Compter jusqu’à toi

Elie Semoun · Chapitre 3 sur 37

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Compter jusqu’à toi

Épisode 2 - Un premier baiser, c'est une nouvelle langue que l'on apprend

Épisode 2

Un premier baiser, c’est une nouvelle

langue que l’on apprend

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Messenger

16 mars, 8 h 13

ELLE

« Bonjour je me trompe ou bien, hier soir, vous avez imité mes attitudes ? »

17 mars, 00 h 30

« Vous n’avez pas eu mon message ? »

18 mars, 9 h 34

LUI

« J’espérais beaucoup recevoir votre message, je ne suis jamais sur Facebook, pardon. Oui ! C’était comme si j’avais entendu vos pensées. »

ELLE

« J’avais la même intuition. Merci, je suis flattée. »

LUI

« Il faut croire que les yeux parlent parfois plus que le reste. »

ELLE

« J’espère vraiment vous revoir. »

LUI

« Ha ha ! Ça tombe tellement bien, nous avons déjà un point commun… »

Nous nous sommes vus à Paris. Le hasard avait une robe rouge, des cheveux mi-longs, des yeux clairs, l’accent indéfinissable d’un pays qui n’aurait pas de nom, un prénom avec deux points sur le i, un métier, un parfum, une voix claire et un rire de ruisseau. Il est devenu une réalité. Moi qui ne l’appréciais jusqu’ici qu’en rêve, je pouvais ouvrir les yeux.

Ce hasard me plaisait de près comme il m’avait plu de loin. Une sorte de courant d’air faisait voyager mes phrases et me renvoyait les siennes dans un aller-retour, un voyage en première classe, un courant frais avec des paysages qui défilent et qu’on n’a jamais vus, un visage nouveau, une conversation où l’on ne dit pas la moitié de ce que l’on pense. « Oh les jolies mains qui tremblent un peu ; oh ses lèvres parfaitement dessinées ; tiens ce petit tic de ramener ses cheveux derrière l’oreille, ça fait deux fois ! » Je gardais pour moi ces compliments et laissais ma mémoire trier les belles images, afin de les consulter lorsque je serais seul.

Elle était le printemps, moi l’automne, mais la saison que nous avions choisie n’avait pas de nom. Il y faisait beau, nos paroles étaient des oiseaux qui s’envolaient ou se posaient sur nos épaules, parfois partaient loin et ne revenaient pas, suivies de silences qui n’en étaient point et du désir de la prendre dans mes bras, qui m’aurait fait passer pour un dément.

Quelle chance pour moi, habitué à me voir si imparfait lorsque je me regarde dans le miroir ! Quel délicieux privilège que celui de rencontrer une belle femme, cadeau que seuls les « moyens beaux » qui lisent ces lignes peuvent comprendre !

Quelle délicieuse promenade et quelle faveur que d’être le seul visiteur de ce musée mouvant, quel tableau plein de surprises et de détails aussi ! Depuis, je voudrais ne vivre que des premières fois. Mais comme nous n’avons pas pu nous arrêter là, nous avons inventé des dizaines de premières fois, des dizaines de surprises et de découvertes l’un de l’autre, avec le même bonheur que celui de visiter un jardin extraordinaire et ensorcelant.

ELLE

« Je suis rentrée chez moi, encore merci pour tout. »

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