La Mère

Maxime Gorki · Chapitre 11 sur 12 · partie 2/3

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La Mère

Chapitre I

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

La mère voyait d'après la physionomie d'André qu'il

dignité h u m a i n e . . . même quand ils sont hostiles à nos

voulait plaisanter; sa moustache tremblait; il avait

desseins... ,

dans les yeux une expression féline et douce qu'elle

Il s'assit sans regarder les juges. La mère retint sa connaissait bien. I l se frotta vigoureusement la tête de

respiration pour considérer ceux d o n t - d é p e n d a i t le

ses longues mains et poussa un soupir...

sort de son fils et attendit,

— Est-ce possible ? demanda-t-iî en hochant la tête.

André, tout rayonnant, serra la main de Pavel avec

Je croyais que ce n'était pas vrai, que vous étiez non

vigueur, Samoïlov, Mazine, tous se tournèrent vers lui;

pas des juges, mais seulement des défenseurs...

il sourit un peu embarrassé par l'enthousiasme de ses

camarades, regarda le banc ou Pélaguée était assise et — Je vous prie de parler du fond de l'affaire ! fit le

fit un signe de tête, comme pour demander : petit vieillard avec sécheresse.

— Est-ce bien ainsi ? — Du fond ? Bien. Je veux donc croire que vous

Elle lui répondit p a r un profond soupir de joie et êtes réellement des juges, c'ett-à-dire des gens indé-

tressaillit, inondée d'une ardente vague d'amour. pendants, loyaux...

— Voilà..... îe jugement va commencer ! chuchota — Le tribunal n'a pas besoin de votre opinion...

Sizov. Il les a bien arrangés, hein ? — Comment, il n'a pas besoin d'un pareil éloge ?...

EÏIe hocha la tête sans r é p o n d r e , heureuse que son Hum 1... Néanmoins, je continuerai... Vous êtes des

fils eût parlé avec tant de courage, peut-être encore hommes qui ne font aucune différence entre les amis

plus heureuse qu'il eût fini. Son cerveau était martelé et les ennemis, vous êtes des êtres libres. Ainsi, vous

par une question : avez maintenant devant vous deux p a r t i s ; l'un se plaint d'avoir été piilé et battu, l'autre r é p o n d qu'il a le ia situation d'un voleur et d'un assassin, vous l'empoi-droit de piller et de battre, puisqu'il a un fusil... sonnez avec de l'eau-de-vie, vous le faites p o u r r i r dans

— Avez-vous quelque chose à dire à p r o p o s de l'af- vos p r i s o n s . . . Les guerres internationales,.le mensonge,

faire ? demanda le petit vieillard en élevant la voix, et la débauche, l'abrutissement de toute îa nation, vùilà la m a i n tremblante. votre civilisation ! Oui, nous sommés les ennemis de

La mère était contente de voir cette irritation. Mais cette civilisation-là ! '

ia m a n i è r e d'agir d'André ne lui plaisait pas, elle ne — Je vous p r i e . . . cria le petit vieillard en hochant le s'accordait pas avec le discours de Pavel. Pélaguée menton. aurait voulu qu'une discussion sérieuse et grave s'en- Samoïlov, tout rouge, les yeux étincelants, cria en-gageât. core plus fort que lui.

Le Petit-Russien regarda le vieillard sans r é p o n d r e , — Mais nous aimons et respectons l'autre civilisa-

puis il dit gravement : tion, celle dont l e s créateurs ont été mis en prison ou

— De l'affaire?... Pourquoi vous en parlerais-je ? rendus fous p a r vous...

Mon camarade vous a dit ce que vous deviez savoir. Le — Je vous retire îa parole !... Fédia Mazine ! reste, d'autres vous le diront, quand îe moment sera Le petit j e û n e homme se leva brusquement, comme venu... une alêne sortant d'un trou, et s'écria d'une voix sac-

Le petit vieillard se souleva de son siège et déclara : cadée : — Je vous retire ia parole !... Grégoire Samoïlov.,:. — J e . . . je le jure !... je le sais, vous me condamne-Les lèvres serrées avec force, le Petit-Russien se rez...

laissa paresseusement tomber cur le b a n c ; à côté de Il suffoqua et pâlit; on ne voyait plus que îes yeux lui, Samoïlov se leva en secouant ses boucles...

sur son visage; il ajouta, le b r a s t e n d u :

— Le p r o c u r e u r a dit que nous étions des sauvages,

— Parole d'honneur ! Envoyez-moi où vous voudrez,

des ennemis du progrès...

je m'enfuirai ! je reviendrai... je travaillerai toujours à

— Ne parlez que de ce qui a trait à votre affaire !

la cause du peuple... p o u r la liberté du p a y s . . . toute

— Mais c'est ce que je fais... II n'y a rien dont les

ma vie ! Parole d'honneur !...

honnêtes gens doivent se désintéresser... Et je vous prie

Sizov poussa un petit cri. Tous les assistants, soule-

de ne pas m ' i n t e r r o m p r e . . . Je vous le d e m a n d e ; quel

vés p a r une vague d'excitation, remuaient avec un

est donc le degré de votre culture ?

bruit sourd et étrange. Une femme pleurait; quelqu'un

— Nous ne sommes pas ici p o u r discuter avec vous i

toussait et suffoquait. Les gendarmes considéraient les

Revenons à l'affaire ! dit le vieillard en m o n t r a n t les

prévenus avec un étonnement stupide et jetaient d e s

dents.

coups d'œil furieux sur la foule.-Les juges se déme-

Les plaisanteries d'André avaient visiblement agacé

nèrent, le vieillard cria :

les juges et comme effacé quelque chose en eux. Sur

— Goussev Ivan I

leurs visages gris, des taches rouges apparaissaient et

des étincelles froides et vertes brillaient dans leurs — l e n e parlerai pas ! yeux. Le discours de Pavel les avait irrités, mais son — Goussev Vassili ! ton énergique avait réprimé leur colère et forcé leur — Je ne veux pas parler ! respect. Le Petit-Russien avait anéanti cette retenue et — Boukine Sédor ! mis à nu sans effort ce qu'elle dissimulait. Les traits Blond et comme décoloré, il se leva lourdement et crispés, ils chuchotaient entre eux ; leurs gestes deve- dit avec lenteur en secouant la tête : naient plus précipités et trahissaient leur rage. — Vous devriez avoir honte !,.. Moi qui ne suis qu'un

— Vous élevez des espions, vous pervertissez les h o m m e ignorant, je comprends pourtant ce que c'est

femmes et les jeunes filles, vous placez l'homme dans que la justice I

Il leva le bras au-dessus de sa tête et se tut, les pau- — Silence ! Silence 1

pières à demi baissées, comme s'il regardait quelque Le père Samoïîov se rejeta en arrière, et, p r o t é g é p a r

chose au loin. le dos de sa femme, continua à p r o n o n c e r d'une voix

— Que dites-vous ? s'écria le vieillard avec un éton- sourde des paroles saccadées :

nement exaspéré, et en s'adossant au fauteuil. — Evidemment... admettons qu'ils sont coupables...

— Ah ! vous... Il faut les laisser s'expliquer... Contre qui ont-ils mar-

Boukine se laissa tomber sur le banc d'un air m o r n e . ché ? Contre tout... J'aimerais comprendre... cela m'in-

Il y avait dans ses paroles dénuées de sens, quelque téresse aussi... Où est la vérité ? Je voudrais compren-

chose d'immense et d'important en même temps qu'un d r e . . . il faut les laisser s'expliquer... blâme attristé et naïf. Tout le monde en eut l'impres- —- Silence 1 s'exclama le factionnaire en le menaçant

sion, les juges eux-mêmes prêtèrent l'oreille, comme du doigt. p o u r saisir un écho plus net que ce discours. Dans les Sizov hochait la tête d'un air morne. bancs réservés au public, tout se tut, on n'entendit La mère ne quittait pas les juges des yeux; elle

vibrer qu'un léger bruit de pleurs. Puis le p r o c u r e u r voyait leur excitation croissante, ils parlaient entre

sourit en haussant les épaules; le maréchal de la no- eux, mais elle ne pouvait comprendre ce qu'ils disaient.

blesse toussa; de nouveau des chuchotements réson- Le bruit froid et glissant de leurs voix frôlait son vi-

nèrent dans la salle et s'élevèrent en serpentant. sage, faisait trembler ses joues et provoquait dans sa

La mère se pencha vers Sizov et lui demanda : bouche une sensation désagréable. Il lui semblait qu'ils

— Les juges parleront-ils ? parlaient tous du corps de son fils et de ses camarades,

— Non... tout est fini... il faut encore r e n d r e le ver- de ces c o r p s robustes et nus, de leurs muscles et de

dict. leurs membres pleins de sang vermeil, de force vivante.

— Plus rien d ' a u t r e ? Ces corps devaient exciter en eux une envie impuis-

— Non 1 sante et mauvaise, une avidité ardente d'épuisés et de

Elle ne le crut pas. La mère de Samoïîov s'agitait malades. Ils claquaient des lèvres et regrettaient de ne

anxieusement sur le banc, poussant Pélaguée du coude pas avoir ces muscles, capables de travailler et d'en-

et de l'épaule, et demandant à voix basse à son m a r i : richir, de jouir et de créer. Maintenant ces corps

—• Mais comment ! Est-ce possible ? sortaient de la circulation active de la vie, ils r e n o n -

— Tu ie vois ! çaient à elle, on ne pourrait plus les posséder, profiter

— Qu'est-ce qu'on lui fera, à notre fils ? de leur force, ni les engloutir. Et c'était pourquoi ces

— Tais-toi... laisse-moi... jeunes gens inspiraient aux vieux juges l'animosité vin-

On sentait que, dans le public, il y avait quelque dicative et désolée d'un fauve affaibli qui voit de la

chose de brisé, d'anéanti, de changé. Les yeux aveugles chair fraîche, mais n'a plus l'énergie de s'en emparer.

cillaient comme si un foyer ardent s'était enflammé Et plus la mère regardait les juges, plus cette pensée

devant eux. Sans comprendre le grand sentiment qui grossière et bizarre s'accentuait. Il lui semblait qu'ils

venait de naître en eux brusquement, les curieux se ne dissimulaient pas leur rapacité ni leur rage d'af-

hâtaient de le fragmenter en sensations évidentes, ac- famés capables jadis dè manger beaucoup. Elle, la

cessibles et futiles. Le frère de Boukine disait à mi- femme et la mère, à laquelle le corps de son fils avait

voix, sans se gêner : toujours et malgré tout été plus cher que son âme, était

— P a r d o n !... Pourquoi ne les laisse-t-on pas p a r l e r ? épouvantée p a r les regards éteints qui glissaient sur

Le p r o c u r e u r a dit tout ce qu'il a voulu, aussi long- le visage de son fils, tâtaient la poitrine, les épaules,

temps qu'il a voulu I les bras, se frottaient à la peau brûlante comme p o u r

Près du banc se tenait un factionnaire, qui murmu- chercher la possibilité de se ranimer, de réchauffer le

rait en agitant le b r a s 1 sang de leurs veines durcies, de leurs muscles usés

d'hommes presque morts. Il semblait à Pélaguée que abondance des bouches, mais on ne parlait que de

son enfant sentait ces attouchements moites, et qu'il la choses ordinaires, de vêtements et de linge, des soins

regardait en frémissant. à p r e n d r e ; on conseillait aux condamnés de ne pas

Le jeune homme fixait sur sa mère ses yeux un peu irriter inutilement les supérieurs.

fatigués, calmes et affectueux. P a r moments, il lui sou-

— Tout le monde se lassé ! dit Samoïlov à son fils..

riait et hochait la tête,

Nous aussi bien qu'eux S

— Je serai bientôt libre ! disait ce sourire qui cares-

L'aîné des Boukine agitait la main et exhortait le

sait le c œ u r de Pélaguée.

cadet :

Soudain, îes juges se levèrent tous à la fois; la mère

— Voilà leur justice ! Il est pénible de l'accepter î...

suivit instinctivement leur mouvement.

— Ils s'en vont ! dit Sizov. Le jeune homme répondit : — P o u r les condamner î demanda la mère. — Tu soigneras bien le sansonnet!... Je l'aimais t a n t !

— Oui... — Il sera encore là quand tu r e v i e n d r a s ! Sa tension d'esprit se dissipa soudain; une lassitude Sizov tenait son neveu par la main et disait lente-

accablante envahit tout son corps ; sur son front, des ment : gouttes de sueur perlèrent. Un sentiment de déception — Ainsi, c'est comme ça que tu as fait... F é d i a . . .

cruelle et d'humiliation impuissante jaillit dans son C'est comme ç a ! . . . c œ u r et se transforma rapidement en u n accablant Fédia se p e n c h a et lui chuchote quelque chose à

mépris p o u r les juges et pour leur jugement. Une dou- l'oreille avec un sourire rusé. Le soldai qui était à côté

leur la saisit aux tempes; elle se frotta le front de la d'eux sourit aussi, mais il r e p r i t aussitôt u n air grave

paume de la main, regarda autour d'elle : les p a r e n t s et grommela. des p r é v e n u s , s'approchaient du grillage, la salle se Comme les autres, la mère parlait de linge et de

remplissait d'un bruit sourd de conversations. Elle santé, tandis que dans son cœur les questions se pres-

s'avança aussi vers Pavel;.après lui avoir serré la main, saient, relatives à Pavel, à Sachenka, à elle-même. Et

elle commença à pleurer, pleine à la fois de chagrin et sous ses paroles se développait lentement le sentiment

de joie. Pavel lui dit des paroles caressantes; André de l'amour immense qu'elle portait à son fils, le désir

riait et plaisantait. de lui plaire, d'être p r o c h e de son cœur. L'attente de la

Toutes les femmes pleuraient, plutôt p a r habitude que chose terrible avait disparu, ne laissant après elle qu'un

p a r chagrin. On n'éprouvait pas cette douleur qui aba- frisson désagréable, quand Pélaguée se représentait les

sourdit p a r un coup stupide, asséné brusquement sur la juges. tête. On avait conscience de la triste nécessité de Elle sentait naître en elle une grande joie lumineuse

quitter Ses enfants; mais cette douleur se confondait et mais elle ne la comprenait pas et en était troublée. Elle

se noyait dans les impressions que faisait naître cette vit que le Petit-Russien causait avec chacun, et, com-

journée. Les parents regardaient leurs fils avec p r e n a n t qu'il avait plus besoin que Pavel d'un mot

un sentiment où la M é f i a n c e que leur inspirait la jeu- affectueux, elle lui dit : nesse et la conscience de leur p r o p r e supériorité se — Il ne me plaît pas, ce jugement ! mêlaient étrangement à une sorte de respect p o u r les

— Pourquoi, petite mère ? s'écria André. C'est un

entants. Tout en se demandant avec tristesse comment

vieux moulin, mais il n'est pas désœuvré...

ils allaient vivre maintenant, les vieux regardaient avec

— Ce n'est pas effrayant... et c'est incompréhensible,

curiosité cette nouvelle génération qui discutait auda-

on ne recherche pas la vérité, dit-elle avec hésitation.

cieusement la possibilité d'une vie autre et meilleure.

— Oh ! C'est c e l i que vous vouliez ? s'écria André.

Ils ne savaient pas exprimer leurs sentiments, ils n'en

Mais croyez-vous qu'on s'occupe de la vérité, ici ?

avaient pas l'habitude; les paroles s'échappaient avec

Pélaguée poussa u n soupir :

••— Je pensais que ce serait terrible... plus terrible

qu'à l'église... qu'on célébrerait le culte de la vérité... XXVI

— Mère, nous savons où on révère la v é r i t é ! dit

Pavel à voix basse, et comme s'il lui eût demandé E n sortant du tribunal, la mère fut tout étonnée de quelque cbose. voir que la nuit était déjà tombée sur la ville; dans les

— Vous le savez, aussi, petite mère ! ajouta le Petit- rues, les réverbères étaient allumés; les étoiles scintil-

Russien. laient au ciel. Aux alentours du palais de justice, les

— La cour ! gens se rassemblaient en petits groupes; dans l'air Tous se précipitèrent à leur place. glacé, la neige "grinçait sous les p a s ; des voix jeunes Une main appuyée à la table, le président cacha son s'interrompaient mutuellement. Un homme coiffé d'un

visage derrière un papier et se mit à lire d'une voix capuchon gris s'approcha de Sizov et demanda d'une b o u r d o n n a n t e et faible : voix r a p i d e :

« Le t r i b u n a l . . . après en avoir délibéré... » — Quelle sentence ?

— C'est la c o n d a m n a t i o n ! dit Sizov, en p r ê t a n t — La déportation.

l'oreille. — Pour tous ?

Le silence se fit. Tout le monde s'était levé, les yeux — P o u r tous...

fixés sur le petit vieillard; Sec et droit, il ressemblait à L'homme s'éloigna. un bâton sur lequel une main invisible se fût appuyée. — Tu vois ! dit Sizov à la mère, ça les intéresse... Les juges étaient debout aussi; le syndic du bailliage, Soudain, ils furent entourés p a r une dizaine de la tête penchée sur l'épaule, dirigeait ses yeux au pla- jeunes gens et de jeunes filles; les exclamations se mi-fond; le maire croisait les bras sur sa p o i t r i n e ; le ma- rent à pleuvoir, attirant d'autres personnes dans le réchal de la noblesse se caressait la barbe. Le juge à groupe. Sizov et la mère s'arrêtèrent. On voulait con-l'air souffrant, son collègue ventru et ie p r o c u r e u r naître le verdict, sayoir comment les prévenus s'étaient regardaient du côté des prévenus. Derrière lés juges, comportés, qui avait prononcé un discours et sur quel au-dessus de leurs têtes, le tsar a p p a r a i s s a i t ' e n uni- sujet; dans toutes ces questions tintait la même note de forme rouge;; un insecte rampait sur son visage blanc curiosité avide et sincère, et indifférent; une toile d'araignée tremblait. —• C'est la mère de Pavel Vlassov 1 cria quelqu'un.

Brusquement, tous se turent.

« ... Sont condamnés à la déportation en Sibérie... »

— Permettez-moi de vous s e r r e r la main !

— La déportation ! dit Sizov en poussant un soupir

Une main ferme s'empara avec vigueur de celle de

de soulagement. Enfin, c'est passé, Dieu merci ! On

Péiaguée. La voix continua, tremblante d'émotion :

parlait des travaux forcés. Ce n'est pas si terrible,

— Votre fils sera un exemple de courage pour nous

mère, ce n'est rien• 1.

tous !

— Je le savais, dit Pélaguée. d'une voix basse.

— Vive l'ouvrier russe ! cria une voix vibrante.

— Tout de même... Maintenant, c'est certain... Va

— Vive la révolution I

donc savoir, avec ces juges !

— A bas l'autocratie !

Il se tourna vers les condamnés qu'on emmenait déjà, Les exclamations se multipliaient, toujours plus vio-

et dit à haute voix : lentes; elles éclataient, se croisaient; les gens accou-

— Au revoir, Fédia !... Au revoir, vous tous ! Que raient de toutes parts et se pressaient autour de Sizov

Dieu vous aide ! et de Pélaguée. Les coups de sifflet des agents de

La mère fit un signe de tête à P.^vel et à ses cama- police fendirent l'air, mais sans p a r v e n i r à dominer la

rades. Elle aurait voulu pleurer, mais une sorte de rumeur. Le vieillard riait. Quant à la mère, il lui sem-honte la retint. blait que tout cela était un beau rêve. Elle souriait, ser-

rait des mains, saluait; des larmes de b o n h e u r lui ser- Elle lu?, jeta un coup d'œil et r é p o n d i t :

raient la gorge; ses jambes fléchissaient de fatigue; — Je n'ai pas de famille, je n'ai plus de père. mais son cœur, plein d'une joie triomphante, reflétait — - I l est mort ? les impressions comme le clair m i r o i r d'un lac. — Non, il est vivant ! déclara-t-elle avec excitation.

Tout p r è s d'elle, une voix nette s'écria d'un ton (Et quelque chose d'obstiné, d'opiniâtre, résonna dans

énervé : sa voix et apparut sur ses traits.) C'est un p r o p r i é t a i r e

— Camarades 1 amis 1 Le monstre qui dévore ie peu- foncier, il est chef de district; maintenant, il vole les

ple russe a de nouveau satisfait aujourd'hui ses appé- paysans... et les bat !

tits... — Ah ! dit Sizov d'un ton t r a î n a n t ; et après un si-

•— Allons-nous-en, mère I dit Sizov. lence, il reprit, en examinant la jeune fille du coin de

Au même instant, Sachenka surgit. Elle p r i t la mère l'œil :

p a r le bras et l'entraîna sur l'autre trottoir en disant :

— Eh bien, adieu, m è r e ! Je vais p a r ici,., viens

— Venez... peut-être la police va-t-elle se jeter sur donc p r e n d r e a. thé et bavarder... quand tu v o u d r a s . . .

la foule p o u r nous battre... Ou bien, il y aura des ar- Au revoir mademoiselle... vous êtes bien dure pour

restations. Eh bien? C'est la déportation? En Sibérie? votre p è r e . . . Bien entendu, c'est votre affaire...

— Oui, oui î...

— Si votre fils était un homme de rien, nuisible aux

— Et lui, qu'a-t-il fait ? Il a p a r l é ? J e le sais déjà, autres, le diriez-vous ? s'écria Sachenka avec passion.

d'ailleurs. Il est plus fort et plus simple que tous les

—- Oui, je le dirais, répondit le vieillard, après un

autres... et plus sévère aussi, c'est vrai. Il est tendre et

instant d'hésitation. ,

sensible, mais il se gêne de manifester ses sentiments...

— P a r conséquent la vérité vous serait plus chère

Il est ferme, et droit comme la vérité elle-même... Il

que votre fils; et p o u r moi, elle m'est plus chère, que

est grand, et en lui, il y a tout... tout I Mais dans bien

mon p è r e . . . ;

des cas, il se comprime lui-même... de peur de n'être

pas tout à la cause du peuple... j e le sais bien 1... Sizov hocha la tête, p u i s dit avec un soupir :

Ces paroles d'amour s'exhalant en un chuchotement — Ah ! vous êtes rusée ? si vous avez ainsi réponse à

passionné calmèrent Pélaguée et r a n i m è r e n t ses forces tout, les vieux seront bientôt vaincus... vous savez atta-

défaillantes. quer... Au revoir, je vous souhaite tout le bien possi-

— Quand irez-vous l e rejoindre ? demanda-t-elle à la ble... Mais soyez un peu plus tendre p o u r les gens,

jeune fille, d'une voix basse et affectueuse en l'attirant hein ! Que Dieu soit avec vous ! Adieu, Pélaguée ! Si tu

à elle. Sachenka répondit, ie regard fixé devant elle vois Pavel, dis-lui que j ' a i entendu son discours... je

avec assurance : n'ai pas tout compris... il m'a même fait p e u r p a r mo-

— Aussitôt que j ' a u r a i trouvé quelqu'un qui se ments, mais ce qu'il a dit est vrai !

charge de mon ouvrage ! Car mon tour viendra bientôt Il souleva sa casquette et disparut sans se hâter au

de passer en jugement... On m'enverra aussi en Sibé- coin de la rue, r i e . . . Je dirai alors que je désire être exilée au même — Ce doit être un brave homme ! observa Sachenka,

endroit que lui... en î© suivant d'un regard souriant.

Derrière les deux femmes résonna îa voix de Sizov. Il sembla à la mère que le visage de la jeune fille

— Vous le saluerez de ma part I... Je m'appelle Si- avait une expression plus douce et meilleure que de

zov... Il me connaît... je suis l'oncle de Fédia Ma- coutume...

zine... Arrivées à la maison, elles s'assirent sur le canapé,

Sachenka s'arrêta, se tourna et lui tendit ia main. serrées l'une contre l'autre; la mère parla de nouveau

— J e connais Fédia. Mon nom est Sachenka. du projet de Sachenka. Ses sourcils épais levés, d'un

— Et votre nom de- famille ? air pensif, la jeune fille regardait au loin de ses grands

devoir, c'est d'augmenter son énergie, de lui d o n n e r

yeux r ê v e u r s ; une méditation paisible se lisait sur son

tout le bonheur qu'il est en mon pouvoir de lui donner,

visage pâle.

beaucoup de b o n h e u r ! Je l'aime beaucoup... et lui

— Plus tard, quand vous aurez des enfants, je vien-

m'aime, je le sais ! Nous échangerons nos sentiments,

drai aussi, pour les soigner. Et nous ne vivrons pas

nous nous enrichirons mutuellement autant que nous

plus mal là-bas qu'ici... Pavel trouvera de l'ouvrage,

le p o u r r o n s ; et s'il le faut, nous nous quitterons en bons

il est très habile.

amis...

Tout en examinant la mère d'un œil scrutateur, Sa-

Avec un sourire heureux, la mère dit lentement :

chenka demanda :

— Vous n'avez pas envie d'aller le rejoindre tout de — J'irai vous rejoindre... peut-être m'exilera-t-on

suite î aussi...

Pélaguée répondit avec un soupir : Longtemps, les deux femmes- étroitement enlacées et

— A quoi bon ? Je îe gênerais seulement, au cas où sans parler songèrent à celui qu'elles aimaient... Le

il voudrait s'enfuir. Et puis, il ne îe p -mettrait p a s . . . silence, la tristesse, une douceur tiède les envelop-

Sachenka m u r m u r a : paient... — Non, en effet... Nicolas arriva, fatigué. — De plus, j ' a i du travail, ajouta îa mère avec un — Sachenka, allez-vous-en, avant qu'il soit t r o p t a r d l

peu de fierté. dit-il rapidement en se dévêtant. Depuis ce matin, deux

— Oui, c'est v r a i ! répliqua Sachenka pensive. Et espions me suivent si ouvertement que cela sent l'arres-

c'est très bien... tation... j ' a i un pressentiment... Un malheur doit être

Elle tressaillit soudain, comme si elle se fût débar- arrivé quelque p a r t . . . A propos, voilà Te discours de

rassée on ne sait de quel fardeau; puis, elle dit sim- Pavel... on a décidé de l'imprimer... Portez-le à Lioud-

plement à mi-voix : mila, suppliez-la de le composer lè plus vite possible...

— Il ne se fixera pas en Sibérie... Il s'évadera... Pavel a très bien parlé, mère !... Prenez garde aux

c'est certain... espions, Sachenka 1 Attendez, emportez aussi ces pa-

- — Mais... alors, que deviendrez-vous ? Et l'enfant, p i e r s . . . donnez-les au docteur, p a r exemple...

s'il y en a un ? Tout en parlant, il frottait avec vigueur l'une contre

— Je ne sais pas. Nous verrons. Il ne faudra pas l'autre ses mains glacées; puis, s'approchant de la

qu'il s'inquiète de moi. Il sera libre de faire ce qu'il table, il ouvrit les tiroirs d'où il sortit les documents;

voudra, à n'importe quel moment, je ne suis que sa à la hâte, il les feuilleta, déchira les uns, empila les

c a m a r a d e . . . Je le sais, il me sera terrible de le quit- autres, tout soucieux et ébouriffé. ter... mais, je saurai me résigner... Je ne le gênerai en — Il n'y a pourtant pas longtemps que j ' a i trié tout

rien, non ! cela et voyez quel énorme paquet j ' a i de nouveau ! Dia-

ble ! Mère, il vaudrait peut-être mieux que vous ne cou-

La mère sentit que Sachenka était capable d'exé-

chiez pas ici, qu'en pensez-vous ? Il est assez ennuyeux

cuter ce qu'elle disait. Pleine de pitié p o u r la jeune

d'assister M cette comédie, les gendarmes sont capables

fille, elle la p r i t dans ses bras :

de vous emmener aussi... et il faut absolument que vous

— Ma chérie... vous aurez bien à souffrir... dit-elle.

alliez à la campagne pour r é p a n d r e le discours de

Sachenka sourit doucement; elle se serra contre Pé-

Pavel...

laguée de tout son c o r p s ; une rougeur monta à ses

joues. — Allons donc, pourquoi m'arrêterait-on ? dit la

mère. Et peut-être vous trompez-vous, ils ne viendront

— C'est encore bien lointain... mais ne croyez pas

p a s . . .

que ce soit un sacrifice pénible pour m o i . . . je sais ce

que je fais, je sais sur quoi je puis compter... je serai Nicolas répliqua avec assurance en agitant la main :

heureuse s'il est heureux avec m o i . . . Mon désir, mon — J'ai le flair p o u r cela... De plus, vous pourriez

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i~\ MÈP.J: 371

 

aider Lioudmila! Allez-vous-en avant qu'il soit trop — C'est parfait ! J'en suis certain, ce sera très bon

t a r d . . . pour lui, comme pour vous... Un peu de bonheur per-

Heureuse à l'idée de coopérer à l'impression du dis- sonnel n'est pas nuisible... mais, vous savez, il n'en

cours de son fils, Pélaguée répondit : ^ faut pas trop, p o u r qu'il ne perde pas sa valeur...

— S'il en est ainsi, je m'en vais... Seulement, ce n'est Vous êtes prête, petite mère ?

pas parce que j ' a i p e u r . . . Il s'approcha d'elle en rajustant ses lunettes.

Et, à son p r o p r e étonnement, elle ajouta, d'une voix — Eh bien, au revoir... dans trois, quatre... ou six

.basse, mais f e r m e : mois! Mettons six mois. C'est beaucoup de t e m p s . . . on

— Maintenant, je n'ai peur de r i e n . . . Dieu merci ! peut faire tant de choses e n ' s i x m o i s ! Ménagez-vous,

Maintenant, je sais déjà... n'est-ce pas, je vous en p r i e ! Eh bien, embrassons-

—• A merveille ! s'écria Nicolas, sans la regarder. nous...

Ah î dites-moi où sont mon linge et m a valise; vous Mettant ses bras robustes autour du cou de Pélaguée,

avez tout p r i s dans vos mains soigneuses, et je suis il la regarda dans les yeux et dit en riant : '

absolument incapable de retrouver ma p r o p r i é t é per- — Je crois que je suis amoureux de vous... je ne

sonnelle; je vais me p r é p a r e r ; les gendarmes seront fais que vous embrasser... désagréablement s u r p r i s . . . Sans parler, elle le baisa au front et aux joues; ses

Sachenka brûlait des chiffons de papier dans le poêle; mains étaient tremblantes. Elle les laissa retomber p o u r

quand ils' furent consumés, elle eut soin de mêler qu'il ne la remarquât p a s . . . leurs cendres, à celles du combustible. —- Vous partez ?... A merveille ! Prenez garde, soyez

— Partez, Sachenka ! dit Nicolas eh lui s e r r a n t la prudente ! Savez-vous, envoyez un gamin demain matin

main, Au revoir ! N'oubliez pas de m'envoyer dés livres, ici, il y en a un chez Lioudmila ! I l - v e r r a ce qui se

s'il paraît quelque chose de nouveau et d'intéressant... passe... Eh bien, au revoir, camarades ! Tout est bien...

Au revoir, chère camarade... Soyez prudente, surtout... Que tout aille bien I .

— Vous pensez rester longtemps en prison ? de- Dans la rue, Sachenka dit à voix basse :

m a n d a Sachenka. — Il ira avec la même simplicité à la mort, s'il le

— Le diable le sait! Assez longtemps sans doute... on faut... en se dépêchant un peu, comme tout â l'heure...

a différentes choses à me r e p r o c h e r . . . Mère, sortez avec quand la mort viendra à lui, il rajustera ses lunettes, il

Sachenka... Il est plus difficile de suivre deux personnes... dira : « A merveille I » et il m o u r r a . . .

— B i e n ! dit la mère. Je m'habille... Elle avait — Je l'aime beaucoup ! Chuchota la mère.

observé Nicolas avec attention, sans découvrir rien

..—• Il m'étonne... quant à l'aimer... non ! Je l'estime !

d'anormal en lui, sauf la préoccupation qui voilait son

Il est sec, quoiqu'il ait une certaine bonté et parfois

bon et doux regard. Il ne témoignait d'aucune émotion.

même de la tendresse, mais il n'a pas assez d'humanité

Egalement attentif pour tous, affectueux et mesuré, tou-

en lui... Je crois que nous sommés suivies... Séparons-

jours calme et solitaire, il menait la même existence

nous... N'allei; pas chez Lioudmila, s'il vous ' semble

mystérieuse au dedans de lui-même, et comme en avant

que vous êtes surveillée...

des autres. La mère l'aimait ainsi, d'un amour p r u d e n t

—• Je le sais ! dit la mère.

qui semblait douter de lui-même. Et maintenant, elle

Mais Sachenka insista encore :

éprouvait pour Nicolas une pitié indicible, mais elle se

— N'allez pas chez elle... venez alors chez moi. An

dominait, sachant que s'il s'en apercevait, il se trou-

blerait et deviendrait un peu ridicule, comme de cou- revoir ! tume; Pélaguée ne voulait pas le voir sous cet aspect. Elle se tourna vivement et revint sur ses pas.

La mère lui cria ;

Une fois habillée, elle rentra dans la c h a m b r e ; Nico-

— Au revoir ! ' • -

las serrait la main de Sachenka et disait:

Il sembla à la m è r e que quelque chose d'étrange vi-

b r a i t dans la voix de son hôtesse; elle avait un sourire

XXVII aux commissures de ses lèvres minces; ses prunelles

ternes brillaient derrière les verres du lorgnon. La mère

Quelques minutes plus tard, Pélaguée se réchauffait détourna les yeux et lui tendit le discours de Pavel.

p r è s du poêle dans la chambre de Lioudmila. Vêtue — Voilà, on vous p r i e de l'imprimer au plus vite...

•d'une robe noire, celle-ci allait et venait lentement Et elle se mit à raconter les préparatifs que Nicolas

dans la petite pièce, qu'elle remplissait du froufrou de avait faits, en prévision de son arrestation. ses jupes et de l'accent de sa voix autoritaire. Dans le Sans rien dire, Lioudmila mit le document dans sa

poêle, le bois craquait et sifflait en aspirant l'air de la ceinture et s'assit sur une chaise; les reflets du feu s'agi-

c h a m b r e ; la voix égale de la femme résonnait : taient sur son visage impassible.

— Les gens sont infiniment plus bêtes que méchants, — Quand les gendarmes viendront chez moi, je ferai

Ils ne savent voir que ce qui est p r è s d'eux, que ce qui feu sur eux ! déclara-t-elle. J'ai le droit de me défendre

est à leur portée immédiate... Or tout ce qui est proche contre îa violence, et je dois lutter contre elle, du mo-

est mesquin; seul ce qui est éloigné a de la valeur. En ment que j'invite les autres à le faire.

réalité, ce serait avantageux pour tous si la vie devenait Les rougeurs de la flamme disparurent de son visage,

plus facile et si les gens étaient plus intelligents... Mais qui redevint sévère et un peu hautain. p o u r y arriver, il faut renoncer p o u r le moment à vivre « Tu dois avoir une vie pénible, s pensa soudain la

dans la tranquillité. mère avec un sentiment d'affection.

Soudain, elle se planta devant la mère, et r e p r i t plus Lioudmila se mit à lire le discours de Pavel, d'abord

bas comme pour s'excuser : à contre-cœur; puis se jjenchant toujours davantage sur

—: J e vois très peu de m o n d e . . . quand quelqu'un le papier, elle jetait vivement à terre les feuillets qu'elle

vient chez moi, je me mets à p é r o r e r . . . C'est ridicule, avait parcourus. La lecture terminée, elle se leva, se

n'est-ce pas ? redressa et s'approcha de la mère.

—• Pourquoi donc ? — C'est très bien ! Voilà ce que j ' a i m e . . . c'est net !

Pélaguée essayait de deviner où Lioudmila imprimait La tète inclinée, elle réfléchit un instant.

ses brochures, mais elle ne voyait autour d'elle r i e n — Je n'ai pas voulu parler avec vous de votre fils, je

d'extraordinaire. Dans la pièce, dont les trois fenêtres ne l'ai jamais vu et je n'aime pas îes conversations

donnaient sur la rue, il y avait un canapé, une biblio- tristes... Je sais ce qu'on éprouve quand on voit l'un

thèque, une table, des chaises, un lit contre une p a r o i ; des siens p a r t i r en exil!... Dites-moi, est-ce bon d'avoir

dans un angle, un lavabo, dans l'autre, le poêle; aux un fils pareil 1 murs des photographies. Tout était neuf, solide et — Oui, très bon ! p r o p r e , et surtout la silhouette monacale de la mai- — Et c'est terrible "? tresse du logis jetait une ombre froide. On sentait qu'il Pélaguée répondit en souriant p a i s i b l e m e n t : y avait dans cette chambre quelque chose de mystérieux — Non, plus maintenant... et de caché. La mère regarda les p o r t e s ; elle avait péné- De sa main brune, Lioudmila lissa ses cheveux coiffés

tré dans la pièce p a r l'une d'elles, qui ouvrait sur un en bandeaux plats, puis elle se tourna vers la fenêtre :

petit vestibule; près du poêle, il y en avait une seconde, une ombre légère et chaude palpitait sur j e s joues.

haute et étroite. — Nous allons imprimer cela... Vous m'aiderez ?

— Je suis venue p o u r affaires ! dit-elle avec confu- — Bien entendu S

sion, sentant que Lioudmila l'observait. — Je vais vite le composer..; Couchez-vous, la journée

— J e le sais. Personne ne vient chez moi p o u r d'au- a été pénible pour vous, vous êtes fatiguée. Couchez-vous

t r e s motifs. sur le lit, je ne dormirai pas, peut-être vous réveillerai- je cette nuit pour m'aider. Avant de vous endormir, — Je n'en sais rien I dit-elle avec hésitation. P a r mo-éteignez la lampe. ments, il me semble que oui... mais ce n'est pas vrai ! Et

Elle ajouta deux bûches au feu et sortit par l'étroite il y a tant de choses... de choses étonnantes et sé-,

porte ménagée à côté du poêle, qu'elle referma soigneu- rieuses et qui se suivent avec tant de r a p i d i t é . . . sement a p r è s elle. Pélaguée la suivit des yeux; machi- Le flot d'excitation qu'elle connaissait bien montait nalement elle songeait à son hôtesse, tout en se désha- à son cœur et la remplissait d'images et de pensées. billant : Elle s'assit sur le lit, et se hâta de revêtir ses idées de

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