La Revanche de Roger-la-Honte - Tome I

Jules Mary · Chapitre 31 sur 40

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La Revanche de Roger-la-Honte - Tome I

Chapitre XXXII

 

Durant la courte maladie de son père, Suzanne ne revit pas Raymond, qui était à Paris ; mais, le dimanche suivant, le jeune homme revenait à Maison-Blanche. Suzanne ne le savait pas et pourtant elle l’attendait. Plus d’une fois, depuis le matin, son regard avait erré au loin sur la longue route blanche bordée de peupliers, qui filait toute droite vers Chevreuse.

Elle était seule au château. Et elle avait hâte de revoir Raymond, parce qu’elle était bien résolue à tout lui dire…

Elle l’aperçut, marchant très vite.

Elle courut au-devant de lui, son impatience était si grande qu’elle ne pouvait l’attendre. Elle le rejoignit dans le parc.

– Oh ! Raymond, dit-elle, Raymond, que je suis heu-reuse !…

Et, en effet, son visage était radieux. Ses yeux brillaient, ses joues étaient roses et tout en elle exprimait l’animation et la joie.

Elle était si différente de ce qu’elle était l’autre jour, qu’il crut à un accès de folie et qu’il murmura :

– Suzanne ! Suzanne ! qu’avez-vous ? au nom du ciel !

– Oh ! Raymond, venez vite, je vous dirai tout… Ici, je ne puis parler… Des domestiques, des paysans peuvent passer dans le parc derrière les broussailles et les arbres… Ils nous enten-

 

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draient… Venez vite, j’ai hâte de vous apprendre… C’est de lui qu’il s’agit… de mon père…

Quand ils furent au château, qu’elle eut fermé les portes, elle lui raconta tout ce que son père lui avait dit. Elle n’omit rien de l’histoire où cette femme inconnue avait joué un rôle néfaste.

Roger Laroque n’avait pas nommé Julia. Raymond ne pou-vait se douter qu’il s’agissait de sa mère ! Il avait pour elle le plus profond respect, un respect qu’égalait seule sa tendresse, et un soupçon ne lui pouvait venir. Il lui dit seulement :

– Roger Laroque n’avait-il pas reconnu ma mère ?

– Il a dû la reconnaître, à coup sûr, et je me rappelle main-tenant quelques hésitations qui m’avaient frappée au début de nos relations.

– C’est juste. Sa sécurité et le soin de votre bonheur récla-maient les plus grandes précautions.

Raymond devint pensif.

– Ainsi, dit-il, c’est une femme qui a tenu dans ses mains l’honneur, presque la vie de votre père… Et elle n’a rien dit. Qu’est-elle donc, pour avoir tant de lâcheté !

– Songez, Raymond, au déshonneur… pour elle, si elle avait parlé !… Songez qu’elle avait un mari… Songez qu’elle avait peut-être des enfants !…

– Qui est-elle ? Vous a-t-il dit son nom ?

– Oh ! Raymond ! Le pouvait-il sans renier le passé ? lui qui a tout sacrifié à ce secret !… Ce nom, il ne le révélera ja-mais !

 

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– Laroque est un homme. Mon père avait raison de l’aimer, moi, je ne l’en estime que davantage…

Raymond retomba dans son silence et dans sa rêverie.

– À quoi réfléchissez-vous, mon ami ?

– À une chose bien simple, Suzanne. Puisque votre père est innocent, il y a un coupable… l’homme que vous avez aperçu dans la maison de Larouette… Ce coupable, votre père le cherche, je le chercherai aussi… Je suis avocat… j’ai de nom-breux amis au Palais et à la préfecture. Je serai puissamment aidé… Oh ! ne craignez rien, je serai prudent… je penserai à vous… Puis, ce n’est pas tout Suzanne… quelque chose me dit que cette femme, ancienne maîtresse de votre père, a été mêlée de près à cette intrigue… quelque chose me dit qu’elle est com-plice du crime… Il y a eu là peut-être une vengeance… Cette femme, il faut à tout prix la connaître…

– Raymond, dit-elle, avec une terreur instinctive, épargnez cette femme, si vous la rencontrez sur votre chemin… Songez que si elle est mère… cela serait effroyable… de la livrer ainsi aux juges… de la couvrir de honte, à la face de tous ! Mon père ne voudrait pas, j’en suis sûre !… Épargnez-la !…

– Nous verrons, quand l’heure sera venue. Tout à l’heure, vous m’avez accueilli en me disant que vous étiez heureuse… Eh bien, moi aussi, Suzanne, je suis heureux… car bientôt, je vous le jure, vous serez ma femme !

– Que Dieu vous entende, mon ami !

– Au revoir, Suzanne… Nous ne nous reverrons pas avant des semaines, peut-être, car je ne veux pas revenir sans vous apporter une bonne nouvelle… Ayez confiance… Aimez-moi… Je

 

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vous aime… Mon père, qui était l’ami du vôtre, a échoué lors-qu’il a voulu prouver l’innocence de Laroque… mais il est mort… Là où le père n’a pas réussi, le fils réussira peut-être… Lucien de Noirville n’avait que l’amitié… moi, j’ai l’amour… Et je mourrai, s’il le faut, comme est mort mon père !…

Sur ce mot, il partit.

 

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