Andromède 2 - Andromède revient

Fred Hoyle · Chapitre 9 sur 14

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Andromède 2 - Andromède revient

Chapitre VII

 

La visite de Madeleine Dawnay chez le président était l’effet d’un mouvement impulsif, à la suite d’une discussion avec Kaufmann. Celui-ci était toujours en train de fouiner et de questionner, pour se faire valoir aux yeux de l’« Intel ». Mais Madeleine considérait quelle était en principe employée par le gouvernement d’Azaran.

Ses expériences de biochimie avaient fait de tels progrès qu’elles arrivaient au stade où des essais sur le terrain allaient être nécessaires. Une certaine zone côtière près du golfe persique avait paru convenir. Mais avant de commencer, elle voulait vérifier sur place certaines choses.

Au cours d’une visite de Kaufmann à son laboratoire, elle lui avait demandé de lui procurer des facilités de transport, pensant que c’était une question aisée à régler. L’Allemand était devenu soupçonneux. Il voulut connaître les raisons de ce travail et, comme elle lui répondit qu’il ne les comprendrait pas, il se mit en colère.

— Si vous voulez me créer des obstacles, dit-elle finalement, je vais aller voir le président moi-même.

— Ne comptez pas trop sur lui, dit-il.

Néanmoins, il lui procura une voiture pour cette visite.

Durant le trajet, Madeleine se rappela les propos pessimistes de Fleming sur toute cette affaire. Mais elle comptait sur le président, qui, au besoin, pensait-elle, saurait tenir tête à l’« Intel ».

Les rues de la ville semblaient vides, mais cela ne la frappa guère. La voiture ralentit devant le palais présidentiel, et une sentinelle la laissa passer sous le porche d’entrée. Le palais était très ancien et très beau. Elle fut accueillie respectueusement par un Arabe barbu en costume oriental, qui donna aussitôt un coup de téléphone, puis lui dit que le président l’attendait. Un jeune Noir souriant la guida dans les couloirs.

Le président lui parut plus vieux qu’il ne l’était réellement, vieux et fatigué. Mais ses yeux intelligents gardaient de l’éclat.

Il s’avança vers elle la main tendue. Il portait un costume, de coupe anglaise, mais un peu démodé. Sa courtoisie avait, elle aussi, quelque chose de suranné. Il se mit aussitôt à lui parler de photographie – ce qui était sa manie – et tint absolument à lui montrer des clichés archéologiques qu’il avait pris et que le jeune Noir projeta sur un écran après avoir tiré les rideaux. Madeleine dut cacher son impatience.

Quand enfin il lui demanda le but de sa visite, elle lui parla de l’origine du computeur, des expériences biochimiques qui avaient abouti à la création de la fille synthétique et, finalement, des raisons pour lesquelles Fleming avait détruit la machine de Thorness. Le vieil homme l’avait écoutée calmement.

— Je n’ai que votre témoignage, dit-il, et ce que vous me révélez me paraît difficile à croire et même à comprendre.

— Il est peu aisé, fit-elle, de donner des explications plus claires. Bien des choses nous échappent à nous-mêmes. Fleming a toujours eu des soupçons sur le rôle du computeur.

— Et vous ?

— Je pense qu’il y a une bonne et une mauvaise façon de l’utiliser.

— Et nous l’utilisons de la mauvaise façon ?

— Pas vous, mais l’« Intel ».

— Nous sommes entre leurs mains, soupira-t-il.

Il se leva, alla ouvrir les rideaux et reprit :

— Nous vivons des temps difficiles. Dans ma position, il faut montrer des résultats ou disparaître. L’« Intel » donne des résultats. Je suis un modéré. Il y a ici des factions jeunes et impatientes…

Le petit Noir reparut, portant un téléphone qu’il brancha et tendit au président. Celui-ci écouta, dit quelques mots en arabe et raccrocha. Puis il se dirigea vers une fenêtre qu’il entrouvrit. Ils perçurent une légère vibration et le bruit d’armes automatiques. Il referma la fenêtre.

— Je ne pense pas, professeur, que je pourrai vous aider beaucoup, dit-il. Je viens d’avoir un coup de téléphone de Salim, qui est un officier ambitieux. Ce que nous venons d’entendre me paraît être la preuve de ce qu’il m’a dit…

Madeleine, qui ne comprenait qu’à demi, prit congé, oubliant de demander la permission d’aller faire des expériences sur la côte. Le président était retourné s’asseoir à son bureau. Elle eut l’impression, en lui jetant un dernier regard, que c’était un vieux roi à qui il ne restait plus que sa dignité.

La voiture dans laquelle elle était venue était repartie. Deux soldats l’encadrèrent et lui dirent d’attendre près du porche d’entrée. Bientôt, une voiture militaire vint la prendre.

— Nous allons vous ramener chez vous, lui dit un jeune officier.

Chemin faisant, ils croisèrent des colonnes motorisées qui se dirigeaient vers Baleb. Elle aperçut quelques chars d’assaut. Une auto blindée stationnait à l’entrée des installations de l’« Intel ». Elle fut ramenée tout droit à son bungalow. L’officier la pria poliment de ne pas sortir de chez elle jusqu’à nouvel ordre.

*

* *

Le coup d’Etat organisé par Salim était basé sur les trois actions suivantes : fermer les routes aux frontières et fermer les ports, prendre le contrôle dans la capitale, s’assurer la mainmise sur les établissements de l’« Intel ». Ce dernier point, grâce à Janine Gamboul, n’était d’ailleurs qu’une formalité.

C’est par Abu Zeki que Fleming avait commencé à apprendre ce qui se passait. Ils s’étaient disputés lorsque John avait détruit les équations concernant les intercepteurs de missiles. Abu lui avait dit que cela serait d’ailleurs sans effet, car ils avaient déjà les données essentielles. Il avait ajouté que le colonel Salim prenait les choses en main, que le rôle du président était fini.

— Et celui de l’« Intel » ? avait demandé John.

— Salim et l’« Intel » dirigeront tout désormais.

Un peu plus tard, Fleming, qui cherchait Andra, ne la trouva pas près du panneau sensoriel. Il demanda à Abu où elle était.

— Elle n’est pas ici, dit-il. Mais elle est désormais sous notre surveillance.

John se précipita vers les bungalows. Devant l’appartement d’Andromède, deux soldats armés montaient la garde.

— On ne vous laissera pas passer, lui dit une voix familière – celle de Kaufmann qui venait de surgir. El je crains bien que l’on n’ait plus confiance en vous, docteur Fleming. Mais rassurez-vous, la fille sera bien soignée. Au reste, miss Gamboul désire vous voir.

— Où ça ?

— Venez avec moi.

Il emmena John dans sa voiture jusqu’à la résidence de Salim – où ils ne virent pas de soldats. Kaufmann le fit entrer. Il se dirigea, sans rencontrer de serviteurs, vers le bureau. Sur le balcon, il découvrit Janine dans une chaise longue. Sa posture, sa pâleur extraordinaire, le regard vide de ses yeux mi-clos lui firent croire un instant quelle était morte, et il poussa une petite exclamation. Il se pencha, lui passa une main sous la tête pour la soulever. Elle grogna, ouvrit les yeux et se mit à rire.

— Vous pensiez que j’étais morte ? fit-elle. Comme vous le voyez, je ne le suis pas. J’ai demandé à Kaufmann de vous amener ici. Je veux vous parler.

Il remarqua alors qu’elle avait bu du whisky. La bouteille et le verre étaient d’ailleurs à côté d’elle. Elle lui offrit à boire et alla, d’un pas incertain, chercher du soda dans le bureau.

— Pourquoi me regardez-vous ainsi, fit-elle d’une voix pâteuse… Vous n’obtiendrez rien de moi… Pas tant que je n’en saurai pas davantage sur l’autre femme, votre femme…

Elle remplit les verres en sifflotant une chanson française.

— Parlez-moi de votre amie, fit-elle.

— Abu ne vous a-t-il pas déjà dit tout ce que vous désiriez savoir ?

— Oh ! si, ricana-t-elle. Absurde et fantastique. Le plus drôle, c’est que je l’ai cru et je veux maintenant en savoir davantage.

Fleming but un peu de whisky, ce qui le remonta. Il décida de jouer le jeu un moment. Janine semblait plus séduisante que de coutume.

— Qu’avez-vous contre nous ? dit-elle. Le fait que nous sommes dans les affaires vous déplaît ?

— En partie, grogna-t-il.

— Nous avons pourtant fait du bon travail ici. Avant notre arrivée, il n’y avait rien. Et maintenant que Salim a pris les choses en main, nous pourrons aller plus vite… Peut-être deviendrons-nous aussi opulents que la Venise ancienne ou la Compagnie des Indes. En tout cas, avant longtemps, personne ne pourra entrer en compétition avec nous. Le monde sera à nos pieds.

— Ou aux pieds d’Andra…

— D’Andra ? Pourquoi ne me parlez-vous pas d’elle ? Y a-t-il quelque chose quelle est seule à connaître ? Qu’elle seule peut faire ?

Janine regardait fixement et méchamment Fleming. Il eut l’impression qu’elle voulait l’hypnotiser. Il finit de boire son whisky. Mais à peine eut-il vidé son verre qu’il eut le sentiment d’avoir été drogué. Il sentit ses jambes fléchir sous lui et son esprit vagabonder bizarrement, il se laissa tomber dans un fauteuil où il s’assoupit. Aussitôt, Janine se pencha sur lui.

— Maintenant, vous allez tout me dire…

Il parla, d’une voix hésitante d’abord, puis de plus en plus distincte et ferme. Au bout d’une demi-heure, Janine savait tout.

Elle l’observa un moment, se demandant si cet Anglais énigmatique, mais très désirable, ne l’avait pas trompée en feignant de réagir à la drogue. Mais c’était absurde, car elle connaissait trop bien les effets du produit en question.

Elle téléphona pour qu’on vînt chercher Fleming et demanda une voiture pour elle-même. Une demi-heure plus tard, elle était chez Andromède. Mais elle ne la trouva pas. Le garde lui dit quelle était allée dans le bâtiment d’en face et qu’il n’avait pas d’ordres pour l’empêcher de sortir. Janine se dirigea alors vers le computeur. Abu n’était pas là, mais elle découvrit Andra paisiblement assise devant le panneau sensoriel.

— Que faites-vous là ? lui demanda-t-elle avec méfiance.

— J’attendais, fit Andra d’une voix neutre. Je vous attendais. Vous êtes le seul choix logique. Qu’avez-vous obligé le docteur Fleming à vous dire ?

— Vous… Vous savez cela ?

— C’était prévisible. Sans doute vous n’avez pas cru tout ce qu’il vous a dit. Mais je vais vous montrer. Asseyez-vous à côté de moi. N’ayez pas peur…

Janine obéit. Andra toucha les manettes du tableau. Des points lumineux apparurent sur l’écran, puis des images vagues, brumeuses.

— Qu’est-ce que c’est ? murmura Janine.

— Attendez. Je vous expliquerai. C’est l’endroit d’où est venu le message. Bientôt vous connaîtrez les formules vous indiquant ce que vous aurez à faire.

Les deux femmes restèrent assises devant l’écran très tard dans la nuit. Janine demeurait immobile et comme envoûtée tandis qu’elle tentait d’assimiler les étranges images qui apparaissaient, se clarifiaient et s’embrumaient, et qu’elle écoutait l’interprétation qu’en donnait Andromède.

En dehors des gardes indifférents, seul Abu les vit, mais s’éloigna aussitôt. Janine l’intimidait et lui déplaisait. Mais il connaissait ses rapports avec Salim et ne voulait pas entrer en conflit avec la maîtresse de celui-ci.

Abu regagna son logement et se coucha, mais ne put dormir. Il était heureux du changement de gouvernement – que la radio avait annoncé. Pourtant, il y avait dans son esprit comme le pressentiment d’un désastre. Ce devait être l’effet de sa conversation avec Fleming, pour qui il éprouvait de l’amitié.

Il s’efforça de penser à des choses plus agréables, à sa femme, à son bébé. Mais cela ne le soulagea pas. Il entendait le bourdonnement du computeur. Par conséquent, celui-ci fonctionnait encore. Il était pourtant plus de trois heures du matin,.. Ces deux femmes étaient donc devant l’écran depuis au moins huit heures.

Il se leva. L’aube commençait à poindre. Il se dirigea vers le bâtiment du computeur, effrayant une sentinelle somnolente. A l’intérieur, tout était éclairé, l’air était chaud et lourd. Les deux femmes étaient toujours là. Andra parlait toujours, à voix basse. Il se risqua à demander :

— Miss Gamboul… Est-ce que tout va bien ?

Elles ne firent pas plus attention à lui que s’il n’avait pas existé. Il eut un frisson de peur et s’éloigna, en réfléchissant à ce qu’il devait faire. Il alla chez Fleming, mais trouva Kaufmann devant la porte de celui-ci, en compagnie d’un gardien.

— Je voudrais voir le docteur Fleming, dit-il.

— Vous pouvez entrer, grommela l’Allemand, qui le suivit dans la pièce.

Fleming était couché sur le lit, tout habillé, et dormait profondément. Abu dut le secouer. John grogna, ouvrit les yeux et demanda l’heure.

— Le docteur a absorbé une petite drogue, expliqua Kaufmann. Mais, dans un instant, il ira mieux.

— Qu’est-ce qu’il y a, Abu ? fit John en s’asseyant au bord du lit.

— Je ne comprends rien à ce qui se passe, dit le jeune Arabe. Miss Gamboul est venue hier soir au computeur rejoindre miss Andra. Elles y sont encore. Elles regardent l’écran.

— Oh ! mon Dieu ! s’exclama John. J’aurais dû le deviner.

Il se leva et se dirigea vers la porte. Mais Kaufmann posa sa main sur la poignée.

— J’ai des ordres, dit-il. Vous ne devez pas sortir.

John se prépara à passer outre. Mais Abu intervint :

— Il vaut mieux qu’il y aille. C’est nécessaire pour le computeur.

Kaufmann les regarda, hésitant.

— Bon, fit-il enfin, puisque vous dites que c’est nécessaire. Mais je vais vous escorter. J’ai des ordres.

— Mettez-moi des menottes si vous voulez, s’exclama Fleming. Mais laissez-moi y aller. Voulez-vous, Abu, prévenir Madeleine Dawnay ? Dites-lui de venir au computeur.

L’air du dehors et la courte marche firent du bien à John.

Quand il arriva à l’entrée du bâtiment, un gardien braqua sur lui sa mitraillette. Mais Kaufmann intervint.

A peine furent-ils entrés qu’il aperçut, au fond du couloir, Janine Gamboul qui se levait de sa chaise. Elle ne semblait plus la même. Elle écoutait docilement ce qu’Andromède lui disait. Elle fit un signe d’approbation, puis se dirigea vers eux. Mais elle continua son chemin comme si elle ne les voyait pas. Un vague sourire flottait sur ses lèvres. Fleming fit mine de courir après elle. Mais Kaufmann lui saisit les bras et le maintint sur place. Il se débattit en criant :

— Pour l’amour du ciel, ne la laissez pas sortir d’ici !

Bientôt, ils l’entendirent s’éloigner en voiture. Madeleine Dawnay arriva presque aussitôt. Elle fut alarmée par la pâleur d’Andromède, qui était blanche comme un linge.

— Que se passe-t-il, John ? demanda-t-elle.

Fleming fit pivoter le tabouret sur lequel Andra était assise et la regarda dans les yeux en lui demandant ce qu’elle avait fait. Elle eut un calme sourire.

— J’ai fait ce qu’il fallait, dit-elle. Miss Gamboul sait maintenant ce qu’elle doit accomplir. Elle n’a pas été effrayée lorsque je lui ai expliqué le sens de tout cela…

Mais Andra, brusquement, perdit son assurance et s’affaissa, avec la mine d’un enfant malade et apeuré.

— Elle est au plus mal, s’écria Madeleine. Emmenons-la à l’infirmerie.

John lança un ordre à Kaufmann. Plein de crainte et d’obséquiosité, ce dernier aida John à emporter Andra. Quand ils furent à l’infirmerie, Madeleine resta seule avec la malade. Kaufmann essaya de se faire rassurer par le jeune savant. Il sentait que si les choses tournaient mal, on pourrait l’en rendre responsable. Mais Fleming demeura silencieux, et l’Allemand s’éloigna. Quand Madeleine sortit, elle dit au jeune savant :

— Andra est très faible, terriblement faible, comme si elle avait fourni un effort énorme. Mais elle dort maintenant. L’infirmière nous préviendra si c’est nécessaire. Venez chez moi. Je vais préparer un peu de café.

Tandis que l’eau chauffait, elle demanda à John si le colonel Salim avait effectivement pris le pouvoir.

— Je ne sais pas grand-chose, fit-il. J’ai été drogué hier soir, par cette femme Gamboul. Probablement la même drogue dont on s’est servi sur vous a Londres. Elle m’a tout fait raconter sur Andromède. Ensuite, elle est allée la voir.

— Mais pourquoi tout cela ?

— Le computeur a choisi cette Gamboul pour tout diriger. J’avais pensé qu’il choisirait Salim. Mais ce qu’il a fait est encore plus habile. Par cette femme, il prendra le pouvoir.

— Comment ?

— Je n’en sais rien. Je crois qu’en quelque manière la machine lui a communiqué ce qu’Andra n’a pas pu interpréter pour moi. Ce dut être pour cette femme quelque chose d’analogue aux révélations que les saints et les prophètes disent avoir reçues. Tout cela est affreusement logique et inévitable. Comme le dit Andra, tout était prévisible.

Madeleine servit le café. John eut un petit rire bref.

— Et, maintenant, le computeur est gagnant. Tout échappe de nos mains, et, cette fois, pour de bon. Nous ne sommes plus rien.

Ils entendirent le vent souffler brusquement en bourrasque au-dehors. Des grains de sable vinrent frapper la fenêtre. Madeleine alla fermer les rideaux. Mais elle vit Abu qui se dirigeait en courant vers son bungalow. Elle alla lui ouvrir la porte. Il était haletant, bouleversé.

— Le colonel Salim est mort ! balbutia-t-il.

Fleming n’eut pas l’air surpris. Il demanda ce que faisait l’armée.

— Je ne sais pas. Je ne sais réellement pas. Les gardes militaires qui étaient ici sont partis. Il ne reste que les gardes de l’« Intel ». Mais ils sont maintenant armés. Je n’y comprends rien.

— Oh ! c’est simple, fit John. Janine Gamboul a pris le contrôle. Elle a fait tuer Salim ou l’a tué elle-même. Elle en est parfaitement capable. Et le vieux, où en est-il ?

— Vous voulez dire le président ? Il est toujours dans son palais. Le message annonçant la mort de Salim émane de lui.

Il y eut une autre bourrasque au-dehors. Du sable pénétra dans la pièce par la porte restée ouverte.

— Le président, reprit John, servira de façade à cette femme. Elle tirera les ficelles. Nous serons tous des marionnettes.

— C’est très étrange, murmura Madeleine.

— Etrange ? Cette Gamboul fait simplement ce que le computeur lui a ordonné de faire.

Elle secoua la tête.

— Je ne parle pas des événements politiques, mais de ces bourrasques, absolument anormales en cette période de l’année.

— Vraiment ? Ça me rappelle Thorness, quand Andra et moi nous nous cachions dans cette île.

— Oui. Le temps aussi était anormal là-bas. Mais je vais aller travailler un peu dans mon laboratoire. J’aimerais avoir ces échantillons d’eau marine que j’ai demandés.

— J’aimerais bien, moi aussi, avoir quelque chose à faire, dit John. Mais il serait bon pourtant que quelqu’un aille voir ce que prépare miss Gamboul. Voulez-vous retourner au computeur, Abu ? Je serais étonné que Kaufmann n’ait pas des instructions pour vous…

Sur quoi John rentra chez lui.

Le vent soufflait toujours, par bourrasques. Il regarda sa montre. Sept heures et demie du matin. Il mit en marche sa radio, branchée sur les ondes courtes de la B.B.C. L’émission destinée au Proche-Orient était mauvaise. Il entendit néanmoins ceci :

— Nous n’avons pas d’autres nouvelles concernant la situation en Azaran. Les frontières restent fermées, et, pendant la nuit, les postes gouvernementaux de Baleb se sont bornés à répéter qu’une junte militaire avait été instaurée…

Pendant une minute, l’émission fut si mauvaise qu’il ne put rien comprendre. Puis elle redevint plus claire.

— …Des phénomènes similaires sont signalés dans toute l’Europe occidentale et dans les régions méditerranéennes. Des vents d’une violence inhabituelle sont enregistrés même sur les côtes orientales de l’Afrique, dans la région d’Aden, ainsi qu’en Islande et à Terre-Neuve…

Il ferma sa radio. Il trouvait presque normal que les phénomènes naturels fussent, eux aussi, en proie à la démence dans le moment même où le monde allait vers une crise inéluctable.

 

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