Anna Thalberg
Chapitre IX
Ma fille, cela me fait beaucoup de peine de te voir dans cet état parce que je
sais parfaitement que tu es innocente, rien de tout cela n’est de ta faute, le
seul responsable c’est le rusé maître de la tromperie et du mensonge qui
s’est emparé de ta candeur pour te duper et jouit maintenant de ta
souffrance, mais l’heure de la rédemption est arrivée, profite de cette
opportunité que Dieu t’offre, renonce à Satan et à toutes ses séductions,
coopère et livre-moi les noms de ceux qui ont assisté au sabbat, tous ces
gens de ton village qui ont commis les mêmes abus que toi, livre-les-moi et
peut-être alors Dieu te pardonnera
. . . la douleur est si forte . . . . . . . . . . . mon Dieu . . . . . . . . . . . . . . elle envahit le reste des sens . . . . . . . . . . . . . elle peut se voir et s’entendre . . . . . . elle sent l’amande amère et l’urine de cheval . . . quel est le goût de la douleur . . . . . . . . . quel goût a-t-elle . . . elle est couleur pourpre et résonne comme une pierre qui tombe dans l’étang . . . . . . . . qu’est-ce que cela . . . . . . une pierre lancée dans un étang. . . . . . . . des gouttes qui sautent des ondes parcourant la surface . . . . . . . . . . . . . le limon du fond troublant les eaux . . . . . quelle envie de la pierre qui ne sait pas . . . . . . . quelle envie des anges . . . . . . . . . . . . . être plutôt un minéral ou un souffle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je vous ai déjà dit que je ne suis pas une sorcière,
pourquoi ne voulez-vous pas me croire, pourquoi
voulez-vous m’obliger à avouer des péchés que je n’ai
pas commis, comment pourrais-je vous donner des noms
que j’ignore, pourquoi exiger que je condamne mon âme
en mentant juste pour épargner la douleur à mon corps,
comprenez que je ne suis pas coupable, je n’ai rien fait
contre la loi de Dieu, je n’ai jamais été tentée par le mal,
je ne le connaissais pas avant d’entrer dans cette prison,
avant de rencontrer l’examinateur, ce monstre pervers et
cruel
. . . . . . . . . non . . . . ne t’inflige pas la douleur . . pour l’amour de Dieu . . . . . . rends-toi. . . . . . . regarde-toi . . . vois comme tu saignes. . . . . . . . . . . . vois comme mes compresses ne servent à rien. . . vois comme elles se teintent de rouge . . . . dis juste la vérité et repose-toi . . . . accepte juste ton erreur et repens-toi . . . tu ne vas pas tenir plus longtemps . . . . . . . .créature . . . . . . . . tu ne tiendras pas et cela me tue . . donne-moi juste ces noms . . . . . . . . . . . . . donne-moi tous ces noms . . . mon Dieu . . . . fais qu’elle me donne ces noms . . . . . . . . . que le Diable ne gagne pas encore une fois . . . qu’il ne gagne pas encore une fois . . . .
persister dans ton péché est le pire des chemins, en n’acceptant pas les
accusations non seulement tu exposes encore plus ton corps mais tu mets en
danger le salut de ton âme, allons, réfléchis, ouvre-toi à Dieu, implore sa
miséricorde, accepte-le entièrement pour pouvoir te racheter et au moins
jouir de l’autre vie
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . le rire de l’examinateur . . . son visage plein de haine . . . . . les narines dilatées . . .et ces yeux . . . mon Dieu, ces yeux . . . . . . . donne-moi Seigneur du pouvoir sur ces yeux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . permets-moi de les dompter. . que ce monstre doive baisser le regard au sol comme Tu as humilié le
catoblépas8. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . donne-moi cette force . . . . . . . . . . . . . . . .
assez, mon père, assez, je croyais que vous alliez
m’écouter, que vous voudriez entendre ma vérité avant
de me tenir pour responsable des choses horribles dont
on m’a accusée sur le pont, mais vous non plus cela ne
vous intéresse pas de m’entendre, vous voulez juste que
j’accepte une faute qui n’est pas la mienne, je n’ai
jamais volé sur des chèvres ni assisté à aucun sabbat
. . . . . . . . . . . . . . . . . . je serai ici pour t’entendre dès que tu décideras de me parler en me disant la vérité . . . . . . . . . . . . . pas avant . . . . . . . . . . . les accusations . . . . . . . . . . . . . . . . . . le sabbat . . . . . . . . . . le ciel chargé de femmes chevauchant des bâtons et des balais . . . . . . d’oiseaux et de poissons . . . d’huîtres de griffons et de béliers. . . . . . . . . . . . volant toutes autour du pic de Brocken . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
arrête, femme, tu ne me trompes pas, tu es là parce que tes voisins ont
témoigné de ta malfaisance et de ta fréquentation du Malin, tu ne me diras
pas qu’ils se sont tous mis d’accord pour mentir et te calomnier, accepte
plutôt ta faute devant le juge et livre tes complices, alors seulement tu
pourras être libre et regagner le troupeau du Seigneur, si tu le souhaites
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . je ne leur ai jamais fait de mal . . . . . . eux en revanche ils m’ont maltraitée dès le début . . . . . . . . . . . . . . ils ont voulu me faire payer le tarif appliqué à l’étranger alors que je vivais déjà au village . . . . . . . . . je les dérangeais si je m’approchais de leurs animaux . . . et Gerda . . . . la voisine . . . . me voue une haine mortelle sans raison depuis le premier moment. . . . . ce sont eux qui m’incriminent aujourd’hui
j’ignore pourquoi ils m’ont accusée, je ne peux pas
parler pour eux, je sais juste que je suis innocente, mais
vous ne me croyez pas, à quoi bon continuer alors avec
ça, que voulez-vous de moi, pourquoi êtes-vous venu
sinon pour me tirer de ce cauchemar
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . tant de gens ne peuvent mentir . . . . . . . . . . . . . qu’y gagneraient-ils . . . . . . . . . . . . . dis-moi juste la vérité. . . . c’est ce que je veux. . . . la vérité sans ornements ni fioritures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je suis ici parce que j’ai un marché à te proposer, avoue maintenant ta faute,
dénonce les autres participants et je te promets que la torture cessera et tu
ne devras pas non plus supporter vivante la torture du bûcher, avant qu’ils l’allument tu seras étranglée, de la sorte tu ne souffriras pas, vois comme
nous pouvons être indulgents si tu décides de collaborer à la tâche de Dieu
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . aide-moi mon Dieu . . . . . . . . . . . . . . je ne veux pas de vos marchés . . . . . . . . . . . . . . . . . . je ne veux pas de votre indulgence . . . je veux juste qu’on me laisse me reposer . . . . . . . .. pourquoi n’en finissez-vous pas avec moi une bonne fois pour toutes et ne passez-vous pas à autre chose . . . pourquoi cet acharnement . . . à quoi vous sert toute cette douleur inutile . . . cet arrière-goût de chair crue qui m’emplit la bouche . . . ce bruit d’abeilles qui me brouille la vue . . . . . .
comment ça, la tâche de Dieu, comment cela peut-il être
la tâche de Dieu, comment osez-vous me parler de Dieu
en vous rendant complice de ces sévices
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . parce que Dieu est un Dieu de justice et tes blasphèmes ne peuvent rester impunis . . . mieux vaut que ce soit ici que là-haut, où le châtiment est éternel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
nous mettons à l’écart les brebis galeuses pour préserver la santé du
troupeau et accomplissons ainsi la volonté divine, maintenant avoue et la
torture s’arrêtera immédiatement, dis-moi combien d’autres sorcières il y a
dans ton village ou le bourreau reviendra poursuivre sa tâche
. . . . . . . . . je veux juste qu’ils partent tous . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . qu’ils m’oublient . . . qu’ils me laissent retrouver ma maison . . . les bras de Klaus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . l’atelier de mes parents . . . . . les genoux de ma grand-mère . . . . . . . . . . .
ni à Eisingen ou ailleurs, ni à Waldürn je n’ai connu de
sorcière ou de sorcier, je ne connais personne qui
pratique la sorcellerie ou passe des marchés avec des
démons, et je n’en dirai pas plus, c’est inutile,
maintenant partez . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . pourquoi les protèges-tu . . . pourquoi crains-tu . . . il n’a plus de pouvoir sur toi . . . tu n’as plus à lui obéir . . . . . . . . . . . donne-moi juste leurs noms et nous les emmènerons au bûcher sur lequel ils brûleront pour le bien de leurs âmes. . . car seul le feu peut laver l’énorme affront que cela représente de consommer l’hostie immonde de l’ancienne armée… seul le feu peut laver un si terrible péché
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Et ce fut tout, Anna ferma les yeux et se tut, déterminée à ignorer le
père confesseur, qui resta toutefois à ses côtés dans l’espoir que ses prières
allaient finir par adoucir son âme et la faire changer d’attitude, mais au bout
d’une heure, le vieil homme renonça et laissa la place au bourreau, qui
reprit immédiatement sa tâche, saturant l’air de hurlements
cette femme a raison, c’est inutile
se dit-il, après avoir remis au serviteur les restes de bouillon et être
descendu jusqu’à la grande cour où la lumière du soleil lui embrassa le
visage et lui fit penser à la bonté de la nature, si étrangère à l’homme,
comme si lui seul était un nouveau venu, un arriviste dans le monde
auparavant parfait, maintenant perturbé par la présence de cet intrus
capricieux qui l’énervait et détruisait son délicat équilibre, le fragile ordre
naturel des choses
cela n’a pas de sens de poursuivre ce combat
cette longue bataille que le confesseur livrait contre le Diable pour
récupérer d’entre ses griffes des âmes candides qu’il avait abusées était
vaine, il menait une guerre impossible à gagner, une guerre insensée contre
un ennemi éternel et omniprésent qui ne cessait de se multiplier, sans se
soucier du nombre de sorcières purifiées sur le bûcher, il y en avait de plus
en plus, une leur en donnait deux qui en donnaient quatre qui en donnaient
vingt ou trente comme si le monde était la réserve royale de Satan, comme
si l’ennemi faisait ce qu’il voulait dans les champs du Saint Empire et dans
les cœurs de la chrétienté
je lui ai consacré ma vie en vain
toute une vie à se battre contre le Démon et il n’était pas plus près de la
victoire, un demi-siècle s’était écoulé depuis qu’il avait pris l’habit pour
éradiquer les manifestations démoniaques et il était toujours pris dans cette
lutte insensée contre la sorcellerie qui avait consumé ses forces et qu’il
perdrait définitivement à sa mort, le Malin n’avait qu’à attendre que sa vie
s’éteigne comme une bougie dans l’obscurité afin de continuer à prospérer
impunément parmi les âmes les plus ingénues
il continuera à célébrer ses sacrilèges au cœur de la forêt
tandis que je m’enfoncerai irrémédiablement dans la mer
de la mort qui me mouille déjà les genoux
la mort serait la fin, avec elle il perdrait la guerre commencée en
mémoire de sa mère
sa mère, la raison pour laquelle il était devenu prêtre et avait rejoint la
Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle
enfant, il avait été témoin du pouvoir du Démon, de ce dont il était
capable quand il se nourrissait des âmes innocentes
ma mère dans la chaumière clôturée, riant aux éclats
le jour où le théologien Gabriel Zwilling entra à Eilenbourg pour y
répandre l’apostasie luthérienne, sa mère était dans la ville et céda à la
tentation de s’approcher de l’endroit où il prêchait juché sur une charrette,
vêtu de la toge noire des étudiants et portant le bonnet en peau de castor
enfoncé jusqu’aux oreilles bien qu’il parlât de Dieu, de la seule et unique
voie pour lui plaire
personne qui adore l’hostie n’entrera dans son ciel,
personne qui adore des statues de plâtre ou de bois,
parce que c’est de la superstition et de l’idolâtrie
il criait avec une telle conviction que beaucoup de gens le rejoignirent
cet après-midi-là
personne qui adore des crucifix, des bougies et des
étendards, personne qui porte l’habit, personne qui suive
l’Antéchrist intronisé à Rome
sa mère pensait jeter un simple coup d’œil mais elle resta jusqu’à la fin,
et en rentrant chez elle, elle commença à sentir le soufre dans la grange, une
mauvaise odeur si légère qu’elle ressortait à peine sur l’arôme du blé, mais
qui au fil des semaines devint de plus en plus forte, au point de gagner
d’autres coins de la maison jusqu’à sa propre chambre, où elle commença
également à entendre des voix qui murmuraient des blasphèmes et lui
suggéraient de faire des choses terribles
elle ne voulut plus jamais dormir dans cet endroit, partit vers la remise
où ils gardaient le bois de chauffage, mais les voix qui la tourmentaient la
suivirent jusque-là, la bouleversant au point qu’elle cessa de voir ses
proches pour passer son temps à se disputer avec ces démons et à entonner
des déprécations inconnues
les bêtes sauvages la suivent, les animaux féroces lui
lèchent les mains
parlant des langues qui semblaient tout d’abord humaines mais qui
finirent par devenir bestiales
le père de Hahn l’enferma dans la remise et mura les fenêtres, le jeune
homme se chargea de la nourrir et de faire le ménage, sans cesser de lui
parler mais sans obtenir autre chose que des bêlements, gazouillis et autres
bruits d’animaux pour réponse, jamais un mot compréhensible, jamais un
autre mot humain jusqu’à son décès des mois plus tard
ma mère les jambes étalées à terre, de l’écume aux
lèvres et les mains raides sur la poitrine
il pensait à sa mère, à la mort et à la défaite sur le chemin de l’alcôve de
Vogel pour l’informer que la femme résistait
il découvrit l’examinateur aux portes de la cellule, se disputant à grands
cris avec Friedrich, qui s’était levé très tôt ce matin-là et qui, après avoir
récité la prière de l’Angélus et remis à Klaus quelques pièces de monnaie
pour s’offrir le petit-déjeuner et quelques vêtements au marché afin de
remplacer ses hardes, était parti en direction de la tour afin d’intercéder en
faveur d’Anna, de la voir si possible et de s’assurer de son état, mais il
s’était heurté à la barbacane de Vogel, sourd à tout argument, aveugle
devant l’évidence manifeste que Friedrich argumenta afin de prouver
l’innocence de la femme, sa pauvreté, parce que le Démon offrait à ses
acolytes pouvoir et richesse
toutes les richesses de Cathay, du Congo et des Indes occidentales
réunies dans un mirage sur le sable blanc du désert
tandis qu’Anna n’avait rien, ni elle ni son époux ne possédaient rien
hormis leur chaumière, aussi devait-il la laisser partir et laisser tranquilles
les paysans dont la misère constituait une preuve irréfutable d’innocence
vous êtes un homme instruit, perspicace, je ne
comprends pas comment vous pouvez croire que parmi
ces malheureux il y ait des sorciers ou des magiciens
mais Vogel ne l’écoutait pas, il ne le regardait même pas
même saint Kilian, qui mourut décapité à côté de Colman et Totnan en
raison des intrigues de Geilana, n’aurait pu attendrir son cœur de pierre
il affirma que personne de moyennement éduqué n’y croyait vraiment,
que de toute façon c’était Friedrich lui-même qui était crédule de croire que
les autres croyaient quand personne ne croyait vraiment, ni celui qui
accusait, jugeait, exécutait, personne ne croyait que ces choses se passaient
réellement sauf quelques accusés qui ne parvenaient pas à voir que tout cela
servait toujours à d’autres fins
mais il ne devait pas se tromper, il n’allait pas relâcher la paysanne pour
autant, elle était condamnée parce que quiconque entrait dans la tour n’en
ressortait que pour mourir sur le bûcher et c’était ce qui allait lui arriver, ses
aveux suffiraient, et bien sûr elle avouerait, parce qu’elles le font toutes,
toujours
rendez-vous service et ne perdez pas votre temps, ne
vous mettez pas en danger, oubliez cela
et d’un geste déplaisant il laissa entendre que la dispute était terminée et
il s’éloigna en direction de la tour, croisant le confesseur sur son chemin,
une autre de ces personnes crédules, de ces naïfs qui d’après ce qu’on disait
entendait des voix démoniaques et avait des visions infernales, parlait de
Satan comme s’il avait été son adversaire personnel et que sa défaite ne
dépendait que de lui
va au diable, toi aussi
il l’évita, ne le salua pas, ignorant le regard furieux que Hahn lui adressa
après l’avoir entendu nier la réalité de la sorcellerie et des ruses grossières
du Démon
que nous cessions de croire en lui, ce serait sa grande
victoire
lui cria-t-il, tandis que Friedrich le rejoignait et que tous deux
regardaient le gros examinateur disparaître dans la pénombre de la tour
Friedrich lui demanda s’il était le confesseur, s’il avait vu Anna, une
jeune femme menue et rousse, si elle allait bien, s’il avait eu l’occasion de
lui parler, si la torture dont il parlait lui laisserait des séquelles, si Hahn
pourrait intercéder en sa faveur parce que c’était une gentille personne et
qu’elle ne méritait pas de se retrouver là
aucune des paysannes qu’ils amènent des quatre coins de
l’évêché ne devrait être jugée, les pauvres ne sont pas
des sorcières
avança-t-il, mais Hahn répondit que derrière chaque prisonnier conduit
à la tour il y avait une enquête qui témoignait de son impiété, la Sacrée
Congrégation ne se trompait pas, les témoignages étaient là, il pouvait les
lui communiquer si nécessaire
si vous lisiez les choses horribles recensées dans ces
actes, si vous entendiez une ou deux atrocités que j’ai dû
entendre dans les confessions de ces malheureux, vous
changeriez sans doute de position
Friedrich se contenta de fermer les yeux, il fit un signe de tête négatif et
précisa que ces horreurs surgissaient de l’esprit de personnes iniques telles
que Vogel, qui manipulaient les témoignages et obligeaient leurs victimes à
avouer toutes sortes d’infamies qu’elles n’avaient pas commises
ne vous laissez pas abuser, méfiez-vous de Vogel
ayant parlé, il prit congé et tandis que Hahn le regardait s’éloigner tête
baissée en direction du centre de la ville, il se rappela les paroles de la
femme pendant l’interrogatoire et un frisson le traversa tel un éclair
je ne connaissais pas le mal avant que l’examinateur ne
croise mon chemin
je ne connaissais pas
le mal
la chèvre bêla, la chouette hulula, l’ours grogna, le tigre rugit, et le
dragon siffla
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