Au pire, qu’est-ce qu’on risque ?
Chapitre 62
Si tous ces buissons, ces arbres, ces fougères avaient été vrais, ils auraient probablement réussi à contenir l’incendie, vu que le feu n’était pas si important que ça au début et que les plantes réelles contiennent un certain pourcentage d’eau. Mais elles étaient en plastique, ces feuilles et ces frondes vertes, en plastique, ces branches et ces troncs marron, et le tout brûla comme fétu de paille.
Le vent du désert peut être fort comme il peut être faible, mais en tout cas, il souffle avec constance. Il n’était pas spécialement fort, cette nuit-là, mais extrêmement sec, et il n’eut aucun mal à pousser les lambeaux enflammés de fleurs et de feuilles en plastique jusqu’aux cottages, qui étaient en bois.
Dans le chaos et la confusion, Klematsky tenta désespérément de retenir Max Fairbanks, mais c’était impossible, surtout quand les lumières s’éteignirent. Max avançait dans l’obscurité de plus en plus enfumée, avec cette odeur âcre de pétrole que dégage le plastique en brûlant, craignant d’endommager irrémédiablement ses poumons, quand soudainement, comme surgi de la chambre à coucher, un pompier se dressa devant lui, illuminé par le lac en flammes, équipé d’un casque, d’un masque, d’une épaisse combinaison de caoutchouc noir et de grosses bottes noires. L’homme saisit le bras de Max et lui intima d’une voix assourdie, professionnelle et pressante, « Par ici, monsieur. On va vous sortir de là.
— Oh, oui ! Merci ! Sortons !
— Dégagez ! » commanda le pompier, et ils se frayèrent un chemin parmi la foule de gardes tandis que les craquements du feu s’intensifiaient. Le toit du cottage était pris.
Quelque part dans les chambres enténébrées, Klematsky hurlait comme un possédé : « Où est-il ? Où est Fairbanks ? Ne le laissez pas partir ! »
Il faut que je file, pensa Max, franchissant à tâtons le seuil du cottage, cramponné au pompier qui le tenait par le bras. Il faut que je sorte de là, que je trouve un téléphone pour appeler un avocat. J’ai besoin d’un avocat, de deux, voire de dix, pour me protéger de ce flic complètement cinglé.
« Par ici, dit la voix assourdie du pompier. L’incendie gagne du terrain. Par ici.
— Oui, oui, éloignons-nous. »
Le pompier le guida sur le chemin entre les cottages, et Max constata que deux autres avaient pris feu. Toute cette partie du complexe hôtelier allait être détruite sous peu si les pompiers ne s’y mettaient pas tout de suite avec les lances d’arrosage.
Des sirènes hurlaient dans le lointain, le bruit se rapprochait.
Le pompier aida Max à franchir la grille dans la haie et l’emmena dans le parking des employés, illuminé la nuit. « Merci, merci, bégaya Max alors que les sirènes des pompiers se rapprochaient. Vous m’avez sauvé la vie. »
Attends une minute. Les pompiers sont en route, ils ne sont pas encore arrivés. Alors, qui est celui-ci ?
Au moment même où Max formulait la question dans sa tête, et trouvait instantanément la réponse, le faux pompier pivota vers lui au milieu du parking des employés, sous cette horrible lumière blanche. Saisissant la main de Max, il hurla : « Donnez-moi cette bague !
— Vous ! s’exclama Max. C’était vous ! » Et il lui flanqua un grand coup sur la tête, ce qui eut pour seul résultat d’endolorir sa main gauche quand elle heurta le masque.
« Donnez-moi cette bague !
— Non ! Vous avez tout gâché, vous avez détruit…
— Donnez-moi la bague !
— Jamais ! »
Attisé par tant d’injustice, Max bondit sur le faux pompier et le projeta sur l’asphalte. Ils roulèrent ensemble, le pompier essayant d’attraper la bague, Max essayant de lui arracher son masque pour le mordre au visage, et Max se retrouva au-dessus de l’autre.
S’assit dessus à califourchon. Triomphant, comme il l’avait toujours été et le serait toujours. Car je suis Max Fairbanks et je ne serai jamais vaincu, jamais.
Vous ne vous attendiez pas à ça, Monsieur le Voleur, hein ? Vous ne vous attendiez pas à ce que je vous domine, vous coince avec mes genoux, prêt à vous donner ce que vous méritez, à vous tuer de mes mains nues, à vous arracher votre masque…
« VVVOOOOOOOOUUUUUUUUUUSSSSS ! »
Surpris, Max leva les yeux. C’était Brandon Camberbridge qui déboulait à toute allure dans le parking, fonçant à toutes jambes en hurlant comme une fée maléfique, « Vous ! Vous avez détruit mon hôtel, mon magnifique hôtel !
— Je le tiens », dit Max pour calmer le furieux, mais c’est Max que Brandon attaqua. Il lui fonça dedans tête la première, l’empoigna à bras le corps, et les deux hommes se mirent à voltiger d’un bout à l’autre du parking, loin de la cause de tous ces malheurs, le faux pompier, le voleur. Le voleur ! C’est lui ! Là-bas !
Max essaya de le dire, mais Brandon le tenait par le cou, le tabassait, lui cognait la tête par terre. Max hurla, Brandon hurla encore plus fort, ils s’empoignèrent furieusement et Max sentit qu’il perdait conscience.
« Excusez-moi. »
La voix calme les stoppa net. Ils tournèrent la tête. Le pompier était là, sans son casque, le masque pendant sur le côté. « Ceci m’appartient », déclara-t-il, et se baissant, il arracha la bague du doigt affaibli de Max. « Merci, ajouta-t-il en se redressant. Vous pouvez continuer. » Et il sortit du parking alors que Brandon saisissait Max à la gorge et lui braillait d’abominables paroles sous le nez.
Le temps que les secours arrivent pour dégager Brandon, mettre Max sur pied et lui taper dans le dos pour l’aider à reprendre son souffle, le voleur, bien sûr, avait disparu depuis longtemps.
La bague aussi.
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