Des Étincelles sous le gui

Chloe Liese · Chapitre 14 sur 17

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Des Étincelles sous le gui

Chapitre 12

 

Playlist : Have Yourself a Merry Little

Christmas, Birdy

 

Après un dernier voyage à la benne à ordures, Jonathan verrouille la porte de derrière pour la nuit.

— Miss Di Natale !

Je m’écroule dans un des fauteuils à oreilles devant la cheminée et retire mes bottines avec un soupir de soulagement.

— Oui, Monsieur Frost ?

Jonathan me rejoint. Il ôte le badge que je lui ai collé entre les omoplates, il y a plusieurs heures, et le brandit entre le pouce et l’index.

— Depuis combien de temps est-ce que je me promène avec mon badge officiel qui indique « M. Frost » et celui-là qui précise… (il marque une pause pour l’effet dramatique) « En fait, c’est M. Grincheux » ?

Je me mords les lèvres.

— Voyons voir… Après que vous m’avez piqué le couple à qui j’étais en train de vendre le coffret de la saga romantique.

Il froisse le bout de papier qu’il lance dans une corbeille sans le regarder atterrir, comme s’il était sûr de viser juste – ce qui est évidemment le cas –, avant de s’affaler dans le fauteuil en vis-à-vis.

— Je ne vous ai rien piqué du tout. Je me suis contenté de prendre le relais. Vous avez réalisé votre vente et moi la mienne. Ils ont acheté le coffret de la saga…

— Et une bonne moitié de l’œuvre de Stephen King.

Jonathan soupire en croisant ses longues jambes. Les yeux clos, il renverse la tête contre le dossier de son fauteuil, révélant sa pomme d’Adam proéminente. Il est superbe. Et il s’est vraiment démené pour m’aider à réaliser mon opération de déstockage.

Soudain, mon geste puéril me paraît stupide.

— Désolée pour le badge, dis-je. C’était une mauvaise blague.

Ses yeux sont toujours fermés.

— Pas grave. Je vous en ai collé un dans le dos, moi aussi.

Sidérée, je me contorsionne pour atteindre l’autocollant par-dessus, puis par-dessous mon épaule. En vain.

— Je n’y arrive pas.

Avec un sourire contraint, il ouvre un œil et louche dans ma direction.

— C’est exprès, Di Natale.

— Enlevez-moi ça, espèce de brute.

Je franchis la courte distance entre nos fauteuils et me plante devant lui, le dos tourné.

Comme rien ne se passe, je jette un coup d’œil derrière moi. Jonathan me fixe d’un œil sombre, le visage baignant dans la lumière vacillante du foyer.

Lentement, il se redresse, décroise les jambes et m’attire contre lui. Une main posée sur ma taille, il détache le badge de l’autre avant de le froisser entre ses doigts.

— Ce n’est pas du jeu !

Je cherche à l’attraper, Jonathan résiste et je m’affale sur ses genoux.

Il exhale bruyamment.

— Bon sang ! Vous avez failli me perforer le foie.

Marmonnant une vague excuse, je parviens à récupérer la boulette de papier. La colle a séché après une journée sur le tissu pelucheux de ma robe et, au bout de quelques manœuvres habiles, je la défroisse et déchiffre les mots : « Pas touche. Chasse gardée sous le gui. »

Je lui lance un regard noir.

— Une nouvelle version d’« à bas le patriarcat » ?

— J’ai surpris au moins cinq types en train de vous draguer aujourd’hui. J’essayais simplement de leur faire comprendre que vous êtes ici pour travailler et vous amuser, pas pour repousser les avances.

— On m’a draguée ? Je n’ai rien remarqué.

Il m’adresse un regard cinglant.

— Ne faites pas l’ignorante, Gabriella.

— Je suis sérieuse ! Je suis incapable de savoir quand on me drague.

Il me scrute attentivement.

— Eh bien, croyez-moi, ils flirtaient outrageusement.

J’examine le badge.

— Vous avez réussi à me saboter ma journée, finalement.

— Je vous parle des livres que vous avez vendus en douce ? Osez dire le contraire !

J’incline la tête vers lui.

— C’est vrai. Des albums pour enfants.

Son regard se pose sur mes lèvres. Je m’aperçois soudain que je suis juchée sur ses genoux, nos visages proches à se toucher. Je me penche un peu plus. Jonathan aussi. J’ai l’impression d’être écartelée par une violente lutte intérieure.

J’ai rendez-vous avec M. Reddit dans trois jours – le lendemain de Noël, devant le jardin botanique à dix heures précises –, une suggestion qu’il m’a proposée au cours d’une de nos discussions sur Telegram. Je compte les jours, à la fois excitée et fébrile à l’idée de le rencontrer enfin.

À présent, j’ai du mal à me rappeler que je tiens à M. Reddit, l’ami improbable dont j’ai espéré qu’il deviendrait davantage, alors que Jonathan Frost et moi sommes à deux doigts de nous embrasser.

Tiens bon, Gabriella ! souffle l’ange sur mon épaule.

Avant que le diable de l’autre côté ne s’en mêle pour me tenter, je m’écarte et joue avec les flocons de neige de ma robe.

— Voulez-vous du thé ?

Jonathan se redresse, les joues légèrement empourprées.

— Du thé ?

— Avec une goutte de whisky. Ça ne nous fera pas de mal.

— Vous êtes au courant que Mme Bailey conserve une bouteille dans son bureau quand elle vérifie les comptes mensuels ?

J’éclate de rire.

— Avant votre arrivée, cette bouteille apparaissait au moins une fois par semaine, souvent avec le thé d’ailleurs.

— Va pour le thé.

Jonathan s’apprête à se lever, sans doute pour me prêter main-forte, mais je l’oblige à se rasseoir d’une pression sur l’épaule.

— Ne bougez pas. Vous en avez assez fait pour aujourd’hui.

— Vous aussi. Je peux vous aider.

— Arrêtez de discuter pour une fois, Frost, d’accord ? Je vous répète que vous vous êtes suffisamment décarcassé comme ça. Maintenant je vais préparer le thé.

Il me saisit par les coudes et me repousse avec douceur avant de se lever.

— Laissez-moi au moins vous tenir compagnie.

Je m’active dans la kitchenette pendant que, assis à la table, Jonathan fouille dans sa sacoche, sort son glucomètre et se pique le doigt.

Apparemment satisfait du résultat, il remballe son kit, le range dans son sac et s’approche de moi.

— Je ne peux vraiment rien faire, vous êtes sûre ?

Sa voix basse et tranquille, son grand corps derrière moi sont si agréables que je manque me brûler avec le thé. J’aimerais m’abandonner contre lui, la tête au creux de son épaule, et me blottir dans la chaleur de ses bras.

— N-non, merci.

Il semble hésiter, comme s’il pesait le pour et le contre. Puis, sans ajouter un mot, il retourne près de la cheminée et s’affale dans le fauteuil en soupirant.

— Ça va ? dis-je, pendant que je verse une larme de whisky dans les tasses.

Il prend ses aises, tel un roi sur son trône, une jambe tendue devant lui, un bras derrière la tête. La lumière de l’âtre cisèle son visage, les méplats de ses joues. Nos regards se croisent et il penche la tête pour mieux me voir.

— Très bien, Gabriella.

J’admire ses cheveux sombres ondulés, ses yeux vert pâle, la ligne énergique de son nez, ses pommettes saillantes et sa bouche pulpeuse. Quelque chose, je ne sais quoi, adoucit sa beauté sévère quand il me dévisage.

Deux tasses de Darjeeling au lait corsé de whisky dans les mains, je le rejoins avec précaution et lui tends la sienne.

— J’ai ajouté un morceau de sucre et un sablé au beurre de cacahuètes sur la soucoupe. Je ne sais pas si vous avez besoin d’un petit remontant en ce moment.

— Merci.

Il accepte la tasse, délaisse le morceau de sucre et croque dans le biscuit.

Je m’installe en face de lui, les jambes repliées sous moi.

Nous dégustons notre thé et nos gâteaux en contemplant le feu. Je louche vers lui et remarque qu’il ne me quitte pas des yeux.

— Qu’y a-t-il ?

Il finit son thé et repose la tasse.

— Les chiffres sont là. Félicitations, Mademoiselle Di Natale. Vous avez gagné.

Mon estomac fait un looping.

— Je ne veux pas en parler.

— Pourquoi pas ? Vous devriez être fière, Gabriella. Vous m’avez battu. Je n’en ai jamais douté d’ailleurs.

Les larmes brouillent ma vue. J’ai l’impression qu’un pic à glace me transperce le cœur.

Je termine mon thé, espérant atténuer le froid qui m’envahit, mais le whisky ne me fait aucun effet.

— Vous n’allez pas partir ?

Jonathan me détaille, les mains croisées sur sa poitrine.

— C’étaient les termes de notre accord, non ?

J’ai les larmes aux yeux.

— Et si je changeais d’avis ? Et si je vous demandais de rester ?

— C’est ce que vous souhaitez ?

Je m’interroge. Est-ce que j’aimerais que Jonathan reste ? Il m’attire, nos chamailleries me manquent et j’aimerais le couvrir de baisers, alors que je dois rencontrer M. Reddit, mon ami virtuel.

Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne sais plus où j’en suis.

— Je… (les mots restent coincés dans ma gorge) je suis tiraillée.

— À propos de quoi ?

Je détourne la tête et observe le feu.

— Parce que quoi qu’il se passe entre nous… ça me perturbe. Et il y a quelqu’un d’autre à qui je tiens, mais c’est… compliqué. Pour l’instant, nous sommes simplement amis.

— Des amis ?

— J’espérais plus et je crois que lui aussi, mais maintenant… (je sèche mes larmes d’un revers de main) je ne sais plus quoi penser. Nous ne nous sommes jamais rencontrés en réalité. Nous avons seulement bavardé en ligne. Voilà plus d’un an que ça dure, et j’ai l’impression de bien le connaître, mais ce n’est pas la même chose dans la vraie vie, n’est-ce pas ?

Il frotte ses doigts sur ses lèvres.

— Comment l’avez-vous connu ?

— Vous êtes sans doute le seul à qui je n’ai pas besoin de dire « ne riez pas », parce que ce n’est pas votre genre. Nous avons fait connaissance sur le forum de Livraddict, sur Reddit. Il est… parfait. Du moins, virtuellement. Et moi aussi. Il n’y a aucune tension, pas comme dans la vie réelle, je n’ai pas besoin d’exhiber mes troubles autistiques pour le tester ou gagner sa sympathie. Nous nous entendons si bien, c’est magique, mais ce n’est pas réel, je me cache derrière un écran, je me voile la face, tant j’ai peur de ne pas être acceptée et aimée pour moi-même. C’est pourquoi je me suis dit que j’allais m’armer de courage et le rencontrer physiquement.

— Quand ? questionne Jonathan, d’une voix douce et sombre, comme une promenade de minuit dans la neige.

— Pendant la fermeture de la librairie. Dans trois jours.

Il porte son poing fermé à sa bouche.

— Où ça ?

Je lui lance un regard.

— N’imaginez pas jouer les anges gardiens. J’ai dissuadé June, qui insistait pour m’accompagner. J’ai accepté qu’elle vienne, mais à bonne distance. Elle regarde trop Esprits criminels…

— Gabriella, où avez-vous rendez-vous ? répète-t-il sans me lâcher des yeux.

— Devant la féerie de Noël au jardin botanique.

Il laisse sa main retomber sur ses genoux.

— Vous allez adorer.

Son regard fixe commence à me mettre mal à l’aise. Je m’agite sur mon siège.

— Je le pense aussi. Et vous ? (Je lutte contre un pincement de jalousie) Y a-t-il quelqu’un ?

— Une… amie que j’ai connue en ligne moi aussi. Une sorte de correspondante.

Je souris.

— Ah oui ? Avez-vous fait connaissance ?

Il s’absorbe dans la contemplation du feu.

— Pas encore.

Je lui donne un léger coup de genou.

— Pourquoi pas ? Qu’avez-vous à dissimuler derrière la sécurité du chat en ligne, Monsieur Frost ?

— Voyons voir. Une première impression pas très encourageante. Des idées noires, surtout pendant les fêtes. Et éviter aussi de signaler que je suis diabétique.

— Vous cachez un cœur d’or sous un aspect grognon et rébarbatif. Et si votre pancréas peu coopératif vous fait des misères (je mime un crochet du droit), j’aurai deux mots à lui dire.

Il n’a pas l’air de m’écouter. Il fixe le feu, perdu dans ses pensées.

— Que se passera-t-il quand vous l’aurez rencontré…, ajoute-t-il. S’il n’est pas tel que vous l’imaginiez ? Si c’était la dernière personne à laquelle vous vous attendiez ?

— Je ne sais pas. J’aurais dû prendre l’initiative, il y a des mois. Il n’y aurait pas eu de problème. Je n’aurais pas à me débarrasser de l’image idéalisée que je m’en suis faite.

Ses yeux cherchent les miens.

— Donc vous souhaitez connaître les vérités qui dérangent. Les aspects de sa personnalité les moins aimables ?

— Bien sûr, pas vous ? Vous ne ressentez pas la même chose envers elle ?

— Si, absolument.

Je franchis la distance qui nous sépare et lui presse les doigts, luttant contre un besoin de possessivité déraisonnable.

— Courage ! Promettez-moi que vous accepterez de la rencontrer. Elle aura la chance de découvrir qui vous êtes vraiment, Jonathan Frost.

Il me serre la main à son tour après un long silence.

— Croyez-vous que ça lui plaira ?

— Vous êtes un vieux grincheux, mais aussi l’une des personnes les plus généreuses que je connaisse. Vous vous êtes dévoué corps et âme à cet endroit. Vous feriez n’importe quoi pour les Bailey. Vous avez été un véritable ami pendant ces onze derniers jours et un cogérant exceptionnel. Et vous aimez si fort votre neveu que de vous voir ensemble, mes ovaires ont frisé l’explosion…

— Ils ont quoi ?

— Laissez tomber… je deviens lyrique. Laissez-moi vous remonter le moral. Vous êtes un oncle et un frère merveilleux – vous avez nettoyé la voiture de votre sœur avant qu’ils ne repartent parce qu’il avait neigé, je vous ai vu. Vous êtes intelligent et vous possédez l’humour le plus grinçant du monde, et si vous êtes un amant hors pair, comme dans mes rêves les plus fous… (Je mets mes deux mains devant ma bouche.) Mon Dieu, ça m’a échappé !

Les yeux de Jonathan s’écarquillent.

— Qu’avez-vous dit ?

Mes joues s’enflamment. Les siennes aussi, visiblement.

— Rien, dis-je. Je dois y aller.

Je saute sur mes pieds, éteins la cheminée à gaz, file dans l’arrière-boutique et entreprends de m’emmitoufler des pieds à la tête pour rentrer chez moi. Je dois sortir d’ici avant de dire ou de faire quoi que ce soit susceptible de briser le lien fragile que nous avons tissé.

L’amitié.

Je le sens derrière moi. Si proche, si tentant.

— Gabriella…

Dans la semi-obscurité qui règne dans la pièce, je ferme les yeux et prends une profonde inspiration pour me calmer. Après quoi, je lui tends son manteau que je viens de décrocher de la patère.

— Ce que je voulais dire, c’est que si elle est digne de vous, elle ne va pas seulement apprécier votre personnalité, Jonathan, elle va l’adorer.

Jonathan endosse le vêtement. Je l’imite, enfile mes gants et m’aperçois que j’ai oublié de boutonner mon manteau.

— Mince !

Jonathan écarte mes mains, alors que je commence à ôter mes moufles, il s’approche et s’active adroitement sur chaque bouton, la mine plus sombre que jamais. Je ravale avec difficulté la boule qui m’encombre la gorge, enivrée par sa présence, son odeur de forêt hivernale.

— Je vous revois quand ?

Il bataille avec le dernier bouton.

— Bientôt. J’ai encore deux ou trois choses à régler au magasin.

— Très bien.

Les coins de sa bouche s’étirent en un sourire.

— Je vais vous manquer, Di Natale ?

— Oui, un peu comme une dent cariée.

Son sourire s’élargit.

— Parfait.

Nous sortons sous la neige. Jonathan verrouille la porte, la bouche pincée, l’air concentré.

— Je vous ramène, dit-il.

— Vous n’êtes pas obligé.

— Il n’est pas prudent de rentrer seule à cette heure tardive.

Il s’empare de mes écouteurs qui pendent autour de mon cou et les place sur mes oreilles.

— Pas la peine de parler, poursuit-il. On peut se contenter de…

Il observe la neige, puis lève les yeux au ciel.

— D’être là, dis-je à sa place.

Il m’adresse un regard chaleureux.

— Exactement.

Et c’est ce que nous faisons. Nous longeons le trottoir enneigé à grandes enjambées régulières. Nos coudes se frôlent, nos regards se croisent. Je chantonne tout bas, tandis que Jonathan garde le silence, le regard fixé devant lui, tel un soldat marchant au combat. Il a l’air très sérieux. Je me demande ce qui lui passe par la tête. Mais je me garde bien de l’interroger. Je n’ai pas envie de le savoir. Pas question de l’inviter à monter chez moi pour l’amadouer et l’encourager à se confier.

Arrivés devant mon immeuble, je me tourne vers lui.

— Merci de m’avoir raccompagnée, cher monsieur.

Il me lance un regard sévère.

— Vous ne devriez pas vous promener seule, surtout avec vos écouteurs sur les oreilles, compris ?

Je hausse les épaules.

— Ça rend la vie excitante.

Il se frotte le nez.

— Excitante ! Vraiment, Gabriella !

Je m’approche et lui souris, chassant la neige et les larmes qui me montent aux yeux.

— Bonnes fêtes, Jonathan !

À ma grande joie, mêlée de quelque surprise, il me prend dans ses bras et presse sa joue sur le sommet de mon crâne.

— Joyeux Noël, Gabriella.

Nous nous écartons l’un de l’autre.

— Promettez-moi de rencontrer votre amie virtuelle, d’accord ?

Il acquiesce.

— Promis. Et vous aussi ?

J’avale ma salive avec difficulté.

— Oui. J’espère qu’elle répondra à vos attentes.

Il me dévisage d’un œil scrutateur.

— Je sais déjà que c’est le cas.

Je lève les yeux au ciel.

— Quelle présomption ! Alors qu’il y en a d’autres qui tremblent dans leurs bottes à l’idée de rencontrer leurs correspondants anonymes.

— Votre M. Reddit a intérêt à bien se tenir. Il lui reste à prouver qu’il est digne de vous.

Je pique un fard.

— Je parle de ce qu’il pense de moi. Je suis tétanisée. C’est comme un baptême du feu. Je mettrai mon pull de Noël le plus moche qui joue de la musique. S’il passe le test, alors ce sera gagné.

Jonathan me décoche un sourire ravageur. Il se métamorphose instantanément, deux magnifiques fossettes creusent ses joues et ses yeux se plissent aux coins. Sa pomme d’Adam monte et descend, tandis qu’il se met à rire à gorge déployée. Après quoi, il me serre très fort dans ses bras en murmurant quelques mots inaudibles dans mes cheveux.

— Arrêtez ! je couine. Vous m’étouffez ! Mais vous avez enfin souri. C’est une grande première.

Il recule d’un pas, la respiration bruyante. Son sourire a fait place à une vive émotion.

— Qu’y a-t-il ?

Sans répondre, il ouvre la porte de mon immeuble et me pousse à l’intérieur. Puis il pose sa main gantée sur la porte vitrée. Je fais de même.

Un instant plus tard, il tourne les talons et disparaît dans la nuit enneigée.

Un drôle d’homme, mais si charmant.

Mes yeux s’embuent, une larme ruisselle le long de ma joue, tandis que je gravis l’escalier, le sourire aux lèvres.

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