Anna Thalberg

Eduardo Sangarcía · Chapitre 9 sur 15

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Anna Thalberg

Chapitre IX

 

Ma fille, cela me fait beaucoup de peine de te voir dans cet état parce que je

sais parfaitement que tu es innocente, rien de tout cela n’est de ta faute, le

seul responsable c’est le rusé maître de la tromperie et du mensonge qui

s’est emparé de ta candeur pour te duper et jouit maintenant de ta

souffrance, mais l’heure de la rédemption est arrivée, profite de cette

opportunité que Dieu t’offre, renonce à Satan et à toutes ses séductions,

coopère et livre-moi les noms de ceux qui ont assisté au sabbat, tous ces

gens de ton village qui ont commis les mêmes abus que toi, livre-les-moi et

peut-être alors Dieu te pardonnera

 

. . . la douleur est si forte . . . . . . . . . . . mon Dieu . . . . . . . . . . . . . . elle envahit le reste des sens . . . . . . . . . . . . . elle peut se voir et s’entendre . . . . . . elle sent l’amande amère et l’urine de cheval . . . quel est le goût de la douleur . . . . . . . . . quel goût a-t-elle . . . elle est couleur pourpre et résonne comme une pierre qui tombe dans l’étang . . . . . . . . qu’est-ce que cela . . . . . . une pierre lancée dans un étang. . . . . . . . des gouttes qui sautent des ondes parcourant la surface . . . . . . . . . . . . . le limon du fond troublant les eaux . . . . . quelle envie de la pierre qui ne sait pas . . . . . . . quelle envie des anges . . . . . . . . . . . . . être plutôt un minéral ou un souffle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Je vous ai déjà dit que je ne suis pas une sorcière,

pourquoi ne voulez-vous pas me croire, pourquoi

voulez-vous m’obliger à avouer des péchés que je n’ai

pas commis, comment pourrais-je vous donner des noms

que j’ignore, pourquoi exiger que je condamne mon âme

en mentant juste pour épargner la douleur à mon corps,

comprenez que je ne suis pas coupable, je n’ai rien fait

contre la loi de Dieu, je n’ai jamais été tentée par le mal,

je ne le connaissais pas avant d’entrer dans cette prison,

avant de rencontrer l’examinateur, ce monstre pervers et

cruel

 

. . . . . . . . . non . . . . ne t’inflige pas la douleur . . pour l’amour de Dieu . . . . . . rends-toi. . . . . . . regarde-toi . . . vois comme tu saignes. . . . . . . . . . . . vois comme mes compresses ne servent à rien. . . vois comme elles se teintent de rouge . . . . dis juste la vérité et repose-toi . . . . accepte juste ton erreur et repens-toi . . . tu ne vas pas tenir plus longtemps . . . . . . . .créature . . . . . . . . tu ne tiendras pas et cela me tue . . donne-moi juste ces noms . . . . . . . . . . . . . donne-moi tous ces noms . . . mon Dieu . . . . fais qu’elle me donne ces noms . . . . . . . . . que le Diable ne gagne pas encore une fois . . . qu’il ne gagne pas encore une fois . . . .

persister dans ton péché est le pire des chemins, en n’acceptant pas les

accusations non seulement tu exposes encore plus ton corps mais tu mets en

danger le salut de ton âme, allons, réfléchis, ouvre-toi à Dieu, implore sa

miséricorde, accepte-le entièrement pour pouvoir te racheter et au moins

jouir de l’autre vie

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . le rire de l’examinateur . . . son visage plein de haine . . . . . les narines dilatées . . .et ces yeux . . . mon Dieu, ces yeux . . . . . . . donne-moi Seigneur du pouvoir sur ces yeux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . permets-moi de les dompter. . que ce monstre doive baisser le regard au sol comme Tu as humilié le

catoblépas8. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . donne-moi cette force . . . . . . . . . . . . . . . .

assez, mon père, assez, je croyais que vous alliez

m’écouter, que vous voudriez entendre ma vérité avant

de me tenir pour responsable des choses horribles dont

on m’a accusée sur le pont, mais vous non plus cela ne

vous intéresse pas de m’entendre, vous voulez juste que

j’accepte une faute qui n’est pas la mienne, je n’ai

jamais volé sur des chèvres ni assisté à aucun sabbat

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . je serai ici pour t’entendre dès que tu décideras de me parler en me disant la vérité . . . . . . . . . . . . . pas avant . . . . . . . . . . . les accusations . . . . . . . . . . . . . . . . . . le sabbat . . . . . . . . . . le ciel chargé de femmes chevauchant des bâtons et des balais . . . . . . d’oiseaux et de poissons . . . d’huîtres de griffons et de béliers. . . . . . . . . . . . volant toutes autour du pic de Brocken . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

arrête, femme, tu ne me trompes pas, tu es là parce que tes voisins ont

témoigné de ta malfaisance et de ta fréquentation du Malin, tu ne me diras

pas qu’ils se sont tous mis d’accord pour mentir et te calomnier, accepte

plutôt ta faute devant le juge et livre tes complices, alors seulement tu

pourras être libre et regagner le troupeau du Seigneur, si tu le souhaites

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . je ne leur ai jamais fait de mal . . . . . . eux en revanche ils m’ont maltraitée dès le début . . . . . . . . . . . . . . ils ont voulu me faire payer le tarif appliqué à l’étranger alors que je vivais déjà au village . . . . . . . . . je les dérangeais si je m’approchais de leurs animaux . . . et Gerda . . . . la voisine . . . . me voue une haine mortelle sans raison depuis le premier moment. . . . . ce sont eux qui m’incriminent aujourd’hui

j’ignore pourquoi ils m’ont accusée, je ne peux pas

parler pour eux, je sais juste que je suis innocente, mais

vous ne me croyez pas, à quoi bon continuer alors avec

ça, que voulez-vous de moi, pourquoi êtes-vous venu

sinon pour me tirer de ce cauchemar

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . tant de gens ne peuvent mentir . . . . . . . . . . . . . qu’y gagneraient-ils . . . . . . . . . . . . . dis-moi juste la vérité. . . . c’est ce que je veux. . . . la vérité sans ornements ni fioritures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Je suis ici parce que j’ai un marché à te proposer, avoue maintenant ta faute,

dénonce les autres participants et je te promets que la torture cessera et tu

ne devras pas non plus supporter vivante la torture du bûcher, avant qu’ils l’allument tu seras étranglée, de la sorte tu ne souffriras pas, vois comme

nous pouvons être indulgents si tu décides de collaborer à la tâche de Dieu

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . aide-moi mon Dieu . . . . . . . . . . . . . . je ne veux pas de vos marchés . . . . . . . . . . . . . . . . . . je ne veux pas de votre indulgence . . . je veux juste qu’on me laisse me reposer . . . . . . . .. pourquoi n’en finissez-vous pas avec moi une bonne fois pour toutes et ne passez-vous pas à autre chose . . . pourquoi cet acharnement . . . à quoi vous sert toute cette douleur inutile . . . cet arrière-goût de chair crue qui m’emplit la bouche . . . ce bruit d’abeilles qui me brouille la vue . . . . . .

comment ça, la tâche de Dieu, comment cela peut-il être

la tâche de Dieu, comment osez-vous me parler de Dieu

en vous rendant complice de ces sévices

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . parce que Dieu est un Dieu de justice et tes blasphèmes ne peuvent rester impunis . . . mieux vaut que ce soit ici que là-haut, où le châtiment est éternel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

nous mettons à l’écart les brebis galeuses pour préserver la santé du

troupeau et accomplissons ainsi la volonté divine, maintenant avoue et la

torture s’arrêtera immédiatement, dis-moi combien d’autres sorcières il y a

dans ton village ou le bourreau reviendra poursuivre sa tâche

 

. . . . . . . . . je veux juste qu’ils partent tous . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . qu’ils m’oublient . . . qu’ils me laissent retrouver ma maison . . . les bras de Klaus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . l’atelier de mes parents . . . . . les genoux de ma grand-mère . . . . . . . . . . .

ni à Eisingen ou ailleurs, ni à Waldürn je n’ai connu de

sorcière ou de sorcier, je ne connais personne qui

pratique la sorcellerie ou passe des marchés avec des

démons, et je n’en dirai pas plus, c’est inutile,

maintenant partez . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . pourquoi les protèges-tu . . . pourquoi crains-tu . . . il n’a plus de pouvoir sur toi . . . tu n’as plus à lui obéir . . . . . . . . . . . donne-moi juste leurs noms et nous les emmènerons au bûcher sur lequel ils brûleront pour le bien de leurs âmes. . . car seul le feu peut laver l’énorme affront que cela représente de consommer l’hostie immonde de l’ancienne armée… seul le feu peut laver un si terrible péché

 

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Et ce fut tout, Anna ferma les yeux et se tut, déterminée à ignorer le

père confesseur, qui resta toutefois à ses côtés dans l’espoir que ses prières

allaient finir par adoucir son âme et la faire changer d’attitude, mais au bout

d’une heure, le vieil homme renonça et laissa la place au bourreau, qui

reprit immédiatement sa tâche, saturant l’air de hurlements

cette femme a raison, c’est inutile

se dit-il, après avoir remis au serviteur les restes de bouillon et être

descendu jusqu’à la grande cour où la lumière du soleil lui embrassa le

visage et lui fit penser à la bonté de la nature, si étrangère à l’homme,

comme si lui seul était un nouveau venu, un arriviste dans le monde

auparavant parfait, maintenant perturbé par la présence de cet intrus

capricieux qui l’énervait et détruisait son délicat équilibre, le fragile ordre

naturel des choses

cela n’a pas de sens de poursuivre ce combat

cette longue bataille que le confesseur livrait contre le Diable pour

récupérer d’entre ses griffes des âmes candides qu’il avait abusées était

vaine, il menait une guerre impossible à gagner, une guerre insensée contre

un ennemi éternel et omniprésent qui ne cessait de se multiplier, sans se

soucier du nombre de sorcières purifiées sur le bûcher, il y en avait de plus

en plus, une leur en donnait deux qui en donnaient quatre qui en donnaient

vingt ou trente comme si le monde était la réserve royale de Satan, comme

si l’ennemi faisait ce qu’il voulait dans les champs du Saint Empire et dans

les cœurs de la chrétienté

je lui ai consacré ma vie en vain

toute une vie à se battre contre le Démon et il n’était pas plus près de la

victoire, un demi-siècle s’était écoulé depuis qu’il avait pris l’habit pour

éradiquer les manifestations démoniaques et il était toujours pris dans cette

lutte insensée contre la sorcellerie qui avait consumé ses forces et qu’il

perdrait définitivement à sa mort, le Malin n’avait qu’à attendre que sa vie

s’éteigne comme une bougie dans l’obscurité afin de continuer à prospérer

impunément parmi les âmes les plus ingénues

il continuera à célébrer ses sacrilèges au cœur de la forêt

tandis que je m’enfoncerai irrémédiablement dans la mer

de la mort qui me mouille déjà les genoux

la mort serait la fin, avec elle il perdrait la guerre commencée en

mémoire de sa mère

sa mère, la raison pour laquelle il était devenu prêtre et avait rejoint la

Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle

enfant, il avait été témoin du pouvoir du Démon, de ce dont il était

capable quand il se nourrissait des âmes innocentes

ma mère dans la chaumière clôturée, riant aux éclats

le jour où le théologien Gabriel Zwilling entra à Eilenbourg pour y

répandre l’apostasie luthérienne, sa mère était dans la ville et céda à la

tentation de s’approcher de l’endroit où il prêchait juché sur une charrette,

vêtu de la toge noire des étudiants et portant le bonnet en peau de castor

enfoncé jusqu’aux oreilles bien qu’il parlât de Dieu, de la seule et unique

voie pour lui plaire

personne qui adore l’hostie n’entrera dans son ciel,

personne qui adore des statues de plâtre ou de bois,

parce que c’est de la superstition et de l’idolâtrie

il criait avec une telle conviction que beaucoup de gens le rejoignirent

cet après-midi-là

personne qui adore des crucifix, des bougies et des

étendards, personne qui porte l’habit, personne qui suive

l’Antéchrist intronisé à Rome

sa mère pensait jeter un simple coup d’œil mais elle resta jusqu’à la fin,

et en rentrant chez elle, elle commença à sentir le soufre dans la grange, une

mauvaise odeur si légère qu’elle ressortait à peine sur l’arôme du blé, mais

qui au fil des semaines devint de plus en plus forte, au point de gagner

d’autres coins de la maison jusqu’à sa propre chambre, où elle commença

également à entendre des voix qui murmuraient des blasphèmes et lui

suggéraient de faire des choses terribles

elle ne voulut plus jamais dormir dans cet endroit, partit vers la remise

où ils gardaient le bois de chauffage, mais les voix qui la tourmentaient la

suivirent jusque-là, la bouleversant au point qu’elle cessa de voir ses

proches pour passer son temps à se disputer avec ces démons et à entonner

des déprécations inconnues

les bêtes sauvages la suivent, les animaux féroces lui

lèchent les mains

parlant des langues qui semblaient tout d’abord humaines mais qui

finirent par devenir bestiales

le père de Hahn l’enferma dans la remise et mura les fenêtres, le jeune

homme se chargea de la nourrir et de faire le ménage, sans cesser de lui

parler mais sans obtenir autre chose que des bêlements, gazouillis et autres

bruits d’animaux pour réponse, jamais un mot compréhensible, jamais un

autre mot humain jusqu’à son décès des mois plus tard

ma mère les jambes étalées à terre, de l’écume aux

lèvres et les mains raides sur la poitrine

il pensait à sa mère, à la mort et à la défaite sur le chemin de l’alcôve de

Vogel pour l’informer que la femme résistait

il découvrit l’examinateur aux portes de la cellule, se disputant à grands

cris avec Friedrich, qui s’était levé très tôt ce matin-là et qui, après avoir

récité la prière de l’Angélus et remis à Klaus quelques pièces de monnaie

pour s’offrir le petit-déjeuner et quelques vêtements au marché afin de

remplacer ses hardes, était parti en direction de la tour afin d’intercéder en

faveur d’Anna, de la voir si possible et de s’assurer de son état, mais il

s’était heurté à la barbacane de Vogel, sourd à tout argument, aveugle

devant l’évidence manifeste que Friedrich argumenta afin de prouver

l’innocence de la femme, sa pauvreté, parce que le Démon offrait à ses

acolytes pouvoir et richesse

toutes les richesses de Cathay, du Congo et des Indes occidentales

réunies dans un mirage sur le sable blanc du désert

tandis qu’Anna n’avait rien, ni elle ni son époux ne possédaient rien

hormis leur chaumière, aussi devait-il la laisser partir et laisser tranquilles

les paysans dont la misère constituait une preuve irréfutable d’innocence

vous êtes un homme instruit, perspicace, je ne

comprends pas comment vous pouvez croire que parmi

ces malheureux il y ait des sorciers ou des magiciens

mais Vogel ne l’écoutait pas, il ne le regardait même pas

même saint Kilian, qui mourut décapité à côté de Colman et Totnan en

raison des intrigues de Geilana, n’aurait pu attendrir son cœur de pierre

il affirma que personne de moyennement éduqué n’y croyait vraiment,

que de toute façon c’était Friedrich lui-même qui était crédule de croire que

les autres croyaient quand personne ne croyait vraiment, ni celui qui

accusait, jugeait, exécutait, personne ne croyait que ces choses se passaient

réellement sauf quelques accusés qui ne parvenaient pas à voir que tout cela

servait toujours à d’autres fins

mais il ne devait pas se tromper, il n’allait pas relâcher la paysanne pour

autant, elle était condamnée parce que quiconque entrait dans la tour n’en

ressortait que pour mourir sur le bûcher et c’était ce qui allait lui arriver, ses

aveux suffiraient, et bien sûr elle avouerait, parce qu’elles le font toutes,

toujours

rendez-vous service et ne perdez pas votre temps, ne

vous mettez pas en danger, oubliez cela

et d’un geste déplaisant il laissa entendre que la dispute était terminée et

il s’éloigna en direction de la tour, croisant le confesseur sur son chemin,

une autre de ces personnes crédules, de ces naïfs qui d’après ce qu’on disait

entendait des voix démoniaques et avait des visions infernales, parlait de

Satan comme s’il avait été son adversaire personnel et que sa défaite ne

dépendait que de lui

va au diable, toi aussi

il l’évita, ne le salua pas, ignorant le regard furieux que Hahn lui adressa

après l’avoir entendu nier la réalité de la sorcellerie et des ruses grossières

du Démon

que nous cessions de croire en lui, ce serait sa grande

victoire

lui cria-t-il, tandis que Friedrich le rejoignait et que tous deux

regardaient le gros examinateur disparaître dans la pénombre de la tour

Friedrich lui demanda s’il était le confesseur, s’il avait vu Anna, une

jeune femme menue et rousse, si elle allait bien, s’il avait eu l’occasion de

lui parler, si la torture dont il parlait lui laisserait des séquelles, si Hahn

pourrait intercéder en sa faveur parce que c’était une gentille personne et

qu’elle ne méritait pas de se retrouver là

aucune des paysannes qu’ils amènent des quatre coins de

l’évêché ne devrait être jugée, les pauvres ne sont pas

des sorcières

avança-t-il, mais Hahn répondit que derrière chaque prisonnier conduit

à la tour il y avait une enquête qui témoignait de son impiété, la Sacrée

Congrégation ne se trompait pas, les témoignages étaient là, il pouvait les

lui communiquer si nécessaire

si vous lisiez les choses horribles recensées dans ces

actes, si vous entendiez une ou deux atrocités que j’ai dû

entendre dans les confessions de ces malheureux, vous

changeriez sans doute de position

Friedrich se contenta de fermer les yeux, il fit un signe de tête négatif et

précisa que ces horreurs surgissaient de l’esprit de personnes iniques telles

que Vogel, qui manipulaient les témoignages et obligeaient leurs victimes à

avouer toutes sortes d’infamies qu’elles n’avaient pas commises

ne vous laissez pas abuser, méfiez-vous de Vogel

ayant parlé, il prit congé et tandis que Hahn le regardait s’éloigner tête

baissée en direction du centre de la ville, il se rappela les paroles de la

femme pendant l’interrogatoire et un frisson le traversa tel un éclair

je ne connaissais pas le mal avant que l’examinateur ne

croise mon chemin

je ne connaissais pas

le mal

la chèvre bêla, la chouette hulula, l’ours grogna, le tigre rugit, et le

dragon siffla

 

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