La Mère

Maxime Gorki · Chapitre 11 sur 12 · partie 1/3

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La Mère

Chapitre I

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

340 MAXIME GORKI

immobile, la mère voyait deux petites taches incolores

— Tais-toi donc, Nathalie I interrompit Sizov d'un air derrière les verres de ses lunettes.

m o r n e . Près d'un étroit pupitre, à l'extrémité de la table, un

La mère leva les yeux vers la femme; c'était la mère homme grand et chauve feuilletait des p a p i e r s en tous-

de Samoïîov. Un peu plus loin, se trouvait le père, sotant. homme chauve, au beau visage orné d'une barbe rousse Le vieillard oscilla en avant et se mit à parler. Il p r o -

en éventail. Les paupières plissées, il portait le regard nonça le premier mot distinctement; mais les autres

en avant; sa barbe tremblait... semblèrent glisser sur ses lèvres minces et grises.

Des hautes croisées de la salle tombait une lumière — Je déclare...

égale et trouble; des flocons de neige glissaient sur les — Regarde ! chuchota Sizov, en poussant légèrement

Vitres. Entre les fenêtres, on voyait un immense por- la mère et en se levant. trait du tsar entouré d'un épais cadre doré, aux reflets Derrière le grillage, une porte s'ouvrit, laissant pas-

gras et dont les côtés étaient cachés jsous les p l i s raides ser un soldat, l'épée nue sur l'épaule, puis Pavel, André,

des lourdes draperies tombant des fenêtres. Devant le Fédia Mazine, les frères Goussev, Boukine, Samoïîov et

portrait, une table, couverte de d r a p vert occupait cinq autres jeunes gens que la mère ne connaissait pas.

presque toute la largeur de la salle; à droite, d e r r i è r e Pavel souriait, André salua la mère d'un signe de tête.

un grillage, deux bancs de bois; à gauche, deux rangées Leurs sourires, leurs visages et leurs gestes animés

de fauteuils cramoisis. Des huissiers à col vert et à firent p a r a î t r e moins hautain le silence et r e n d i r e n t la

boutons dorés allaient et venaient à pas de loup. Dans salle plus lumineuse; l'éclat gras de l'or des uniformes

l'air louche tremblaient des chuchotements étouffés; S'adoucit; un souffle d'assurance, une v a p e u r de force

une vague o d e u r de p h a r m a c i e arrivait on ne sait d'où. vivante arrivèrent au c œ u r de la mère et la tirèrent de

Les couleurs et les scintillements aveuglaient les yeux, sa torpeur. Derrière elle, sur les bancs où jusqu'alors

et dans la poitrine pénétraient les odeurs du local en la foule avait attendu, accablée, un bruit sourd et con-

même temps que la respiration; on se sentait le cœur tenu répondait au salut des prévenus. noyé d'une crainte trouble. — Ils n'ont pas peur ! entendit-elle Sizov chuchoter;

Soudain, quelqu'un se mit à parler à haute voix; tout à sa droite, la mère de Samoïîov éclata en sanglots.

le monde se leva, la mère frémit et se dressa aussi, s'ac- — Silence ! cria une voix sévère. crochant au bras de Sizov. •— Je vous préviens... dit le vieillard.

A l'angle de gauche, une haute porte s'était ouverte, Pavel et André étaient l'un à côté de l'autre, puis ve-

livrant passage à un petit vieillard à lunettes, tout chan- naient Mazine, Samoïîov et les frères Goussev, tous sur

celant. De maigres favoris tremblotaient sur sa petite le p r e m i e r banc. André s'était coupé la barbe, sa mous-

figure grise; la lèvre supérieure, qui était rasée, s'ef- tache avait poussé et les pointes tombantes s'en rejoi-

fondrait dans la bouche. Les pommettes saillantes et le gnaient, faisant ressembler sa tête ronde à celle d'un

njenton s'appuyaient sur le haut col de l'uniforme; on chat. Sa physionomie avait une expression nouvelle :

eût dit que, dessous, il n'y avait pas de cou. Le vieillard dans les plis de sa bouche, il y avait quelque chose

était soutenu p a r un grand jeune homme au visage de d'aigu; son regard était sombre. Chez Mazine, la lèvre

porcelaine, r o n d et rose; derrière eux marchaient trois supérieure était ombrée de deux traits foncés; le visage

personnages revêtus d'uniformes chamarrés et trois avait grossi; Samoïîov était aussi bouclé qu'auparavant.

messieurs en civils. Ivan Goussev avait toujours le même large sourire.

Longuement, ils délibérèrent autour de la table; puis —• Fédia ! Fédia ! soupira Sizov en baissant la tête.

ils s'assirent. Lorsque tous furent placés, l'un d'eux, au La mère respirait plus facilement. Elle prêtait l'oreille

visage glabre et dont l'uniforme était déboutonné, parla aux questions indistinctes du vieillard qui interrogeait

au vieillard d'un air nonchalant, en remuant lourde- les prévenus sans les regarder, îa tête immobile sur le

ment ses lèvres gonflées. Le vieillard écoutait. Raide et col de l'uniforme. Pélaguée écoutait les réponses brèves haussant les épaules le Petit-Russien de sa voix chan-

et paisibles de son fils. Il lui semblait que le président tante et traînante. Je n'ai ni tué, ni volé : seulement je

et les juges ne pouvaient pas être des gens méchants et n'admets pas cette organisation de la vie qui oblige les

cruels. Elle examinait en détail leur physionomie, es- hommes à se dépouiller et à s'assassiner mutuelle-

sayant de deviner leurs sentiments, et sentait un espoir ment... nouveau naître en son cœur. — Répondez p a r oui ou par non ! dit le vieillard

Indifférent, l'homme au masque de porcelaine lisait avec effort, mais distinctement.

u n document; sa voix mesurée remplissait la salle d'un La mère sentait que, derrière elle, grondait une exci-

ennui qui engourdissait le public. D'une voix basse et tation; les voisins chuchotaient et remuaient comme

animée, quatre avocats s'entretenaient avec les con- pour se débarrasser de la toile d'araignée que sem-

damnés; ils avaient tous des gestes nets et vigoureux et blaient tisser les paroles grises de l'homme en porce-

faisaient penser à de gros oiseaux noirs. laine. .

A la droite du vieillard, un juge ventru, aux petits --- Tu entends comme ils répondent ? chuchota Sizov

yeux noyés dans la graisse, remplissait tout le fauteuil à la mère. de son c o r p s ; à gauche, il y avait un homme voûté, à la — Oui 1 moustache rouge, au visage pâli. Il appuyait avec lassi- — Fédia Mazine, répondez ! tude la tête contre le dossier de son siège; les pau- — Je ne veux pas ! dît Fédia nettement en se levant.

pières à demi fermées, il réfléchissait. Le p r o c u r e u r Son visage était rouge d'émotion, ses yeux brillaient.

avait aussi l'air fatigué, ennuyé et indifférent. Derrière Sizov poussa un « Ah ! » étouffé. les juges, les fauteuils étaient occupés p a r divers per- — Je n'ai pas voulu de défenseur... je ne veux rien

sonnages; un homme robuste et élancé se caressait la d i r e . . . je considère votre jugement comme illégitime...

joue d'un air pensif; le maréchal de la noblesse, aux Qui êtes-vous ? Est-ce. le peuple qui vous a donné le

cheveux gris, au visage rubicond, à la longue barbe, droit de nous juger ? Non, il ne vous l'a pas donné ! Je

promenait le regard de ses grands yeux doux; le syndic ne vous connais p a s ! du bailliage, que son énorme ventre gênait visiblement, Il s'assit et dissimula son visage enflammé derrière

s'efforçait de le cacher sous un p a n de sa blouse, qui l'épaule d'André. glissait toujours. Le gros juge se p e n c h a vers le président en chucho-

.-^ Il n'y a ici ni criminels, ni juges, proclama la voix tant. Le juge au visage pâle jeta un coup d'œil oblique

ferme de Pavel, il n'y a que des captifs et des vain- sur les prévenus et barra quelque cliose au crayon, sur

queurs !... le papier qui se trouvait devant lui. Le syndic du bail-

Un silence se fit. P e n d a n t quelques secondes, Poreille liage hocha la tête et remua les pieds avec précaution.

dé la mère ne perçut que le grincement précipité et Le maréchal de la noblesse conversait avec le procu-

grêle de la plume sur le papier et les battements de son reur, le maire prêtait l'oreille et souriait en se frottant

p r o p r e cœur. la joue. . - •

Le président du tribunal semblait aussi écouter quel- De nouveau, le président se mit à parler de sa voix

que chose et attendre. Ses collègues s'agitèrent. Alors terne. il dit : Les quatre avocats écoutaient avec attention; les p r é -

— Oui !... André Nakhodka !... Reconnaissez-vous... venus chuchotaient entre eux; Fédia se cachait toujours

Quelqu'un chuchota : en souriant avec embarras. — Lève-toi !... Levez-vous I

— As-tu vu ça ?... Il a mieux parlé que tous les

André se redressa lentement et regarda le vieillard en autres ! chuchota Sizov à l'oreille de la mère. Ah ! ce

dessous, tout en tortillant sa moustache. polisson 1

— De quoi puis-je me reconnaître coupable ? dit en La mère sourit, sans c o m p r e n d r e . . . Tout ce qui se

passait n'était pour elle que la préface inutile et forcée contré des gens d'une situation élevée; depuis quelques

de quelque chose de terrible dont la venue écraserait années, elle n'en voyait plus du tout; et elle considérait

tous les assistants d'une froide t e r r e u r . Mais les répon- les traits des juges comme quelque chose de tout à fait

ses paisibles de Pavel et d'André avaient autant de nouveau, incompréhensible, mais plutôt pitoyable que

fermeté et d'intrépidité que si elles eussent été p r o n o n - terrible. cées dans la petite maison du faubourg et non devant A présent, parlait l'officier au visage jaune qu'elle

des juges. La repartie ardente et juvénile de Fédia connaissait bien; il parlait d'André et de Pavel, traînant

lui semblait amusante. Un sentiment d'audace et de les mots avec emphase... En l'écoutant, la m è r e se

fraîcheur naissait dans la salle; et, p a r les mouvements disait : de ceux qui étaient derrière elle, la mère sentait qu'elle — Tu ne sais pas grand'chose, mon bonhomme !

n'était pas seule à l'éprouver. Elle n'avait plus de pitié ni de crainte au sujet de

— "Votre opinion ? demanda le vieillard. ceux qui étaient derrière le grillage ; elle n'avait plus

Le p r o c u r e u r chauve se leva en se tenant d'une main peur pour eux; sa pitié ne voulait pas s'adresser à eux;

à son p u p i t r e ; il p é r o r a avec rapidité en citant des mais tous, ils lui inspiraient de rP étonnement et un sen-chiffres. Il n'y avait rien de terrible dans sa voix. Ce- timent d'amour qui lui étreignait doucement le cœur.

pendant en l'entendant, Pélaguée sentit comme un coup Jeunes et robustes, ils étaient assis à l'écart p r è s du

de poignard au c œ u r : c'était une vague sensation de mur et ne se mêlaient presque pas â la conversation

quelque chose d'hostile; cela lui parut se développer monotone des témoins et des juges, aux discussions des

lentement en une masse insaisissable. La mère consi- avocats et du procureur. Parfois, l'un d'eux avait u n

dérait les juges, mais elle ne les comprenait pas : con- sourire de mépris et disait quelques mots à ses cama-

trairement à son attente, ils ne s'irritaient pas contre rades. Presque tout le temps, André et Pavel parlaient

Pavel et Fédia, ils n'avaient pas de mots blessants, elle à voix basse avec l'un des défenseurs; la mère avait vu

trouvait que toutes les questions qu'ils posaient n'avajent celui-ci la veille, à la maison, et Nicolas l'avait appelé

pas d'importance pour eux; ils avaient l'air d'interroger « camarade ». Mazine, plus animé et r e m u a n t que les

à contre-coeur, ils écoutaient avec effort les réponses; autres, prêtait l'oreille à leur entretien. De temps à

rien ne les intéressait, ils savaient tout d'avance. autre Samoïîov chuchotait quelques paroles à Ivan

„ Maintenant, un gendarme se tenait devant eux et par- Goussev. La mère regardait, comparait, réfléchissait,

lait d'une voix de basse. sans pouvoir encore se rendre compte de la sensation

— Tout le monde a désigné Pavel Vlassov comme le d'hostilité qui l'envahissait, ni trouver des mots pour

p r i n c i p a l instigateur. l'exprimer...

— Et André Nakhodka ? demanda le gros juge non- Sizov la poussa légèrement du coude; elle se tourna

chalamment. vers lui; il avait l'air en même temps satisfait et un

— Lui aussi 1 peu soucieux; il chuchota : L'un des avocats se leva et dit : — Regarde un peu comme ils ont de l'assurance, ces

— Puis-je ?.-• garnements, hein ? De vrais seigneurs, n'est-ce pas ! Et

Le vieillard demanda à quelqu'un : pourtant, on les juge... pour leur a p p r e n d r e à se mêler

— Vous n'avez pas d'objection ? de ce qui ne les regarde p a s . . . Il semblait à la mère que les juges étaient tous ma- La mère se répéta involontairement :

lades. Une lassitude morbide se dégageait de leurs atti- — On les juge... tudes, de leur voix, de leur visage. On voyait que tout Dans la salle, les témoins déposaient avec des voix

les dégoûtait : les uniformes, la salle, les gendarmes, incolores et précipitées; les juges questionnaient tou-

les avocats, l'obligation de rester dans leurs fauteuils, jours, indifférents et maussades. Le gros juge bâillait,

d'interroger et d'écouter. Rarement Pélaguée avait ren- en dissimulant sa bouche sous une main boursouflée;

son collègue à ïa moustache rousse était devenu encore La casquette à la main, le père de Samoïlov s'appro-

plus, pâle; il levait parfois le bras et pressait avec force cha d'eux, avec un sourire morne, et d e m a n d a : un doigt sur sa tempe; il regardait au plafond sans .— Que dites-vous de mon fils ? II ne veut pas d'avo-

rien voir. De temps à autre, le p r o c u r e u r écrivait quel- cat, il refuse de r é p o n d r e . . . C'est lui qui a trouvé ça...

ques mots au crayon, puis se remettait à chuchoter avec Ton fils tenait pour les avocats, Pélaguée... le mien a

le maréchal de la noblesse. Le maire avait croisé les dit qu'il n'en voulait pas ! Et alors, il y en a quatre qui

jambes et tambourinait sur son mollet, le regard grave- l'ont imité...

ment fixé sur les mouvements de ses doigts. Son ventre Sa femme était à côté de lui. Elle clignait des yeux

posé sur les genoux et soutenu avec p r u d e n c e des deux fréquemment en s'essuyant le nez avec la pointe de son

mains, le syndic du bailliage inclinait la tête; il sem- mouchoir. Samoïlov rassembla sa barbe dans sa main,

blait être le seul à écouter le m u r m u r e monotone des et Continua :

voix, avec le vieillard enfoncé dans son fauteuil et — Voilà bien une autre affaire ! Quand on les re-

immobile comme une girouette quand le vent ne souffle garde, ces diables, on se dit qu'ils ont fait tout cela en

pas. Cela dura longtemps, et de nouveau, l'ennui en- vain, qu'ils ont brisé leur vie inutilement, et, tout à

gourdit l'assistance. coup, on se met à penser que peut-être ils ont raison...

La mère sentait que la justice implacable, qui désha- On se rappelle qu'à la fabrique, leur nombre grandit

bille froidement l'âme, l'examine, voit et apprécie tout sans cesse; de temps à autre, on les arrête, mais on

avec des yeux incorruptibles et pèse tout d'une main ne les p r e n d jamais tous, pas plus q u ' o n ne p r e n d tous

loyale, n'était pas encore apparue dans cette grande les poissons d'une rivière ! Et on se demande de nou-

salie. 11 n'y avait là rien qui l'effrayât p a r u n e mani- veau : — Peut-être sont-ils dans le vrai ? festation de force ou de majesté. Des visages exsangues, — Il est difficile p o u r nous de comprendre cette

des yeux éteints, des voix fatiguées, l'indifférence terne affaire ! dit Sizov. d'une froide soirée d'automne, voilà tout ce qu'elle — Oui, c'est vrai, acquiesça Samoïlov. constatait autour d'elle.

Sa femme intervint après avoir longuement reniflé.

— Je déclare... dit le vieillard distinctement; puis, — Ils sont tous bien portants, ces maudits juges...

après avoir étouffé le reste de la phrase sous ses lèvres

Elle continua avec un sourire sur son visage fané :

minces, il se leva.

— Ne sois pas fâchée, Pélaguée, parce que je t ' a i ,

Une rumeur, des soupirs, des exclamations étouffées,

dit tout à l'heure que Pavel était coupable de tout... A

des accès de toux, des bruits de pieds remués rempli-

parler franchement, on ne sait pas lequel est le plus

rent la salle. Les prévenus furent emmenés; ils hochè-

coupable ! Tu as entendu ce que les espions et les gen-

rent la tête en souriant dans la direction de leurs pa-

darmes ont rapporté de notre fils...

rents et amis; Ivan Goussev cria doucement on ne sait

à qui : Elle était visiblement fière de son fils, sans peut-être

— Ne te laisse pas intimider, camarade 1... s'en r e n d r e compte; mais la mère connaissait ce senti-

La mère et Sizov sortirent dans le corridor. ment et elle eut un bon sourire. •• ". — Veux-tu venir p r e n d r e du thé à la buvette ? de- — Les cœurs jeunes sont toujours plus près de la

m a n d a le vieil ouvrier avec sollicitude, nous avons une vérité que les vieux! dit-elle à voix basse. heure et demie à attendre... Les gens se promenaient dans le corridor, se rassem-

— Non, merci I blaient en groupes et conversaient sourdement, pensifs

— Eh bien, je n'y vais pas non plus I... Les as-tu vus et animés. Personne ne se tenait à l'écart, oh voyait

ces garçons, hein ? Ils parlent comme si eux seuls sur tous les visages le besoin de parler, d'interroger,

étaient les vrais hommes et les autres rien du tout. d'écouter. Dans l'étroit passage, entre les deux mu-

As-tu entendu Fédia, hein ? railles blanches, les groupes allaient et venaient, comme

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si un vent violent les ayant poussés, ils cherchaient à

s'appuyer sur quelque chose de ferme et de sûr. Boukine p r o m e n a ses regards autour de lui et dit à

Le frère aîné de Boukine, grand diable au visage usé,

roi-voix :

gesticulait en se tournant vivement de tous les côtés.

Il déclara : — Pour eux, l'essentiel est qu'on se taise...

— Le syndic de bailliage n'a rien à voir dans cette — Tu ne le savais pas encore? répliqua le vieillard

affaire, il n'est pas à sa place ici ! avec rudesse.

— Tais-toi, Constantin ! l'exhortait son père, petit Boukine baissa la voix.

vieillard qui p r o m e n a i t autour de lui des regards crain- — Et puis, pourquoi le public ne peut-il pas assister

tifs. • au jugement, mais seulement les p a r e n t s ? Si on juge

— Non, je veux p a r l e r ! On dit qu'il a tué son commis avec justice, on peut agir devant le monde, pourquoi

l'année dernière... à cause de sa femme... Quelle espèce aurait-on p e u r ? de juge est-ce, dites-moi? La veuve du commis vit avec Samoïîov répéta, mais avec plus de force : lui!... que faut-il en conclure?... De plus, tout le monde — Ça, c'est vrai, le tribunal ne satisfait pas la

sait que c'est un voleur... conscience...

— Ah! mon Dieu... Constantin ! La mère aurait voulu lui répéter ce que Nicolas lui

— Tu as raison! dit Samoïîov, Tu as r a i s o n ! ce n'est avait dît à propos de l'illégalité du jugement; mais elle

pas un juge honnête... • ' n'avait pas bien compris et avait oublié les mots en

Boukine, qui avait entendu, s'approcha vivement, partie. Pour essayer de se les remémorer, elle s'écarta

entraînant tout un groupe à sa suite; roUge d'excita- de la foule; elle vit qu'un jeune homme à moustache

tion, il se mit à parler en agitant les bras : blonde l'observait. Il avait la main droite plongée dans

la poche de son pantalon, ce qui faisait paraître l'épaule

— Quand il s'agit de crimes ou de vols, ce sont des

jurés qui jugent, des gens ordinaires, des paysans, des gauche plus basse que l'autre; cette particularité sembla

bourgeois! Et ceux qui sont contre le gouvernement, familière à la mère. Mais l'homme lui tourna le dos, et,

c'est le gouvernement qui les juge... est-ce que cela doit préoccupée p a r ses souvenirs, elle l'oublia aussitôt.

être? Un instant après, son oreille saisit un fragment de

— Constantin!... Mais voyons, sont-ils contre le gou- conversation chuchoté :

vernement? Ah! que dis-tu? — Celle-là? A gauche?

Quelqu'un répondit plus haut, joyeusement :

— Non, attends! Fédia Mazine a raison! Si tu m'of-

— Oui!

fenses et que je te donne un soufflet et que tu me

Elle regarda autour d'elle. L'homme aux épaules iné-

juges, c'est bien sûr que c'est moi qui serai le cou-

gales était à côté d'elle et parlait à son voisin, un gail-

pable : et pourtant, qui est l'insulteur? Toi! toi!

lard à barbe noire, chaussé de grandes bottes et vêtu

Un garde âgé, au nez bossu et à la poitrine ornée

d'un paletot court.

de médailles, écarta la foule, et dit à Boukine en lo

Elle tressaillit; en même temps, Te désir lui vint de

menaçant du doigt :

parler des croyances de son fils. Elle aurait voulu

— Hé!... Ne crie p a s ! Où es-tu? Est-ce le cabaret,

entendre les objections qu'on pouvait lui faire,, deviner

ici?

la décision du tribunal d'après les propos de ceux qui

— Permettez, cavalier... je c o m p r e n d s ! Ecoutez, si je

l'entouraient.

vous frappe et que vous me rendiez les coups et que

— Est-ce donc ainsi qu'on juge? commença-t-elîe à

je vous juge, comment pensez-vous...

mi-voix, avec p r u d e n c e , en s'adressant à Sizov. Je ne

— Je vais te faire sortir! dit le garde avec sévérité. comprends pas cela...Les juges essaient de savoir ce

— Où ça? Pourquoi? que chacun a fait, mais ils ne demandent pas pourquoi

— Dans la rue. Pour que tu ne hurles pas... il l'a fait... Est-ce juste, dites? Et ce sont tous des

vieux; p o u r juger des jeunes, il faut des jeunes...

— Oui, dit Sizov, Il nous est bien difficile de com- à converser paisiblement entre eux; tantôt ils sou-

p r e n d r e cette affaire... bien, bien difficile! Et, pensif, il riaient, tantôt ils se renfrognaient p o u r dissimuler leurs hocha la tête. sourires.

Le garde ouvrit la porte de la salle en criant : — Il ment! chuchota Sizov. —• P a r e n t s . . . entrez! Montrez vos cartes!... La mère n'aurait pu dire si c'était vrai. Elle écoutait Une voix maussade dit lentement : le procureur, comprenait qu'il accusait tout le m o n d e , — Des cartes... comme au cirque... sans p r e n d r e personne à partie directement. En citant On sentait maintenant une irritation générale et Payel, il se mettait à parler de Fédia; puis quand il les

sourde, une vague colère; les curieux manifestaient avait unis, il leur adjoignait Boukine; on eût dit qu'il plus de sans-gêne qu'auparavant, ils faisaient du bruit, mettait tous les accusés dans le même sac et les y enfer-discutaient avec les gardes. mait en les serrant les uns contre les autres. Mais le

sens extérieur de ses paroles ne satisfaisait p a s la

m è r e ; il ne la troublait ni ne la touchait; pourtant, elle

attendait toujours la chose terrible et la cherchait obsti-

X X I V nément sous ces paroles, sur le visage du p r o c u r e u r ,

dans ses yeux, dans sa voix, dans sa main blanche qu'il

Sizov s'assit sur un banc en grommelant. balançait lentement en l'air. Elle sentait qu'elle était là, — Qu'as-tu? demanda la mère. cette chose effrayante, indéfinissable et insaisissable;

de nouveau son cœur se serra.

— R i e n ! Le peuple est-bête... Il ne sait r i e n . . . il vit

à t â t o n s . . . Elle regarda les jurés : ce discours les ennuyait visi-

Une sonnette- résonna. Quelqu'un annonça avec indif- blement. Les visages jaunes, gris, inanimés, n'avaient

férence : " - .' aucune expression, faisaient des taches cadavériques et

— La c o u r t immobiles. Ces faces d'une bouffissure maladive ou De nouveau, tous se levèrent comme la p r e m i è r e fois, trop maigres, ternissaient de plus en plus dans la lassi-

les juges entrèrent dans le même o r d r e , ils s'assirent. tude qui envahissait la salle. Le président ne faisait pas Les accusés furent introduits. un mouvement, figé dans une attitude r a i d e ; parfois les

taches grises derrière les verres de ses lunettes fon-

— Attention ! chuchota Sizov, le p r o c u r e u r va parler...

La mère, tendant le cou, se pencha en avant de tout daient sur le visage. Devant cette indifférence glaciale,

son corps et se figea dans l'attente de la chose terrible. cette froideur veuîe, la mère se demandait avec

angoisse : '

Debout, la tête tournée vers les juges, le p r o c u r e u r

poussa un soupir et se mit â parler en agitant en l'air sa — Est-ce qu'on juge vraiment? main droite. La mère ne comprit pas les premières Soudain, le réquisitoire du procureur s'interrompit paroles; la voix était facile et épaisse, tantôt elle cou- comme à l'improviste, le magistrat s'inclina devant les lait vite, tantôt elle se ralentissait. Les mots s'éten- juges et s'assit en se frottant les mains. Le m a r é c h a l de daient, volaient, tourbillonnaient telle une volée de la noblesse lui fit un signe de tête en roulant les yeux. mouches noires sur un morceau de sucre. Mais Pélaguée Le maire lui tendit la main et le syndic contempla son ne voyait en eux rien de menaçant ni de' terrible. ventre en souriant. Froids comme la neige, gris comme la cendre, ils Mais on voyait que les juges n'étaient pas satisfaits s'égrenaient et remplissaient la salle de quelque chose du procureur, ils ne firent pas un mouvement. d'ennuyeux, d'horripilant comme une poussière fine et — Chien galeux! grommela Sizov. sèche. Ce discours abondant en mots et pauvre en idées —- La p a r o l e . . . dit le petit vieillard en portant un n'arrivait sans doute pas jusqu'à Pavel et ses camarades, papier à son visage, la parole est au défenseur de... qui ne s'en inquiétaient absolument pas et continuaient Fédossiev, Mârkov, Zagarov...

L'avocat que la mère avait vu chez Nicolas, se leva. — Epluche! épluche! conseilla Sizov. Cherche donc

Il avait le visage large et l'air débonnaire; ses petits où. est l'âme!... yeux rayonnaient; il semblait avoir sous ses sourcils Dans la salle, l'animation croissait; un emportement

roux deux pointes acérées qui coupaient quelque chose belliqueux se faisait jour. L'avocat attaquait les juges

dans l'air, comme des ciseaux. Il se mit à parler sans de toutes parts, il piquait leur vieil épiderme p a r des

se presser, d'une voix sonore et nette; mais la mère ne mots caustiques. Les juges semblèrent se serrer plus

put l'écouter, Sizov lui chuchota à l ' o r e i l l e : étroitement les uns contre les autres, se gonfler et

— Tu as compris ce qu'il dit? Il dit que ce sont des s'élargir, pour résister aux chiquenaudes de tcute la

fous, des mauvais garnements à l'humeur batailleuse. masse de leur corps mou et effondré. La mère les con-

C'est de Fédia qu'il veut parler! sidérait; ils paraissaient s'enfler toujours davantage,

Elle ne répondit pas, accablée p a r cette cruelle dé- comme s'ils craignaient que les coups de l'avocat ne

fissent résonner dans leur poitrine un écho qui trou-

ception.

blerait leur indifférence.

Son humiliation augmentait, lui oppressait l'âme.

Maintenant, elle comprit pourquoi elle attendait la Pavel se leva, et soudain le silence se fit. La mère se

justice, pourquoi elle pensait assister à une discussion pencha en avant de tout son corps. Pavel dit avec

loyale et sévère entre la vérité de son fils et celle des calme : juges. Elle se figurait que les juges interrogeraient Pavel — Etant l'homme d'un parti, je ne reconnais que le

longuement et avec attention sur sa vie; qu'ils exami- tribunal de mon p a r t i ; je ne parle p a s p o u r me dé-

neraient de leurs yeux perspicaces toutes les pensées et fendre, mais p o u r satisfaire le désir de ceux de mes

les actions de son fils, toutes ses journées; et, quand ils camarades qui n'ont pas voulu non plus de défenseur...

verraient sa droiture, qu'ils diraient d'une voix forte : J e veux essayer de vous expliquer ce que vous n'avez

Cet homme a raison. pas compris... Le p r o c u r e u r a qualifié notre sortie sous

Mais il ne se passait rien de pareil; il semblait que l'étendard de la démocratie socialiste de révolte contre

les accusés et les juges fussent à cent lieues les uns des les autorités suprêmes et a constamment parlé de nous

autres et s'ignorassent mutuellement. Fatiguée p a r la comme de révoltés contre le tsar. Je dois déclarer que

tension de l'expectative, Pélaguée ne suivait plus les pour nous le tsar n'est pas toute la chaîne qui lie le

débats; elle pensait, offensée : corps du p a y s ; ce n'est que le premier anneau dont

— Est-ce ainsi qu'on juge? Le jugement... nous devons libérer le peuple... Et ce mot lui sembla vide et sonore; il résonnait Le silence était devenu plus profond encore au son

comme un vase d'argile fêlé. de cette voix ferme; la salie semblait s'élargir et Pavel

— C'est bien fait! chuchota Sizov en approuvant d e reculer loin de l'auditoire; il était devenu plus lumi-

la tête... neux, plus en relief. La mère fut envahie p a r une ~sen-

— On dirait qu'ils sont morts, les juges! soupira îa •fation de froid.

mère, Les juges s'agitèrent lourdement et^avec inquiétude.

— Ils se r a n i m e r o n t ! Le maréchal de la noblesse chuchota quelques 'mots au

En les regardant elle vit, en effet, sur leurs visages juge nonchalant; celui-ci branla la tête et s'adressa au

u n e ombre d'inquiétude. C'était un autre avocat qui petit vieillard, auquel le juge à l'air souffrant parlait à

parlait, un petit homme à la physionomie pointue, pâle l'oreille, de l'autre côté. Le président, vacillant de

et ironique. Les juges l'interrompirent. droite à gauche dans son fauteuil, dit quelque chose à

Le p r o c u r e u r se leva brusquement, d'une voix rapide Pavel, mais sa voix se fondit dans le cours large et égal

et irritée, il prononça le mot de procès-verbal et con- dè l'exposé du jeune homme. féra avec le petit vieillard. L'avocat les écoutait, la tête — Nous sommes des socialistes. Cela signifie que

respectueusement inclinée; puis il reprit la parole. nous sommes les ennemis de la propriété particulière,

23 qui désunit les hommes, les arme les uns contre les sacrifiant des millions d'ê'.res malheureux, cette force

autres et crée une rivalité d'intérêts inconciliables, qui qui leur donne du pouvoir sur nous, font naître p a r m i

ment en essayant de dissimuler ou de justifier cette eux des flottements hostiles et les ruinent physique-

hostilité, et pervertit tous les hommes p a r le mensonge, ment et moralement. La défense d e votre pouvoir exige

l'hypocrisie et la h a i n e . . . Nous estimons que la société une tension d"esprit constante; et en réalité, vous, nos

qui considère l'homme uniquement comme un moyen maîtres, vous êtes tous plus esclaves que nous, ce sont

de s'enrichir est anti-humaine, qu'elle nous est hostile; vos esprits qui sont asservis, tandis que nous, nous ne

nous ne pouvons accepter sa morale à double face, son sommes asservis que physiquement. Vous ne pouvez pas

cynisme éhonté et la cruauté avec laquelle elle traite vous affranchir du joug des préjugés et des habitudes

les individualités qui lui sont opposées; nous voulons qui vous tue moralement; nous, rien, ne nous empêche

lutter et nous lutterons contre toutes les formes d'asser- d'être intérieurement libres. Et notre conscience gran-

vissement physique et moral de l'homme employées dit, elle se développe sans s'arrêter; elle s'enflamme

p a r cette société, contre toutes les méthodes qui frac- toujours plus et entraîne après elle les meilleurs élé-

tionnent l'homme au profit de la cupidité... Nous, les ments, moralement sains, même ceux de votre milieu...

ouvriers, nous sommes ceux dont le travail crée tout, Voyez plutôt, vous n'avez déjà plus personne qui puisse

depuis les machines gigantesques jusqu'aux jouets des lutter au nom de votre puissance avec des pensées ;

enfants. Et nous sommes privés du droit de lutter pour vous avez déjà épuisé tous les arguments capables de

notre dignité humaine; chacun s'arroge le droit de nous vous protéger contre l'assaut de la justice historique;

transformer en instruments p o u r atteindre son but; vous ne pouvez plus rien créer de neuf dans le domaine

nous Voulons avoir assez de liberté pour qu'il nous soit intellectuel; vous êtes stériles en esprit. Nos idées, à

possible, avec le temps, de conquérir îe pouvoir. Le nous, se développent avec une force croissante; elles

pouvoir au peuple!... pénètrent dans les masses populaires et les organisent

Pavel sourit et se passa lentement la main dans les en vue de la lutte p o u r la liberté, lutte acharnée, lutte

cheveux; le feu de ses yeux bleus brûla avec plus implacable. Il vous sera impossible d'arrêter ce mou-

d'éclat. vement, sinon en vous servant de la cruauté et du

— Je vous en p r i e . . . parlez de l'affaire! dit le pré- cynisme. Mais le cynisme est évident et îa cruauté irrite

sident d'une voix nette et forte. le peuple. Les mains que vous employez aujourd'hui

Il se tournait vers Pavel de toute sa poitrine" et le pour nous étrangler, serreront demain nos mains en

regardait; il sembla à la mère que son oeil gauche et une étreinte fraternelle. Votre énergie, c'est l'énergie

terne avait une lueur avide et mauvaise. Tous les juges mécanique produite p a r l'augmentation de l'or; elle

avaient le regard fixé sur le jeune h o m m e ; leurs yeux vous unit en groupes destinés à s'engloutir mutuel-

semblaient se coller à lui, s'attacher à son corps pour lement. Notre énergie à nous, c'est la force vivante et

en sucer le sang et r a n i m e r leurs membres usés. Pavel, sans cesse croissante du sentiment de solidarité qui

ferme et résolu, tendit ie bras vers eux et continua unit tous les opprimés. Tout ce que vous faites est cri-

d'une voix distincte : minel, car vous r c pensez qu'à asservir l'homme; notre

travail à nous affranchit le monde des monstres et des

—- Nous sommes des révolutionnaires et nous le

fantômes, créés p a r votre mensonge, votre cupidité,

serons tant que les uns ne feront qu'opprimer les autres.

votre haine. Bientôt, la masse de nos ouvriers et de

Nous lutterons contre la société dont on vous a o r d o n n é

nos paysans sera libre et créera un monde libre, har-

de défendre les intérêts; la réconciliation ne sera pos-

monieux et immense. Et cela sera!

sible entre nous que lorsque nous vaincrons. Car c'est

nous qui vaincrons, nous, les opprimés! Vos manda- Pavel se tut un instant, puis il répéta avec plus de

taires ne sont p a s dti tout aussi forts qu'ils le croient. force encore : Ces richesses qu'ils ont amassées et qu'ils protègent en — Cela sera!

Les juges chuchotaient a'rec des grimaces bizarres, — Mes enfants I qu'alïez-vous devenir maintenant ?

sans détacher leurs yeux de PaveL La mère s e . d i s a i t Ce que son fils avait dit n'était pas nouveau p o u r

qu'ils salissaient p a r leurs regards le corps souple de elle; elle connaissait ses o p i n i o E s ; mais c'était là, de-

son fils, dont ils enviaient la santé, la force et la fraî- vant le tribunal, qu'elle avait éprouvé pour la première

cheur. Les prévenus avaient écouté avec attention îes fois la force entraînante et étrange de ses théories. Le

paroles de leur c a m a r a d e ; leurs visages avaient pâli, calme du jeune homme la frappait; dans sa poitrine, le

mais une flamme joyeuse étinceîait dans leurs yeux. La discours de Pavel se mêlait à la conviction ferme de la

mère avait dévoré les paroles de son fils, elles se gra- victoire et du bon droit de son fils, qui rayonnait en

vaient dans sa mémoire. elle comme une étoiïe.

A plusieurs reprises, le petit vieillard interrompit

Pavel, lui expliquant on ne sait quoi; il eut même une

fois un sourire triste. Pavel l'écoutait en silence et re-

prenait la parole d'une voix sévère, mais tranquille : il XXV forçait l'attention. Cela dura longtemps; enfin, îe prési-

dent cria quelques paroles en tendant le bras vers le Elle pensait que les juges-allaient se mettre à discuter

jeune homme. Celui-ci répondit d'une voix légèrement durement avec lui, à lui répliquer avec colère, à expo-

ironique : ser leurs arguments. ,

-— Je conclus. Je ne voulais pas vous offenser person- Mais voici qu'André se leva, il jeta un coup d'œil en

nellement; au contraire, assistant p a r force à cette co- dessous sur le tribunal et commença :

médie que vous appelez un jugement, j'éprouve presque — Messieurs les défenseurs...

de la compassion pour vous. Malgré tout, vous êtes des — C'est le tribunal qui est devant vous, et non pas

hommes et nous sommes toujours humiliés de voir des la défen se ! lui cria le juge malade, d'une voix forte et

gens s'abaisser d'une façon aussi vile, au service de la

irritée.

violence, p e r d r e à un tel point la conscience de leur

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