La fille du batelier

Andy Davidson · Chapitre 42 sur 87

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La fille du batelier

La Fille, dans une Tour

 

 

SES vêtements étaient encore humides lorsqu’elle se réveilla.

Le garçon – Littlefish – avait disparu.

C’est son rêve, tapi dans l’obscurité de la cabane, qui l’avait tiré de son sommeil et l’avait poussé à prendre ses crayons puis à descendre de l’arbre, à partir. La fille savait tout ça parce qu’ils avaient grimpé au sommet de l’arbre et, épuisés, avaient sombré dans un sommeil profond, enlacés dans les bras l’un de l’autre comme dans un conte pour enfants, et le rêve du garçon était devenu le sien. Une sensation nouvelle, à la fois intime et étrangère. Il luttait contre des choses effrayantes. Elle s’était vue, dans la clairière en contrebas du chalet de la vieille sorcière, donnant la main à un homme, un homme en costume noir et chapeau à bord noir – le pasteur, mais oui, je me souviens de lui – et puis elle s’était réveillée pour voir que le garçon avait griffonné sur le bois un souvenir de son rêve, comme les dessins de son livre illustré. Je sais tant de choses sur lui. Je l’ai vu en entier, dans sa parfaite intégralité.

Adossée contre l’écorce rugueuse, elle plia ses genoux contre sa poitrine. Effleura le plancher, où une silhouette avait été gravée, celle d’une fille. Une petite fille en robe. Bras et jambes en allumettes, pas de visage, rien que le fil du bois poli par les ans. De grosses boucles jaunes en guise de cheveux, dessinées au crayon de couleur. La fille passa une main sur son crâne rasé, se demandant quelle chose le garçon savait qu’elle-même ignorait.

Elle plongea une main dans la poche de son jean et en sortit la pointe de flèche qu’elle avait prise dans la cabane du garçon. En la tenant par la tige, elle la fit tourner, émerveillée. On aurait dit une tête de serpent, tous crochets dehors.

Les cheveux ça met du temps à pousser, pensa-t-elle. Est-ce que j’en ai, du temps ?

Un scinque à queue bleue passa à toute vitesse sur son pied.

Elle écarta les jambes d’un coup et c’est ainsi qu’elle vit les mots inscrits au crayon sur le bois : SÉCURITÉ. RESTE. De grosses lettres rudimentaires, qui lui étaient destinées.

Soudain, le monde étincelant qu’ils avaient partagé au petit matin s’assombrit, éclipsé par la chose qu’elle avait déjà vue avant, qui grossissait dans le ciel au-dessus des arbres, du chalet de la vieille femme, une masse noire tourbillonnante d’où s’écoulaient de longs bras goudronneux. Cette même forme avait tournoyé au-dessus des mobile-homes du Texas pendant trois jours, et le quatrième les méchants étaient arrivés et la dernière pensée qui l’avait traversée avant que son monde se noie sous la fumée noire était celle-ci : Il les a envoyés me chercher. Ce vieux pasteur fou. Comme il l’avait promis.

Et c’était vers cette masse noire tourbillonnante que le garçon, son ami, s’était précipité.

Sécurité, avait-il écrit sur le bois. Reste.

Elle songea au comics, à la femme ligotée à l’arbre, attendant que le monstre vert la délivre.

Non.

Elle glissa la pointe de flèche dans sa poche, rampa jusqu’au bord de la plateforme, roula sur le ventre et avança ses jambes puis son corps dans le vide, jusqu’à ce que ses pieds trouvent une branche. Cramponnée aux planches rugueuses, elle progressa jusqu’à l’échelle. Elle empoigna un barreau puis posa son pied sur le suivant. Les yeux fermés, elle fit mine de ne pas craindre la hauteur et le vide.

Elle descendit un échelon, trouva le suivant.

Un autre. Puis un autre.

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