Au pire, qu’est-ce qu’on risque ?

Donald Westlake · Chapitre 1 sur 63

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Au pire, qu’est-ce qu’on risque ?

Chapitre 1

 

Vu les circonstances, Dortmunder aurait dit que c’était une escroquerie à l’héritier disparu. Ça avait commencé une semaine plus tôt, par un coup de fil d’un type qu’il connaissait vaguement, un mec qu’on appelait Alias parce qu’il bricolait sous un tas de noms différents : « Salut, John, Alias à l’appareil. Dis-moi, je me demandais si tu n’avais pas la grippe, ou un truc comme ça ? Parce que ça fait un bout de temps qu’on ne t’a pas vu à l’endroit habituel.

— De quel endroit habituel s’agit-il ? demanda Dortmunder.

— “L’Armweery”.

— Ah, ouais. Eh bien, je suis de retour. On se verra peut-être là-bas un de ces jours. »

Ayant raccroché, Dortmunder regarda l’adresse de l’Armweery dans l’annuaire et y fonça, et il y trouva Alias dans un box du fond, sous une affiche LES BAVARDS METTENT NOS NAVIRES EN PÉRIL, où un petit plaisantin avait noirci presque toutes les dents du Jap.

« Il s’agit d’une déposition, articula Alias sous sa nouvelle moustache (celle-ci était dans les tons roux, de même que, pour l’instant, ses cheveux). Jeudi en huit à dix heures du matin, dans les bureaux de cet avocat, immeuble Graybar. Compte une bonne heure. Tu y vas, ils te font prêter serment, te posent quelques questions, et le tour est joué.

— Je connais les réponses ?

— Tu les connaîtras.

— Ça me rapporte combien ?

— Cinq cents. »

Cinq cents dollars pour une demi-heure de boulot ; pas trop mal. À condition, bien évidemment. Selon. Dortmunder demanda : « Au pire, qu’est-ce qu’on risque ? »

Alias haussa les épaules. « Ils cherchent un certain Fred Mullins, de Long Island.

— Qui est-ce ?

— Toi.

— Pigé.

— On aura aussi un avocat de notre côté, précisa Alias. Je veux dire, du côté du type qui monte l’opération. L’avocat n’est pas au courant de toute l’affaire, pour lui, tu es vraiment Fred Mullins de Carrport, Long Island ; il est juste là pour s’assurer que l’autre partie ne s’écarte pas du programme fixé. Et quand c’est terminé, dans l’ascenseur, il te donne l’enveloppe.

— Ça m’a l’air correct.

— Aussi facile que de lâcher un régime », dit Alias en lui tendant une enveloppe de papier kraft, que Dortmunder rapporta chez lui et ouvrit. Il trouva à l’intérieur l’histoire d’un certain Fredric Albert Mullins et de toute une famille nommée Anadarko qui avait habité Red Tide Street à Carrport entre 1972 et 1985. Dortmunder mémorisa dûment tout ça, et demanda à sa fidèle compagne May de lui faire répéter sa déposition tous les soirs lorsqu’elle rentrait du supermarché Safeway où elle était caissière. Puis, le mercredi suivant, la veille du jour où sa prestation personnelle devait avoir lieu, Dortmunder reçut un autre appel d’Alias qui lui dit : « Tu sais, cette voiture que j’étais sur le point d’acheter ? »

Euh, oh. « Ouais, répondit Dortmunder. Je me rappelle, tu devais la payer cinq cents dollars.

— Eh bien, figure-toi que c’était une mauvaise affaire, il y a eu un pépin à la dernière minute. En un mot, ça tombe à l’eau.

— Et les cinq cents dollars ?

— Ben, tu sais, John, expliqua Alias, je ne vais pas l’acheter, cette caisse. »

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