Le Livre des Mères et des Enfants, Tome I
Le Cordonnier.
Alors, l'amour même du repos l'arrachait violemment à son immobilité de profession. Il se faisait petit, et s'avançait finement le long du rang où il supposait les malfaiteurs cachés.
Mais si, par hasard, il s'approchait de leur retraite, ils en sortaient tout à coup avec une agilité si prodigieuse qu'ils glissaient entre ses bras étendus, faisant voler en l'air son bonnet et poussant des cris aussi aigus que ceux de l'orfraie ou de la chouette. Ils étendaient même l'insulte jusqu'à frapper du marteau chacun un coup; ce qui en faisait six, en jetant pour adieu au portier gonflé de colère dans la rue:
—Ouvrez, portier! ouvrez donc; portier! le cordon, s'il vous plaît!
La nuit entière ne consolait pas le portier de ces allées et venues forcées, et sans vengeance. Le portier aime la vengeance.
LE CORDONNIER.
Antony donc répandant partout ses ravages était toujours pendu à une sonnette et tandis que les autres fuyaient, lui souvent mettait dans sa tête d'affronter le danger.
Une servante accourait, effrayée du terrible ébranlement de la sonnette, et avant même qu'elle ouvrît la bouche, Antony, levant un nez insolent, demandait:
—Est-ce ici le médecin de mon oncle?
—Qu'est-ce que c'est que le médecin de votre oncle? demandait la servante irritée.
—C'est... je ne me souviens pas de son nom; mais c'est un bien bon médecin!»