Appelez-moi Einstein!

G. Morris · Chapitre 6 sur 13

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Appelez-moi Einstein!

Chapitre VI

Je me réveille en pleine nuit, et cette fois sans entendre, à l'autre bout de la chambre, le son réconfortant d'une respiration paisible.

Après tout ce qui s'est passé, dans la journée comme au cours de la nuit précédente, et refusant de tenir compte de ma côte fêlée, Béatrice a jugé que je devais être suffisamment en forme pour dormir sans garde-malade. Je suis chez moi, elle est chez elle. Provisoirement inaccessible. Et pourtant...

Je m'efforce de penser à autre chose. Une entreprise qu'en dépit de la consistance de mes velléités nocturnes, facilite, bientôt, la diversion.

Sous la forme des points brillants qui arrivent, rectification, qui surgissent, au-dessus de moi, comme s'ils jaillissaient du néant. J'entends par là que je ne les vois pas approcher. A un moment donné, ils ne sont pas là. L'instant d'après, ils y sont. En un groupe compact qui ne constitue pas, toutefois, une seule tache lumineuse dont l'intensité éclairerait la chambre. Chaque minuscule élément reste bien détaché, indépendant des autres. Formant un motif pointilliste géométrique dont il me serait impossible, à l'œil nu, de dénombrer les parties constituantes. Des centaines? Des milliers, peut-être?

Quant aux dimensions réelles de ce groupe, j'éprouve une impression curieuse. Tantôt, elles m'apparaissent très réduites, et tantôt, c'est exactement comme si je contemplais un amas d'étoiles fantastiquement lointain dont le diamètre se chiffrerait en années-lumière, perdu au cœur de l'espace. Pour prendre une comparaison quotidienne, quand on regarde un film à la télévision, les personnages qui s'agitent sur le petit écran n'ont, en réalité, pas plus de quelques centimètres. Pourtant, on les voit, subjectivement, grandeur nature. C'est une sensation analogue qui m'assaille, quoique à une tout autre échelle. Couché sur le dos dans cette chambre obscure, j'ai devant moi, autour de moi, les profondeurs infinies du grand vide intergalactique...

La figure géométrique demeure assez longtemps inchangée. Puis quelques douzaines ou quelques centaines de points s'en écartent, sans affecter la forme ou la densité de l'ensemble, qui vont rejoindre, à quelque distance, une grosse boule lumineuse — la tête d'une forte épingle — autour de laquelle tourne une boule plus petite.

L'association est immédiate. Une planète pourvue d'un seul satellite : la Terre. Et ces points détachés de l'amas principal : la confirmation pure et simple de ma supposition de l'après-midi. Quelque part dans l'espace, existe une masse énorme composée de ces points. Et quelques-uns d'entre eux, quelques milliers ou quelques millions, va savoir, ont abandonné le gros du bataillon pour se diriger vers la Terre et prendre contact avec sa race dominante : l'homme.

L'assimilation se fait toute seule, à quelque niveau subconscient de mon cerveau où centimètres et parsecs s'interchangent avec une facilité, une désinvolture qui me flanquent le vertige. Je ne pourrais pas convertir les distances en millions ou en milliards de kilomètres, trop de zéros derrière un chiffre des unités qui ne signifie plus grand-chose, à ce stade, mais je sens ces distances, je les perçois comme une réalité matérielle, j'oscille et plonge au cœur du gouffre cosmique en tourbillonnant d'étoile en étoile, traversant l'univers comme un de ces points infinitésimaux se déplace de quelques millimètres dans la poche d'air immobile qui le représente. Aucun cosmonaute sorti dans l'espace au bout de sa longe n'en a jamais, j'en suis sûr, ressenti l'immensité mieux que je ne la vis actuellement, à l'intérieur de cette chambre...

Du gigantesque et minuscule conglomérat de points brillants qui me survole, émane à présent, inexplicable, comme une aura, une onde de satisfaction, il n'y a pas d'autre mot, qui descend vers moi, déferle sur moi, telle, un peu, la caresse du maître planant au-dessus du toutou avant d'atterrir sur sa tête. Au diable cette comparaison spontanée qui paraît sous-entendre, quelque part, la notion de condescendance! Mais le bien-être que j'éprouve à baigner dans cette vague de satisfaction doit beaucoup ressembler, effectivement, à celui du chien recevant ainsi l'approbation, l'affection de l'être supérieur dont dépend sa subsistance ! Je sais qu'en interprétant correctement ce que je viens de voir, j'ai fait preuve de l'intelligence, de la compréhension que Ton attendait de moi, et ce n'est pas ma faute si je m'ébroue, dans le confort serein de cette certitude, exactement comme un animal familier bien dans sa peau et dans la maison de ses maîtres !

Pas le temps de me complaire dans cette sensation divine. La représentation continue...

Successivement, apparaissent, sur fond noir, des systèmes de points qui figurent les combinaisons suivantes :

 

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