La maison sans racines
Chapitre VII
Juillet-août 1975
Entre deux glissades, Sybil examine sur les rayonnages les photos de famille. Elle trouve Nouza drôlement coiffée, avec ses cheveux à petits crans, curieusement vêtue d’une robe en lamé, étroite et courte. La bouche souriante, le regard malicieux lui rappellent Kalya :
— Vous vous ressemblez.
Odette lui reprend le portrait des mains, scrute à son tour.
— Toi aussi tu lui ressembles. Vous bougez de la même façon. Elle ne savait pas rester en place.
La fillette s’éloigne, tire de son sac de voyage le dernier disque des Pink Floyd que son père lui a offert à l’aérogare. Elle s’approche de l’électrophone :
— Je peux ?
— Tout est à toi ici, lance Odette qui est retournée s’asseoir.
Sybil se balance, tournoie, au son de la musique. Elle court vers Odette, la tire hors de son fauteuil :
— Viens danser !
Celle-ci se laisse faire. Bientôt c’est le tour de Kalya. La fillette les entraîne toutes deux.
Muni de son éternel plateau rempli de tasses de café, de verres de sirop, de biscuits et de confitures, Slimane vient d’apparaître. Le spectacle d’Odette cherchant à garder le rythme le stupéfie.
— Toi aussi, viens !
Sybil l’aide à se débarrasser du plateau, le pousse vers les deux autres. Il n’a pas le temps de protester.
— Odette, Kalya, prenez la main de Slimane.
Le cercle se referme, la ronde reprend.
« C’est fou, absolument fou murmure Odette, tandis que tous quatre gambadent à travers la salle. Ces éducations à l’américaine sont complètement extravagantes… Si l’un des voisins nous voyait ! »
Elle hausse les épaules, éclate de rire, déclenche du même coup le rire du Soudanais.
Dans l’atmosphère surchauffée, le parfum de violette et d’ambre d’Odette s’agglutine aux odeurs de transpiration, de naphtaline, de café, de sirop de mûres, d’oignons, venues de la cuisine. La ronde tourne, tourne. Les senteurs marines mélangées à celles des pins envahissent par bouffées ce living dont les portes-fenêtres s’ouvrent sur le dehors.
— Je t’ai vue pour la première fois au Grand Hôtel. T’en sou viens-tu, Kalya ? Tu estivais avec ta grand-mère. Je venais d’épouser Farid. Tu avais douze ans, j’en avais vingt-cinq. Tu étais folle de danse, toi aussi !
Elle baissa le ton pour ajouter :
— Et Mario, t’en souviens-tu ?
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