La ballade de Trash

Jeanne-A Debats · Chapitre 13 sur 21

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La ballade de Trash

Chapitre 12

 

 

Trash les conduisit sans un mot, Junk, ombre muette sur ses talons, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles. Cinq minutes plus tard, les Tramps et leur nouveau compagnon levaient la tête vers un porche majestueux encadré de caryatides hautaines. Sur la façade, de monstrueux fruits de marbre dégringolaient des encorbellements massifs, à peine concurrencés par de véritables géraniums qui pendaient des balcons avec un enthousiasme gavé d’engrais surpuissants.

Tout en haut, par-dessus le toit d’ardoises fines en chapeau de gendarme, on voyait dépasser des cimes d’arbres. Quelqu’un avait égayé son appartement sous les toits avec des jardins suspendus et un patio à ciel presque ouvert. Une Bulle de verre de style Art déco protégeait le tout d’une cloche d’or translucide parsemée de fleurs exotiques monstrueuses. Le luxe inouï de ce bâtiment fit trembler Mess qui se glissa entre Mud et Louis. Avec sa longue tresse sombre, aussi longue que celle de sa Chef, elle formait un saisissant contraste entre les deux grands garçons, le roux frisé au nez en trompette et le blond aux cheveux lisses.

Eux ne paraissaient pas du tout impressionnés par cet étalage de luxe. Mud, parce que ses parents avaient été domestiques dans ce genre d’endroit, et Louis, tout simplement parce qu’il en venait. Les deux garçons ne comprirent pas la soudaine timidité de leur exubérante compagne, toutefois ils devinèrent qu’elle avait besoin de réconfort et lui firent instinctivement place.

Trash présenta sa gourmette au voyant rouge qui luisait devant la serrure. La porte tourna sur ses charnières en disant :

— Nous sommes ravis de vous revoir, mademoiselle. Combien d’invités ?

Sans répondre à la voix joyeuse, Trash frappa le chiffre sept sur le clavier numérique en dessous de l’œil électronique. Sept bandes prédécoupées de papier imprimé d’un code-barres alphanumérique et frappées du logo de la Fédération jaillirent d’une fente dissimulée. La jeune Chef les distribua aux «invités».

— Ne les perdez pas. Ça déclencherait les alarmes, dit-elle d’une voix plate et grise.

Tous hochèrent la tête, sauf Louis qui, dédaignant la bande de papier, allait présenter son poignet à l’œil de surveillance. Trash l’arrêta juste à temps :

— Stop, imbécile ! Tu tiens vraiment à ce que l’immeuble avertisse les Bleus que tu es ici ?

— Mais… et vous ?

— Le propriétaire de cette gourmette n’est pas recherché, fit sèchement Trash en agitant son propre poignet. Mais toi, on n’en est pas sûrs. Désolée, petit, mais tu vas te contenter d’un bracelet de seconde classe. Autant commencer tout de suite à apprendre la vraie vie.

Louis baissa la tête devant la semonce. Mud et Mess lui tapotèrent l’épaule en même temps et se sourirent par-dessus le crâne baissé de leur compagnon.

À leur approche, l’ascenseur ouvrit ses battants rococo comme les pétales d’une monstrueuse orchidée de bronze doré. À nouveau, Trash présenta sa gourmette au capteur et la nacelle en forme de corolle les emporta tous jusqu’au cinquième et dernier étage. Les portes s’ouvrirent en plein cœur de la mini-forêt captive qu’ils avaient entraperçue du trottoir. Ils étaient parvenus dans un jardin exotique épanoui au bord d’une piscine ; à gauche, un grand mur blanc était percé de plusieurs portes de chêne clouté. Toutes étaient closes. Trash se raidit et sortit de la cabine, ses camarades sur les talons.

L’endroit était désert. Trash jeta un regard bref à un sofa abandonné au bord de la piscine.

Junk ne la quittait plus d’une semelle. Seize, pendue au large biceps, haletait sous l’assaut des torrents d’angoisse conjoints émanant de la Chef et de son Second. De l’extérieur, le trio semblait seulement concentré vers son objectif : pénétrer dans un logement parisien où ils n’étaient pas attendus.

Trash hésita à peine, mais Junk le perçut et murmura :

— Tu veux que je me charge du ménage ?

Elle acquiesça.

— On va t’attendre ici.

Junk se détourna et confia Seize à Mud qui l’accueillit fort gentiment. Puis il fit face à Trash et ses lèvres épaisses formèrent un «où ?» inaudible. Trash lui indiqua une porte d’un léger mouvement du menton.

Mud frissonna en regardant Junk s’éloigner : il était passé en mode combat. C’était visible à sa démarche aux allures amples et lentes d’un tigre en chasse, à ses gestes hypercontrôlés. Mud se demanda ce qui les attendait derrière cette porte fermée et si quelque chose de dangereux s’y tapissait. Tout semblait l’indiquer dans l’attitude tendue des Chefs.

Personne ne comprit le gémissement soudain de Seize, titubant sous la joie sauvage et mortelle qui bouillonnait en Junk.

Enfin !

Cinq ans auparavant, lorsqu’il avait recueilli sans trop savoir pourquoi une fillette blessée et l’avait soignée, la gosse avait parlé dans son délire. La fièvre et la douleur dues aux plaies, à la contamination l’avaient précipitée dans un coma étrange dont elle n’émergeait que pour soliloquer des heures dans le vide, les yeux morts. Elle avait tout balancé dans le désordre. C’est ainsi que Junk avait compris pourquoi une jeune Euraz comme Trash avait pu préférer l’enfer de l’extérieur : son père avait abusé d’elle depuis ses huit ans, depuis la mort de sa mère, en fait. Même après avoir épousé une autre femme, qui s’était contentée de s’installer au bord de la piscine à siroter des cocktails pendant que son nouvel époux «jouait avec sa fille».

Junk tenta de contenir l’explosion écarlate dans sa poitrine. Il prit une large inspiration avant de poser la main sur le bouton de cuivre. La porte s’ouvrit sur une chambre faiblement éclairée. Le jeune homme fit deux pas et disparut totalement à la vue de ses compagnons.

Il y eut un long silence. Rien ne vint le briser hormis le ronronnement de la climatisation qui maintenait une douce température sous la verrière. Trash secoua sa tresse écarlate avec impatience et lança d’une voix qui s’efforçait de ne pas trembler :

— Junkie Junk ? Tu as un problème ?

Pas de réponse. Trash fit un pas hésitant en direction de la porte. L’anxiété se peignait sur ses traits creusés. Mais Junk sortait déjà :

— Trash ? (Il prit une inspiration avant de poursuivre :) Je crois que tu devrais venir voir…

La voix du colosse s’étranglait sur une déception étrange, une indécision inhabituelle. La tresse rouge de Trash s’agita :

— Restez là, vous autres !

Les Tramps se figèrent. Elle rejoignit son ami et il s’écarta pour la laisser pénétrer dans la pièce.

Elle découvrit un homme à demi assis dans un lit médicalisé. Il ne bougeait pas, les bras soigneusement posés sur les draps blancs tirés au carré. Le corps rabougri, sanglé dans un impeccable pyjama, dessinait de petites bosses inertes sous les couvertures. On aurait dit un mort préparé avant l’enterrement, si le regard fixe, intense, cerné de rouge et de jaune n’avait pas scruté désespérément le visage glacé de la nouvelle venue.

Des électrodes reliaient les paupières fripées du malade à un ordinateur. L’écran occupait une tablette en travers du lit et faisait jouer des reflets bleutés sur la peau grisâtre.

Le vieux visage figé par la maladie parvenait à arborer une expression torturée, les paupières clignèrent à une allure folle tandis que des diodes de couleur se mettaient à danser sur l’unité centrale de l’ordinateur, placée à côté de la couche.

— C’est vraiment toi ?

Trash et Junk sursautèrent. La voix venait de surgir de partout et nulle part à la fois. Des haut-parleurs invisibles la relayaient dans toute la maison. À l’extérieur de la pièce, on entendit les exclamations de surprise des Tramps. Mais la bouche de l’homme restait close. Il «parlait» par l’intermédiaire des électrodes fixées sur ses paupières.

Trash ne répondit pas tout de suite. On aurait dit qu’on l’avait pétrifiée.

Le frisson la prit d’abord aux genoux pour gagner tout le corps, si bien qu’elle croisa les bras sur sa poitrine, s’accrochant à ses propres épaules comme pour y contenir la houle énorme qui malmenait sa chair trop faible.

— Oui, laissa-t-elle tomber en maîtrisant à grand-peine sa voix.

L’homme alité accusa le coup, mais ses yeux se contentèrent de ciller :

— Tu es venue me tuer, Jolie-Jolie ?

La voix électronique était montée d’un cran, et les tonalités tiraient sur le guttural et la supplication. Sans doute que le programme vocal qui gérait la parole du paralysé s’adaptait à son état physiologique et psychologique : les électrodes dont il était bardé enregistraient la sueur mouillant soudain la peau terne et l’humidité subite des yeux.

Trash secoua la tête. Elle se ressaisit d’un coup, avec une froide indifférence qui parut frapper l’homme plus sûrement qu’une gifle en pleine figure :

— Non. Seulement pirater ton accès au Net et utiliser ton appart comme base de déploiement. Il y a une bonne quelque part ? Où est ta femme ?

L’homme prit conscience de la présence d’autres personnes dans l’appartement. D’un clignement de paupières, il fit en sorte que la voix électronique soit confinée dans la chambre :

— Pas de bonne : un infirmier passe tous les jours. Ma femme ? Partie dès que je me suis retrouvé dans cet état… Ça fait deux ans.

Il y avait toujours un temps de retard entre le moment où il dictait ses phrases avec ses paupières et celui où elles jaillissaient dans la pièce, les quelques secondes que le programme de gestion mettait à ajuster phrases et intonations. C’était comme tenir une conversation avec quelqu’un qui aurait été très loin d’ici.

Trash eut un sourire mauvais.

— Personne, donc ? Ça me va ! Junkie Junk ?

— Oui ?

— Vérifie quand même, je n’ai pas confiance en lui. Il peut «oublier» quelqu’un qui avertirait les Bleus de notre présence.

Elle se dressa sur ses pieds menus pour déposer un baiser léger sur les grosses lèvres de Junk. Il rougit violemment. C’était la première fois que Trash l’embrassait ainsi. Il crut mourir de joie, mais il repéra immédiatement l’expression calculatrice de son amie et l’air soudain traqué de l’homme dans le lit. Une avalanche glacée doucha son bonheur trop bref. C’était à l’intention du malade seul que Trash s’était livrée à cette caricature de baiser. Pour faire mal à son père. Ça fonctionnait fort bien, c’était évident. Mais cela torturait également Junk. La jeune femme ne parut pas s’en apercevoir.

Junk retint un soupir qui était presque un sanglot. Seize surgit alors dans la pièce, guidée par Louis. La lame de tendresse et de douceur qui monta en Junk le rasséréna aussitôt. Il récupéra la petite main de Seize perchée sur l’épaule du blond et la posa sur la sienne.

— Toi avoir besoin moi, dit Seize à Junk, moi sentir.

— Tu sens d’autres présences que les nôtres, petite ?

— Dans chambre à côté, homme endormi, sommeil très  profond, médicaments peut-être. Dessous, un, dit-elle. Étage. Vieux comme lui. Mais pas malade. Regarde télé.

Trash sursauta et retourna vers son père, lèvres retroussées de mépris :

— Je te croyais seul ? siffla-t-elle.

— Je te jure que je le pensais sorti. C’est juste un ami. Je lui… Enfin, je lui prête une chambre, en ce moment. Il ne… présente aucun danger pour vous…

Trash se détendit :

— Allez me chercher ce type ! dit-elle en coulant un regard faussement enjôleur à son Second.

Junk ne lui rendit pas son regard. Il eut un mouvement de révolte, Trash lui faisait atrocement mal. Elle n’en avait pas conscience, certes, mais elle en rajoutait une couche. Il sourcilla, indécis, puis, dans un grand mouvement d’épaules fataliste, il fit signe à Seize :

— OK, petite, on y va ?

Seize hocha la tête, ravie d’échapper à cette chambre et aux images tourbillonnantes et atroces qui lui venaient de Trash et de son père.

— Oui ! Je vouloir voir autres pièces : maison belle !

Louis demeura avec Trash et l’homme couché. En pénétrant dans la chambre, il avait ignoré un ordre formel. Trash nota dans un coin de son esprit qu’il faudrait lui mettre les pendules à l’heure, à ce fils de Bulle. Mais pas là, pas devant cet homme.

— Qu’est-ce que vous avez ? demanda Louis.

L’homme ne détachait pas son regard de celui de Trash. Pourtant, il finit par répondre d’un seul petit coup rapide des paupières.

— Locked-in syndrome.

La voix qui tomba des haut-parleurs n’avait cette fois aucune expression, comme si l’ordinateur avait répondu à la place de son patient. Un peu comme dans les messages sur CellComputer : certains mots-clés et expressions souvent employés restaient en mémoire et étaient envoyés directement par le programme, plus rapidement que d’autres moins courants.

— Hein ? demanda le jeune homme.

La froide voix électronique fusa de toutes parts :

— Le syndrome d’enfermement (en anglais : locked-in syndrome,) est un état neurologique rare : le patient voit tout, entend tout, ressent tout mais ne peut plus ni bouger ni parler en raison d’une paralysie complète, les paupières exceptées. Les facultés intellectuelles et affectives demeurent intactes. La pathologie est en général causée par un accident vasculaire cérébral détruisant le tronc cérébral, partie du système nerveux central servant de passage aux nerfs vers le cerveau. Les patients n’ont aucun contrôle sur leur système uro-génital et nécessitent un appareillage…

Le père de Trash cilla à nouveau, stoppant la voix qui semblait partie pour leur faire un cours complet sur sa maladie dans ses aspects les plus répugnants. Pourtant, cela suffit à Louis et à Trash pour comprendre le rôle des sondes et des tuyaux sous le matelas. Trash eut un sourire mauvais :

— J’ai eu peur de toi toute mon enfance, François Tellier. Ensuite, j’ai tremblé de te croiser chaque jour où je me glissais dans Paris, ces cinq dernières années. En même temps, je rêvais de t’égorger. Et voilà que tu es une épave, même pas capable de contrôler les fonctions vitales qu’un gamin de deux ans maîtrise déjà… C’est drôle, non ?

Elle eut un semblant de rire, mais il s’étrangla dans sa gorge. Coupé net. Son visage redevint de glace tandis qu’elle se détournait du gisant pour quitter la pièce. Au passage, les yeux couleur de métal de la jeune fille croisèrent ceux de Louis. Le garçon s’étonna de n’y rien lire, comme si elle avait épuisé d’un coup, en quelques phrases, toute la rage accumulée des années durant. Son regard ne reflétait que le vide. Le jeune garçon frissonna. Ce vide, il le connaissait, il l’avait déjà vu s’emparer des visages froids de ses parents. Mais il se secoua, persuadé d’avoir rêvé, et suivit la jeune femme.

L’homme soupira faiblement dans leur dos.

— Je ne sais pas si c’est drôle, mais si ça te fait du bien… Je regrette. Je regrette tellement… fit la «vraie voix» de François Tellier dans leur dos.

Trash s’arrêta, mais ne se retourna pas. Elle se contenta de marmonner à Louis :

— Reste dans la chambre. S’il a besoin de quelque chose, tu le lui apportes…

François Tellier souffla encore :

— Pourquoi veux-tu avoir accès à l’Intranet ?

Toujours sans se retourner, comme si elle parlait aux plantes de la serre, Trash mit son père au courant des événements en quelques mots. L’homme ferma les yeux, il semblait prendre une sorte d’élan ou réfléchir, mais quand la voix jaillit à nouveau des plafonds, elle était ferme, presque joyeuse :

— Tu as toujours mal joué aux échecs, Jolie-Jolie ! (Les épaules de la jeune femme se crispèrent à nouveau.) Tu ne vois jamais plus loin qu’un coup ou deux en avance. Tu veux récupérer tes gangboys, mais ça ne suffira pas, crois-moi. Surtout s’ils ont décidé de faire un tel coup de filet. Ça veut dire qu’ils ne reculeront devant rien pour vous avoir. Ils iront vous dénicher jusque dans vos trous pouilleux. Je les connais bien, tu sais, je les ai dirigés dans le temps…

Trash se contractait de plus en plus, mais refusait de faire face à son père :

— Tu suggères autre chose ?

Si cela n’avait pas été impossible, Louis aurait juré voir un sourire tendre jouer sur les lèvres mortes de François Tellier.

— Mon «invité»… Parle-lui.

— Qui est-ce ?

— Un journaliste.

Trash se retourna brusquement et fixa son père. Une soudaine explosion de fureur se peignait sur son visage. À tel point que Louis recula en tremblant vers le lit.

Cette fille avait le 4, comme ses parents ! Il en doutait jusque-là, mais cette façon de passer du vide total à l’émotion brute et incontrôlée, il ne la connaissait que trop bien : c’était la phase terminale du 4, les derniers barouds des capacités affectives en train de s’épuiser. Bientôt, la jeune femme serait incapable de se mettre en colère ou de pleurer, ou de seulement comprendre la souffrance d’autrui. En revanche, si elle n’avait pas ses injections, elle mordrait et contaminerait son entourage.

— Un journaliste ? rugit Trash. Tu te fiches de moi ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’un journaliste ! ?

François la fixa avec désespoir. Il était fatigué. Ses paupières étaient agitées de tics nerveux qui ne faisaient naître aucune parole cohérente des programmes vocaux. Uniquement des crachotements intermittents.

— Parle-lui, ne put-il que répéter.

L’homme était vraiment épuisé. Trash le comprit. Elle hocha la tête et dit :

— On va voir.

Elle tourna les talons.

— Alice…

—  Mon nom est Trash, monsieur, dit la jeune femme très posément, d’un ton d’avertissement. Alice Tellier voulait votre peau à une époque, même si c’était la dernière chose qu’elle aurait faite au monde.

— Qu’est-elle devenue ? gémit l’invalide.

— Elle est morte et je suis née. Il y avait plus important à faire que venger Alice Tellier. J’ai fondé les Tramps pour protéger les enfants des salopards, ceux qui sont comme vous… et les autres. Ne rappelez pas Alice à la vie, monsieur, c’est un conseil.

Elle sortit enfin.

L’homme ferma les yeux. Louis se dandina avec gêne. Il avisa une chaise près du lit et se laissa tomber dessus avec un soupir qui attira l’attention de son voisin.

François Tellier rouvrit les paupières et regarda le jeune garçon assis à côté de lui.

— Tu la… connais depuis… longtemps ?

Louis comprit que le malade parlait de Trash et fit non de la tête.

— Tu es un Euraz… Comment t’appelles-tu ?

— Serrault, monsieur, Louis Serrault.

— Le fils de… Joris et Sylviane Serrault ?

— Oui, comment le savez-vous ?

— J’ai travaillé avec ton père. J’ai été Juge Fédéral… Et un salopard… avant de n’être plus rien du tout…

La voix résonna à nouveau dans tout l’appartement, Tellier avait dû rétablir les paramètres initiaux depuis la sortie de sa fille.

— Tout le monde vous entend à nouveau, vous savez, rappela Louis avec gentillesse.

L’homme cilla horriblement.

— Je sais… J’entends aussi tout ce qui se dit dans l’appartement, gamin.

Louis se pencha et vit l’oreillette collée sur le lobe gauche de l’oreille flasque.

 

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