Compter jusqu’à toi

Elie Semoun · Chapitre 26 sur 37

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Compter jusqu’à toi

Épisode 25 - Avant de tomber amoureux, il faut prendre une assurance pour les dégâts des eaux

Épisode 25

Avant de tomber amoureux, il faut

prendre une assurance pour les dégâts

des eaux

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Elle flottait dans un bain depuis plus de trente minutes et le clapotis de l’eau chaude quand elle bougeait légèrement lui donnait l’impression qu’elle voguait sur un bateau en train de prendre l’eau. « L’amour est comme une promesse mal tenue », songeait-elle, reprenant une phrase découverte dans un roman qu’elle n’avait pas lu, mais qu’il lui avait lue. S’agissait-il d’une phrase de Sagan ? Qu’importe : c’était devenu sa vérité en cette fin d’après-midi.

Le soir, au lit, souvent il lui faisait la lecture et elle s’endormait au son de sa voix. Les chapitres la berçaient, elle renouait avec des sensations d’enfance. « L’amour est une promesse mal tenue », répétait-elle en flottant dans l’eau qui se refroidissait. Elle aussi se refroidissait.

Elle pensait à lui et creusait, creusait pour savoir ce que son cœur éprouvait et voulait réellement lui dire. Elle s’entêtait à prolonger leur relation, murmurait son cerveau, mais, dans le même temps, son corps, lui, était contre. Une lutte intérieure la bousculait, qui n’avait rien à voir avec le calme régnant dans la salle de bains.

Elle ne parvenait pas à lui dire, avec des mots intelligibles, ce que ses colères quotidiennes trahissaient. Elle n’arrivait pas à s’avouer que, peut-être, il se pourrait qu’elle ne l’aimât plus du tout. Une révélation qui lui semblait impossible.

Elle fit couler un peu d’eau chaude. Quarante-cinq minutes de baignade, indiquait la pendule accrochée au mur.

Protégée du monde par le liquide, armure aquatique contre la sécheresse dont son cœur commençait à se vêtir ? Elle s’interrogeait, retournait dans sa tête les pour, les contre, les au contraire, les si, les quand même…

Lui n’imaginait pas qu’elle pût être malheureuse à cause de lui. À ses yeux, il s’agissait forcément d’autre chose. La fatigue, une petite dépression, des tensions avec sa sœur ou sa mère ? Pas une seconde lui.

Elle n’avait rien à lui reprocher. Elle fermait bien les yeux de plénitude quand il la massait. Elle aimait le velouté délicieux de ses doigts et sentir les tensions qui bloquaient ses épaules disparaître comme par magie sous leur pression chaude et nerveuse.

La lutte continuait. « Je l’aime, il est doux, prévenant, généreux. Non, c’est un égoïste qui ne t’écoute pas, comme tous les hommes. Mais tous les hommes, je m’en fous, je veux qu’il soit présent et à moi. Mais il est à toi, fidèle et toujours attentif ! »

19 heures, la lumière du jour disparaît peu à peu. Ça n’est pas sérieux de rester à ne rien faire dans un bain. Le bout de ses doigts commence à friper.

Elle se regarde dans le mini-miroir posé sur le bord de la baignoire et pose une énième fois la question à son reflet. Il n’a pas plus de réponse.

Elle a rendez-vous avec lui. Elle arrivera en retard et l’idée qu’il lui en fasse la réflexion la crispe d’avance. Son téléphone resté sur le lit sonne. C’est lui, à coup sûr.

Elle devine qu’il s’impatiente dans la voiture. Qu’il a dû s’asperger de parfum, celui qu’elle aime qu’il porte. Mais quand elle entrera dans l’habitacle elle en aura la nausée.

Elle enfonce son visage dans l’eau, voudrait que quelqu’un trouve la solution pour elle. Elle se juge lâche.

Le miroir la montre belle avec ses cheveux mouillés tirés en arrière, ses yeux clairs, ses épaules fines.

Elle sort enfin du bain.

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