La fille du batelier
Faute
LE comté de Nash fut touché sur toute sa longueur, comme si un câble courait sous la terre.
Les premières secousses ce matin-là firent tomber des conserves des placards et des carreaux de fenêtres comme des dents déchaussées dans une bouche putride.
Dans la ville de Mylan, les fils d’un feu de circulation se rompirent et au Shifty’s Tavern, on perdit six bouteilles de bon whiskey, qui se fracassèrent par terre.
Au Pink Motel, une baie vitrée se fêla dans une pièce vide, les femmes qui y avaient longtemps vécu désormais parties.
Une deuxième salve de secousses frappa lorsque Miranda Crabtree quitta cette contrée pour une autre.
À travers les marais, les arbres penchaient à mesure que la terre se soulevait.
Tonnerre et éclairs déchiraient le ciel.
La pluie se mit à tomber à grosses gouttes.
Les berges glissèrent sous les ponts dans tout le comté.
Les gens se postèrent à leur fenêtre pour regarder. Certains sortirent sur leur porche crachant leur chique et écoutèrent le vacarme de l’eau sur leur toit de zinc qui leur rappelait, peut-être, un orage survenu dix ans plus tôt, avant que leurs pensées se tournent vers le temps qui passait, leur échappait jour après jour.
Trente kilomètres en amont de la rivière, juste au-delà de la frontière avec le Texas, non loin d’une rampe de mise à l’eau où trois malfrats gisaient avec des flèches dans le corps, une portion de terrain se détacha d’un barrage en terre haut de vingt mètres, de l’autre côté duquel se trouvait le lac Whitman, plus de huit mille hectares d’étendue d’eau.
Après la dernière secousse, la pluie redoubla d’intensité, et la fissure qui s’était créée dans le barrage s’élargit.
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