l’homme qui…

— Je ne peux pas vous dire qui a pressé sur la détente. Mais je sais qui en a donné l’ordre. C’est un nommé Kaufmann. Il est ici. C’est lui qui nous surveille…

— J’aimerais le rencontrer.

— Vous le rencontrerez peut-être…

Madeleine reprit la feuille couverte de chiffres.

— Je ne sais pas ce qu’on pourra tirer de cela, dit-elle. Peut-être beaucoup si Andromède pouvait s’en occuper.

— Comment est-elle ?

— C’est une créature synthétique, vous le savez. Mais elle est très malade. Il doit manquer quelque chose dans son organisme…

— Ne peut-elle pas obtenir sa guérison du computeur lui-même ? demanda Neilson.

— Le temps manque. Elle pourrait peut-être l’obtenir. Mais il y a cette lutte contre les bactéries. Et c’est à ce problème-là qu’elle doit travailler, dans la mesure de ses forces.

— Ce dut être un dur choix, et une dure décision, dit Neilson en regardant Fleming.

— Oui, très dure, dit celui-ci au bout d’un moment.

John se leva et alla regarder par la fenêtre. Lemka était sortie pour faire le guet autour de la maison. Il la vit revenir en courant.

— Ils arrivent, fit-elle d’une voix haletante. Des soldats. Il y en a un plein camion.

Ils restèrent comme pétrifiés pendant quelques secondes. Puis Madeleine tendit à Lemka la feuille couverte de chiffres.

— Cachez cela, lui dit-elle. Votre mari pourra nous le rapporter plus tard.

— Je vais le mettre dans la chambre de ma mère. Ils n’iront pas y fouiller. Venez vous y cacher aussi, dit-elle à Neilson.

Le professeur la suivit. L’instant d’après, on frappait à la porte. Lemka alla ouvrir. Un caporal, flanqué de deux soldats, salua et parla en arabe.

— Il dit qu’ils viennent vous chercher, traduisit Lemka. Vous, miss Dawnay, et le docteur Fleming.

— Dites-leur que nous venons, fit Madeleine avec un sourire. Mais il vous faudra trouver un endroit plus sûr pour le professeur Neilson. Nous tâcherons de garder le contact avec lui.

Elle tendit la main à Lemka qui lui dit :

— Mon cousin trouvera un moyen pour cela. Mais ne parlons pas davantage. Cela pourrait paraître suspect.

Quand ils furent dehors, le caporal fit comprendre par signes à Fleming qu’ils pouvaient monter dans leur propre voiture, mais rouler juste derrière le camion. Le temps s’était un peu éclairci. Le vent était fort, mais sans bourrasques.

Quand ils furent de retour, ils virent que le bâtiment du computeur était très éclairé. On les emmena dans le bureau de Kaufmann. Celui-ci semblait réprimer une violente colère. Abu était debout devant lui, mal à l’aise.

— Pourquoi êtes-vous sortis sans permission ? leur cria Kaufmann.

— Permission de qui ? demanda Madeleine. Et pourquoi aurions-nous besoin d’une permission pour aller voir la famille d’un collègue ?

— Vous savez que vous ne devez pas sortir sans une escorte.

Fleming serrait les poings, prêt à éclater. Abu intervint :

— On vous a envoyé chercher, dit-il, parce que c’était urgent. Andra s’est évanouie pendant son travail devant le panneau sensoriel.

— Andra ? dit Fleming. J’y vais immédiatement.

— Comment est-elle ? demanda Madeleine.

— Très faible. Mais le computeur a encore fourni quelques données avant qu’elle ne perde connaissance.

Il tendit des feuilles à Madeleine. Kaufmann semblait hésitant et soucieux.

— Tâchez, dit-il, de mieux respecter les règles à l’avenir. Et, dites-moi, cette fille est-elle vraiment très importante pour nous ?

— Si vous voulez survivre, oui, lui dit Madeleine. Car nous ne vivrons pas longtemps si elle n’achève pas ce travail. Alors, tâchez de nous laisser faire tranquillement ce que nous avons à faire.

*

* *

L’infirmière protesta contre l’intrusion de Fleming dans la chambre d’Andromède, qui dormait dans la pénombre.

— Je veux seulement la voir, dit-il. Je ne l’éveillerai pas.

Sous la mince couverture, on devinait le corps émacié de la jeune femme. Sa chevelure et son visage très pâle se dessinaient vaguement sur l’oreiller blanc. Il se pencha vers elle et vit qu’elle ouvrait les yeux.

— J’aurais dû être là, murmura-t-il en lui caressant le front, qu’il sentit froid et humide.

Elle dit d’une voix très faible et très lente :

— J’ai fait ce que vous me demandiez. Le professeur Dawnay a maintenant tout ce qui lui était nécessaire.

*

* *

Mais c’est à peine s’il l’entendit.

— J’aurais dû être près de vous, répéta-t-il en lui prenant la main.

Il lui tâta le pouls, mais ne le sentit que faiblement sous ses doigts.

— Je suis finie, dit-elle dans un souffle.

— Mais non, s’écria-t-il sur un ton d’assurance. Nous avons encore deux ou trois ressources. Le professeur Neilson est ici. Le père du garçon qui construisit ce computeur. Il m’a fait comprendre ce que nous devions faire pour vous. Pour vous, nous avons aussi besoin du computeur. Reposez-vous. Demain, je vous mènerai moi-même devant le panneau sensoriel. Je resterai près de vous. Vous verrez. Ayez confiance en moi.

Andromède ferma les yeux, sembla plus détendue.

Il espérait, par ses paroles, lui avoir redonné quelque force. Mais il ne croyait guère lui-même à ce qu’il lui avait dit. En sortant, il déclara à l’infirmière :

— Nous sommes tous en danger, car les tempêtes vont devenir de plus en plus terribles. Seule Andra peut nous sauver, et, pour cela, il faut que nous la sauvions, elle. Faites-moi confiance.

La fille fit signe quelle avait compris.

John dormit peu cette nuit-là. Il médita sur un plan d’action.

Le matin, après avoir fait sa toilette et déjeuné, il attendit encore un peu avant d’aller chercher Andra, afin qu’elle se reposât le plus possible. Accompagné par l’infirmière, il poussa son fauteuil roulant jusqu’au computeur.

Kaufmann était là, fumant un cigare. Fleming espéra qu’il avait réfléchi sur ce qui lui avait été dit la veille. Andra n’avait pas prononcé un mot, mais elle adressa un sourire au jeune savant.

Quand ils furent devant le panneau sensoriel, il lui dit ce que Madeleine Dawnay pensait de son état physique, de sa maladie et de la possibilité qu’il y avait, grâce au computeur, d’obtenir sa guérison. Il lui dit même, avec une sorte d’impatience feinte, mais pour mieux l’exciter, que c’était à elle de prouver son propre pouvoir, car elle seule pouvait tirer de la machine les informations nécessaires.

Elle resta un moment la tête penchée, les mains sur ses genoux. Puis elle leva une main avec une pénible lenteur. Le computeur se mit à bourdonner très fort. Une lueur parut sur l’écran, s’élargit. Fleming s’écarta un peu, puis attendit, ému, tendu à l’extrême. L’impossible se réalisait…

Au bout d’un moment, il sentit qu’on lui tirait la manche. C’était Abu, qui semblait étonné. Ils se dirigèrent vers le bureau.

— Est-ce qu’elle ?… demanda le jeune Arabe.

— Je le pense. Je l’espère. Et vous ? Quelles nouvelles ?

— Je suis allé chez moi après minuit. Mon cousin Yusel y était arrivé un peu avant moi. Nous avons mené le professeur Neilson dans un endroit où il sera en sécurité. Une caverne, au-dessus du temple en ruine, assez haut dans la montagne. L’air y est déjà raréfié et on y respire mal, mais, en Angleterre, c’est la même chose au niveau de la mer. Ma femme lui portera à boire et à manger. Ou ma mère.

— Vous avez tous été très gentils.

— Le jeune docteur Neilson l’était aussi avec nous. Nous l’aimions beaucoup.

Ils se turent brusquement. L’appareil à imprimer s’était mis à fonctionner.

— Appelez l’infirmière, dit-il à Abu.

Puis il courut vers Andra et la prit par les épaules.

— Magnifique ! Maintenant vous allez vous reposer.

L’infirmière emmena Andromède. Il la regarda s’éloigner, puis, quand le computeur se tut, il enleva les feuilles couvertes de chiffres. Il vit que c’était la formule d’un plasma sanguin. Les détails lui importaient peu…

*

* *

Madeleine travaillait dans son laboratoire, au milieu de ses éprouvettes et de ses appareils. John lui tendit les feuilles.

— Qu’est-ce que c’est ? fit-elle. Encore des formules sur les bactéries ?

— Non. Une formule pour Andromède.

Elle le regarda avec stupeur.

— Qui a fait la programmation ?

— Elle-même. Je l’y ai plus ou moins obligée. Si j’ai bien compris, il s’agit des constituants biochimiques qui font défaut dans son sang. Vous devez pouvoir les fabriquer.

Elle examina les feuilles.

— Cela demanderait des semaines, dit-elle. Et j’ai un travail plus urgent…

— Grâce à Andromède, n’est-ce pas ?

Madeleine parut vexée.

— Vous étiez d’abord opposé à sa création. Puis vous avez voulu qu’on la supprime. Et maintenant…

— Maintenant, je désire quelle vive.

— Et nous ? Ne voulez-vous pas que nous vivions ? Mes forces sont limitées, et je suis déjà exténuée. Il y a des millions de gens à sauver. Je ne sais même pas si nous y parviendrons.

Elle lui rendit les papiers, mais il refusa de les prendre. Elle les laissa tomber sur le sol. Il les ramassa et les posa sur la table.

— Alors, dit-il, il vous faut aller trouver Janine Gamboul. Elle n’a plus confiance en moi, ni en Abu. Mais elle vous écoutera. Si vous pouviez la convaincre de nous laisser les mains libres et de demander une aide à l’extérieur… Car même Gamboul doit savoir que ces catastrophes atmosphériques ne font pas partie de son maudit programme et vont nous mener tous au désastre…

Madeleine réfléchit un instant.

— Très bien, fit-elle. Je vais essayer de lui expliquer.

*

* *

Mais elle ne put avoir un rendez-vous que pour le lendemain.

Janine s’était installée dans l’ancienne résidence de Salim. Elle ne se donnait même plus la peine d’aller voir le président. Celui-ci était virtuellement prisonnier. En outre, il était malade. Il souffrait des bronches. Bien des gens d’ailleurs, en Azaran, commençaient à être incommodés par la raréfaction de l’air.

Un garde armé introduisit Madeleine dans le bureau de Janine. Celle-ci avait beaucoup changé. Toute sensualité semblait avoir disparu de son visage, qui était maintenant d’une beauté un peu hagarde. Il y avait dans ses yeux une lueur fantastique. Elle accueillit amicalement sa visiteuse. Cette dernière exposa les faits sans préambule. L’autre l’écouta avec attention puis demanda :

— Comment mourrons-nous ?

Madeleine le lui expliqua. Janine agita la main.

— Ce n’était pas prévu dans le message. Ce que j’ai vu était très clair, très logique, et impliquait une certaine désolation, mais pas sous cette forme, et aussi de la puissance…

— Et quelle devait être votre tâche ?

— Gouverner le monde… Beaucoup savent qu’il doit en être ainsi, mais personne n’a jamais fait l’effort nécessaire. Ceux qui ont essayé, comme Napoléon, n’étaient pas assez brillants, et il leur manquait l’aide d’une intelligence extérieure. Il nous faudra presque tout sacrifier, mais pas de cette façon-là ! Et pas maintenant ! Nous ne sommes pas encore prêts…

— Quelle est l’étendue de votre pouvoir ?

— Suffisante ici. Mais ce n’est qu’un commencement. Et si…

Madeleine entrevit un moyen d’exploiter l’ambition et la peur de cette femme.

— Il est possible, dit-elle, que nous parvenions à faire cesser les perturbations atmosphériques. Le computeur nous a aidés en nous donnant la formule d’une antibactérie. Nous pourrons en faire la synthèse. Mais j’ai besoin d’aide et de matériel. Si nous réussissons, il nous faudra envisager la production intensive de ce produit que nous irons ensuite déverser dans tous les océans…

Janine prit un air méfiant.

— Comment et où pourrez-vous assurer une telle production ?

Madeleine expliqua que le sérum, une fois créé, se multiplierait naturellement dans l’eau marine et à une vitesse sans doute plus grande que la bactérie nocive.

— Il nous faudra, ajouta-t-elle, envoyer des échantillons dans tous les pays, où on se mettra à en produire simultanément.

— Eh bien, fit Janine avec un petit rire sans joie, c’est d’accord, mais à condition que les autres gouvernements ne s’en mêlent pas. Nous allons construire l’usine que vous demandez. Et l’« Intel » vendra ce produit au prix qu’il fixera lui-même. Cela nous donnera la puissance dont je vous parlais, et cela, en définitive, est conforme au message. Nous tiendrons le monde entier à notre merci…

— C’est de la folie ! s’écria Madeleine. Ce que vous dites ne fait pas partie du plan.

Mais l’autre ne l’écoutait pas.

— Demandez tout le matériel qu’il vous faut, professeur, dit-elle. Je vous assure que je ne lésinerai pas.

*

* *

Un appareil de projection portatif avait été installé dans la salle de réunion du conseil, au 10, Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre. Ce dernier et quelques membres du gouvernement – notamment le ministre des Sciences et Osborne – étaient installés dans des fauteuils et regardaient l’écran où défilaient des images.

— Ça suffit, dit le Premier ministre. Vous pouvez rallumer.

Quand la lumière fut revenue, le ministre de l’Intérieur demanda :

— Peut-on passer de telles images à la télévision ?

— Pourquoi pas ? Peut-être nos compatriotes éprouveront-ils quelque réconfort en constatant que la situation est encore pire sur le continent européen que chez nous, notamment en Hollande, où les deux tiers du pays sont inondés. D’ailleurs peu de gens verront cette émission, car les neuf dixièmes de la population sont privés d’électricité. A-t-on des nouvelles de Neilson ? ajouta-t-il en prenant sa pipe, pour la reposer aussitôt, car fumer dans l’air raréfié était devenu dangereux.

— Pas encore, dit Osborne. Mais un message de Madeleine Dawnay nous est parvenu par un avion de l’« Intel ». Il est d’ordre technique. Selon elle, la dangereuse bactérie a été produite à Thorness sur des données du computeur. Elle ajoute quelle cherche l’antidote. On peut espérer que sa collaboration avec Neilson sera fructueuse…

— Ne pourrait-on pas travailler à ça ici-même ?

— Je crains que non, fit Osborne. C’est là-bas qu’ils ont un computeur. Là-bas aussi que se trouvent Fleming et la fille, qui sont étroitement surveillés.

Le Premier ministre se leva.

— Peut-être devons-nous envisager une intervention militaire… Nous trouverions sûrement des appuis un peu partout en raison même de la menace qui pèse sur tous les pays.

— Mes experts, qui ont examiné la question, dit le ministre des Sciences, sont opposés à une intervention. Car le computeur…

— Oui, j’ai compris. Le computeur leur a donné des moyens de défense semblables aux nôtres. Il faudrait donc essayer de les prendre par les bons sentiments, dit le Premier ministre. Ça n’avancera sans doute à rien. Mais je ne vois pas ce qu’on pourrait faire d’autre. Peut-on se mettre en contact avec eux ?

— Je crois, reprit le ministre des Sciences, que l’armée a encore des postes émetteurs sur ondes courtes qui peuvent nous permettre d’envoyer un message à Baleb…

*

* *

Ce message spécial fut diffusé en anglais et en arabe, à une heure d’intervalle, pendant toute la nuit.

Les premières émissions furent reçues en Azaran. Janine Gamboul donna l’ordre quelles soient brouillées. Après quoi, elle en fit entendre un enregistrement à Kaufmann, qui écouta, impassible.

— Ici, Londres, qui fait un appel au gouvernement et au peuple d’Azaran, disait la voix lointaine du speaker. Nous avons besoin de votre aide. Le continent européen a été dévasté. Le monde entier est menacé. L’air que nous respirons est absorbé par la mer. Des millions d’hommes vont mourir dans les prochaines semaines si ce fléau n’est pas arrêté. Il y a déjà des dizaines de milliers de victimes, surtout au bord des océans…

Janine fit taire le magnétophone.

— Ce que je voudrais savoir, Kaufmann, lui dit-elle, c’est comment ils ont pu apprendre que nous nous occupions de cela ?

Kaufmann ne répondit pas immédiatement. Il pensait à sa famille, qui habitait dans un grand port d’Allemagne, et qui avait peut-être péri.

— Etes-vous, oui ou non, chargé du service de sécurité ? reprit Janine sur un ton de colère et d’impatience.

— Nous avons fait de notre mieux, dit-il.

Elle haussa les épaules.

— Bah ! dès que Madeleine Dawnay aura mis au point l’antidote, nous serons en sécurité ici. Et si les autres veulent en profiter, ce sera à nos propres conditions.

— Et, en attendant, dit lentement Kaufmann, les gens des autres pays mourront. Vous vous en moquez ? Et vous croyez que je m’en moque ?

— Le reste du monde attendra, répliqua-t-elle. Je sais ce qu’il faut faire. Et vous ne le savez pas.

Kaufmann la regarda si fixement quelle en éprouva quelque malaise. Alors, elle dit :

— Rappelez-vous, Kaufmann, que vous et moi nous ne sommes pas les autres.

 

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