Le règne de la séduction

Daniel Marcelli · Chapitre 9 sur 15

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Le règne de la séduction

8. Qu’y a-t-il de séducteur dans la sexualité infantile ?

8.

 

Qu’y a-t-il de séducteur dans la sexualité

 

infantile ?

 

Séduction et sexualité se tiennent par la main, oserons-nous dire ! Dès

l’invention de la sexualité, soit la nécessité pour un organisme vivant d’en

passer par la rencontre avec un autre de la même espèce pour se reproduire,

la question d’une attirance de l’un par l’autre devient primordiale : s’il n’y a

pas de rencontre, il n’y a pas de sexualité, pas de reproduction, pas de

pérennité de l’espèce ! La séduction n’est certainement pas une spécificité

de l’espèce humaine même si, accordons-leur cela, les humains ont donné

au processus de la séduction une ampleur d’une subtilité et d’une

complexité remarquables, débordant largement le seul domaine de la

sexualité. Mais la séduction reste le point de départ, d’amorçage de cette

chaîne aboutissant à la reproduction de l’espèce.

 

Une sexualité infantile ?

 

Aussi, l’immense majorité des ouvrages qui traitent de la séduction

tournent plus ou moins directement autour de la sexualité, proposant

souvent le catalogue des multiples manœuvres propices au rapprochement

d’un homme et d’une femme, de deux hommes ou de deux femmes, etc.99.

Plus difficiles et plus ambitieux, quelques ouvrages cherchent, au-delà de la

sexualité, à poser la séduction comme un principe, une sorte d’essence

antérieure à la sexualité proprement dite, une caractéristique structurelle en

quelque sorte. Dans une telle perspective, la séduction n’est plus un

principe qui opère entre deux individus, mais un principe qui appartient à

une catégorie, par exemple celle du féminin – c’est ce que cherche à développer, nous l’avons déjà évoqué au chapitre 1, l’ouvrage de Jean

Baudrillard 100, position qui en assimilant la séduction à la catégorie du

féminin nous paraît contestable mais qui pose de façon pertinente le

problème pour ce qui nous concerne ici.

En effet, quand la séduction opère entre un enfant et un adulte, doit-on

considérer la séduction comme un principe d’interaction entre deux

individus ou au contraire doit-on la considérer comme appartenant à une

catégorie, ici celle de l’adulte seulement ? La seconde proposition a

l’avantage de maintenir l’enfant dans le paradis de l’innocence, mais elle

fait fi de ce qu’on nomme couramment la « sexualité infantile ».

La première proposition apparaît scandaleuse, d’autant plus scandaleuse

que pendant longtemps les adultes commettant des actes sexuellement

répréhensibles sur des mineurs ont mis en avant l’attitude de l’enfant

comme justification de leurs actes ! La « sexualité infantile » n’est pas le

symétrique complémentaire de celle qui est impliquée entre deux adultes

sur le modèle de la sexualité « complémentaire » entre une femme et un

homme ou de la sexualité entre deux adultes de même sexe dont la place

sociale est précisément symétrique. L’enfant n’est ni le complément ni le

symétrique de l’adulte ! Parler de séduction et de sexualité infantile

introduit une asymétrie dont il faut tenir compte. Précisons donc que nous

essayons ici de dégager ce qui caractérise le rapport de séduction entre

l’enfant porteur d’une sexualité infantile et l’adulte, avec sa sexualité

d’adulte. Nous n’aborderons pas la question des abus sexuels d’un adulte

sur un enfant. Sans méconnaître cette douloureuse problématique, cette

question sort néanmoins du strict cadre de nos propos. Nous ambitionnons

ici de nous centrer sur ce qui, entre un adulte et un enfant « fait séduction »,

avec en arrière-plan le problème de la sexualité infantile.

Depuis Freud, la « sexualité infantile » est une affaire bien connue du

public cultivé, sexualité dont la réalité paraît confirmée chaque jour au

cours du déroulement des cures psychanalytiques de patients adultes. Car

cette sexualité infantile enferme souvent l’adulte dans sa névrose, ses

troubles limites ou narcissiques, et il semble incapable de s’en dégager.

Mais précisément dans ces cures d’adultes, la sexualité infantile est une

histoire refoulée d’enfance ou plus exactement l’histoire d’un refoulement

(ou d’un clivage) d’une partie de l’histoire infantile qui n’a pu être élaborée, transformée, surmontée. Ce n’est pas une réalité d’enfant. D’ailleurs dans

une récente parution de la 101 Revue française de psychanalyse on préfère

parler de « sexuel infantile » pour traiter de ce qui fait conflit sexuel dans la

cure d’adultes plutôt que de s’en référer à la « sexualité », qu’elle soit

« infantile » ou « de l’enfant ».

« Mais c’est oublier le petit Hans ! » s’indigne le lecteur cultivé. Drôle

d’histoire que celle de ce petit garçon de cinq ans, racontée par un père

complaisant si heureux d’offrir à Freud une histoire clinique exemplaire,

celle de son fils, comme brillante confirmation des théories de son maître ;

drôle d’histoire, celle d’une « maladie », le trouble phobique, qui envahit

l’enfant ; drôle d’histoire, celle d’un modèle, le conflit œdipien et la

névrose infantile ; c’est aussi l’histoire familiale d’une naissance, celle

d’une petite sœur ; l’histoire d’une éducation où la mère menace son fils de

lui couper son « fait-pipi » s’il continue d’y toucher. C’est enfin l’histoire

silencieuse de multiples transferts emboîtés comme autant de poupées

russes : celui de Freud et de la mère de l’enfant en analyse avec ce dernier ;

celui d’un fils « analysé » par son père ; celui qui se noue nécessairement

entre le disciple, le père de Hans, et « le professeur », Freud ; celui de

familles qui se connaissent et se fréquentent 102 ! L’éblouissante luminosité

du cas a certes dévoilé la « sexualité infantile » et, de ce point de vue,

« l’histoire du petit Hans » conserve toute sa pertinence. Mais est-ce pour

autant l’histoire de la « sexualité d’un enfant » ? Ne serait-ce pas plutôt

l’histoire du « sexuel infantile » de la psychanalyse, une histoire où

s’enchevêtrent, s’emboîtent et se mêlent toute une série de conflits,

individuels, familiaux, développementaux, structurels, éducatifs, culturels ?

Nombre de psychanalystes contemporains s’interrogent ainsi sur la

pertinence de la notion de « sexualité de l’enfant ». N’y a-t-il pas là un abus

de langage ? Certes, mis à part quelques exceptions 103, l’enfant se voit

attribuer dès sa naissance un sexe et ses parents font en sorte qu’il se

comporte ensuite selon l’usage propre à ce sexe : en ce sens, effectivement,

il y a répartition sexuelle des rôles, y compris dans l’enfance. Certes une

petite fille telle que Carmen, que nous avons rencontrée au chapitre 2, ne se

prive pas de jouer avec son « fait-pipi » pour y découvrir une étrange

sensation que d’ailleurs, fait social et culturel nouveau, elle relate sans gêne à sa mère. Certes, un garçon de cinq ans est souvent très amoureux d’une

fille du même âge (et réciproquement) : je me souviens d’un de mes fils à

cet âge, garçon plutôt remuant, capable de rester immobile de longues

minutes le pied tendu pendant que son « amoureuse » apprenait à faire les

nœuds de lacets sur ses chaussures. Il était déjà transi d’amour ! Mais de

quelle nature est cet amour : sexuel, érotique, libidinal ? Là est la question.

La sexualité infantile ressemble de nos jours à une caverne d’Ali Baba où

chaque adulte rêve de trouver la réponse à l’énigme de sa propre sexualité

(d’adulte), une sexualité pas toujours satisfaisante, parfois même ressentie

comme une contrainte qui impose une inexorable finitude à des désirs

d’infinie jouissance. Dès que sa sexualité devient insatisfaisante, ce même

adulte a tendance à faire de tout ce qui avait trait au « sexuel de son

enfance » un paradis perdu ! Pourquoi cette fascination ? Parce que l’enfant,

libre de la contrainte liée à l’assouvissement génital, peut s’adonner sans

retenue ni crainte à la curiosité du sexuel et au plaisir autoérotique : il n’y a

apparemment pas de mal à ça. À condition toutefois qu’on ne le menace pas

trop d’une punition, celle de lui « couper son fait-pipi » !

Alors, que met-on d’ordinaire sous le terme « sexualité infantile » ou

même « sexualité de l’enfant », en acceptant dans un premier temps ces

deux expressions comme équivalentes ? Deux composantes évoluent

parallèlement pendant toute l’enfance, l’une essentiellement psychique, la

curiosité sexuelle, l’autre essentiellement somatique, le plaisir d’organe.

 

La curiosité sexuelle

 

La toute première curiosité sexuelle concerne la différence anatomique

des sexes. Dès la fin de la deuxième année, le jeune enfant se montre très

curieux de cette « anomalie » : alors même qu’il vient juste de prendre

conscience de son corps propre, voilà que ses yeux tombent sur cette

différence. La petite fille est surprise de constater que le grand frère, le petit

cousin ou papa ont entre les jambes un drôle d’appendice qu’elle-même ne

semble pas posséder. Quant au petit garçon, il est contraint de voir que tout

le monde n’est pas doté du même zizi que lui : où est-il donc passé ?

Il faut bien comprendre que cette perception arrive précisément au

moment où l’image du corps commence à accéder à une relative unité, et qu’elle la fragilise. Si tous les corps ne sont pas identiques, alors pourquoi

le mien est ainsi fait ? Ne pourrait-il pas être autrement ? Il y a là une

énigmatique fascination… Cette différence exerce donc une véritable

« séduction » sur la vision de l’enfant : ses yeux n’ont de cesse d’y revenir

et son regard, c’est-à-dire l’activité psychique accompagnant la vision, ne

cesse de le pousser ! Ce n’est pas le hasard qui conduit les petits enfants à

entrer dans la salle de bains, à aller presque sous la douche, à se pencher

pour mieux voir quand le parent de l’autre sexe, le frère ou la sœur y sont.

C’est en fait la puissance séductrice de cette vision qui attire l’œil du jeune

enfant, mi-curieux, mi-inquiet, et stimule ses réflexions, ses songes, ses

fantaisies.

Freud fait de la vue des organes génitaux et de la différence anatomique

des sexes le modèle de la pulsion et l’aiguillon du complexe d’Œdipe.

Pourquoi cet aiguillon ? Parce qu’il y a de la violence dans cette perception,

violence qui contraint le jeune enfant à ériger une théorie susceptible de la

contenir : « Quand le petit garçon voit les parties génitales d’une petite

sœur, ses propos montrent que son préjugé est déjà assez fort pour faire

violence à la perception 104. » Devant l’énigme de cette vision violente, il

faut ériger une solide barrière. Le psychisme pousse : il se met au travail et

cherche à effacer cette anomalie : « Quand le petit garçon aperçoit la région

génitale de la petite fille… il ne voit rien ou bien par ce déni il atténue sa

perception, cherche des informations qui permettent de l’accorder à ce qu’il

espère 105. » La perception énigmatique et traumatique de la différence des

sexes fascine l’œil et le persécute. Pour le rassurer le psychisme se met à

l’œuvre et fabrique une théorie séduisante, fût-elle fausse, peu importe !

L’important est d’y croire et de s’en rassurer : c’est la fonction de toute

croyance et l’essence du travail psychique 106.

Bien sûr, le destin évolutif de cette construction théorique initiale diffère

chez le garçon et chez la fille. Le garçon effectivement « ne voit rien » et ce

rien énigmatique le pousse au déni (« Non, il n’y a pas rien, il y a quelque

chose ») ou à des théories défensives dont il n’est jamais complètement

dupe : il y aura toujours pour un homme une énigme entre les jambes d’une

femme. La fille de son côté voit quelque chose et ce quelque chose

l’intrigue : il y a toujours pour une femme un désir de possession de la chose. Aussi pour le premier, l’effroi de ce voir éveille la peur de ce

manque et la crainte de la castration tandis que chez la fille la surprise de

cette vision éveille l’envie du pénis. L’histoire ultérieure de chaque enfant

maintiendra intacts ces premiers émois, les transformera en leur contraire

ou les colorera d’ambivalence : la sexualité humaine a plus d’un tour dans

son sac !

Ainsi, au moment où l’enfant accède à l’idée d’une unité de lui-même, au

moment où il commence à se représenter lui-même en accédant au « je »,

brusquement son regard tombe sur le constat d’une différence anatomique

des sexes qui vient menacer ce sentiment encore fragile d’unité, sentiment

qui, à ce stade du développement, est encore dépendant de ce que le regard

de l’autre lui procure. Cette réalité nouvelle assaille son regard, soulève une

énigme et attire sa vision qui se focalise dessus : quel est le sens de cette

différence dans l’autre ? Comment peut-il arriver à « réaliser » cette

différence – ce qui, en rebond, questionne sa propre image. C’est pourquoi

la différence des sexes condense tous les fantasmes liés à l’altérité et sa

vision ouvre aux « réalisations » des divers scénarios fantasmatiques. Face

à la réalité de la vision, l’œil cherche à voir pour mieux réaliser ce qu’il a

vu, pour que l’objet de cette vision puisse combler le regard107, l’apaiser

par la médiation, véritable activité transitionnelle, du travail psychique de

réalisation/transformation 108 : malheureusement ce qui saute aux yeux ne

fait qu’accroître l’insaisissable, le mystère, la puissance séductrice de cette

énigme. L’imaginaire de l’enfant se met au travail et « fabrique » des

théories susceptibles d’y répondre au moins partiellement et

temporairement.

Cette curiosité se focalise rapidement sur ce qu’on nomme la scène

primitive : que font ensemble papa et maman dans la chambre ? Comment

fait-on les enfants : par la bouche, en ouvrant le ventre, par l’anus… Mais, à

côté de cette curiosité concernant la sexualité des adultes en général, des

parents en particulier, l’enfant déploie une curiosité dans des secteurs qui

s’en rapprochent. Le fantasme des origines mobilise la curiosité de l’enfant

sur l’origine du monde et de la vie : d’où viennent les enfants, d’où

viennent les êtres humains, comment le monde a commencé, pourquoi les

dinosaures ont disparu ? Quant au fantasme de séduction, il imprègne le

mouvement de curiosité pour tout ce qui a trait aux relations d’amour : mes parents s’aiment-ils vraiment ? Qu’est-ce que mon père/ma mère peut bien

trouver à ma mère/mon père ? Est-ce que ce sont bien mes vrais parents ?

N’y a-t-il pas quelque part d’autres parents plus merveilleux qui

m’aimeraient sans jamais me frustrer et que j’aimerais sans la moindre

ambivalence, des parents qui ne m’auraient fait ni frères ni sœurs/ne

m’auraient pas laissé enfant triste d’être unique…

Toutefois, si par l’œil collé au trou de la serrure ou grâce à l’oreille

tendue, l’enfant peut entrevoir et entre-ouïr quelques fragments de la

sexualité de ses parents, l’énigme reste le plus souvent entière… pendant un

certain temps. Il lui faut patienter. Il imagine alors devenir grand et prendre

la place de celui auquel il ressemble le plus : la curiosité sexuelle l’installe

sur le char d’Œdipe.

 

Le plaisir autoérotique

 

L’autre composante de la sexualité infantile concerne le plaisir d’organe

et le concept d’étayage. Le fonctionnement du corps apporte une

satisfaction directe (boire du lait puis manger, faire pipi ou caca, s’entendre

vagir, crier puis parler) ou indirecte (téter sa langue, se frotter le nez), voire

détournée et perverse (se retenir et refuser de « faire » des selles, tirer sur

ses cheveux, se cogner la tête, etc.) sans oublier bien sûr le « plaisir du

sexe » car les organes sexuels sont richement innervés. Le contact de la

main sur le sexe provoque une stimulation plaisante quel que soit l’âge…

Mais d’une façon générale, concernant le plaisir pris avec le corps,

l’essentiel est d’admettre qu’un corps en action vaut mieux qu’un corps

inerte, qu’une sensation quelconque vaut mieux qu’une absence de

sensation. Le corps réclame une « excitation » et attire à lui la main de

l’enfant (pouce dans la bouche, main sur le sexe…). Très tôt, le jeune

enfant, garçon comme fille, découvre que des stimulations dans la zone des

organes sexuels (se caresser le sexe mais aussi serrer ou frotter ses cuisses

l’une contre l’autre…) apportent des sensations intenses et plaisantes.

Carmen en est un exemple tout à fait banal109.

Il est classique de dire que ce plaisir d’organe prend appui sur les

premières interactions et les premiers apports extérieurs, en particulier

alimentaires : en nourrissant son jeune enfant, la mère non seulement satisfait un besoin, la faim, mais elle lui offre aussi une « prime de plaisir »,

celle que le fait de téter apporte en lui-même. Rapidement le bébé découvre

qu’il peut prendre ce plaisir tout seul, en tétant sa langue d’abord (les

mouvements de succion spontanée qui existent même quand le bébé est

rassasié) puis en mettant son doigt en bouche. Très tôt dans ses écrits, Freud

a proposé cette conception classique de l’étayage : le plaisir en général, le

plaisir sexuel en particulier, s’étaye sur la satisfaction d’un besoin

physiologique, il en constitue un détournement, une sorte de « déviation

perverse ». C’est ce qui le conduira à décrire le jeune enfant comme un

« pervers polymorphe », un petit pervers qui n’aurait pas encore « choisi »

sa perversion.

Mais je serai tenté de remettre en cause cette notion d’étayage du plaisir,

des pulsions et du fonctionnement psychique sur la satisfaction primaire

d’un besoin physiologique110. En effet, le « plaisir » pris au fonctionnement

du corps ne pourrait-il pas précéder la satisfaction liée à l’apaisement du

besoin physiologique : ne voit-on pas sur les échographies de fœtus des

pouces en bouche ? D’une certaine façon, la faim et les modalités de sa

satisfaction forment un modèle privilégié qui par son apparente évidence

tend à masquer l’en-deçà de cette interaction ! Car, en concentrant son

regard sur le sein de la mère et la bouche du bébé (le fameux complexe

mamelon/bouche), l’observateur méconnaît un élément essentiel à la

relation : l’échange de regards mère/bébé qui accompagne ce moment

privilégié. Ce croisement des regards au cours de l’alimentation apporte à

l’enfant une expérience de base : la satisfaction provient d’un autre. Alors

que son corps aurait tendance à lui montrer que sa bouche ou sa main seule

pourrait suffire.

Quand un adulte nourrit un bébé, régulièrement il pose son regard dans

celui du bébé, répond aux regards du bébé, laisse le bébé se reposer quand il

ferme les yeux puis reprend cet engagement visuel. Ce faisant, cet adulte, le

plus souvent la mère, mais pas obligatoirement ni uniquement celle-ci,

instille, insuffle, transfuse quelque chose au bébé qui va bien au-delà de la

nourriture ingérée. L’adulte instille des gouttelettes d’altérité dans le regard

de ce bébé, lui insuffle le souffle de l’esprit, cet étrange organe qui se

trouve à la jonction des deux partenaires, transfuse des fragments de sa

propre subjectivité. Le bébé ne se nourrit pas que de lait, il se nourrit aussi de ces regards, faisant de cette situation d’allaitement le prototype d’une

expérience de plénitude, celle d’une satisfaction physiologique corporelle

associée à une satisfaction psychique partagée.

Ce double ancrage simultané permet que la relation à l’autre trouve une

place par rapport à la force du plaisir solitaire, celui que le jeune enfant peut

s’octroyer en se stimulant tout seul. Mais pour que le plaisir pris dans la

relation se substitue au plaisir solitaire, il faut que la satisfaction du besoin

(alimentaire d’abord, de tout ordre ensuite) préserve le narcissisme de

l’enfant, c’est-à-dire l’illusion d’en être l’auteur. Paradoxe absolu que

Winnicott avait parfaitement souligné en déclarant que la mère (ou la

personne qui s’occupe de l’enfant) devait apporter l’objet (le sein, le

biberon) juste au moment où le bébé commençait à en éprouver le besoin,

ni trop tôt (alors que le besoin n’existe pas encore, ce qui prive l’enfant de

l’expérience d’un besoin puis d’une satisfaction), ni trop tard (ce qui peut

conduire l’enfant à se désorganiser sous le coup de la voracité et de la rage

et le prive de la possibilité de faire une bonne expérience d’apaisement).

Quand l’objet arrive ainsi au bon moment, le bébé ne ressent pas les effets

d’une dépendance douloureuse. Dans le cas contraire, la stimulation

solitaire maintient le sentiment d’existence et préserve l’illusion

narcissique. Ce plaisir d’organe ne peut mieux être décrit que par l’adjectif

ancien « libidineux », terme qui désignait celui qui suit ses désirs, de lubere

« avoir envie de… », et dans sa forme impersonnelle lubet (lubie), « il me

plaît de… 111 » Il plaît au corps que la main le caresse !

Mais ce faisant cet enfant libidineux peut développer le sentiment qu’il

prend la place du parent et que celui-ci pourrait l’abandonner, ne pas

revenir… Sucer son pouce est bien plaisant mais aussi bien menaçant ! Que

dire si de surcroît des menaces réelles accompagnent ce plaisir solitaire ?

 

Deux composantes parallèles

 

Ainsi, ce qu’on nomme couramment la « sexualité de l’enfant » est un

mixte de ces deux grandes composantes que sont d’un côté la curiosité

sexuelle (en englobant sous ce terme non seulement la curiosité sexuelle

proprement dite, mais aussi les théories sexuelles infantiles, le fantasme des

origines et celui de séduction) et de l’autre le plaisir d’organe. Mais, si l’on voulait être très rigoureux, il serait plus exact de dire : la curiosité sur la

différence des sexes et l’activité de reproduction des adultes d’un côté ; le

plaisir pris à la manipulation active du corps de l’autre – ce qu’on pourrait

plus justement résumer par l’« activité libidinale de l’enfant ».

Fait essentiel : ces deux composantes vont évoluer pendant la quasi-

totalité de l’enfance indépendamment l’une de l’autre. Cette disjonction

caractérise la « sexualité infantile » jusqu’à l’apparition de la puberté.

L’enfant est curieux de la sexualité mais il ne construit pas véritablement de

« scénario sexuel », fait de fantasmes sexuels où il serait l’acteur du

scénario. La fantaisie la plus proche qu’on puisse retrouver chez un enfant a

été décrite par Freud dans le fantasme « On bat un enfant 112 » : finalement,

la vue d’un père qui bat un frère ou une sœur semble constituer une scène

plus propice à ouvrir l’imaginaire d’un enfant que celle d’avoir devant ses

yeux deux adultes ayant des relations sexuelles. Dans la scène dite de

fustigation, l’enfant s’imagine aisément être un acteur (plus volontiers

passif d’ailleurs) du scénario, alors que, face au coït de deux adultes, il ne

semble pas développer si facilement que cela un scénario imaginaire, mais

beaucoup plus une compulsion à revoir cette scène fascinante et captivante

au sens où cette vision oculaire sidère l’activité psychique.

À côté de ce désir de voir, les activités autoérotiques et/ou

autostimulantes de l’enfant se distinguent de celles de l’individu pubère par

deux différences essentielles : elles ne paraissent pas être un support à

fantasmer ; elles ne débouchent pas sur un orgasme 113 et de ce fait n’ont pas

de fin possible autre que l’épuisement. On le sait, les activités

autostimulantes (termes ici préférables à autoérotiques) d’un enfant peuvent

ne pas avoir de limites au point de mettre sa vie en danger ! D’aucuns

appellent cela la toute-puissance infantile ! La maturité sexuelle et

l’accession à la génitalité vont précisément, par la surprise de l’orgasme,

lier entre elles ces deux composantes, scénario imaginaire et activité

d’organe, lien orgasmique qui d’une certaine manière constitue une entrave

pour la toute-jouissance de chacune de ces composantes dans leur

indépendance : elles se font de l’ombre l’une à l’autre, d’autant que

l’orgasme, véritable castration physiologique de la jouissance, vient y

mettre un terme au moins temporaire dans la relation sexuelle accomplie.

C’est probablement la raison pour laquelle nombre d’adultes semblent préférer la jouissance orgasmique fantasmatique d’un scénario imaginaire,

car celle-ci peut ne pas avoir de fin et, quand elle en a une, c’est par la

volonté, le choix et sous l’emprise du sujet lui-même : l’orgasme en

fantasme est « tout à soi » tandis que l’orgasme dans la relation sexuelle

doit non seulement se partager mais en outre « surgit » précisément au

moment où l’individu s’abandonne, renonce à la maîtrise…

C’est en ce sens que la « sexualité infantile » exerce un potentiel effet de

séduction chez tout adulte, cela d’autant plus que sa sexualité n’est pas

vraiment satisfaisante, au sens où le fait de dépendre d’un autre constitue

une blessure intolérable ou honteuse. Ainsi la sexualité de l’enfant n’est pas

un partage, elle est « toute à lui » mais avec cette réserve que curiosité

sexuelle au sens large et activité autoérotique restent disjointes l’une de

l’autre. Si l’enfant est secare, coupé, c’est au-dedans de lui-même et pas

encore de l’autre. C’est à cela qu’au sortir de la latence, l’adolescent doit

s’affronter en renonçant à la « toute-puissance infantile » d’une sexualité

solitaire.

 

La période de latence

 

Mais s’il est assez facile de désigner ce qui clôt la latence, il est moins

facile de repérer ce qui l’inaugure ! Au sortir de la période œdipienne,

l’enfant doit-il aussi renoncer ?

Et à quoi ? Renoncer à obtenir dès cet âge une réponse à l’énigme que

représente la sexualité de ses parents et des adultes en général, lesquels

restent silencieux ou ne donnent que des réponses évasives pas vraiment

satisfaisantes ? L’enfant en conclut qu’il est trop petit pour satisfaire l’un de

ses parents, trop faible pour entrer en guerre avec l’autre et qu’il y a, malgré

toutes les explications des adultes, un reste énigmatique qu’il ne comprend

pas bien aujourd’hui mais qu’il découvrira probablement plus tard. Ce

constat d’impuissance, douloureux en soi, est tempéré par un autre constat

de la réalité : il y a les petits d’un côté, les grands de l’autre et, comme tout

enfant « grandit », il suffit d’attendre. « Tu verras plus tard ! » lui dit

l’adulte, et l’enfant se dit à lui-même : « Quand je serai grand. »

La latence, c’est essentiellement la reconnaissance et l’acceptation de la

différence des générations. C’est aussi une mise en demeure : celle de se taire et d’attendre. Comme toujours quand on attend, les distractions sont

les bienvenues, d’autant plus appréciées qu’elles donnent le sentiment de

s’approprier les objets des grands : savoir lire, compter, faire ceci ou cela,

etc. L’enfant plonge avec délice dans la connaissance du monde, plutôt

séduisant, à défaut d’avoir la réponse à ce qui le préoccupe au premier plan.

Mais il serait pour le moins naïf de croire que cet apparent silence sur le

« sexuel » traduit un quelconque désintérêt : période de silence ou

d’apparent mutisme plutôt que période de latence ! Ce n’est pas parce que

certains ordres monastiques interdisent de parler que les moines y sont

muets ou aphasiques ! En effet, s’il y a renoncement au moins partiel aux

désirs œdipiens (le constat de la différence des générations), il n’y a en

aucune façon renoncement à la curiosité des choses qui concernent le sexe

et encore moins à l’envie d’obtenir de son corps du plaisir : l’une comme

l’autre n’ont aucun terme spontané et l’enfant protégé par son impuissance

orgasmique pourrait sans fin s’adonner à la curiosité sexuelle et aux plaisirs

autoérotiques libidineux. Qu’est-ce qui est donc susceptible de mettre un

frein aux activités de ce « petit pervers polymorphe » ?

Dans les décennies précédentes, la réprobation parentale et la

condamnation sociale portant à la fois sur les questions trop « intimes » et

sur les pratiques trop « maladives » aidaient vigoureusement le surmoi dans

son activité de refoulement. La désignation coupable et l’opprobre général

sur la sexualité par les adultes faisaient comprendre ou sentir à l’enfant

qu’il devait soigneusement cacher tout ce qui s’en approchait. Cela

occasionnait de solides points de fixation névrotique (culpabilité en regard

de la curiosité et des désirs voyeuristes, inquiétude par rapport aux

pratiques masturbatoires et à leurs équivalents) mais favorisait dans les

bons cas un déplacement vers d’autres curiosités et une sublimation bien

étayée. Un « roman familial » un peu envahissant, une rêverie parfois

compulsionnelle, une résurgence phobique, une propension répétée au

masochisme, une conduite isolée comme une énurésie rebelle, tout cela

pouvait traduire le contre-investissement symptomatique et défensif d’une

culpabilité difficile à refouler, mais laissait le champ relativement libre aux

activités sublimatoires proposées en échange par les parents et la société.

Cependant, cet interdit social, relayé par une vigoureuse réprobation

parentale, renforçait l’illusion de la « latence », comme si rien de sexuel ne se passait entre cinq-six ans et onze-douze ans ! Il n’est pas interdit de

penser qu’il existait entre le fonctionnement psychique correspondant à cet

âge et la pudibonderie sociale une connivence favorisant massivement le

refoulement et par conséquent la névrose. Les dangers du sexuel

nécessitaient une maison bien… close… et les névroses d’adultes les plus

graves y trouvaient un fondement solidement cadenassé.

Il est pour le moins difficile d’ignorer les transformations majeures dans

l’éducation des enfants au cours des récentes décennies ! La première, et de

loin la plus importante, est le succès paradoxal de la psychanalyse :

l’inconscient et les « pulsions » font de nos jours partie du patrimoine

collectif. Chacun revendique à sa façon le droit de ses pulsions : il y a droit,

et au pire ses pulsions sont son droit. Le constat est valable aussi bien pour

les adultes que pour les enfants : ils ont eux aussi droit à leurs pulsions !

Désormais l’inconscient est en position de revendication victimaire et non

plus d’ennemi détestable.

La deuxième, en lien avec la précédente, est le fantasme de transparence :

la connaissance de l’inconscient se confond facilement avec l’illusion de

pouvoir tout savoir de l’inconscient. Une transparence absolue qui

permettrait à l’être humain de tout connaître de lui-même et de tout savoir

de la société : l’ignorance d’un côté, le caché/refoulé de l’autre sont

devenus l’ignominie majeure désignée par l’individu contemporain.

La troisième, conséquences des deux autres, concerne le discours social

sur le sexe : il y est intronisé, chacun, enfant compris, ayant « droit à sa

sexualité ». Aussi la part énigmatique de la sexualité doit-elle être dévoilée,

d’où le succès de sa composante scopique. Dans notre société, voir et

savoir, savoir et connaître ne semblent plus différenciables, peut-être grâce

à, ou à cause de, la technologie envahissante de l’image (photo numérique

instantanée, film internet effaçant la différence privé/public, télé-vision et

omni-vision, etc.).

Pour faire bonne mesure, ajoutons que nos sociétés contemporaines sont

pressées, l’urgence devient leur mode de fonctionnement favori, supporter

la frustration et s’installer dans l’attente ne sont plus des valeurs ni

reconnues ni positives. Et à ces changements dans les valeurs culturelles, il

faut ajouter les changements dans le statut de l’enfance et peut-être plus

encore de l’enfant lui-même. L’« enfant chef de la famille » et l’autorité de l’infantile transforment, on l’a vu, cet enfant en pourvoyeur des besoins

d’affection des adultes, ce qui participe à l’estompage de la différence des

générations : le sexuel n’est hélas pas tout l’affectif, d’autant que le sexuel

est une affaire d’instant alors que l’affection touche à la durée, ce que tout

parent attend de son enfant. La demande affective récurrente des parents à

l’égard de leur progéniture (« Je t’aime, mon chéri… dis-moi, tu

m’aimes ? ») impose un contre-investissement social protecteur : les enfants

deviennent « intouchables » dans toutes les acceptions possibles.

Tout concourt donc à faire de ce qu’on nommait jadis la « période de

latence » un comble de paradoxalité. Plus que jamais, au nom de sa

protection, l’enfant doit être exclu de la sexualité active des adultes, mais il

est plongé comme il ne l’a peut-être jamais été dans l’exposition sexuelle

(une récente exposition parisienne sur le « zizi sexuel » a rencontré un vif

succès). Aujourd’hui sa curiosité (sexuelle) est plus en menace d’être

saturée que d’être inassouvie, mais avec l’écrasante pesée de l’image,

laquelle est supposée pouvoir donner la clef de l’énigme. Les scènes

pornographiques viennent confirmer les théories sexuelles infantiles :

conception orale et fellation, conception anale et sodomie, violences

sexuelles et fustigation, rencontres tout à fait conformes à l’imaginaire de

l’enfant qui de surcroît peut facilement mettre des éprouvés physiologiques

sur ces « rencontres » alors que celle d’un pénis et d’un vagin lui reste

énigmatique.

 

Curiosités réciproques

 

Enfance et sexualité exercent l’une sur l’autre une attraction mutuelle, un

puissant effet de séduction réciproque. Du côté de l’enfance, tant que

l’individu n’a pas accédé à la sexualité génitale, il y aura toujours un reste

énigmatique qui échappe à sa compréhension. Qu’on lui raconte que les

enfants naissent dans les choux ou sont déposés dans la cheminée, qu’on lui

explique que le papa dépose la « petite graine » dans le ventre de la maman

ou même qu’on lui précise, dessins à l’appui, que le « zizi de papa va dans

la fente de maman », il restera toujours pour l’enfant une part d’énigme

dans cette affaire : la sexualité ne peut pas s’apprendre d’un autre, elle ne peut que s’apprendre par soi-même avec un autre. C’est son paradoxe

absolu !

Mais pour l’enfant ce reste énigmatique exerce un puissant effet de

séduction : il aimerait bien savoir. Aussi n’est-il jamais complètement

satisfait des explications que peut lui donner l’adulte, explications qui, plus

elles se font précises et anatomiques, plus elles finissent par exciter l’enfant,

par brouiller son esprit et finalement le laisser perplexe. Car la sexualité

génitale n’est pas seulement une affaire de reproduction (comment faire les

enfants), elle est aussi une affaire de désir, de jouissance et d’orgasme, ce

« reste » qui précisément lui échappe. Devant cette frustration, soit l’enfant

cesse de poser des questions, soit il persiste, mais l’adulte en arrive alors

toujours à cette déclaration rituelle : « Tu verras cela quand tu seras plus

grand. » Ponctuation heureuse qui invite l’enfant à attendre et à détourner

son intérêt sur d’autres choses, à « sublimer » cette curiosité en désir de

connaissances diverses. Il est donc essentiel pour l’enfant que l’adulte sache

poser une limite, laquelle certes peut varier selon les époques, les cultures

ou les croyances, mais reste indispensable et le protège.

Sur l’adulte, cette curiosité sexuelle de l’enfant peut, hélas, exercer un

puissant effet de séduction, effet d’autant plus puissant que cet adulte ne se

sent pas épanoui dans sa propre sexualité, continue d’éprouver un sentiment

de frustration ou d’incapacité. Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, le

propre de ce qu’on nomme la « sexualité infantile » est d’appartenir à

l’enfant dans sa singularité : la masturbation (le plaisir d’organe) et la

curiosité sexuelle sont « toutes à lui » et n’imposent pas la rencontre d’un

autre ni son bon vouloir. Cette dimension solipsiste de la sexualité infantile

est susceptible d’exercer un effet d’attirance chez un adulte qui ne parvient

pas à un minimum de partage satisfaisant avec un autre. Nombre de

pédophiles avancent comme justification à leur comportement le fait que

l’enfant s’est montré curieux… Mais si eux-mêmes n’ont ni pu ni su

respecter la limite que nous venons d’évoquer dans le paragraphe précédent,

c’est précisément parce qu’ils sont dévorés par une curiosité insatiable

concernant cette « sexualité infantile », temps d’une sexualité heureuse

définitivement perdue pour eux ! Le surgissement de la sexualité génitale

impose à l’individu de renoncer à cette « toute-puissance » infantile laquelle

continue parfois de fasciner et de séduire ceux qui n’ont pu y renoncer…

Notes

 

99. Le récent ouvrage de W. Pasini en est un exemple type : Les Armes de la séduction, Paris, Odile

Jacob, 2011.

100 . De la séduction, op. cit.

101 . Tome LXXII, no 3, 2008.

102 . Voir « Graf Herbert (le petit Hans) », in E. Roudinesco, M. Plon, Dictionnaire de la

psychanalyse, op. cit.. Notons que des intrications de ce genre n’étaient pas exceptionnelles du temps

des pionniers de la psychanalyse au début des années 1900.

103 . Celles des ambiguïtés sexuelles en particulier.

104 . S. Freud, « Les théories sexuelles infantiles » (1908), in La Vie sexuelle, op. cit., p. 19.

105 . S. Freud, « Quelques conséquences de la différence anatomique entre les sexes », ibid., p.127.

106 . On comprend aisément que celui qui ne partage pas la même croyance puisse rapidement

devenir lui-même un danger potentiel, un persécuteur nuisible, un ennemi à supprimer !

107 . Voir chapitre 3.

108 . Voir sur ce thème notre ouvrage avec N. Catheline, Ces adolescents qui évitent de penser. Pour

une théorie du soin avec médiation, Toulouse, Érès, 2010.

109 . Voir chapitre 2.

110. Voir Ces adolescents qui évitent de penser, op. cit.

111 . Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, tome 1, p. 1124.

112. Sigmund Freud, « On bat un enfant », in Revue française de psychanalyse, tome VI, no 3-4,

Paris, Denoël et Steele, 1933, p. 274-297.

113. Quelques enfants, plus d’ailleurs des filles que des garçons, connaissent peut-être l’équivalent

d’un orgasme mais reconnaissons que c’est loin d’être le lot commun…

 

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