Entre deux meutes (French Edition)
Chapitre 13 - Caro
Un mois s’est écoulé. Ces quelques semaines ont permis à Elliott de perfectionner ses connaissances au combat. Il a déjà gagné en masse musculaire, c’est impressionnant. Il se rapproche chaque jour un peu plus de Lynn, ils sont choux. Enfin, ils se côtoient plus ou moins en cachette et je ne crois pas qu’il se soit encore passé quelque chose, mais leur attirance crève les yeux. Sauf que si Harry le découvre, c’est lui qui va lui crever les yeux !
En parlant de lui, il est enfin remis sur pattes – c’est le cas de le dire. Josie et Paul ont également repris l’entraînement, ça fait plaisir.
Pour ma part, le retour au travail s’est déroulé la semaine dernière. Ces trois semaines de « vacances » n’ont pas été de tout repos. Il semble que ce soit le principe même des vacances : tu reviens plus crevé qu’avant de partir. La reprise du rythme est un peu compliquée. Boris et Harry ont insisté pour que j’arrête de travailler et prendre en charge nos frais, maintenant qu’Elliott fait vraiment partie de la meute. La cérémonie était un moment intense à vivre et je suis heureuse de sa décision. Il est plus épanoui que jamais depuis.
Je ne sais pas quoi penser de leur proposition quand même. Je n’ai jamais vécu aux crochets de personne et je n’ai pas envie que ça commence. J’aime mon indépendance et ne rien devoir à qui que ce soit. Je tiens bon pour le moment. De toute façon, il est hors de question que je passe mes journées à me la couler douce et à attendre mon fils gentiment. Je me voile quand même la face parce que je ne suis retournée chez nous que pour récupérer plus d’affaires et les ramener au manoir. Je paie donc un loyer pour le plaisir. Nous en avons parlé avec Elliott et il m’a suggéré de rendre l’appartement.
Boris, après que nous avons échangé, a également proposé à mon cher et tendre fils de reprendre ses études à domicile et de s’inscrire au bac en candidat libre. Je tiens à financer son cursus scolaire ; élément que j’ai réussi à négocier avec Boris. Une discussion longue et houleuse, mais j’ai eu gain de cause. Les économies sur le loyer me permettront de les lui payer.
Cet homme va finir par avoir ma peau… Je n’ai toujours pas abordé le sujet de l’imprégnation avec lui. Je n’y suis pas prête. De ce que j’ai compris, il ne peut rien contrôler. C’est comme ça et c’est tout. Est-ce que ça rend ses sentiments sincères du coup ? Cela affecte-t-il les miens ? Est-ce que je suis prête à m’engager dans une relation avec un homme ? Est-ce qu’Elliott le vivrait bien ? Il s’agit de son chef en un sens, ce serait bizarre. Et comment cela sera pris par les loups de la meute ? Même si aucun n’a eu de mauvais comportement ou de regard dédaigneux, je reste une humaine. Ils se sont habitués à ma présence et le respect qu’ils ont désormais envers mon fils déteint sans doute un peu sur moi. Pour autant, seraient-ils prêts à m’accepter comme la compagne de leur alpha ? J’en doute.
Mais Boris est tellement… pfiou. Il est prévenant, d’une douceur infinie et si sexy. Malgré son statut, il n’essaie pas de m’écraser. Cela n’empêche qu’il aime avoir le dernier mot, mais moi aussi. Les picotements qui suivent chacun de ses touchers ne mentent pas ni l’affolement des battements de mon cœur lorsque je sens sa présence ou que je suis dans la même pièce que lui. J’essaie de l’éviter, tant bien que mal, depuis mon échange avec Lynn. Je dors peu et m’interroge beaucoup. Même Elliott a remarqué que je n’étais pas au meilleur de ma forme.
— Mamou, qu’est-ce qui se passe ? me questionne-t-il au petit déjeuner.
J’avale ma gorgée de cappuccino de travers et toussote pour retrouver de l’air.
— Rien, mon chéri. Je dois reprendre le rythme avec le boulot, c’est tout.
— Mouais. Je viendrai te chercher ce soir. J’ai pas envie que tu rentres toute seule.
— Si tu veux, fils. Mais tu sais que c’est moi la maman, je suis capable de m’en sortir comme une grande fille, conclus-je en un clin d’œil.
— Je sais, mais ça me permettra de passer un peu de temps avec toi. Je te vois moins, maintenant. Je suis content que tu aies accepté qu’on reste logés ici, mamou.
Il se lève, dépose un baiser sonore sur ma joue et file se préparer pour sa course de fond matinale.
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Cette nouvelle journée se déroule comme toutes les autres : tenue de caisse, des gens désagréables pour qui je ne suis qu’un fantôme et dont un bonjour leur arracherait visiblement la gueule. Heureusement qu’il y a quelques habitués adorables pour rendre ces quelques heures moins longues. Je rejoins le bar à dix-sept heures. La soirée sera intense, on a programmé deux artistes assez populaires et ça engendre pas mal de monde, en général. Je sais aussi qu’il y aura du mort saoul pas tard. La jeune génération ne sait vraiment pas boire, c’est affligeant. On a déjà prévenu la compagnie de taxis avec laquelle on a l’habitude de travailler pour qu’ils soient sur le qui-vive.
À une heure, je sors enfin, totalement épuisée. Elliott m’a demandé de le prévenir au départ du dernier client pour être présent à ma sortie. Une soirée ciné l’attendait avec Lynn et d’autres loups de la meute. En général, ils alternent avec Harry pour éviter que je ne rentre seule dans les transports en commun. Mais ce soir, je n’ai pas eu le temps de prendre mon téléphone avec l’état de la salle. Vu l’heure, je l’informe que tout va bien par SMS et que je souhaite rentrer seule pour une fois. Hors de question de dépendre encore de quelqu’un, j’ai passé l’âge. Ces règles mises en place me saoulent, même si chaque moment passé avec mon fils est chouette. Mais j’aime ma liberté et je veux qu’il ait la sienne.
Je sors par l’arrière du local, où nous stockons les poubelles et fûts vides. J’aperçois une silhouette dans l’ombre de la benne. Je reconnais le lourdaud que j’avais taclé au bar il y a plusieurs semaines.
— Alors, ma mignonne, tu fais moins la maligne ce soir ? me lance-t-il sur un ton qui me provoque des frissons désagréables tout le long de la colonne vertébrale.
— Qu’est-ce que vous faites ici ? craché-je en tentant d’atteindre le portillon de sortie pour me carapater au plus vite.
— Je te guette depuis un moment déjà. Il y a toujours quelqu’un donc je n’ai jamais pu te choper, mais pour une fois, tu es toute seule. Je vais pouvoir te montrer à quel point t’es une pute et que j’avais raison.
Il se jette sur moi comme un fou. Je hurle et tente de m’enfuir. Il m’attrape la taille, me retourne et me colle contre la benne.
— Ferme ta gueule. Tu vas en redemander, t’inquiète pas.
Une de ses mains maintient les miennes dans mon dos tandis qu’il m’attrape un sein de l’autre. Je suis tétanisée.
Un hurlement que je reconnaîtrais entre mille retentit. Cela détourne l’attention de mon agresseur quelques secondes, suffisamment pour que je lui mette un coup de tête.
— Espèce de salope ! Tu vas me le payer ! crache-t-il de douleur.
Le crac que j’ai entendu laisse supposer que je lui ai cassé le nez. Pas le temps de penser, maintenant libre de mes mouvements, je cours à perdre haleine en direction du parking devant le bar. À l’angle, un bras puissant m’attrape et me tire vers lui. Un cri de surprise m’échappe, mais je reconnais prestement l’odeur de mon nouvel assaillant. Boris est là, sous sa forme humaine.
— Caro, ça va ? Qui est-ce ? me chuchote-t-il à l’oreille tout en tâtant l’ensemble de mon corps pour vérifier que je n’ai rien de cassé.
Le visage enfoui dans son cou, j’ai besoin de me repaître de son odeur pour reprendre contenance. J’ai eu tellement peur. Je glisse mes mains au-dessus de sa tête et me mets à pleurer. La peur, la colère, tout se mélange et me fait craquer.
— Un connard qui n’a pas apprécié que je le remette à sa place il y a de cela des mois, murmuré-je sanglotante.
Des pas résonnent et se rapprochent. Mon sauveur m’intime à voix basse de rester sagement contre le mur, qu’il est là et qu’il va prendre soin de moi. Je prie pour qu’il ne tue pas mon agresseur, je ne doute pas une seconde de sa capacité à le faire.
Il me laisse pantelante, ahurie par cette agression. J’entends juste un « T’es qui toi ? » suivi d’une pluie de coups et de gémissements.
— Approche encore d’elle, même à deux cents mètres, et t’es un homme mort.
Je n’ose pas quitter le mur pour voir la scène. S’il lui parle, c’est qu’il doit encore respirer.
— Oui, c’est Boris. Un connard revanchard a tenté d’agresser Caro… Je lui ai mis une bonne correction, il va avoir besoin de soins… Je t’envoie mon avocat demain, elle va porter plainte pour agression… OK, merci Sergio, je te revaudrai ça.
Mon alpha préféré revient vers moi, la main ensanglantée.
— Merde, tu saignes ? ne puis-je retenir en attrapant sa main.
— Non, beauté, c’est pas mon sang. La police arrive pour s’occuper de lui. Demain, tu iras au commissariat porter plainte. Le lieutenant de police est informé et Livio, notre avocat, t’accompagnera.
— Euh, OK.
Je suis complètement abasourdie par tout ça. Boris semble le deviner. Il me soulève, comme si je ne pesais rien et me porte jusqu’à la voiture.
Désormais installés et en route, il m’interroge pour connaître toute la teneur des événements de la soirée. Je le vois se crisper un peu plus à chaque phrase au point de prier pour qu’il ne brise pas le volant du Range Rover lorsque je lui fais part des attouchements. Il ne décroche pas un mot du trajet et m’écoute religieusement.
À notre arrivée, enfin capable de me mouvoir seule, je le suis jusqu’à sa chambre que je découvre. Elle est superbe, comme son propriétaire.
Il ferme la porte derrière lui, s’y adosse et vide ses poumons dans un souffle bruyant. Il serre et desserre ses poings, semblant lutter intérieurement, sans me quitter des yeux.
Ma décision est désormais prise.
Je m’approche doucement de lui, lève la main que je dépose contre sa joue. Il pousse sa barbe naissante contre ma paume pour la sentir davantage. Je pose ma seconde main sur sa poitrine. Son cœur bat fort et résonne sur ma peau. Je me hisse sur la pointe des pieds et pose mes lèvres contre les siennes.
Ce baiser chaste se transforme en un battement de cils. Il pose ses mains sous le galbe de mes fesses et me soulève, me collant à mon tour au mur. Notre baiser s’approfondit avec une intensité que je n’ai jamais connue. Nos langues s’entremêlent et dansent ensemble. Je sens son excitation augmenter et nos halètements lui confirment la mienne.
Après quelques secondes, il recule sa tête pour me regarder, souffle à nouveau et colle son front au mien.
Bordel ! Quand je disais qu’il aurait ma peau !
— Merci d’avoir été là, souris-je timidement.
— Je suis désolé de ne pas avoir été derrière plus tôt. Je pensais que tu sortirais devant. Harry et Elliott m’ont dit que c’est ce que tu faisais habituellement. Et excuse-moi de t’avoir touchée, après ton agression, ce n’est pas la meilleure réaction à avoir.
Je le serre de toutes mes forces, me repaissant de son odeur au passage, pour le rassurer.
— Grâce à ton hurlement, j’ai pu lui exploser le nez et me dégager de sa poigne avant que les choses ne dérapent davantage. J’ai besoin de tes caresses pour oublier les siennes.
Nos bouches se retrouvent enfin.
Au bout de quelques secondes, il me repose au sol, dépose un chaste baiser sur mes lèvres et recule. Il sort deux bières de son mur. Je pouffe lorsqu’il les décapsule.
— Pourquoi ris-tu ?
— Tu as une brasserie dans tous les murs de ce manoir ?
Il éclate de rire à ma réflexion et nous trinquons.
— Caro, que ce soit bien clair : tu ne travailleras plus dans ce bar. Tu ne travailleras plus tout court, d’ailleurs. Il est désormais hors de question que tu quittes ce manoir.
— Pardon ?
— Tu m’as bien compris.
— Ce n’est pas parce qu’on vient de s’embrasser sauvagement que cela te donne le droit de régir ma vie, Boris.
— En effet. En revanche, on a encore perdu une louve aujourd’hui. Alison s’est fait enlever. Donc entre ça et l’agression de ce soir, je ne prends plus de risques : tu restes ici. Pour info, ce n’est pas discutable.
Il me faut quelques secondes pour digérer ses propos.
— Alison, la petite infirmière ?
— Elle-même. Je n’ai rien senti et n’ai rien pu faire. Mes équipes sont sur le coup.
— Il y a eu beaucoup de disparitions ?
— Bien trop à mon goût. Il se passe quelque chose, je le sens. Nous comptons déjà cinq disparus, dont la femme de Harry.
— Oh ! ne puis-je qu’exprimer, surprise.
Encore retournée par ma soirée, je n’arrive pas à exprimer grand-chose de cohérent. Il me semble toutefois que c’est le bon moment pour lui dire que je l’ai entendu lorsqu’il parlait à Lynn.
Je le rejoins près du lit et m’assieds à ses côtés.
— Je dois encore t’avouer quelque chose, me lance Boris.
Je me fige. Que peut-il encore m’apprendre ? Il se passe la main sur le visage, visiblement aussi épuisé que moi.
— J’ai retrouvé la trace de Johan.
Putain, cette journée s’arrête quand déjà ?
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