La Mère

Maxime Gorki · Chapitre 11 sur 12 · partie 3/3

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La Mère

Chapitre I

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

« Elle est sévère... et elle souffre... îa pauvre ! » paroles. La lassitude faisait tourner la tête de la m è r e ; cepen- — Tout cela marche vers le même but, comme le feu

dant son c œ u r était étrangement calme; à ses yeux, tout quand u n e maison brûle et qui tend toujours à monter' ! s'éclairait d'une lumière douce et caressante. Pélaguée Là, il se fraye une issue, ici, il brille toujours plus connaissait déjà ce calme qui suit toujours les grandes violent toujours plus lumineux... Il y a tant de choses émotions; auparavant, il l'inquiétait, mais maintenant il pénibles, si vous saviez ! Les pauvres gens souffrent, on élargissait son âme et la raffermissait p a r un sentiment les gêne et on les espionne, on les bat, on les bat cruelle-fort et grand. Elle éteignit la lampe, se coucha dans ie ment... alors ils se cachent et vivent comme des lit froid, se pelotonna sous la couverture et s'endormit moines... il y a beaucoup de joies qui leur sont inter-aussitôt d'un sommeil profond. dites... et c'est bien dur !

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la chambre était pleine de Lioudmila leva vivement la tête et jeta à la m è r e un

la lueur glacée et blanche d'une claire journée d'hiver; regard profond. étendue sur le Canapé, un livre à la main, Lioudmila — Ce n'est pas de vous que vous parlez ! dit-elle à regardait la mère avec une expression de tendresse qui voix basse. la transformait, — Pas de moi... dit Pélaguée en s'habillant... Peut-on

— O h ! mon Dieu ! s'écria Pélaguée, toute confuse. se mettre à l'écart quand on aime ceci, quand cela nous

Ai-je dormi longtemps ! Il est-tard ? est cher, quand on a peur pour tous et pitié p o u r tous...

—• Bonjour ! répliqua Lioudmila. II est bientôt dix tout cela se heurte dans le cœur... qui est attiré p a r cha-

heures, levez-vous et déjeunons !... cun... comment se mettre à l'écart ? Où aller ?

— Pourquoi ne m'avez-vous pas réveillée ? A demi vêtue, elle resta un instant pensive au milieu — J'en avais l'intention ! mais vous aviez un si bon de la pièce. II lui sembla soudain qu'elle n'était plus

sourire en dormant... celle qui s'était tant inquiétée et alarmée au sujet de son

D'un mouvement de son Corps robuste et souple, elle fils; cette personnalité n'existait plus, s'était détachée

se leva, s'approcha du lit, se pencha sûr le visage de la et éloignée d'elle. Pélaguée écouta en elle-même; dési-mère, et celle-ci aperçut dans les yeux ternes de son reuse de savoir ce qui s'y passait et tout en craignant hôtesse quelque chose de familier, de proche, de com- de réveiller de nouveau le vieux sentiment d'anxiété.

préhensible. — A quoi pensez-vous ? demanda affectueusement

—- . . . q u e je n'ai pas voulu vous réveiller;.. Sans Lioudmila.

doute faisiez-vous un beau r ê v e . . . — Je n'en sais rien !

—-Non, je n'ai rien rêvé ! Elles se turent, se regardèrent et sourirent;, puis — - T a n t pis... Mais votre sourire m'a plu... Il était si Lioudmila sortit de la chambre en disant :

paisible, si doux ! — Que fait mon samovar ?

Lioudmila se mit à rire, d'un r i r e velouté et bas, La mère jeta un coup d'œil p a r l a fenêtre; dehors Une — Je me suis mise à penser à vous, à votre vie... Car journée froide r a y o n n a i t ; dans son cœur, il faisait

votre existence est r u d e . . . clair aussi, mais chaud. Elle aurait voulu parler de tout,

La mère devint songeuse, remuant les sourcils. longuement, joyeusement, avec un vague sentiment de

gratitude pour tout ce qui était descendu dans son On sentait en elle un effort continu, comme si, dans son âme. Un désir de p r i e r qu'elle n'avait p a s éprouvé de- âme, une corde était tendue. puis longtemps lui vint. Elle se rappela un jeune visage; Le gamin apporta le samovar. dans sa mémoire une voix grêle s ' é c r i a : — C'est la — Serge, voici Pélaguée Vlassov, la mère de l'ouvrier mère de Pavel Vlassov... Les yeux tendres et joyeux de qu'on a condamné hier... Sachenka étincelèrent, la silhouette noire de Rybine se L'enfant s'inclina silencieusement, serra la main de profila, le visage ferme et bronzé de Pavel sourit, Nicolas la mère, sortit, r a p p o r t a du pain et s'assit à la table. clignait des yeux d'un air confus; soudain, tous ces Tout en versant le thé, Lioudmila conseilla à Pélaguée visages furent secoués p a r un soupir léger et profond; de ne pas rentrer chez elle avant qu'on sût qui la police ils se mêlèrent et se confondirent en un nuage transpa- épiait. rent et multicolore, qui enveloppait le cœur d'un senti- — C'est vous, peut-être... On vous interrogera sûre-ment paisible. ment...

— Nicolas avait raison ! dit Lioudmila en revenant. — Qu'importe ! répliqua Pélaguée. Si on m'arrête, ce

On l'a arrêté, impossible d'en douter. Comme vous ne sera pas un grand malheur ! Seulement, j'aimerais m'avez dit de le faire, j ' a i envoyé un gamin chez lui. bien que le discours de Pavel fût distribué avant... Il est revenu en m'annonçant qu'il y a des agents de — Il est déjà composé. Demain, nous aurons assez police cachés dans la cour; il en a vu un derrière le d'exemplaires pour la ville et le faubourg... aussi p o u r portail. Les espions rôdent autour de la maison, le le district. Vous connaissez Natacha ? gamin les connaît... — Comment donc !

— Ah i dit simplement la mère en hochant la tête, — Eh bien, il faut les lui p o r t e r . . .

p a u v r e-N i c o l a s 1... L'enfaut lisait un journal et semblait ne p a s écouter;

— Ces derniers temps il faisait beaucoup de confé- mais, parfois, ses yeux se levaient sur le visage de la

rences aux ouvriers de la ville; il était brûlé, il aurait m è r e ; quand elle surprenait ce vif regard, elle était été temps qu'il disparût ! continua Lioudmila d'un air agréablement émue. La jeune femme parla de nouveau sombre et tranquille. Ses camarades lui disaient'..de de Nicolas, sans se lamenter sur son arrestation; et ce p a r t i r , il ne les a pas écoutés ! Selon moi, dans des ton sembla tout naturel à la mère. Le temps passait cas pareils, on n'exhorte p a s les gens, on leur force la plus vite que les autres j o u r s ; iî était p r è s de midi m a i n . . . quand le déjeuner p r i t fin.

Un jeune garçon aux cheveux noirs, au teint rose,

au nez aquilin et aux beaux yeux .bleus, apparut sur

le s e u i l d e la porte.

XXVIII. •

— Faut-il apporter le samovar ? demanda-t-il d'une

voix sonore.

— Oui, s'il te plaît, Serge 1 C'est mon élève... Vous Soudain on frappa vivement à la porte. L'enfant se

ne l'avez jamais vu ? leva et jeta un coup d'œil interrogateur sur ia maîtresse

— Non. du logis. — Je l'ai envoyé quelquefois chez Nicolas. — Ouvre, Serge ! Qui cela peut-il bien être ? Iî semblait à la mère que Lioudmila s'était transfor- D'un geste calme, elle plongea la main dans la poche

mée, qu'elle était plus simple et moins lointaine. II y de sa robe et dit à la mère : avait dans les mouvements souples de son corps harmo- — Si ce sont les gendarmes, placez-vous dans ce nieux beaucoup de beauté et de force, qui attendait un coin... Et toi, Serge... peu l'expression sévère de son visage pâle. Les cernes — Je sais ! répondit l'enfant à voix basse, et il dis-de ses yeux s'étaient encore agrandis pendant la nuit. parut.

La mère sourit. Tous ces préparatifs ne l'émouvaient s'animanl. Si on m'arrête quand je reviendrai et qu'on

,pas; elle n'avait pas le pressentiment d'un malheur. me demande où j ' a i été...

Ce fut le docteur qui entra. Il dit précipitamment : Elle s'interrompit et reprit :

— Nicolas est arrêté,.. Ah ! vous êtes ici, mère ? Je saurai bien r é p o n d r e ! De la fabrique, je me

Vous n'étiez pas à la maison quand on l'a emmené ? rendrai directement, au faubourg; je connais là un

— Non, il m'avait envoyée ici... homme, Sizov... je dirai donc que, tout de suite après

— Hum I... Je ne pense pas que ce soit bleu utile le jugement j ' a i été chez Sizov,poussée p a r le c h a g r i n . . .

Lui aussi est dans la d o u l e u r : son neveu a été con-

p o u r vous... Cette nuit, des jeunes gens ont tiré sur

damné avec Pavel !... Et je dirai que. je suis restée tout

gélatine cinq cents exemplaires du discours de Pavel...

le temps chez lui... Et il confirmera la c h o s e . . . Vous

Le travail est bien fait, c'est net et lisible. Ils veulent

voyez !

les r é p a n d r e en ville ce soir. Je ne suis pas de cet avis;

pour la ville, les feuilles imprimées sont préférables; Les sentant céder à son désir, elle tâchait de les con-

vaincre et parlait avec une force croissante. Ils acquies-

les autres, il faut les expédier n'importe où 1

cèrent. •

— Je vais les porter à Natacha ! Donnez-les m o i !

— Que faire ? Allez ! dit lé docteur à contre-cœur.

s'écria la mère avec vivacité.

Lioudmila garda le silence, elle allait et venait pen-

Elle avait une grande envie de faire circuler le plus

sivement dans la pièce. Son visage s'était assombri, ses

vite possible le discours de Pavel, d'inonder la t e r r e

joues se creusaient; on voyait que les muscles de son

des paroles de son fils; elle regarda le médecin avec

cou étaient tendus comme si brusquement sa tête était

des yeux attentifs, presque suppliants.

devenue plus pesante et retombait involontairement sur

—- Je né sais pas s'il 'est sage que vous entrepreniez sa poitrine. Le consentement forcé du docteur fit sou-

cette affaire-là maintenant ! dit-il indécis; il t i r a sa p i r e r Pélaguée.. montre. Il est onze heures quarante-trois... Le train

— Vous me ménagez tous ! dit-elle en souriant. Mais

part à deux heures cinq; vous serez là-bas à cinq heures

vous ne veus ménagez pas vous-mêmes.

quinze; vous arriverez le soir, mais pas assez t a r d . . .

— Ce n'est p a s vrai ! répondit le docteur. Nous nous

D'ailleurs, ce n'est pas là l'esserrtiel...

ménageons, nous devons nous ménager ! Et nous n'ayons

— Non, ce n'est pas l'essentiel ! répéta Lioudmila en pas assez de blâme p o u r ceux qui s'exposent inutile-

fronçant le sourcil. ment ! Ainsi donc, on vous p o r t e r a les feuillets à la

— Et quoi alors ? demanda l a mère en s'approchant gare...

d'eux. L'essentiel est que l'affaire soit bien faite... et Il lui expliqua ce qu'elle aurait à faire; puis, il ajouta

je sais m'y p r e n d r e ! en la regardant en face :

La jeune femme la considéra fixement et déclara en — Je vous souhaite de réussir ! Vous êtes satisfaite,

s'essuyant le front : n'est-ce pas ?

— C'est dangereux... Et il partit, mécontent. Lorsque la porte se fut refer-

—•' Pourquoi ? s'écria la mère. mée sur lui, Lioudmila s'approcha de la mère et lui dit :

— Voici pourquoi ! dit le docteur, d'une voix préci- — Vous êtes une brave femme... Je vous comprends...

pitée et inégale : vous avez disparu de chez vous une Elle la p r i t par le b r a s , et toutes deux se mirent à

heure avant l'arrestation de Nicolas. Vous vous êtes arpenter la pièce. rendue à la fabrique, où on vous connaît si bien. Après — Moi aussi, j ' a i un fils. Il a déjà douze ans, mais

votre arrivée, des feuillets révolutionnaires ont apparu il vit avec son père. Mon mari est substitut du procu-

à la fabrique. Tout cela se serrera autour de votre cou r e u r ; peut-être même est-il p r o c u r e u r maintenant...

comme un nœud coulant... L'enfant est avec lui. Je me demande souvent ce qu'il

— On ne me r e m a r q u e r a pas ! affirma la mère en deviendra...

Sa voix moite frémit, puis elle reprit, de nouveau pen- l'allumeront ! ^— Nous r é u n i r o n s tous les cœurs brisés en

sive, en chuchotant : un seul ! a dit un autre. Et ils le feront !

— Il est élevé p a r un ennemi acharné de ceux qui Elle leva le bras vers le ciel :

me sont chers, de ceux que je considère comme étant — Là, il y a un soleil ! les meilleurs êtres de la terre. Et mon fils peut deve- Et se frappant la, poifr:.ne, elle conclut : n i r mon ennemi aussi... Je ne peux p a s le p r e n d r e — Et ici, on en allai." _ra un autre, plus éclatant que

avec moi, car je vis sous un faux nom. Il y a huit ans celui du ciel, le soleil d t. bonheur humain qui éclairera

que je ne l'ai vu... c'est long, huit ans î éternellement la terre, la terre tout entière et ceux qui

Elle s'arrêta près de la fenêtre et continua, en regar- l'habitent, de la lumière de l'amour que chaque être

dant le ciel paie et désert : éprouvera pour tous et p o u r tout 1

— S'il était avec moi, je serais plus forte. Même s'il Elle évoquait les mots des prières oubliées p o u r en-

mourait, je serais soulagée... flammer sa foi nouvelle; son c œ u r les lançait comme

Après un instant de silence, elle ajouta à haute voix : des étincelles. — Alors, je saurais qu'il est mort seulement, qu'il ne — Les enfants qui vont p a r la voie de la raison et

peut être l'ennemi de ce qui est plus haut encore q u e de la vérité portent de l'amour à toutes choses, créent

l'amour maternel, de tout ce qu'il y a de plus précieux un ciel nouveau, ils ont le feu incorruptible qui sort

dans la vie... de l'âme, du tréfonds du cœur. Et c'est ainsi que nous

— Ma chérie î dit doucement la mère, le c œ u r élreint est donnée une vie nouvelle, dans l'amour passionné dès

p a r la compassion. enfants p o u r le monde entier. Et qui pourrait éteindre

•— Vous êtes heureuse i reprit Lioudmila avec u n .tou- cet amour ? Qui ? Y a-t-il une force supérieure à celle-'

rire. C'est merveilleux de voir la mère et le fils m a r c h e r ci ? Qui pourrait la vaincre ?" C'est la terre qui l'a en-

côte à côte... C'est r a r e î gendrée, et la vie tout entière veut sa victoire... la vie

— Oui, c'est hon ! s'écria Pélaguée, et elle continua tout entière !

en baissant la voix; comme pour confier un secret : La mère s'écarta de Lioudmila et s'assit, haletante et

c'est une autre vie ! Vous, Nicolas, tous ceux qui tra- fatiguée p a r l'émotion. La jeune femme s'éloigna aussi,

vaillent pour la vérité, sont avec nous Et voilà que doucement, avec précaution, comme si elle eût craint

les gens deviennent proches les uns des autres... je les de briser on ne sait quoi. De son pas souple, elle tra-

c o m p r e n d s . . . pas les mots, mais tout le reste, je le com- versa la pièce, fixant au loin le regard profond de ses

p r e n d s !... Tout î yeux sans éclat. Elle semblait encore plus mince, plus

— Ah ! c'est comme ça ? dit la jeune femme, c'est droite et plus grande. Sa figure décharnée et sévère

comme ça I avait une expression concentrée, elle serrait nerveuse-

La m è r e ' l u i posa la main sur l'épaule et continua : ment les lèvres. Le silence apaisa rapidement la m è r e ;

— Les enfants sont en marche dans le monde ! elle demanda à mi-voix d'un ton craintif :

Voilà ce que je c o m p r e n d s : ils sont en m a r c h e dans le

— Peut-être ai-je dit des choses qu'il ne fallait pas

monde, sur toute la terre, partout, ils vont vers le même

dire ?

but ! Les meilleurs cœurs, les esprits loyaux vont à l'as-

saut sans regarder en arrière tout ce qui est mauvais et Lioudmila se tourna vivement, lui jeta un coup d'œil

s o m b r e ; ils avancent, ils avancent... Les jeunes et les effrayé, et s'écria avec vivacité : ~

robustes portent toute leur force à la même cause : à — Non, c'est comme ça... c'est comme ça I... Mais

là justice ! Ils veulent t r i o m p h e r de la douleur; ils ont n'en parlons plus !..'. Que cela reste comme vous venez

p r i s les armes pour anéantir le malheur de l'humanité; de le dire... que cela reste... oui 1 Et elle continua avec

ils veulent vaincre l'horrible et ils le vaincront ! Nous plus de calme : il faut bientôt p a r t i r . ; . La gare est loin

allumerons un nouveau soleil, m'a dit l'un d'eux, et ils d'ici.

— Gui, bientôt ! Que je suis contente ! Ah ! que je La mère la p r i t dans ses b r a s ; elle eut un r i r e silen-

suis contente, si vous saviez ! J'emporterai la parole de cieux, doucement fière de la victoire de son c œ u r . . .

mon fils, la parole de mon sangl C'est comme mon âme! Quand les deux femmes se quittèrent, Lioudmila re-

Elle sourit, mais son s o u r i r e n'eut qu'un pâle reflet garda Pélaguée en face et demanda à voix basse :

sur le visage de Lioudmila. La mère sentait que cette — Savez-vous qu'il fait bon être avec vous;? contrainte refroidissait sa p r o p r e joie; soudain, elle Et elle se répondit à elle-même : fut envahie du désir de communiquer à cette âme sé- — Oui 1 On dirait qu'on est sUr une haute montagne

vère son ardeur, de Pétreindre, afin qu'elle se mît à à l'aurore... l'unisson de son cœur maternel. Elle p r i t îa main de

Lioudmila et dit en la serrant avec force :

XXIX

— Ma chérie ! Comme il est bon de savoir qu'il y a

dans la vie de la lumière pour tous les hommes et que,

avec le temps, ils la verront, fondront leur âme en elle Dans la rue, l'air sec et glacial enveloppait le corps,

et se mettront tous à brûler de cette flamme inextin- prenait à la gorge, picotait les narines, et on suffoquait

guible ! à le respirer. Tout à coup, la mère s'arrêta et regarda

Son bon visage était frémissant; ses. yeux rayon- autour d'elle : tout près, au coin de la r u e , il y avait

naient et ses sourcils s'agitaient comme pour donner un cocher coiffé d'une casquette poilue; plus loin. Un

des ailes à l'éclat des prunelles. Elle était enivrée p a r homme marchait le dos voûté, la tête dans les épaules^;

de grandes pensées, dans lesquelles elle mettait tout un soldat courait et bondissait en se frottant les oreilles.

ce qui brûlait dans son cœur, tout ce qu'elle avait « On l'aura envoyé acheter quelque c h o s e . à la bou-

éprouvé; et elle enfermait dans les cristaux fermes ei tique ! » pensa-t-elle; elle écouta avec satisfaction le

vastes des mots lumineux, ses idées qui fleurissaient bruit sonore et jeune de la neige qui grinçait sous

et rayonnaient de plus en plus dans ce cœur autom- ses p a s ; elle fut bientôt à la gare; lo t r a i n n'était p a s

nal, illuminé p a r le soleil de la force créatrice. encore formé; cependant, il y avait déjà beaucoup de

— C'est comme si un nouveau Dieu nous était né ! inonde dans la salle d'attente de troisième classe, enfu-

Tout pour tous, tous pour' tout, toute la vie en un mée et crasseuse. Le froid avait chassé là les ouvriers

seul,-en. chacun teute la vie 1 Et chacun pour toute la du chemin de fer; des cochers et des individus mal

vie ! C'est ainsi que je c o m p r e n d s ; c'est p o u r cela que vêtus, sans feu ni l i e u , y venaient aussi se chauffer. I l

vous êtes sur la terre, je le vois ! En vérité, vous êtes y avait également des voyageurs : quelques paysans, un

tous des camarades, vous êtes de la même famille, car gros m a r c h a n d en pelisse de genette, un p r ê t r e avec

vous êtes les enfants de la même mère : la vérité ! C'est sa tille au visage pâle, cinq ou six soldats, des bourgeois

la vérité qui vous a engendrés, et c'est p a r sa force que affairés; On fumait, on parlait, on buvait de reau-de-vie

vous vivez ! ou du thé. Près du buffet, quelqu'un riait avec éclat; des

nuages de fumée planaient au-dessus des têtes. La porte

Pélaguée reprit haleine et continua avec un large

grinçait en s'ouvfant et .quand on la ferniait avec fracas

geste, qui semblait étreindre :

les vitres tremblaient et résonnaient. Une odeur d e t a b a c

— Et quand éa moi-même je prononce ce mot : « ca-

et de poisson salé frappait violemment lés narines.

marades ! » je les entends m a r c h e r ! Ils viennent de

partout en foule. J'entends un bruit retentissant et La mère s'assit près de la porte, bien en évidence* et

joyeux, comme si toutes les cloches des églises de la attendit. Quand quelqu'un entrait, une bouffée d'air

terre sonnaient ! froid soufflait sur elle; la sensation était agréable; elle

Elle avait réussi : le visage de Lioudmila s'anima; respirait alors à pleins poumons. Des gens lourdement

ses lèvres tremblèrent; l'une après l'autre, de grosses velus, chargés de paquets, apparaissaient; ils 's'accro-

larmes transparentes roulèrent de ses yeux ternes. chaient à la porte avec maladresse, juraient, jetaient

leur fardeau à terre ou sur un banc, puis enlevaient le

police auquel elle avait donné de fausses indications

givre du col de leur pardessus et de leurs manches,

au sujet du chemin que Rybine avait p r i s . On ia con-

essuyaient leur barbe ou leur moustache en gromme- naissait, on îa surveillait, c'était certain ! lant...

— Sui3-je prise ? se demanda-t-elie. Et eïle se répon-

Un jeune homme, qui portait une valise jaune, entra

dit e s tressaillant-, — Peut-être y a-t-ii encore... Non, je

et, p r o m e n a n t autour de lui un coup d'œil r a p i d e , se

suis prise, il r,'y a r i e n à faire...

dirigea droit vers la mère :

Elle regarda autour d'elle et ne vit r i e n de suspect.

— A Moscou ? demanda-t-il à mi-voix, L'une après l'autre, comme des étincelles, des idées

— Oui ! chez Tania ! s'enflammaient et s'éteignaient dans soa cerveau.

— Voilà ! — Laisser la valise ?... m'en aller ? Il plaça la valise sur le banc à côté d'elle, tira une

Mais aussitôt tau autre étincelle brilla, plus vive :

cigarette de sa poche, l'alluma rapidement et sortit p a r

— La parole de mon fils.., la jeter ! Dans des mains

une autre porte après avoir légèrement soulevé sa

p a r e i l l e s !

casquette. La mère caressa de la main le cuir froid de

Elle serra la valise contre elle.

la valise et s'y appuya; satisfaite, elle se mit à examiner

— Si je la p r e n a i s !... Si je courais !...

le public. Un instant après, elle se leva et s'assit sur

Ses pensées lui paraissaient étrangères; il l u i sem-

un autre b a n c , plus près de la sortie. Elle portait la

blait que quelqu'un les lui introduisait de force dans

valise avec aisance; la tête haute, elle regardait les

12 cerveau. C'étaient comme des hrûuires qui rongeaient

visages qui passaient sous ses yeux. :

douloureusement sa tête et son cœur, l'éloignant d'elle-

Un homme, vêtu d'un paletot court, la tête enfouie

même, de Pavel, de tout ce qui s'était déjà confondu

dans son col relevé, la heurta et s'écarta sans mot dire,

avec son cœur. File sentait qu'une force hostile l'op-

portant la main à sa casquette. Il sembla à îa mère

pressait avec obstination, accablait ses épaules et sa

qu'elle l'avait déjà vu, elle se retourna : il l'observait

poitrine, rabaissait en îa plongeant dans une t e r r e u r

d'un œil. Cet œil clair transperça Pélaguée et fit trem-

froide. Les veines de ses tempes se gonflèrent, une cha-

bler la main qui tenait la valise, comme si son fardeau

leur monta â la r a c i n e de ses cheveux. '

se fût alourdi brusquement.

Alors, d'un seul effort vigoureux qui la souleva tout

— Où l'ai-je vu ? se demanda-t-elie p o u r chasser la

entière, 'elle éteignit en elle toutes ces lueurs faibles,

sensation désagréable qui montait dans sa poitrine puis

lâches e t rusées, en se disant avec autorité : — Ne fais

à sa gorge, lui remplissant la bouche d'une amertume

pas honte à ton Sis !

sèche. Une envie irrésistible de se retourner et de re-

garder encore une fois saisit la mère : l'homme était Ses yeux rencontrèrent un regard timide et désolé.

toujours à la même place; il se tenait tantôt sur un pied, L'image de Rybine passa dans sa mémoire. Ces quel-

t a n t ô t sur l'autre, et semblait indécis. Il avait passé la ques instants d'hésitation semblaient avoir tout raffermi

main droite entre les boutons de son pardessus; l'autre e u elle. Son c œ u r battit plus régulièrement. était dans sa poche, ce qui faisait p a r a î t r e son épaule — Que va-t-lî arriver ? se demanda-i:-el]e en regar-

droite plus haute que la gauche... dant autour d'elle,

L'espion avait appelé un garde; il lui chuchotait quel-

Sans se nâter, Pélaguée s'approcha d'un banc, s'assit

que chos y en la désignant d'un coup d'œil. Le garde

lentement, avec précaution, comme si elle eût eraint de

examina la mère et recula. Un autre garde s'approcha,

déchirer quelque chose en elle. Mise en éveil par un

prêtent l'oreille à la conversation. C'était un vieillard

pressentiment aigu de malheur, sa mémoire lui pré-

robuste à cheveux gris; il portait toute la barbe. Il fit

senta deux, clichés de cet h o m m e : le p r e m i e r datait

nzi signe de tête à l'espion et s'avança vers le b a n c

du jour de l'évasion de Rybine, l'autre, de l a veille. Au

sur* lequel îa mère était assise; l'espion disparut sou-

tribunal, elle avait vu à côté de cet individu l'agent de

MAXIME GORKI 387

 

Le vieillard' marchait sans se hâter, eu scrutant atten- — Il n'y a pas de risque qu'on te fasse des compli-

tivement de ses yeux irrités le v b a g e de Pélaguée., Elle ments p o u r les avoir distribués ! s'écria une voix crain-

recula tout au fond du banc. tive.

— Pourvu qu'on ne me batte pas !... pourvu qu'on ne — Gare i que va-t-il arriver ! reprit une autre voix.

me batte pas î... Pélaguée voyait qu'on s'emparait des papiers, qu'on

Ii s'arrêta près d'elle et, après un silence, demanda les cachait dans les poches, dans les poitrines. Elle

d'une voix sévère : reprit de nouveau courage. Elle prenait des liasses de

— Que regardes-tu ? feuillets dans la valise et les lançait à droite et à gauche,

— Rien... dans les mains avides et pi estes. — C'est bon... voleuse ! Tu es. déjà vieille et tu fais -— Savez-vous pourquoi on a condamné mon fils et

ce métier-là !... tous ceux qui étaient avec lui ? Je vous le dirai ! Croyez-

II sembla à la mère que ces paroles la souffletaient. en mon cœur de m è r e ! Hier on a condamné des gens

Irritées et rauques, elles faisaient mal, comme si elles parce qu'ils vous apportaient à tous la vérité sainte !

eussent déchiré les joues, arraché les yeux... Hier j ' a i appris que cette vérité avait t r i o m p h é . . . per-

— Moi ? Une voleuse ? Tu mens ! cria-t-elle de toute sonne ne peut lutter avec elle, personne !

la force de ses poumons. La foule, qui gardait un silence étonné, devenait de

Tout ce qui l'entourait se mit à. chanceler dans le plus en plus dense, entourant la mère d'un anneau

tourbillon de son indignation; son cœur était étourdi de corps vivants. p a r l'amertume de l'injure. Elle saisit la valise qui — La pauvreté, la faim et la maladie, voilà ce que le

s'ouvrit. travail nous donne ! Tout est contre nous. De jour

— R e g a r d e ! Regardes t o u s ! s'écria-t-elïe en se le- en jour nous crevons de travail, nous souffrons de la

vant et en agitant au-dessus de sa tète un paquet de faim et du froid, toujours dans îa boue et dans la trom-

proclamations. A travers le bourdonnement de ses perie; et ce sont d'autres qui se gavent et se divertis-

oreilles, elle entendait les exclamations des gens qui sent au prix de notre labeur !... Comme des chiens à

accouraient de tous côtés. l'attache, on nous letient dans l'ignorance; nous ne

— Qu'y a-t-il ? savons rien, et dans notre poltronnerie, nous avons

— Voilà l'agent de îa police secrète... peur de tout ! Notre vie, c'est une nuit, une nuit som-

— Qu'est-ce que c'est ?- bre ! C'est un affreux cauchemar. N'est-ce pas vrai ?

— OP. dit qu'elle a volé... « . — Oui ! r é p o n d i r e n t sourdement quelques voix.

— Cette femme-là *? — Ferme-lui la bouche ! — Et elle crie...- La mère aperçut derrière la foule l'espion accom-

— Aïe ï aïe ! Elle a l'air si respectable I. pagné de deux gendarmes; elle se hâta de distribuer

—- Qui a-t-on arrêté "i - • les derniers paquets; mais quand sa main arriva à la

— Je ne suis pas une voleuse ! répéta là mère à valise elle sentit le contact d'une autre main.

pleine voix et en se calmant peu à peu à la vue des — Prenez tout, prenez tout ! dit-elle en se penchant.

curieux qui l'entouraient d'un cercle compact. Pour transformer cette vie, pour délivrer tous les

— Hier, on a condamné des prisonniers p.itiques... hommes, po-ur les ressusciter d'entre les morts, c o m m e

mon fils était du nombre... C'est Vlassov. Il a p r o n o n c é moi, j ' a i ressuscité, il est venu des gens, des enfants

un discours; le voilà ! J'allais le porter aux gens p o u r de Dieu qui sèment dans la vie la sainte vérité. Ils

qu'ils le lisent et réfléchissent à la vérité... agissent en secret, car, vous le savez bien, personne

Quelqu'un ayant tiré a v e e précaution un des feuillets ne peut dire la vérité sans être poursuivi, étranglé, jeté

qu'elle tenait à la main, elle agita les autres et les lança en prison, mutilé. La vérité de, la vie et la liberté sont

clans la foule, des ennemis à jamais irréconciliables de ceux qui nous

gouvernent, de ceux qui nous oppriment. Ce sont des Elle reçut u n coup dans la p o i t r i n e ; chancela et

enfants, ce sont des êtres p u r s et lumineux qui vous fomba ar ie b a n e . Au-dessus des fêtes s'estaient les

apportent la t é r i t é . Grâce à eux, elle viendra, dans notre mains des gendarmes, qui empoignaient les assistants

pénible existence, elle nous réchauffera et nous ani- par la nuque ou les épaules, les jetaient de côté, arra-

m e r a ; elle nous délivrera de l'oppression des autorités chaient les casquettes et les lançaient au loin. Les cho-

et de tous ceux qui leur ont vendu leur âme ! Croyez-le î ses noircirent et vacillèrent autour de Pélaguée, mais

— Bravo, la vieille ! ena-t-on. elle domina sa fatigue et se servît encore du. peu de

Quelqu'un se mit à rire, voix qui lui restait. — Dispersez-vous, hurlèrent les gendarmes, en écar- — Peuple, rassemble tes forces en une force u n e î

tant brutalement îa foule. Les groupes reculaient en La grande main rouge d'un gendarme s'abattit sur

maugréant, emprisonnant les gendarmes de leur masse son cou et îa secoua. et les gênant, sans le vouloir, peut-être. Cette femme — Tais-toi ! aux cheveux gris, au regard franc et à l'air de bonté, îes De la nuque, elle vint frapper le m u r ; p e n d a n t un

attirait; détachés les uns des autres, isolés p a r îa vie, instant, son c œ u r fut-enveloppé d'une buée de t e r r e u r

ils se confondaient maintenant en un tout, réchauffés brûlant?, mais cette vapeur se dissipa aussitôt sous

p a r l'ardeur de cette parole que beaucoup attendaient l'ardeur de la flamme intérieure. sans doute d t p u i s longtemps. Ceux qui étaient îe plus -—- Marche I dit le. gendarme. p r è s de la mère restaient silencieux. Pélaguée voyait — ... N'ayez peur êe rien I II n'y a p a s de souffrance

leurs regards attentifs fixés sur elle et sentait leur pire q j o celle que vous éprouvez toute votre v i e . . .

souffle tiède sur sa figure. - - Tais-toi ! te dis-jc, cria ic- gendarme en la p r e n a n t

— Monté sur le b a n c ! lui cria-t-on. par le bra3 ci on la tirant en avant. — Va-t'en, la vieille ! Un second gendarme s'tmpara de son autre b r a s .

— On va te p e n d r e S — ... II n'y a p a s de souffrance plus amère que celle

— Àh ! q'ielîe insolente ! qui, jour après jour, dévore ie c œ u r et dessèche la

— P a r l e vite S ils viennent i p o i t r i n e . . . — Faites place î Circulez i criaient les gendarmes, L'espion se yréoipita au-devant d'elle et. brandissant

qui approchaient. son poing devant le visage de la m i r e , cria d'une voix

Maintenant nombreux, ils écartaient îa foule avec aiguë :

plus de violence encore; les gens, bousculés, s'accro- — Tais-toi, canaille l chaient les uns aux autres. Il semblait à la mère qu'il hùs yeux de Pélaguée s'élargirent et étinçeïèrent; sa

y avait tin bouillonnement autour d'elle, que cette îouïe mâchoire trembla. Collant ses pieus à la dalie glissante,

était p r ê t e à la c o m p r e n d r e et à la croire. Elle aurait eîie cria : voulu dire à la hâte tout ce qu'elle savait, foutes les •-- On ue tue p a s une auie rest'-tsciiée. pensées puissantes qui montaient harmonieusement, -— CMenns ! sans effort, du tréfonds de son c œ u r ; mais îa voix lui D'un c-Gfi élan, l'espion la frappa au vïsagfc.

: manquait, il ne s'échappait de sa poitrine que des sons — C'est bien fait pour cette vicaire c M r o g n e i cria

rauques, déchirés, tremblants. une voix.

— La parole de m o n fils, c'est îa p a r o l e p u r e d'un fils Quelque chose de noir et d^ ronge aveugla u n ins-

du peuple, d'une âme intègre I Vous reconnaîtrez les tant la m è r e ; ia saveur saJce du sang lui remplit ia

gens intègres à leur audace; ils sont intrépides et se bouche. sacrifient à la vérité, quand elle l'exige 1 Une explosion d'exclamations ia ranima :

Des yeux juvéniles la regardaient à la fois avec en- — Vous n'avez p a s îe droit de frapper i

thousiasme et t e r r e u r . . . -- Camarades !

390 MAXIME GORKI

 

— Qu'est-ce que cela ?

— Àh î coquin i

— Donne-lui en !

— ... Ce n'est pas avec du sang qu'on noie îa rai-

Son !...

On la poussait dans le dos, dans ie cou, on îa frappait

à 3a tête, à la p o i t r i n e ; tout vacillait et s'évanouissait

dans le sombre tourbillon des cris, des hurlements, des

coups de sifflets. Quelque chose d'épais et d'assourdis-

sant pénétrait dans ses oreilles, remplissait sa gorge et

l'étouffait. Le sol s'effondrait sous ses jambes qui

ployaient, son corps frémissait sous les brûlures de la

douleur; alourdie, affaiblie, la m è r e chancelait. Mais

elle apercevait autour d'elle des yeux nombreux bril- ACHEVE D'IMPRIMER S U B L E S P R E S S E S lant du feu h a r d i qu'elle connaissait bien et qui était D E " L ' U N I O N T Y P O G R A P H I Q U E " , A cher à son cœur. V I L L E N E U V E - S A I N T - G E O R G E S ( S . - E T - O . ) ,

On la poussa vers la porte. L E VINGT DÉCEMBRE MIL N E U F CENT Elle dégagea une de ses mains, et s'accrocha au Q U A R A N T E - CINO.

montant.

— ... On n'éteindra pas la vérité même sous des mers

de sang...

On la frappa à la main.

— .., Vous n'amasserez que de la rancune, fous que

vous êtes ! et cette rancune, cette haine vous submer-

gera l...

Le gendarme la saisit à la gorge d'une étreinte tou-

jours plus violente.

File râla : f

— Les malheureux... ' ,

Quelqu'un lui r é p e n d i t p a r un sanglot prolongé.

 

F I N

 

d'éditeur : 17. . Dépôt légal : trimestre 1945.