Le Livre des Mères et des Enfants, Tome I

Marceline Desbordes-Valmore · Chapitre 27 sur 42

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Le Livre des Mères et des Enfants, Tome I

Le Sonneur aux Portes.

 

En cinq parties.

 

LE PORTIER.

Je ne crois pas qu'il y ait encore des enfants aussi hardis qu'Antony. Il était la terreur des portiers, le lutin des servantes, le cauchemar du rentier paisible. Ce petit voltigeur des rues passait pour le chef d'une bande audacieuse, qu'il entraînait tous les soirs en sortant de l'école. Il se mettait à leur tête en vrai cosaque à pied, et pas un marteau, pas une sonnette, n'échappaient à leur investigation.

—Pan! pan! pour le marteau. Ils fuyaient, se plaçaient en embuscade à quelques maisons plus loin, et la porte s'ouvrait à la grande joie de leurs cours pleins de malice.

Le portier, ne voyant entrer personne, venait lui-même regarder pourquoi? et plongeant en vain ses yeux dans la rue silencieuse, s'en retournait mécontent. Après un temps raisonnable, quand on le supposait rentré dans sa loge et paisiblement assis, on retournait, haletant, avec des rires étouffés où il y avait tout un poème de brigandage.

—Pan! pan! recommençait le marteau et les six oiseaux de nuit s'envolaient encore, rasant la terre, dans la cachette qu'ils s'étaient choisie. Force était au portier de tirer le cordon, ne fût-ce que pour lui-même; car il brûlait ce portier dérangé d'attraper et de tordre le bras insolent qui l'arrachait ainsi à son repos. C'était en vain!