Jean-Luc persécuté

Charles-Ferdinand Ramuz · Chapitre 1 sur 13

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Jean-Luc persécuté

Chapitre Premier

 

 

Comme il avait été convenu qu’il irait, ce dimanche-là, voir une chèvre à Sasseneire, Jean-Luc Robille, après avoir mangé, prit son chapeau et son bâton. Il alla ensuite embras-ser sa femme (car il l’aimait bien et il n’y avait que deux ans qu’ils étaient mariés). Elle lui demanda :

— Quand seras-tu rentré ?

Il répondit :

— Vers les six heures.

Il reprit :

— Mais il faut que je me dépêche parce que Simon doit m’attendre, et il n’aime pas qu’on le fasse attendre.

Cependant, avant de sortir, marchant sur la pointe des pieds, il s’en fut à la chambre et alla au berceau où le petit, qu’ils avaient eu ensemble l’année d’avant, dormait. « Fais attention ! » cria Christine. Et lui, s’étant penché, il ne l’embrassa point, comme il avait eu l’intention de faire, il le regardait seulement dormir. C’était un gros garçon de onze mois et deux semaines (car on compte les semaines et les jours au commencement), avec des joues comme vernies, et une grosse tête ronde, enfoncée au creux du coussin. Et, le berceau, c’était Jean-Luc qui l’avait fait lui-même de beau mélèze, ayant travaillé le menuisier (comme on dit) et appris le métier, avant de se mettre au bien de sa mère, quand son père vivait encore. Il se tint donc penché là un moment, re-gardant dormir le petit. Puis, ayant retraversé la cuisine et

– 4 – ouvert la porte de la maison : « Adieu ! femme », dit-il en-core, et il embrassa encore Christine.

Il avait trouvé Simon couché dans son lit.

— J’ai mes douleurs qui m’ont repris, avait dit Simon, tu vois ; alors, pour aujourd’hui, qu’est-ce que tu veux ?…

— On ira dimanche prochain, dit Jean-Luc.

Il s’était assis à côté du lit ; il causa un moment avec Si-mon et sa fille qui était venue ; ils causèrent ainsi, un mo-ment les trois, pour passer le temps ; on entendit sonner une heure, puis deux heures. Sur quoi, Jean-Luc s’en retourna chez lui. Devant l’auberge, il trouva du monde, ce qui fit qu’il perdit de nouveau un quart d’heure. Mais, comme on l’invitait à venir boire, il refusa. Et les autres se mirent à rire : « Ça tient toujours ? » « Est-ce permis ou non ? » disait Jean-Luc. « Oh ! c’est permis ! » Il se mit à rire, lui aussi, puis ren-tra vite.

Il monta l’escalier, pesa sur le loquet, la porte était fer-mée. Il pensa : « Elle est allée chez Marie » (c’était la femme du maréchal), et, se baissant, prit la clé sous le tas de bois où on la cachait. Puis pensa : « Je vais aller voir chez Marie. » Il ne l’y trouva pas, et Marie n’avait point vu Christine, ni le mari de Marie qui lisait le journal, qui leva la tête et dit à Jean-Luc, car il aimait à plaisanter : « Quand on a une femme, il ne faut pas la laisser seule. » Jean-Luc n’avait rien répondu, il était inquiet.

L’inquiétude lui était venue tout à coup, il ne savait pas pourquoi, et le suivit dans la cuisine vide, au feu qui s’éteignait, et dans la chambre, où il se mit sur une chaise près du berceau, et il écoutait le dimanche. Un bruit de voix,

 

– 5 – et un petit bruit d’eau, rien d’autre ; tout le monde se repo-sait.

Il avait un petit peu neigé, la nuit avant, un rien encore, une farine, marquant seulement que l’hiver était là, et un grand jour était entré au matin dans la chambre, où tout semblait refait à neuf. Il se tenait les coudes sur les genoux, il se demandait : « Où peut-elle bien être allée ? » Il ne trouvait pas de réponse.

Alors, pris par l’ennui, il se leva, il regarda par la fenêtre. Il y avait un bout de pente de pré, puis venaient des saules et des trembles, et le grand étang se montrait, rond de forme et point encore gelé ; mais, d’ordinaire beau luisant et mirant toute la montagne, la neige en fondant dessus l’avait comme dépoli. Derrière, sous le ciel bleu, les étages montaient, tout blancs, tachés de noir.

Tout à coup, les yeux de Jean-Luc se posèrent à terre et y restèrent fixés. C’était à cause des traces de pas qu’il y avait là. Des pas dans la neige, petits, bien marqués. Et ils se dirigeaient, non pas vers le village, où le chemin était déjà battu, mais de l’autre côté, en suivant le bord de l’étang. Il pensa : « Où est-ce qu’elle est allée ? »

Aussitôt, il fut décidé. Il prit le petit qui se réveillait, l’enveloppa bien au chaud dans un châle, puis, s’en retour-nant chez Marie : « Veux-tu me le garder pendant que je suis loin ? » Marie lui demanda : « Alors Christine n’est pas ren-trée ? » Il dit que non, revint vers la maison, mais n’y entra pas ; et se mit à suivre les traces. Elles commençaient juste devant la porte ; il les suivait sans en avoir l’air, les mains dans les poches, à cause des gens qui pouvaient le voir, mais le cœur lui battait ; et il espérait encore qu’une fois sur le chemin qui suit la digue dans le bout de l’étang, les pas tour-

– 6 – neraient vers le village ; or, là, ils tournaient bien, mais dans l’autre direction, celle de la montagne.

Alors il repartit plus vite. Maintenant sur le chemin, les traces étaient embrouillées, un mulet et des hommes ayant aussi passé par là, seulement il surveillait sur les côtés la couche de neige encore lisse ; et bientôt, en effet, il vit les petits pas prendre à gauche dans une espèce de repli de ter-rain, comme il y en a partout dans le pays, dont il longea le fond, puis il fut conduit droit contre la pente où il commença à grimper.

Sur les talus bien exposés, la neige avait déjà fondu lais-sant percer des plaques jaunes de gazon ; là, les traces ces-saient soudain, mais pour reparaître plus haut, et d’ailleurs, dans la terre humide, le talon s’était enfoncé, et les clous des souliers l’avaient rayée en glissant, on ne pouvait pas s’y tromper ; en oblique, à présent, il s’en allait vers un autre chemin qui conduit au plateau des Roffes. Il se disait : « Elle a fait un détour ! » Il se disait, regardant les marques des clous : « Et puis, elle a gardé ses souliers du dimanche. » Et il reconnaissait bien le dessin des clous, plantés seulement tout autour de la semelle et à la tête ronde et lisse, car c’était, ces souliers, un cadeau qu’il lui avait fait, ayant été à la foire à l’automne. Puis il pensait : « Quels petits pieds elle avait pourtant ! » Tandis qu’il y avait en lui une voix qui répétait : « Chers petits pieds, c’est les plus petits pieds qu’il y ait dans tout le village. »

Néanmoins il continuait à monter, et il rejoignit le se-cond chemin. Il est pierreux, l’été, tout allumé de soleil, avec des jolis buissons d’églantines à petites feuilles et fleurs roses ; la neige avait tout recouvert, les buissons semblaient de gros pelotons de gros fil défaits. Et puis, comme on s’est

 

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élevé, quand on se retourne, on aperçoit de là, droit au-dessous de soi, toutes les maisons du village, serrées et ran-gées dans le creux, comme des œufs dans un nid, blanches du toit parmi le blanc, et au milieu la grande église aux murs nus ; puis, par derrière, découpée sur le ciel et sur la profon-deur de la large vallée, se dresse une drôle de colline poin-tue, avec des bords en dents de scie à cause des sapins, le Bourni, comme on l’appelle.

C’était la vue, lui montait. De parmi les buissons, à un moment donné, sort un grand pin solitaire. Parvenu là, Jean-Luc subitement fit halte. Car il venait de voir une seconde trace. Cette seconde trace rejoignait l’autre sous le pin. C’étaient des gros pas, des pas d’homme ; et, sous le pin, on avait dû attendre, la neige étant toute piétinée ; puis les gros pas et les petits pas avaient continué ensemble, comme on voyait plus loin sur le sentier aux marques tantôt plus écar-tées, tantôt plus rapprochées, parfois presque confondues.

Il ouvrait les yeux, il n’y pouvait croire et pourtant y était forcé, car la couche de neige devenait plus épaisse, ayant été entassée dans les creux par le vent ; alors, si loin qu’on pouvait voir sur cette épaule de colline, indiqués en bleu par une ombre, les trous profonds continuaient à se montrer, et doubles, et doublement marqués, comme une couture à un drap.

Il était reparti, il se mit à aller plus vite, il fut bientôt ar-rivé sur la crête ; là, on entre dans une combe, le sentier s’en va au milieu. Les mélèzes à couleur de miel, gris du tronc, gris de certaines branches déjà dépouillées, étaient comme rangés autour ; en avant de soi, par une entaille sur le ciel vert, un lointain sommet sortait, rose. Il y avait un petit rose aussi, presque du blond plutôt, dans la lumière, sur la neige,

 

– 8 – pendant que diverses saillies ou arêtes, dans ce velours, bril-laient comme de l’or ; ou bien à un buisson, une pointe d’arbre, une cassure de terrain.

Mais on a le cœur triste, et tout était dans le silence. Un chocard envolé passait par moment dans le ciel, où il occu-pait une place, et puis ne l’occupait plus ; les bruits venaient de très loin, comme étrangers à la terre : on entendait sonner la cloche d’un village, on ne savait pas où, peut-être dans la plaine, bientôt elle se tut ; un coup de fusil éclata, un bra-connier peut-être, dans une gorge tout là-bas, et traîna long-temps, d’écho en écho.

Et Jean-Luc se passa la main sur le front, car il était en sueur, mais il ne s’arrêta pas : maintenant il aurait été les yeux fermés, devinant tout. Il remonta la combe, tourna en-core à droite ; ensuite, parmi les premiers mélèzes, se dirigea vers la forêt. Il entra dans la forêt. Alors il y eut tout à coup une seconde place où on s’était arrêté ; à la suite de quoi, on ne distinguait plus qu’une seule trace, celle des gros pas d’homme.

Il l’examina : non, plus qu’une, les jambes lui manquè-rent ; il se disait : « Il faut qu’il l’ait portée ; elle était fati-guée, et il l’a portée ! » Et en effet les traces étaient plus en-foncées qu’avant, plus traînées, avec de-ci de-là une pierre ressortie et sous les arbres un peu de terre noire ou des ai-guilles de mélèzes ; ailleurs on avait buté à une racine ca-chée, puis on s’était reposé ; et voilà de nouveau les deux pe-tits pieds étaient marqués, à côté des gros, dans la neige.

Ce fut comme il l’avait prévu. À la lisière de la forêt, il y avait un fenil neuf appartenant à un nommé Augustin Cret-taz. « C’est lui ! pensa Jean-Luc. Pourtant on disait qu’il était absent, alors c’est qu’il est revenu, et elle ne me l’a pas dit ! »

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Il s’était appuyé à un tronc. On n’entendait rien, on ne voyait rien, il devait y avoir du foin dans le fenil, on est bien couché dans le foin. Il fit un mouvement comme pour s’avancer, mais à ce moment quelqu’un, là-bas, se mit à rire ; il le con-naissait bien, ce rire ; il redescendit à grands pas.

 

Il était cinq heures quand elle revint, et le jour baissait (car on était aux jours les plus courts de l’année). En même temps, le froid des nuits d’hiver tomba, qui surprend l’eau qui coule et durcit les chemins. Alors le sonneur, étant sorti de l’auberge, commença à monter le haut escalier du clo-cher, car le moment de l’angélus était venu.

Elle s’étonna de voir que la porte de la cuisine avait été seulement poussée. Elle entra ; un peu de jour tombait en-core par la fenêtre, elle aperçut Jean-Luc assis près du foyer.

Point de feu, et la cendre morte ; il était assis là. Elle lui dit :

— Comment se fait-il que tu sois déjà revenu ?

Il répondit :

— C’est que je ne suis pas parti, ayant trouvé Simon ma-lade.

Elle eut un petit mouvement d’épaules, mais tout de suite contenu, et dont il ne s’aperçut pas, étant penché en avant ; d’ailleurs il ne l’avait même pas regardée.

Elle reprit :

— Tu n’as pas froid sans feu ? Il commence à geler.

Jean-Luc répondit :

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— Je n’ai pas froid.

L’angélus sonna, ils se turent l’un et l’autre. Jean-Luc continuait de tenir la tête baissée, et l’enfant était couché dans ses bras. Il devenait pesant, parce qu’il s’endormait : ça dort ainsi tout le jour et mange. Et, l’angélus étant fini, on vit les petites paupières se déplier tout à fait, tandis qu’un sang plus rouge s’était répandu sous la peau, avec la moiteur du sommeil.

— Est-ce qu’il a mangé ? dit Christine.

Jean-Luc répondit :

— Ça me regarde.

Elle s’était mise à allumer le feu. Soudain elle fut en pleine lumière. Alors on vit ce qu’on n’avait pas pu voir en-core. À ses cheveux un peu défaits et tombant sur le front en petits frisons (eux si bien lissés d’habitude), des gouttes bril-laient, restées prises ; l’épingle en faux or qu’elle avait au col de son caraco était agrafée de travers ; sur ses épaules, et sa poitrine, il y avait des taches de mouillé. Jean-Luc s’était tourné vers elle.

— Il ne pleut pourtant pas ? dit-il.

— C’est les gouttes qui tombent des toits.

Elle dit cela avec assurance. Puis brusquement, allant à lui :

— Donne-moi un moment l’enfant.

Il fit non avec la tête.

Elle n’insista pas, elle ne sembla même pas surprise ; et continuait le ménage, allant et venant dans la cuisine, pre-

– 11 – nant les tasses et les assiettes au râtelier ; la marmite était sur le feu, elle descendit à la cave couper un morceau de fromage, elle apporta le pain ; l’eau se mit à bouillir, elle la versa sur la cafetière. On entendit le bruit des petites gouttes qui percent à travers le filtre et tombent une à une dans le récipient de fer-blanc ; et le lait étant monté sur le feu :

— Tu peux venir, dit-elle, c’est prêt.

L’enfant était tout à fait endormi. Jean-Luc pourtant ne l’avait point quitté ; et, venant s’asseoir à la table, ne l’avait point quitté encore, mais le souleva avec précaution, puis l’étendit sur ses genoux une jambe un peu relevée. Christine ne disait plus rien.

Ils étaient assis en face l’un de l’autre, la largeur de la table entre eux ; là étaient posés la grosse miche plate, le pot de lait et le fromage, où elle coupa avec son couteau, et tout de suite commença à manger. Elle avait également rempli les tasses de terre brune, à l’intérieur jaune ; le café fumait, avec sa bonne odeur. Elle mangeait donc et buvait. Et Jean-Luc, ayant taillé comme elle dans la miche, avait commencé aussi à manger, mais les morceaux ne passaient point, quoiqu’il eût un gros appétit d’ordinaire, étant fort et bon travailleur. Mais le pain à présent était comme de la terre sèche dans sa bouche, alors il but pour le faire descendre, mais son assiette resta pleine, tandis que Christine s’était resservie et avait rempli de nouveau sa tasse. Elle lui demanda :

— Qu’as-tu ?

Il repoussa loin de lui son assiette, laissa tomber son couteau sur la table, baissa la tête, et demeura.

Elle reprit :

 

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— Jean-Luc !

Il ne bougea point, il était absent ; et ses mains, ayant glissé du rebord de la table, ses grosses mains vides pen-daient.

Elle vit qu’il fallait parler.

— Écoute, dit-elle, il faudrait s’entendre. Tu te souviens pourtant, le jour du Patron, quand tu m’as demandé si je voulais bien, quand tu disais que tu m’aimais, je t’ai répon-du : « Moi j’aime mieux Augustin, et il m’a demandée aussi, mais son père ne veut pas parce que je suis trop pauvre, et moi j’en ai assez d’être servante chez les autres, alors fian-çons-nous, si tu veux ; seulement si Augustin veut m’embrasser, je me laisserai embrasser. » Est-ce vrai que je t’ai dit ça ?

Il ne répondit rien, elle continua :

— Et quand ta mère à toi n’a pas voulu non plus et que tu es allé vers elle et que tu lui as dit : « Je me moque de toi ! » est-ce que je ne t’ai pas donné un conseil : « Vois-tu, que je t’ai dit, ne te brouille pas avec elle, parce que ça porte malheur. Tu en trouveras bien une autre. » Et tu ne m’as pas écoutée. Est-ce vrai, encore une fois ?

Elle attendit, rien ne vint ; elle reprit :

— Et, comme tu continuais à me fréquenter et que tu venais tout le temps, est-ce vrai que je t’ai dit : « Tu n’es pas comme les autres. » Je t’ai dit : « Et puis tu es trop maigre. » Tu riais. Dis, est-ce vrai ?

De nouveau elle s’arrêta ; ce fut inutilement.

 

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— Alors quoi ? Augustin est revenu, il m’a invitée, on a été voir pour le foin ensemble. Et si, toi, tu es venu par der-rière, qu’est-ce que j’y peux ?

Ayant parlé ainsi, elle se tut ; lui, se taisait toujours. Il y avait sur le foyer une grosse bûche ; rongée au milieu, elle se cassa tout à coup, et un des morceaux roula dans la cendre. Montrant l’enfant, Christine dit de nouveau :

— Donne-le moi.

Mais il s’était brusquement reculé et, faisant un geste de la main comme pour l’écarter de lui :

— Tu ne le toucheras plus !

Elle haussa les épaules, elle dit : « J’ai quelqu’un pour me consoler. »

Ayant ouvert la porte, elle sortit sur le perron et s’accouda à la barrière.

Il n’y avait point de lune, mais une quantité d’étoiles, belles blanches, comme en verre, qui semblaient pendues à des fils, bougeant ensemble dans le vent : elles éclairaient à peine. Et, sous le grand noir du ciel et l’ombre, la neige était étrange à voir, avec sa grande étendue blanche, cette lueur qui montait d’elle, et au milieu, l’étang tout sombre, la neige ayant fondu dessus. Christine se serra dans son châle.

Puis, se penchant hors du perron, elle regardait vers le village qu’on aperçoit un peu derrière l’angle de la maison ; elle regardait une certaine fenêtre. Les carrés des toits se marquaient en blanc ; et les murs de bois sombre, s’étant comme défaits et dissous dans la nuit, ils semblaient, ces toits, suspendus en l’air. Il y avait un point de lampe, là-dedans, comme un œil rouge, c’était tout.

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Cependant on remuait dans la cuisine, une porte grinça, on était entré dans la chambre, les pas revinrent, elle se re-tourna ; au même moment, il passa près d’elle. Il avait son chapeau sur la tête. Il tenait l’enfant sur un bras, il avait sous l’autre un paquet ; il descendit l’escalier. Elle lui dit : « Que fais-tu ? » Elle répéta : « Jean-Luc que fais-tu ? » Il était déjà loin. Il s’en allait du côté du village.

Et, le lendemain, on apprit qu’il était descendu dans les bas chez sa mère, comme on le sut encore mieux, quand Fé-licien, le petit domestique, vint de sa part chercher les deux vaches et la chèvre.

 

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