Le Livre des Mères et des Enfants, Tome I

Marceline Desbordes-Valmore · Chapitre 30 sur 42

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Le Livre des Mères et des Enfants, Tome I

Voyage D'antony.

—J'avais des amis, monsieur. Ils se sont sauvés.... ils ont bien fait.»

—Avez-vous une mère?»

Antony ne répondit pas; mais il baissa la tête, et le rentier qui l'examinait attentivement, vit ruisseler deux larmes sous son bandeau.

—Partons! dit le juge, d'un ton grave et irrévocable.

 

VOYAGE D'ANTONY.

Antony fut conduit en silence dans la voiture qui roula si long-temps qu'il se crut à vingt lieues de Paris. Elle s'arrêta tout à coup sur un cri des deux guides, au milieu desquels Antony était assis.

Le rentier qui n'avait pas soufflé le mot, durant le voyage, descendit le premier, et s'éloigna. Antony fut déposé au milieu d'une rue déserte et noire qu'il prit pour une ville de province inconnue. Quand son bandeau fut ôté et qu'il put porter autour de lui ses yeux pleins de terreur:

—Tirez-vous de là, dirent brièvement ses guides en remontant dans la voiture que l'enfant infortuné vit s'éloigner avec l'amertume profonde de son abandon.

Il resta quelques instants sans se mouvoir et sans rappeler ses idées. Cette ville nouvelle lui paraissait pleine de consternation, il trouvait les maisons d'un aspect bizarre, bâties tout autrement qu'à Paris, son cher Paris! et présentement qu'il était pour lui d'une impérieuse nécessité de sonner à quelque porte pour s'y sauver d'une nuit d'épouvante et d'insomnie, à jeun; tous les pieds de biches du monde n'auraient pu réveiller sa passion éteinte pour le son des marteaux et des cloches. Il s'assit en soupirant au coin d'une borne sur un banc étroit qu'il accepta pour son lit, non sans murmurer tristement: