Andromède 2 - Andromède revient

Fred Hoyle · Chapitre 6 sur 14

Pages du PDF

Andromède 2 - Andromède revient

Chapitre IV

 

Les employés du Palais des Nations à Genève se disaient entre eux qu’il n’y avait pas eu de conférence internationale aussi paisible depuis de longues années. Les Russes approuvaient avec chaleur les discours des délégués américains, et vice versa. Même les Français semblaient très coopératifs.

Il est vrai qu’on discutait de météorologie. Tout le monde était d’accord : il faisait un temps épouvantable dans tout l’hémisphère nord. Les vents et les pluies étaient d’une violence anormale.

Quelques pays, qui pensaient que la science était capable de maîtriser l’atmosphère, avaient envoyé des savants en même temps que des météorologues, dans l’espoir que quelque chose d’utile pourrait en sortir quant à l’Angleterre, son ministère des Sciences avait délégué Osborne, le sous-secrétaire d’Etat permanent, à cette conférence.

Osborne n’était pas ravi. Bien qu’il sût comme tous ceux qui étaient là que les phénomènes climatiques avaient pris un aspect sans précédent, il était convaincu que cette réunion genevoise aurait un caractère purement académique et il se demandait si on ne l’avait pas éloigné de Londres à cause de son rôle dans l’affaire de Thorness.

Sur cette affaire, le ministère et le service de sécurité avaient continué à mener une enquête très serrée. Osborne avait prié son directeur de cabinet d’affirmer qu’il l’avait accompagné au centre de recherches la nuit où la catastrophe s’y était produite. Son collaborateur avait accepté, mais visiblement sans enthousiasme. Et Osborne se demandait si, soumis à des pressions policières ou sommé de dire la vérité sous la foi du serment, il ne se dégonflerait pas. C’est pourquoi il aurait préféré rester à Londres pour veiller au grain.

Mais, maintenant qu’il était à Genève, il tâchait d’en prendre son parti. Dans cette ville – si mauvais que fût le temps, et il était notamment tombé beaucoup de neige sur les Alpes – le ciel était maintenant bleu, le lac aussi. Dans les rues de la ville, d’où la neige avait été promptement enlevée, régnait une animation réconfortante.

Les séances lui semblaient fastidieuses dans la salle de conférence surchauffée. Pourtant, le professeur américain Neilson avait présenté un rapport intéressant.

Maintenant, Osborne était assis dans un restaurant, attendant paresseusement que son café-filtre eût fini de passer. Une femme, qui n’était pas jeune, mais avait néanmoins un visage agréable et intelligent, s’approcha de lui et lui demanda s’il était bien Mr Osborne. Elle avait un accent américain.

— Oui, c’est moi, fit-il. Je ne pense pas que…

— Je suis la femme du professeur Neilson, dit-elle avec un sourire.

Elle lui tendit la main. Il la pria de s’asseoir, et lui fit des compliments sur l’intervention de son mari à la conférence. Mais elle ne semblait pas l’écouter.

— Mister Osborne, lui dit-elle, je crois que mon mari voudrait vous parler. Et il ne s’agit pas de la conférence. Si vous pouviez l’attendre un instant…

— Volontiers…

Neilson parut quelques minutes plus tard. Il semblait inquiet. Il s’assit et dit sans préambule, après de brèves salutations :

— Que savez-vous de l’organisation qui se nomme l’« Intel » ?

— C’est, fit Osborne, un important et même très important consortium international de commerce.

— Je sais, fit Neilson. Mais est-ce un organisme vraiment honnête ?

— Je ne saurais vous dire, fit prudemment Osborne.

Mrs Neilson intervint alors.

— Ce matin, dit-elle, nous avons reçu un câble de notre fils. Nous ne l’avons pas vu depuis deux ans. Le câble disait simplement : « Vous verrai, avec la permission de l’« Intel », un soir de cette semaine, au restaurant Nicole, à Genève. » C’est le premier signe de vie que nous ayons eu de lui…

— Mais vous saviez où il était et ce qu’il faisait ?

— Il est allé à Vienne il y a deux ans pour y discuter d’un emploi qu’on lui offrait. Une carte postale nous fit savoir que tout allait bien. Puis plus rien…

— Vous ne voyez pas ce qu’on a pu lui proposer ?

— Il était physicien, spécialisé dans l’électronique, diplômé de l’institut de Massachusetts.

— L’« Intel » doit avoir un bureau ici, ou, en tout cas, à Zurich. Etes-vous allés aux renseignements ?

— Bien entendu… Mais on nous a dit qu’on n’était pas au courant de ce qui se passait hors de Suisse. Alors nous avons songé à vous demander si vous voudriez nous aider à nous informer.

— Mais pourquoi ? demanda Osborne.

— Parce que vous êtes l’ami d’un ami de notre fils, dit alors Neilson. Il s’agit de John Fleming. Ils s’étaient connus à Cambridge où notre fils fit un stage, et ils étaient très liés. Nous avons appris que Fleming avait joué un rôle important parmi les savants de votre ministère…

— Je ne vois pas bien ce que nous pourrions faire, dit Osborne avec une certaine froideur. Nous avons perdu le contact avec le docteur Fleming. Et je rentre à Londres qu’après-demain. Mais peut-être pourrai-je voir votre fils, puisqu’il dit qu’il va venir ici…

Les Neilson le remercièrent et l’invitèrent à dîner pour le soir même, au restaurant Nicole. Vers sept heures, la vieille dame arriva la première et s’installa bien en vue, près de la vitre. Quelques minutes plus tard, un jeune homme au visage sérieux et pâle, visiblement inquiet, vint s’asseoir près d’elle. C’était son fils. Elle se livra aussitôt à des manifestations de joie.

— Je t’en prie, maman, dit-il, ne nous faisons pas remarquer… Je m’excuse. Mais j’ai de bonnes raisons…

— Certainement, mon petit… Tu as vieilli… Es-tu fatigué ?

— Il faut que je te parle… Je n’ai pas grand temps. Je suis en fuite. Rassure-toi, je n’ai rien fait de mal. Mais on me pourchasse…

Il se tut quand un serveur vint prendre la commande. Puis il se remit à parler, d’une façon précipitée et incohérente.

Neilson et Osborne, qui s’étaient rencontrés devant le restaurant, entrèrent sur ces entrefaites. Le professeur fut tout à la joie de revoir son fils. Il le présenta à Osborne. C’est alors que parut un homme avec une grosse caméra.

— Professeur Neilson, s’écria-t-il. Laissez-moi prendre une photo. Pour la presse américaine.

Il fit placer le jeune homme, Jan, entre son père et sa mère, puis il braqua sur eux son appareil. Il y eut un flash aveuglant. Au même instant, Jan tomba sur le côté, contre son père, en gémissant. Le photographe disparut dans la rue. Un monsieur qui était à une table voisine mit son chapeau, glissa dans sa poche un objet noir et brillant et sortit lui aussi sans hâte.

Les Neilson, affolés, se penchaient sur leur fils. Osborne avait vite compris ce qu’était l’objet noir. Il se précipita dehors et vit une voiture – dans laquelle il reconnut le photographe et le tueur – démarrer à toute allure. Il ne put que rejoindre les Neilson, qui étaient abîmés dans leur douleur. Leur fils était mort. Mrs Neilson bégayait :

— Il venait de me dire qu’ils le pourchassaient… Ils le tenaient prisonnier… Ils le faisaient travailler…

— Où ça ? demanda Osborne.

— Un pays qui s’appelle l’Azaran.

*

* *

Dans une maison discrète des faubourgs de Berne, Kaufmann travaillait au rapport qu’il allait envoyer à ses employeurs. Près de lui, le tueur comptait la liasse de dollars reçus en paiement.

— Vous dites que le photographe était en retard ? fit Kaufmann. Il sera puni en conséquence. Mais vous êtes sûr que le fils Neilson n’a pas pu parler ?

— Il a parlé à sa mère avant que le photographe arrive. Et ce qu’il lui a dit, elle a pu le répéter à son mari. Et à un Anglais qui était là, et qui fut présenté comme se nommant Osborne.

— Ainsi, ça n’est pas fini, soupira Kaufmann. Après cette mort, il va falloir en préparer d’autres…

Le tueur mit l’argent dans sa poche.

— Je vais retourner en Angleterre, dit Kaufmann. Vous, quittez le pays.

*

* *

Andromède et Fleming furent amenés discrètement, par la voie des airs, non pas à l’aéroport de Londres, mais à Northolt, où une voiture du gouvernement les prit et les emmena au ministère des Sciences.

Le ministre avait décidé de les interroger lui-même, avec l’assistance de Geers. Il redoutait des questions à la Chambre des Communes s’il y avait des fuites. Un magistrat était également présent, car le ministre ne voulait pas sortir du cadre légal. Il se demandait d’ailleurs, avec une pointe d’humour, si Andromède pouvait être considérée comme une citoyenne britannique. Elle n’avait pas d’acte de naissance, n’existait pas officiellement.

Le ministre salua froidement les intéressés, mais leur dit aussitôt qu’il ne s’agissait pas de les juger. Simplement d’enquêter. Fleming, dont l’aspect était assez pitoyable, souriait ironiquement.

— Oui, fit-il. Mais des policiers veillent à la porte pour le cas où nous voudrions nous en aller. Et Geers est ici, naturellement !

Le ministre ignora cette remarque et se tourna.

— Asseyez-vous, ma chère. Vous semblez fatiguée. On m’a informé que vous souffriez d’amnésie.

Geers se leva.

— Andromède, dit-il sèchement, vous n’avez certainement pas oublié les données de la synthèse des tissus organiques, d’après les formules fournies par le computeur…

Elle le regarda calmement, les yeux vides. Elle secoua la tête. Geers rougit de colère.

— Vous n’allez pas nous dire que vous ne vous rappelez pas vos travaux avec le computeur ?

Le magistrat toussa discrètement.

— Je crois que ça suffit, docteur Geers. Quant à vous, madame, il n’est pas nécessaire que vous vous fatiguiez à répondre pour le moment.

— D’accord, dit le ministre. Elle ne paraît pas en état de parler. Nous pourrions la faire passer dans l’antichambre pendant que nous nous entretiendrons avec le docteur Fleming.

John alla lui ouvrir la porte et lui fit un sourire rassurant.

— Pourquoi avez-vous enlevé cette femme ? lui demanda ensuite le ministre d’une voix sèche.

— Là n’est pas la question, répondit-il vivement.

— Alors, qu’est-ce qui est important, selon vous ?

— L’important, c’est ce message venu de la constellation d’Andromède, et qui était néfaste. Tout le reste en a découlé. Il émanait d’une intelligence supérieure qui voulait nous subjuguer et, au besoin, nous détruire.

— Et parce que vous pensez cela, vous avez, vous, détruit le computeur. Pourtant, vous semblez vouloir protéger cette fille qui travaillait avec lui…

— Elle n’est rien sans le computeur. La volonté, la mémoire, la science, c’était lui. Vous voyez bien qu’il lui manque quelque chose maintenant que le computeur a disparu. Demandez à Geers. Il sait comment elle était avant.

Mais le ministre préféra ne pas placer la discussion sur ce terrain.

— Je tiens pour acquis, dit-il, qu’après avoir détruit le computeur vous avez enlevé la fille parce quelle aurait pu nous dire ce qui s’était passé.

— Je l’ai emmenée parce quelle avait besoin d’être protégée contre ceux qui l’entouraient, dit Fleming en regardant Geers.

Le ministre prit une feuille sur son bureau.

— Peut-être pourrez-vous nous expliquer pourquoi le directeur de cabinet de Mr Osborne, après avoir déclaré qu’il l’avait accompagné, a admis qu’il n’était pas allé à Thorness ?

— Demandez cela à Osborne lui-même.

— Nous le ferons. En attendant, vous devez vous considérer comme étant placé sous surveillance, cela pour éviter les désagréments d’une arrestation en règle. Nous pourrions, si vous êtes compréhensif, conclure un arrangement.

Le magistrat se lança alors dans une explication juridique. Fleming l’interrompit.

— C’est bon. Je ferai ce que vous voulez. Où nous mettrez-vous ?

— Pas très loin d’ici, Cela vous fera du bien de vous reposer. Et à la fille aussi. Je ne peux pas vous en dire davantage. Vous allez partir immédiatement. Une bonne nuit de sommeil vous sera utile. Et j’espère que demain vous aurez une plus claire vision des choses.

On les remit dans une voiture qui roula pendant deux heures. Quand ils furent arrivés et qu’on les eut installés, Fleming ne trouva rien à redire à la façon dont on les traitait. Les pièces étaient correctes et confortables. On leur donna à boire, des vêtements propres, des livres. Ils purent prendre un bain. Mais les femmes qui s’occupèrent d’eux ne lui plurent pas. Sous leurs blouses blanches, on devinait des uniformes kaki. Il n’avait jamais aimé les femmes militaires. Mais il s’amusa des maladresses du géant qui leur servit un excellent dîner. Même quand il est bien déguisé, un policier se reconnaît toujours.

On les laissa parfaitement tranquilles pendant les jours qui suivirent. Ils pouvaient se promener autant qu’ils le voulaient dans le vaste parc. Fleming remarqua qu’Andra avait l’esprit de plus en plus vide. Il lui arrivait souvent de trébucher en marchant.

Le parc était entouré du même système de défense qu’à Thorness. Et le pavillon de l’entrée avait été visiblement transformé en un poste de garde.

Un après-midi, Andromède fut emmenée. Geers était arrivé et désirait la voir. Elle passa de longues heures, les jours suivants, avec le directeur de Thorness, qui fit de son mieux pour la faire parler.

Quand elle retrouvait Fleming, elle semblait pensive, mais calme. Elle lui dit qu’elle croyait vrai ce que Geers lui avait raconté, mais qu’elle avait l’impression que cela concernait une autre personne. Tout cela n’éveillait aucune résonance dans sa mémoire, bien qu’elle comprît qu’elle avait été mêlée à la destruction du computeur.

— Qu’est-ce qu’ils vont nous faire ? lui demanda-t-elle, un soir tandis qu’ils regardaient la télévision.

— Je pense, fit-il, qu’ils attendent le retour de ce pauvre Osborne. Il y aura alors un grand procès télévisé. Osborne et moi serons décapités à la Tour de Londres. Osborne se conduira en parfait gentleman. Quant à vous…

Il interrompit ses propos sarcastiques. Des pas lourds se faisaient entendre dans le couloir.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Andra, qui était habituée aux pas feutrés des serveuses.

— Peut-être Osborne qu’on envoie nous rejoindre…

Mais ce n’était pas Osborne. C’était Kaufmann. Il portait un long manteau noir, un chapeau noir, il tenait à la main une serviette.

— Excusez-moi, fit-il d’un air surpris en fermant la porte. J’espérais rencontrer Mr Osborne. J’étais informé qu’il devait arriver ici cet après-midi… Mais je suis charmé de vous voir, docteur Fleming.

Il tendit une main que John ignora.

— Comment êtes-vous entré ici ?

— Je représente l’avocat de Mr Osborne. Toute cette affaire est si délicate.

Il regarda Andromède à travers ses lunettes de myope.

— Et voici la fameuse jeune dame…

Il lui prit la main et y porta ses lèvres.

— Assez de galanteries ! fit John. Elles ne vont pas avec le métier que vous faites. Il n’y a pas si longtemps, vos amis surgissaient dans une île privée et jouaient du pistolet…

— Je ne fais pas toujours ce que je veux..

— Je sais. Vous faites ce que vous dit de faire l’« Intel »…

— On n’a pas toujours la chance de choisir son métier, dit Kaufmann sur un ton amer.

— Pourquoi vous a-t-on envoyé ici ?

— Pour obtenir quelque chose que mes patrons désirent.

Kaufmann semblait impatient. Il se dirigea vers la fenêtre et tira le lourd rideau. Il y eut au-dehors un léger bruit de moteur. Une voiture stoppa.

— C’est peut-être Osborne qui arrive, dit Fleming.

— Non. Mr Osborne est déjà ici. Ce qui arrive, c’est une camionnette… Maintenant, voulez-vous avoir l’amabilité de me suivre… Par ici, ajouta-t-il en ouvrant la fenêtre.

Andra eut un mouvement de crainte.

— Ne vous inquiétez pas, lui dit John. Restez assise.

— S’il vous plaît, reprit Kaufmann… La semaine dernière, j’ai dû faire tuer un charmant garçon que je ne connaissais même pas… Alors, venez…

Il y eut du bruit au-dehors, et un jeune homme maigre, en trench-coat, apparut sur le rebord de la fenêtre. Il sauta dans la pièce. Il tenait à la main un pistolet.

— Allons, vite, dit-il. Il fait froid dehors. Dépêchons-nous !

Kaufmann se glissa derrière lui.

— Docteur, fit-il, nous vous voulons vivant, mais nous pourrions régler son compte à cette jeune dame si vous faites des difficultés.

L’homme en trench-coat braqua son arme sur Andromède. Fleming fit signe à celle-ci. Il lui prit la main et la mena vers la fenêtre.

Kaufmann sauta le premier et aida Andra. Le tueur ferma la marche, son pistolet dans le dos de Fleming. Mais, soudain, il se retourna tandis que la porte s’ouvrait. John reconnut Osborne, qui était frappé de stupeur. Derrière lui se tenait un soldat. Le tueur tira, et Osborne recula vers la porte en trébuchant. Le soldat, qui d’abord s’était élancé, recula lui aussi, tandis qu’Osborne s’affaissait, la main crispée sur son épaule blessée. Le tueur avait sauté par la fenêtre.

— Que c’est donc ridicule ! murmura Osborne en se relevant.

Il se traîna jusqu’à la fenêtre. Dehors, où il faisait noir, des mains saisissaient Fleming et Andromède et les hissaient dans la camionnette. Le moteur ronfla. Les pneus crissèrent sur le gravier. Le véhicule franchit à toute allure le porche d’entrée. Puis ce fut une course éperdue dans la nuit sur une route pleine de tournants.

Fleming devina un peu plus tard qu’ils avaient rejoint une autoroute. Quand la voiture quitta celle-ci, ils avaient dû parcourir une soixantaine de kilomètres. De nouveau, il y eut des tournants, et ils furent secoués. Il alluma son briquet. L’intérieur de la camionnette était métallique. Et il ne fallait pas songer à ouvrir la porte arrière. Il n’y avait aucune ouverture vers l’avant. Ils roulaient depuis peu dans un chemin très mauvais.

Le véhicule ralentit. Il devait maintenant être dans un champ ou un pré. Et, soudain, il s’arrêta.

Quelques instants s’écoulèrent avant qu’on vînt les libérer. Dehors, il pleuvait. Ils aperçurent Kaufmann qui souriait à la lueur d’une torche électrique tenue par quelqu’un d’autre. Le tueur était là lui aussi.

— Eh bien, dit Kaufmann, voulez-vous avoir l’amabilité de descendre.

Fleming sauta à terre, puis aida Andra à en faire autant.

— Votre ami, dit-il, a tiré sur Osborne qui est parfaitement inoffensif. Pour ma part, je ne le suis peut-être pas autant que lui. Alors, que comptez-vous faire de nous ? Et où sommes-nous ?

— Sur un terrain d’aviation militaire désaffecté. Les pistes d’envol sont encore excellentes. Nous allons vous éviter l’ennui d’un procès et d’une condamnation pour sabotage. Je suis sûr que votre gouvernement vous considère comme un traître. Mais nous n’avons pas le temps de bavarder. L’avion va partir immédiatement. Venez.

Kaufmann se mit en marche. Le tueur resta derrière Fleming. Bientôt, ils aperçurent le fuselage humide et luisant d’un avion.

— Bienvenue à bord, madame, et vous, monsieur, leur dit une voix de femme.

Fleming se mit à rire. Tout cela était insensé. La fille, en haut de la passerelle, était en uniforme bleu, comme les hôtesses de l’air, nette et charmante. Quand ils furent dans l’avion, il constata qu’elle était de type oriental. Elle les guida vers des sièges à l’avant. Elle ignora le tueur, qui s’était assis un peu plus loin, tenant toujours son pistolet à la main. Kaufmann disparut dans la cabine de pilotage.

Les moteurs à réaction se firent entendre. L’instant d’après, l’avion grimpait vers le ciel. Il était clair que le pilote n’allait pas suivre le trajet des lignes commerciales et éviterait soigneusement les radars. Ils eurent vite traversé les nuages et bientôt baignèrent dans la lumière de la lune. Fleming, d’après les constellations qu’il put identifier, constata qu’ils filaient vers le sud.

Kaufmann, d’ailleurs, le lui confirma peu après.

— Nous sommes maintenant au-dessus des eaux internationales, dit-il. Tout va bien. On va vous servir des rafraîchissements. Ensuite, vous pourrez dormir. Dans quelques heures, nous nous poserons en Afrique du Nord.

— Où ça ?

— Oh ! ce sera simplement pour faire le plein. Et nous repartirons. Nous allons en Azaran.

 

OceanofPDF.com