Andromède 2 - Andromède revient

Fred Hoyle · Chapitre 8 sur 14

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Andromède 2 - Andromède revient

Chapitre VI

 

 

Fleming observait avec crainte les transformations que subissait Andromède. Sa demi-léthargie avait disparu. Elle redevenait alerte et avide d’activité, sans toutefois paraître excitée. Il savait que c’était à cause du computeur. Mais elle était une Andromède bien différente du robot de Thorness et d’une façon indéfinissable. La franchise et la confiance dont elle faisait preuve envers John le réconfortaient.

Dans sa chambre, il passa la nuit sans dormir, tantôt couché, tantôt marchant de long en large, méditant sans cesse. A l’aube, il prit une décision. Pour faire disparaître ce qu’il sentait de néfaste dans le computeur, il devait par quelque moyen l’amener à travailler dans le sens que lui, Fleming, désirait. Il pourrait alors se faire un allié contre ceux qui le retenaient prisonnier. Mais il fallait, pour parvenir à ce résultat, qu’Andromède fît elle-même ce qu’il voulait. Il lui en parla dès qu’elle fut levée. Elle eut un petit rire.

— C’est très facile, dit-elle. Nous n’avons qu’à lui dire ce qu’il doit faire.

Cela ne lui parut pas aussi facile.

Ils eurent une discussion technique assez compliquée. Il craignait qu’on ne pût pas modifier le programme inscrit dans le computeur d’après le message venu de l’espace.

— Nous changerons les circuits de décisions, lui dit-elle.

— Dans ce cas-là, elle deviendra une machine comme les autres.

— Mais nous pourrons lui communiquer nos propres desseins et nos propres buts, John. Cela, je peux le faire.

— Je suppose que vous le pouvez. C’est, pourquoi j’ai tenté de vous tenir éloignée du computeur.

— Vous ne le pouvez pas… Et si vous voulez vous servir de lui, il faut que vous ayez confiance en moi.

Il la regarda, puis lui dit qu’il voulait aller faire un tour dehors. Il lui dit aussi qu’elle ferait bien de se reposer. Il ajouta que tout cela ne lui disait rien qui vaille.

Il se rendit aussitôt chez Madeleine Dawnay, qui était en train d’examiner des cartes de l’Azaran. Il lui rapporta sa conversation avec Andromède.

— Elle s’illusionne, dit-il. Le computeur la dominera, comme à Thorness.

— Je ne pense pas, John, fit la vieille femme. Du moins tant qu’elle ne doutera pas de votre confiance. Des liens se sont créés entre vous. Cela jouera fortement.

— J’aimerais savoir, fit-il d’un air rêveur, ce qui lui est arrivé, physiquement.

— Simplement ce que vous avez constaté vous-même. Je vais la faire examiner par un médecin, si vous voulez. Mais s’il y a une déficience originelle dans son système nerveux ou sanguin, nous ne pourrons rien.

— Oh ! mon Dieu ! dit-il. La pauvre gosse !

— De toute façon, vous n’avez pas le choix, John. Il faut vous fier à elle comme elle s’est fiée à vous ces dernières semaines. Si elle est incurable, elle ne vivra pas bien longtemps. Faites en sorte qu’elle soit heureuse. Elle pourra encore vous aider.

Une larme coulait sur la joue de Madeleine.

*

* *

Fleming rejoignit Andromède dans l’appartement de celle-ci. Elle mangeait, devant un plateau garni. Elle éprouvait visiblement des difficultés à faire les gestes nécessaires. Mais elle lui parla – avec la plus grande aisance – de son travail.

Quand elle eut fini, il la prit par le bras et ils retournèrent auprès du computeur. Là elle sembla reprendre totalement possession d’elle-même. Elle manœuvra les commandes de contrôle, et, aussitôt, la machine se mit à bourdonner et à cliqueter. Bientôt, ils notèrent les pulsations des oscillographes, et, sur le principal écran, se forma un motif cohérent.

Fleming et Abu se tenaient un peu en retrait et observaient. Au bout d’un moment, Andra fit pivoter son siège et leur dit avec un sourire triomphal :

— Voilà qui est fait… Il est maintenant en complet état de marche.

Abu se tourna vers Fleming, incrédule.

— Comment cette jeune dame a-t-elle pu faire cela ? En quelques minutes…

Fleming emmena le jeune Arabe dans le bureau.

— Je vous demande, lui dit-il, d’accepter comme véridique ce que je vais vous révéler. Cette fille peut communiquer directement avec le computeur, capter ses ondes électromagnétiques, les interpréter et retransmettre ses ordres de la même façon. Vous ne me croyez pas, naturellement.

— Peut-être dois-je vous croire. Mais je ne comprends pas.

Fleming avait de la sympathie pour Abu. Il le sentait honnête et délicat. Cet homme, pensa-t-il, pourrait devenir un allié. Il lui expliqua alors qu’Andromède était une créature synthétique, construite pour établir un lien avec le computeur – bien que ce n’eût pas été l’intention première des êtres humains qui avaient réalisé la synthèse, mais c’était celle de la machine. Il ajouta qu’elle possédait un sens que nous n’avons pas et que ce sens-là lui permettait la communication directe.

La porte s’ouvrit. C’était Andra qui les rejoignait.

— A quoi voulez-vous que je l’utilise ? demanda-t-elle.

Mais, sans attendre la réponse, elle retourna d’un pas hésitant vers l’écran.

Abu était très excité. Il avait eu la chance que son père travaillât à la société pétrolière, et c’est celle-ci qui avait payé ses études au départ. Puis, quand il avait eu seize ans – et son intelligence ayant été déjà remarquée – l’avènement d’un nouveau régime dans le pays lui avait encore facilité les choses. Il avait fait partie du premier groupe de vingt jeunes gens envoyés en Europe pour y faire des études supérieures. Il s’était révélé le plus brillant du lot. Il était très patriote, mais ne trouvait pas anormal d’avoir pour chefs des étrangers. La construction du computeur, avec Neilson, l’avait enthousiasmé. Il savait que l’« Intel » finançait l’entreprise, mais il ignorait pratiquement tout de cette organisation. Ce qui comptait pour lui, c’était le fait que cette entreprise améliorerait le sort de son pays.

Abu ouvrit un tiroir et en tira des fiches. C’était Madeleine Dawnay qui les lui avait données, expliqua-t-il, pour qu’il les utilise sur le computeur. Mais il n’avait rien pu faire tant que celui-ci ne fonctionnait pas.

— Passez-les à la jeune dame, lui dit Fleming. Et laissez-la opérer à sa guise.

Abu obéit. Vingt minutes s’écoulèrent. Puis l’appareil au moyen duquel le computeur donnait ses réponses se mit à cliqueter. Ligne par ligne, des chiffres étaient imprimés. Abu semblait envoûté en regardant cela. Quand ce fut fini, il arracha la feuille et courut vers le bureau.

— C’est fait ! s’écria-t-il. C’est extraordinaire !

Il ouvrit un autre classeur, fermé à clef celui-là, et en tira d’autres feuilles qu’il porta à Andra. Quand il revint, le cliquetis recommença.

— Qu’est-ce que c’est encore ? demanda Fleming qui était resté dans le bureau à méditer.

— Je crains, dit le jeune Arabe, de ne pas pouvoir vous le dire. Je n’en ai pas la permission.

— Voyons, fit John, qu’est-ce que je fais ici ? Suis-je chargé du computeur ou non ?

— Je regrette, docteur Fleming. Mais j’ai des ordres. C’est un travail que m’a donné miss Gamboul. Et je n’ai pas le droit de discuter ses consignes.

— Alors, je vais arrêter la machine…

— Vous ne le ferez pas, car, à mon grand regret, je suis obligé de vous en empêcher.

Abu fit signe au garde le plus proche. Fleming pivota sur ses talons et s’éloigna. Dehors, il aperçut Janine Gamboul qui marchait à côté d’un vieil homme barbu et lui parlait avec animation. Il demanda à Abu, qui l’avait rejoint, quel était ce monsieur.

— C’est notre président. Il vient sans doute de visiter le laboratoire du professeur Dawnay. Je me demande s’il va aussi venir nous voir…

Mais le président et miss Gamboul s’éloignèrent.

*

* *

Tout le monde faisait la sieste dans la ville quand Janine arriva à la résidence de Salim. Elle le trouva sur le grand balcon de pierre communiquant avec son bureau et d’où il observait nonchalamment ce qui se passait au-dehors. Elle quitta son chapeau à larges bords et se prépara une boisson glacée.

— J’ai fait faire le tour de l’établissement à ce vieux fou, dit-elle. Cela l’apaisera pour quelque temps. Madeleine Dawnay, cette biologiste, l’a beaucoup impressionné. Je ne l’ai pas mené au computeur. Mais il fait terriblement chaud sur ce balcon… Si nous rentrions à l’intérieur…

Salim se leva de son fauteuil et la suivit jusque dans la vaste pièce qui lui servait de bureau. Une carte détaillée d’Azaran tapissait un des murs. De petits drapeaux de diverses couleurs y étaient plantés çà et là. Ils se laissèrent tomber sur un sofa. Janine commençait à être fatiguée de Salim…

— Qui est la fille qu’on a amenée avec Fleming ? demanda le colonel.

— Je n’en sais rien, fit-elle avec un haussement d’épaules. Abu Zeki dit quelle est extrêmement intelligente. D’après le rapport de Kaufmann, elle aurait eu quelque chose à voir avec le computeur de Thorness. Il y avait un certain nombre de femmes là-bas. Cette Dawnay, par exemple. D’après Kaufmann, la fille aurait trempé dans la destruction de la machine. Elle doit être la maîtresse de Fleming.

Salim sembla troublé.

— Il faut la surveiller étroitement, dit-il. Je ne veux pas de sabotages. Tâchez de savoir par Fleming qui elle est exactement. Vous devez y arriver sans trop de peine.

— Je ne crois pas que je sois son genre, fit-elle en souriant. Qu’est-ce que c’est que tous ces petits drapeaux sur cette carte ?

— Ils indiquent les emplacements des troupes auxquelles je peux me fier.

— Vous fier pour quoi faire ?

— Pour m’aider. Pour nous aider. Le computeur doit rester en sécurité. Il appartient à l’« Intel », qui a eu sa concession du président. Je ne suis pas encore président.

— Est-ce cela que vous voulez ? demanda-t-elle en l’observant.

— Le président est un homme faible et fatigué. Et il est influençable. On pourrait le persuader de se mêler de vos affaires. Il faut nous préparer à cette éventualité. Pourquoi pensiez-vous donc que j’étais revenu ?

— Ainsi, vous préparez un coup d’Etat ? fit-elle d’un air surpris et admiratif. Et je n’en savais rien…

— Vous êtes de mon côté, n’est-ce pas, Janine ?

Elle se pencha vers lui au point que leurs deux corps se touchèrent.

— Comment pouvez-vous en douter ? Et c’est pour quand ?

— J’agirai au moment voulu. Peut-être dans deux jours, peut-être dans une semaine. Mais pas plus tard.

*

* *

Fleming ayant insisté, Madeleine Dawnay demanda qu’un médecin vienne examiner Andra. Vingt-quatre heures plus tard, l’« Intel » envoya un neurologue. C’était un Arabe qui avait fait ses études à Oxford. Il examina longuement et attentivement la jeune femme, dans une chambre de l’infirmerie.

Fleming survint pendant cette consultation.

— Vous ne pouvez pas encore voir Andra, lui dit Madeleine. Le docteur se livre à diverses analyses. Mais sa première impression rejoint la nôtre : le système musculaire d’Andra se détériore. C’est peut-être une glande qui déraille. A moins que son système nerveux ne soit différent du nôtre, et exige un sang différent…

— Pourrions-nous créer ce sang par synthèse ?

— Je ne vois pas trop comment… Peut-être que si nous étions à Londres…

— Et que va-t-il se passer ?

— Elle va perdre progressivement l’usage de ses muscles. Et quand les muscles respiratoires seront atteints… Dire que c’est moi qui l’ai faite ! Faite pour qu’elle souffre ainsi…

Fleming lui prit le bras.

— Vous n’avez pas voulu cela… Et que dire de moi, qui ai élaboré les plans du computeur ?

Ils restèrent un moment silencieux. Le médecin sortit de la pièce où se trouvait Andra, mais ne s’arrêta pas pour leur parler.

— Il faut qu’on la soigne convenablement, reprit John, qu’on l’éloigne d’ici.

— Vous croyez qu’ils la laisseront partir ! Elle a déjà tiré du computeur, d’après mes données, une formule concernant l’agriculture. Et ils la feront travailler à d’autres choses.

— Ils ont déjà en effet une autre chose en train… Je ne sais pas quoi. J’ai bien une idée à ce sujet, mais je l’espère fausse.

A ce moment-là, six avions à réaction passèrent au-dessus de leurs têtes, dans un bruit étourdissant.

— Allez la voir, fit Madeleine. Soyez gentil avec elle. Je vais, de mon côté, parler au médecin.

C’est avec une sorte de crainte qu’il frappa à la porte. Une jolie infirmière arabe vint lui ouvrir. Andromède était assise sur un lit métallique. Les fleurs qui ornaient sa chambre faisaient ressortir la pâleur de son visage.

— Andra… Andromède…, murmura-t-il. Nous avons déjà fait tant de choses ensemble… Il doit bien exister quelque moyen pour que nous continuions.

Il lui caressa doucement le menton, mais elle eut un mouvement de retrait et elle se mit les mains sur le visage.

— Pensez-vous que je désire mourir ? dit-elle. Finir comme l’autre computeur que vous avez détruit ?

Ces paroles le blessèrent.

— Pourquoi dites-vous cela, Andra ? Je ne veux qu’une chose… C’est vous emmener d’ici…

— M’emmener ? Pourquoi ? J’ai fait ce que demandait Madeleine Dawnay et j’ai fait ce que vous me demandiez. J’ai changé les circuits de décisions du computeur…

Sa voix s’était soudain affaissée. Il se sentit alarmé. Il devinait qu’elle avait été sur le point de lui en dire davantage. Il se pencha vers elle.

— Et qu’avez-vous fait encore ? Qu’avez-vous fait ? Soyez sincère avec moi…

Ses manières changèrent. Elle essaya de sourire.

— J’ai vu quel était le but réel du message.

Il réprima un frisson. Il lui demanda de s’expliquer.

— C’est difficile, dit-elle. Je ne saurai pas bien m’exprimer avec des mots. Mais je sais que tout cela est vrai. Il faut que de nous-mêmes nous nous mettions entre les mains de ces êtres qui veulent nous protéger.

Il eut le sentiment qu’il venait encore de perdre une bataille. Il était parvenu à persuader Andra d’accomplir ce qu’il croyait juste, de faire du computeur leur esclave. Et voici qu’elle déclarait calmement qu’elle voulait servir « ces êtres qui veulent nous protéger » – ces êtres intelligents situés à des années de lumière – et qu’elle parlait d’eux comme s’ils étaient ses frères… Mais avant qu’il ait pu dire un mot, elle reprenait, souriante :

— Maintenant que j’ai pénétré le message, je comprends. Vous avez peur parce que vous savez seulement que le computeur peut avoir un pouvoir sur vous, et non à quoi tend ce pouvoir.

— C’est vous qui m’effrayez, dit-il. Maintenant que vous avez modifié cette machine, le seul moyen pour les auteurs du message d’exercer leur volonté, c’est vous. Et c’est pourquoi je voudrais vous éloigner d’ici, pour que vous viviez paisiblement.

Elle secoua la tête.

— Vous pensez que le message est néfaste. Il ne l’est pas. Il nous apporte une solution, un pouvoir. Nous pouvons le prendre dans leurs mains et en user à notre guise.

Il fut émerveillé et effrayé par tant de confiance et d’assurance. Elle semblait prendre en pitié son imagination limitée. Elle se laissa retomber sur son lit.

— Je suis épuisée, dit-elle. Il me prend toutes mes forces et me tuera plus vite que vous ne le pensez.

— Alors, laissez-le tranquille.

— Je ne peux pas. J’ai quelque chose à faire avant de mourir. Je ne peux pas le faire seule…

Elle se mit à pleurer. Il la prit par les épaules, d’un geste protecteur.

— Si vous voulez que j’aie confiance en vous et que je vous aide, il faut me dire quoi… Me dire ce qu’il y a d’essentiel dans le message.

Elle resta un moment les yeux clos. Puis elle eut un frisson. Il l’aida à s’asseoir.

— Je ne peux pas le faire avec des mots, dit-elle. Il faut que vous me meniez au panneau de communication directe avec le computeur. Alors, je vous montrerai.

Il l’aida à se lever. Elle fit quelques pas maladroits, puis sembla puiser des forces à quelque source inconnue. Elle fit le court trajet au bras de Fleming. Mais elle n’eut pas besoin qu’on l’aide à s’asseoir devant le panneau sensoriel. La machine, immédiatement, se mit à bourdonner, et sur l’écran apparurent les motifs habituels.

— Ce sont les informations qui furent transmises à grande vitesse entre les groupes d’équations qui contiennent le véritable message, dit-elle. Elles nous parlent de la planète d’où tout cela a été lancé.

Fleming observait l’écran. Il comprenait certains signaux, mais d’autres étaient impénétrables.

— Qu’est-ce que tout cela peut bien signifier pour vous ? demanda-t-il à Andromède.

— Que cette intelligence a fait le tour de toutes choses. Elle sait ce qui doit arriver, ce qui est arrivé sur d’autres planètes où des créatures intelligentes n’étaient pas allées plus loin que le point de développement où vous êtes vous-mêmes sur la Terre. La vie de la créature biologique, poursuivit-elle très lentement comme si elle résumait à l’extrême une masse énorme d’informations, commence très simplement. Mais, après des milliers de siècles, tout devient si compliqué que l’animal humain ne peut plus tout embrasser. Alors quelque événement – une guerre peut-être – fait tout craquer. Il y a des millions de morts. Très peu de survivants. Dans cent trente ans environ, si rien n’est changé, il y a aura sur la Terre une guerre qui détruira toute civilisation. On peut la prédire exactement. La renaissance demandera mille ans. Et le même cycle recommencera. A moins que quelque chose de meilleur ne survienne…

— Et c’est ce qui est arrivé sur une planète d’Andromède ?

— Oui, fit-elle. L’espèce s’est modifiée, adaptée en temps voulu. Et, maintenant, elle peut intervenir pour les gens de la Terre.

Il gardait les yeux fixés sur l’écran, éprouvant un léger vertige. Il était bouleversé de l’entendre parler des « gens de la Terre » comme si elle était elle-même étrangère à l’espèce humaine. Il se mit à marcher de long en large pendant un moment. Puis il prit sa décision.

— Très bien, dit-il d’une voix ferme. Essayons d’apprendre quelque chose de lui. Tâchons de découvrir ce qu’il nous propose et faisons le savoir afin que les gens décident eux-mêmes ce qu’il convient d’en faire.

— Ce n’est pas suffisant, dit-elle d’une voix impatiente. Il nous faut prendre le pouvoir, afin de rendre le message efficace. Il ne s’agit pas de détruire ces gens, mais de les aider, et c’est eux-mêmes qui, finalement, nous remettront le pouvoir.

Il se sentit exaspéré.

— Tous les dictateurs au cours de l’histoire, dit-il, ont tenu ce même raisonnement afin d’obliger les gens à agir et à les servir. Et vous voulez que je pense que ce serait une bonne chose que d’aider à imposer une volonté venue d’Andromède, en laissant le soin de le faire à l’« Intel » et aux dirigeants d’Azaran !

— Ce ne serait que le moyen. L’essentiel est le but.

— Non, fit-il en serrant les poings. J’ai combattu cela à Thorness parce que notre civilisation doit être libre de faire des erreurs funestes ou de se sauver elle-même. C’est pour cela que je vous ai donné ma confiance…

— Je n’ai fait que ce qui était logique.

— Il eût sans doute été préférable que je vous laisse mourir, murmura-t-il d’une voix presque imperceptible.

Elle se tourna de nouveau vers l’écran en disant :

— De toute façon, je mourrai bientôt.

Toutes les craintes qu’il avait éprouvées pour elle lui revinrent aussitôt à l’esprit. Il lui mit une main sur l’épaule et resta silencieux, immobile. Ils entendirent de nouveau le cliquetis. Il alla regarder les chiffres qui s’imprimaient sur le rouleau : des équations terriblement familières, qui lui rappelèrent le temps où il était à Thorness. Andra s’était approchée de lui.

— Qu’est-ce que c’est ? lui demanda-t-il.

— Les calculs de base pour un intercepteur de missiles. Vous vous rappelez ce qui a été fait à Thorness…

— Pourquoi avez-vous entrepris ce travail ?

— Abu Zeki me l’a demandé. Ils veulent avoir des moyens de défense.

Il arracha la feuille, la froissa entre ses doigts, la jeta.

— Pour l’amour du ciel, arrêtez cela ! Je ne vous ai pas sauvé la vie pour que vous fassiez cette sale besogne…

Sa réponse se perdit dans le bruit. Mais elle répéta :

— Il est trop tard, maintenant. J’ai choisi. Les travaux ont déjà commencé.

Fleming s’éloigna d’elle à grands pas et sortit du bâtiment du computeur. Quand il fut dehors, il constata que les grilles de l’enceinte étaient fermées. Il aperçut un char d’assaut qui stationnait devant. Sur la route, un convoi de camions militaires se dirigeait rapidement vers Baleb.

Il retourna vers les bungalows, avec l’espoir d’y voir Madeleine Dawnay. Il avait besoin de réconfort. Mais Madeleine n’était pas là.

— Elle est allée voir le président, lui dit une de ses assistantes arabes. En outre, la révolution vient de commencer.

 

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