Compter jusqu’à toi

Elie Semoun · Chapitre 34 sur 37

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Compter jusqu’à toi

Épisode 33 - Tu dansais sur des musiques qui ne te méritaient pas

Épisode 33

Tu dansais sur des musiques

qui ne te méritaient pas

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Comme tu n’es pas là, afin de te retrouver à coup sûr je me couche sur le ventre puis pose ma nuque sur l’oreiller. Je ferme les yeux pour que ceux à l’intérieur s’ouvrent et je nous revois.

Un peu étourdi de tristesse et de fatigue – c’est mon alcool pour remonter dans le temps et te retrouver –, je bois au goulot ma bouteille de mélancolie, me saoule à nos souvenirs, m’enivre à ta santé en quelque sorte, lève mon rêve à nous deux.

Je ressens les effets du vin que j’ai inventé, je plane au-dessus de moi et te vois – c’est un miracle, celui de l’amour que je te porte encore.

Nous sommes tous deux à une soirée. Moi qui n’ai jamais bu une goutte d’alcool, et déteste les fêtes où beaucoup finissent saouls, j’aime te voir un peu ivre. Mieux, j’adore t’embrasser quand tu as bu, la saveur du vin se dépose sur ma langue. Je vois aussi que tu as l’alcool chic, que tu ne perds pas le contrôle même si je te sais un peu grisée puisque tu parles plus vite que d’habitude, ris plus fort et que tes yeux brillent.

Tu danses aussi. Si bien que cette robe noire me donne envie de toi. Je suis le seul à connaître le secret de tes charmes pour t’avoir vue t’habiller, te maquiller et mettre un ensemble rouge et blanc, dépareillé… mais je ne le dirai à personne.

De temps à autre, nous nous perdons de vue dans la foule. Durant ces quelques minutes, tu me manques cruellement. Je fais le tour du bar en me déplaçant difficilement entre les invités, avec aussi la peur de tomber sur un importun qui me reconnaîtra et m’assénera une conversation de mec bourré qui me fera perdre un temps précieux pour te retrouver.

Te voilà. Je te serre dans mes bras. Oui je veux bien t’accompagner. Je bois à notre santé. C’est un sacrifice, je n’aime pas, j’ai soif d’eau et envie de dormir, mais je dois me mettre au diapason de la folie qui anime ces gens en train de danser, parler et rire fort.

Tu es comme un poisson dans l’eau. Enfin dans l’alcool. Plus les heures défilent, plus tu es survoltée. Je pense devoir être à ton niveau sous peine de gâcher la soirée. Impossible de te demander de rentrer, tu ne le fais qu’avec les derniers fêtards, à l’aube. Inutile de te fâcher.

Alors je me force à sourire à des inconnus, à rire avec des gens qui disent n’importe quoi. Plus les aiguilles tournent, plus les propos sont bêtes et incohérents.

Croisée dans le flot de cette foule moite, tu dis que tu m’aimes, te colles à moi, et la sueur de ta nuque, la douceur de tes bras me donnent envie d’être seul avec toi.

Mais il faut attendre et attendre encore en faisant bonne figure. Je retiens depuis des heures la phrase : « Tu as pas envie de rentrer ? » et me sens vieux et décalé. Je ne bois pas, quelle malchance ! Plus la nuit avance, moins je suis à l’aise. Pire, maintenant, je n’arrive plus à cacher mon agacement. Je m’ennuie, veux te kidnapper, il est 3 heures du matin, chaque minute qui passe vire à la souffrance, je lutte contre mon impatience et vois le ridicule de ceux qui ont complètement lâché prise. Je finis par les détester.

Qu’elle est longue cette soirée ! Quand je te retrouve enfin, tu implores encore dix minutes. J’accepte, même si je suis conscient qu’elles deviendront trente, voire plus.

Vient enfin le calme de la voiture. Tu m’en veux d’avoir écourté ta soirée. Mais il est 5 heures, et au moins ai-je tenu jusque-là. Ne pourrais-je être couronné pour ça ?

Retour à l’hôtel. Je t’ai enfin pour moi… Mais tu t’écroules tout habillée et à moitié démaquillée sur le lit. Belle poupée désarticulée. Je te déshabille. Tu ne réagis à rien. Je te couche et te regarde t’enfoncer dans un sommeil lourd comme une bouteille qui coule au fond d’un lac.

Le silence. Mes oreilles sifflent. J’éteins.

Je suis épuisé d’avoir été en contrôle des heures durant.

Voilà mon souvenir.

Je rouvre les yeux. Dix minutes à peine de rêve.

Je suis de nouveau seul.

Je sais que tu as vécu mille soirées sans moi et que tu en vivras mille autres.

Je ne suis alcoolique que de toi.

Mais tu ne seras plus jamais là pour partager mon ivresse.

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