Le règne de la séduction
8. Qu’y a-t-il de séducteur dans la sexualité infantile ?
8.
Qu’y a-t-il de séducteur dans la sexualité
infantile ?
Séduction et sexualité se tiennent par la main, oserons-nous dire ! Dès
l’invention de la sexualité, soit la nécessité pour un organisme vivant d’en
passer par la rencontre avec un autre de la même espèce pour se reproduire,
la question d’une attirance de l’un par l’autre devient primordiale : s’il n’y a
pas de rencontre, il n’y a pas de sexualité, pas de reproduction, pas de
pérennité de l’espèce ! La séduction n’est certainement pas une spécificité
de l’espèce humaine même si, accordons-leur cela, les humains ont donné
au processus de la séduction une ampleur d’une subtilité et d’une
complexité remarquables, débordant largement le seul domaine de la
sexualité. Mais la séduction reste le point de départ, d’amorçage de cette
chaîne aboutissant à la reproduction de l’espèce.
Une sexualité infantile ?
Aussi, l’immense majorité des ouvrages qui traitent de la séduction
tournent plus ou moins directement autour de la sexualité, proposant
souvent le catalogue des multiples manœuvres propices au rapprochement
d’un homme et d’une femme, de deux hommes ou de deux femmes, etc.99.
Plus difficiles et plus ambitieux, quelques ouvrages cherchent, au-delà de la
sexualité, à poser la séduction comme un principe, une sorte d’essence
antérieure à la sexualité proprement dite, une caractéristique structurelle en
quelque sorte. Dans une telle perspective, la séduction n’est plus un
principe qui opère entre deux individus, mais un principe qui appartient à
une catégorie, par exemple celle du féminin – c’est ce que cherche à développer, nous l’avons déjà évoqué au chapitre 1, l’ouvrage de Jean
Baudrillard 100, position qui en assimilant la séduction à la catégorie du
féminin nous paraît contestable mais qui pose de façon pertinente le
problème pour ce qui nous concerne ici.
En effet, quand la séduction opère entre un enfant et un adulte, doit-on
considérer la séduction comme un principe d’interaction entre deux
individus ou au contraire doit-on la considérer comme appartenant à une
catégorie, ici celle de l’adulte seulement ? La seconde proposition a
l’avantage de maintenir l’enfant dans le paradis de l’innocence, mais elle
fait fi de ce qu’on nomme couramment la « sexualité infantile ».
La première proposition apparaît scandaleuse, d’autant plus scandaleuse
que pendant longtemps les adultes commettant des actes sexuellement
répréhensibles sur des mineurs ont mis en avant l’attitude de l’enfant
comme justification de leurs actes ! La « sexualité infantile » n’est pas le
symétrique complémentaire de celle qui est impliquée entre deux adultes
sur le modèle de la sexualité « complémentaire » entre une femme et un
homme ou de la sexualité entre deux adultes de même sexe dont la place
sociale est précisément symétrique. L’enfant n’est ni le complément ni le
symétrique de l’adulte ! Parler de séduction et de sexualité infantile
introduit une asymétrie dont il faut tenir compte. Précisons donc que nous
essayons ici de dégager ce qui caractérise le rapport de séduction entre
l’enfant porteur d’une sexualité infantile et l’adulte, avec sa sexualité
d’adulte. Nous n’aborderons pas la question des abus sexuels d’un adulte
sur un enfant. Sans méconnaître cette douloureuse problématique, cette
question sort néanmoins du strict cadre de nos propos. Nous ambitionnons
ici de nous centrer sur ce qui, entre un adulte et un enfant « fait séduction »,
avec en arrière-plan le problème de la sexualité infantile.
Depuis Freud, la « sexualité infantile » est une affaire bien connue du
public cultivé, sexualité dont la réalité paraît confirmée chaque jour au
cours du déroulement des cures psychanalytiques de patients adultes. Car
cette sexualité infantile enferme souvent l’adulte dans sa névrose, ses
troubles limites ou narcissiques, et il semble incapable de s’en dégager.
Mais précisément dans ces cures d’adultes, la sexualité infantile est une
histoire refoulée d’enfance ou plus exactement l’histoire d’un refoulement
(ou d’un clivage) d’une partie de l’histoire infantile qui n’a pu être élaborée, transformée, surmontée. Ce n’est pas une réalité d’enfant. D’ailleurs dans
une récente parution de la 101 Revue française de psychanalyse on préfère
parler de « sexuel infantile » pour traiter de ce qui fait conflit sexuel dans la
cure d’adultes plutôt que de s’en référer à la « sexualité », qu’elle soit
« infantile » ou « de l’enfant ».
« Mais c’est oublier le petit Hans ! » s’indigne le lecteur cultivé. Drôle
d’histoire que celle de ce petit garçon de cinq ans, racontée par un père
complaisant si heureux d’offrir à Freud une histoire clinique exemplaire,
celle de son fils, comme brillante confirmation des théories de son maître ;
drôle d’histoire, celle d’une « maladie », le trouble phobique, qui envahit
l’enfant ; drôle d’histoire, celle d’un modèle, le conflit œdipien et la
névrose infantile ; c’est aussi l’histoire familiale d’une naissance, celle
d’une petite sœur ; l’histoire d’une éducation où la mère menace son fils de
lui couper son « fait-pipi » s’il continue d’y toucher. C’est enfin l’histoire
silencieuse de multiples transferts emboîtés comme autant de poupées
russes : celui de Freud et de la mère de l’enfant en analyse avec ce dernier ;
celui d’un fils « analysé » par son père ; celui qui se noue nécessairement
entre le disciple, le père de Hans, et « le professeur », Freud ; celui de
familles qui se connaissent et se fréquentent 102 ! L’éblouissante luminosité
du cas a certes dévoilé la « sexualité infantile » et, de ce point de vue,
« l’histoire du petit Hans » conserve toute sa pertinence. Mais est-ce pour
autant l’histoire de la « sexualité d’un enfant » ? Ne serait-ce pas plutôt
l’histoire du « sexuel infantile » de la psychanalyse, une histoire où
s’enchevêtrent, s’emboîtent et se mêlent toute une série de conflits,
individuels, familiaux, développementaux, structurels, éducatifs, culturels ?
Nombre de psychanalystes contemporains s’interrogent ainsi sur la
pertinence de la notion de « sexualité de l’enfant ». N’y a-t-il pas là un abus
de langage ? Certes, mis à part quelques exceptions 103, l’enfant se voit
attribuer dès sa naissance un sexe et ses parents font en sorte qu’il se
comporte ensuite selon l’usage propre à ce sexe : en ce sens, effectivement,
il y a répartition sexuelle des rôles, y compris dans l’enfance. Certes une
petite fille telle que Carmen, que nous avons rencontrée au chapitre 2, ne se
prive pas de jouer avec son « fait-pipi » pour y découvrir une étrange
sensation que d’ailleurs, fait social et culturel nouveau, elle relate sans gêne à sa mère. Certes, un garçon de cinq ans est souvent très amoureux d’une
fille du même âge (et réciproquement) : je me souviens d’un de mes fils à
cet âge, garçon plutôt remuant, capable de rester immobile de longues
minutes le pied tendu pendant que son « amoureuse » apprenait à faire les
nœuds de lacets sur ses chaussures. Il était déjà transi d’amour ! Mais de
quelle nature est cet amour : sexuel, érotique, libidinal ? Là est la question.
La sexualité infantile ressemble de nos jours à une caverne d’Ali Baba où
chaque adulte rêve de trouver la réponse à l’énigme de sa propre sexualité
(d’adulte), une sexualité pas toujours satisfaisante, parfois même ressentie
comme une contrainte qui impose une inexorable finitude à des désirs
d’infinie jouissance. Dès que sa sexualité devient insatisfaisante, ce même
adulte a tendance à faire de tout ce qui avait trait au « sexuel de son
enfance » un paradis perdu ! Pourquoi cette fascination ? Parce que l’enfant,
libre de la contrainte liée à l’assouvissement génital, peut s’adonner sans
retenue ni crainte à la curiosité du sexuel et au plaisir autoérotique : il n’y a
apparemment pas de mal à ça. À condition toutefois qu’on ne le menace pas
trop d’une punition, celle de lui « couper son fait-pipi » !
Alors, que met-on d’ordinaire sous le terme « sexualité infantile » ou
même « sexualité de l’enfant », en acceptant dans un premier temps ces
deux expressions comme équivalentes ? Deux composantes évoluent
parallèlement pendant toute l’enfance, l’une essentiellement psychique, la
curiosité sexuelle, l’autre essentiellement somatique, le plaisir d’organe.
La curiosité sexuelle
La toute première curiosité sexuelle concerne la différence anatomique
des sexes. Dès la fin de la deuxième année, le jeune enfant se montre très
curieux de cette « anomalie » : alors même qu’il vient juste de prendre
conscience de son corps propre, voilà que ses yeux tombent sur cette
différence. La petite fille est surprise de constater que le grand frère, le petit
cousin ou papa ont entre les jambes un drôle d’appendice qu’elle-même ne
semble pas posséder. Quant au petit garçon, il est contraint de voir que tout
le monde n’est pas doté du même zizi que lui : où est-il donc passé ?
Il faut bien comprendre que cette perception arrive précisément au
moment où l’image du corps commence à accéder à une relative unité, et qu’elle la fragilise. Si tous les corps ne sont pas identiques, alors pourquoi
le mien est ainsi fait ? Ne pourrait-il pas être autrement ? Il y a là une
énigmatique fascination… Cette différence exerce donc une véritable
« séduction » sur la vision de l’enfant : ses yeux n’ont de cesse d’y revenir
et son regard, c’est-à-dire l’activité psychique accompagnant la vision, ne
cesse de le pousser ! Ce n’est pas le hasard qui conduit les petits enfants à
entrer dans la salle de bains, à aller presque sous la douche, à se pencher
pour mieux voir quand le parent de l’autre sexe, le frère ou la sœur y sont.
C’est en fait la puissance séductrice de cette vision qui attire l’œil du jeune
enfant, mi-curieux, mi-inquiet, et stimule ses réflexions, ses songes, ses
fantaisies.
Freud fait de la vue des organes génitaux et de la différence anatomique
des sexes le modèle de la pulsion et l’aiguillon du complexe d’Œdipe.
Pourquoi cet aiguillon ? Parce qu’il y a de la violence dans cette perception,
violence qui contraint le jeune enfant à ériger une théorie susceptible de la
contenir : « Quand le petit garçon voit les parties génitales d’une petite
sœur, ses propos montrent que son préjugé est déjà assez fort pour faire
violence à la perception 104. » Devant l’énigme de cette vision violente, il
faut ériger une solide barrière. Le psychisme pousse : il se met au travail et
cherche à effacer cette anomalie : « Quand le petit garçon aperçoit la région
génitale de la petite fille… il ne voit rien ou bien par ce déni il atténue sa
perception, cherche des informations qui permettent de l’accorder à ce qu’il
espère 105. » La perception énigmatique et traumatique de la différence des
sexes fascine l’œil et le persécute. Pour le rassurer le psychisme se met à
l’œuvre et fabrique une théorie séduisante, fût-elle fausse, peu importe !
L’important est d’y croire et de s’en rassurer : c’est la fonction de toute
croyance et l’essence du travail psychique 106.
Bien sûr, le destin évolutif de cette construction théorique initiale diffère
chez le garçon et chez la fille. Le garçon effectivement « ne voit rien » et ce
rien énigmatique le pousse au déni (« Non, il n’y a pas rien, il y a quelque
chose ») ou à des théories défensives dont il n’est jamais complètement
dupe : il y aura toujours pour un homme une énigme entre les jambes d’une
femme. La fille de son côté voit quelque chose et ce quelque chose
l’intrigue : il y a toujours pour une femme un désir de possession de la chose. Aussi pour le premier, l’effroi de ce voir éveille la peur de ce
manque et la crainte de la castration tandis que chez la fille la surprise de
cette vision éveille l’envie du pénis. L’histoire ultérieure de chaque enfant
maintiendra intacts ces premiers émois, les transformera en leur contraire
ou les colorera d’ambivalence : la sexualité humaine a plus d’un tour dans
son sac !
Ainsi, au moment où l’enfant accède à l’idée d’une unité de lui-même, au
moment où il commence à se représenter lui-même en accédant au « je »,
brusquement son regard tombe sur le constat d’une différence anatomique
des sexes qui vient menacer ce sentiment encore fragile d’unité, sentiment
qui, à ce stade du développement, est encore dépendant de ce que le regard
de l’autre lui procure. Cette réalité nouvelle assaille son regard, soulève une
énigme et attire sa vision qui se focalise dessus : quel est le sens de cette
différence dans l’autre ? Comment peut-il arriver à « réaliser » cette
différence – ce qui, en rebond, questionne sa propre image. C’est pourquoi
la différence des sexes condense tous les fantasmes liés à l’altérité et sa
vision ouvre aux « réalisations » des divers scénarios fantasmatiques. Face
à la réalité de la vision, l’œil cherche à voir pour mieux réaliser ce qu’il a
vu, pour que l’objet de cette vision puisse combler le regard107, l’apaiser
par la médiation, véritable activité transitionnelle, du travail psychique de
réalisation/transformation 108 : malheureusement ce qui saute aux yeux ne
fait qu’accroître l’insaisissable, le mystère, la puissance séductrice de cette
énigme. L’imaginaire de l’enfant se met au travail et « fabrique » des
théories susceptibles d’y répondre au moins partiellement et
temporairement.
Cette curiosité se focalise rapidement sur ce qu’on nomme la scène
primitive : que font ensemble papa et maman dans la chambre ? Comment
fait-on les enfants : par la bouche, en ouvrant le ventre, par l’anus… Mais, à
côté de cette curiosité concernant la sexualité des adultes en général, des
parents en particulier, l’enfant déploie une curiosité dans des secteurs qui
s’en rapprochent. Le fantasme des origines mobilise la curiosité de l’enfant
sur l’origine du monde et de la vie : d’où viennent les enfants, d’où
viennent les êtres humains, comment le monde a commencé, pourquoi les
dinosaures ont disparu ? Quant au fantasme de séduction, il imprègne le
mouvement de curiosité pour tout ce qui a trait aux relations d’amour : mes parents s’aiment-ils vraiment ? Qu’est-ce que mon père/ma mère peut bien
trouver à ma mère/mon père ? Est-ce que ce sont bien mes vrais parents ?
N’y a-t-il pas quelque part d’autres parents plus merveilleux qui
m’aimeraient sans jamais me frustrer et que j’aimerais sans la moindre
ambivalence, des parents qui ne m’auraient fait ni frères ni sœurs/ne
m’auraient pas laissé enfant triste d’être unique…
Toutefois, si par l’œil collé au trou de la serrure ou grâce à l’oreille
tendue, l’enfant peut entrevoir et entre-ouïr quelques fragments de la
sexualité de ses parents, l’énigme reste le plus souvent entière… pendant un
certain temps. Il lui faut patienter. Il imagine alors devenir grand et prendre
la place de celui auquel il ressemble le plus : la curiosité sexuelle l’installe
sur le char d’Œdipe.
Le plaisir autoérotique
L’autre composante de la sexualité infantile concerne le plaisir d’organe
et le concept d’étayage. Le fonctionnement du corps apporte une
satisfaction directe (boire du lait puis manger, faire pipi ou caca, s’entendre
vagir, crier puis parler) ou indirecte (téter sa langue, se frotter le nez), voire
détournée et perverse (se retenir et refuser de « faire » des selles, tirer sur
ses cheveux, se cogner la tête, etc.) sans oublier bien sûr le « plaisir du
sexe » car les organes sexuels sont richement innervés. Le contact de la
main sur le sexe provoque une stimulation plaisante quel que soit l’âge…
Mais d’une façon générale, concernant le plaisir pris avec le corps,
l’essentiel est d’admettre qu’un corps en action vaut mieux qu’un corps
inerte, qu’une sensation quelconque vaut mieux qu’une absence de
sensation. Le corps réclame une « excitation » et attire à lui la main de
l’enfant (pouce dans la bouche, main sur le sexe…). Très tôt, le jeune
enfant, garçon comme fille, découvre que des stimulations dans la zone des
organes sexuels (se caresser le sexe mais aussi serrer ou frotter ses cuisses
l’une contre l’autre…) apportent des sensations intenses et plaisantes.
Carmen en est un exemple tout à fait banal109.
Il est classique de dire que ce plaisir d’organe prend appui sur les
premières interactions et les premiers apports extérieurs, en particulier
alimentaires : en nourrissant son jeune enfant, la mère non seulement satisfait un besoin, la faim, mais elle lui offre aussi une « prime de plaisir »,
celle que le fait de téter apporte en lui-même. Rapidement le bébé découvre
qu’il peut prendre ce plaisir tout seul, en tétant sa langue d’abord (les
mouvements de succion spontanée qui existent même quand le bébé est
rassasié) puis en mettant son doigt en bouche. Très tôt dans ses écrits, Freud
a proposé cette conception classique de l’étayage : le plaisir en général, le
plaisir sexuel en particulier, s’étaye sur la satisfaction d’un besoin
physiologique, il en constitue un détournement, une sorte de « déviation
perverse ». C’est ce qui le conduira à décrire le jeune enfant comme un
« pervers polymorphe », un petit pervers qui n’aurait pas encore « choisi »
sa perversion.
Mais je serai tenté de remettre en cause cette notion d’étayage du plaisir,
des pulsions et du fonctionnement psychique sur la satisfaction primaire
d’un besoin physiologique110. En effet, le « plaisir » pris au fonctionnement
du corps ne pourrait-il pas précéder la satisfaction liée à l’apaisement du
besoin physiologique : ne voit-on pas sur les échographies de fœtus des
pouces en bouche ? D’une certaine façon, la faim et les modalités de sa
satisfaction forment un modèle privilégié qui par son apparente évidence
tend à masquer l’en-deçà de cette interaction ! Car, en concentrant son
regard sur le sein de la mère et la bouche du bébé (le fameux complexe
mamelon/bouche), l’observateur méconnaît un élément essentiel à la
relation : l’échange de regards mère/bébé qui accompagne ce moment
privilégié. Ce croisement des regards au cours de l’alimentation apporte à
l’enfant une expérience de base : la satisfaction provient d’un autre. Alors
que son corps aurait tendance à lui montrer que sa bouche ou sa main seule
pourrait suffire.
Quand un adulte nourrit un bébé, régulièrement il pose son regard dans
celui du bébé, répond aux regards du bébé, laisse le bébé se reposer quand il
ferme les yeux puis reprend cet engagement visuel. Ce faisant, cet adulte, le
plus souvent la mère, mais pas obligatoirement ni uniquement celle-ci,
instille, insuffle, transfuse quelque chose au bébé qui va bien au-delà de la
nourriture ingérée. L’adulte instille des gouttelettes d’altérité dans le regard
de ce bébé, lui insuffle le souffle de l’esprit, cet étrange organe qui se
trouve à la jonction des deux partenaires, transfuse des fragments de sa
propre subjectivité. Le bébé ne se nourrit pas que de lait, il se nourrit aussi de ces regards, faisant de cette situation d’allaitement le prototype d’une
expérience de plénitude, celle d’une satisfaction physiologique corporelle
associée à une satisfaction psychique partagée.
Ce double ancrage simultané permet que la relation à l’autre trouve une
place par rapport à la force du plaisir solitaire, celui que le jeune enfant peut
s’octroyer en se stimulant tout seul. Mais pour que le plaisir pris dans la
relation se substitue au plaisir solitaire, il faut que la satisfaction du besoin
(alimentaire d’abord, de tout ordre ensuite) préserve le narcissisme de
l’enfant, c’est-à-dire l’illusion d’en être l’auteur. Paradoxe absolu que
Winnicott avait parfaitement souligné en déclarant que la mère (ou la
personne qui s’occupe de l’enfant) devait apporter l’objet (le sein, le
biberon) juste au moment où le bébé commençait à en éprouver le besoin,
ni trop tôt (alors que le besoin n’existe pas encore, ce qui prive l’enfant de
l’expérience d’un besoin puis d’une satisfaction), ni trop tard (ce qui peut
conduire l’enfant à se désorganiser sous le coup de la voracité et de la rage
et le prive de la possibilité de faire une bonne expérience d’apaisement).
Quand l’objet arrive ainsi au bon moment, le bébé ne ressent pas les effets
d’une dépendance douloureuse. Dans le cas contraire, la stimulation
solitaire maintient le sentiment d’existence et préserve l’illusion
narcissique. Ce plaisir d’organe ne peut mieux être décrit que par l’adjectif
ancien « libidineux », terme qui désignait celui qui suit ses désirs, de lubere
« avoir envie de… », et dans sa forme impersonnelle lubet (lubie), « il me
plaît de… 111 » Il plaît au corps que la main le caresse !
Mais ce faisant cet enfant libidineux peut développer le sentiment qu’il
prend la place du parent et que celui-ci pourrait l’abandonner, ne pas
revenir… Sucer son pouce est bien plaisant mais aussi bien menaçant ! Que
dire si de surcroît des menaces réelles accompagnent ce plaisir solitaire ?
Deux composantes parallèles
Ainsi, ce qu’on nomme couramment la « sexualité de l’enfant » est un
mixte de ces deux grandes composantes que sont d’un côté la curiosité
sexuelle (en englobant sous ce terme non seulement la curiosité sexuelle
proprement dite, mais aussi les théories sexuelles infantiles, le fantasme des
origines et celui de séduction) et de l’autre le plaisir d’organe. Mais, si l’on voulait être très rigoureux, il serait plus exact de dire : la curiosité sur la
différence des sexes et l’activité de reproduction des adultes d’un côté ; le
plaisir pris à la manipulation active du corps de l’autre – ce qu’on pourrait
plus justement résumer par l’« activité libidinale de l’enfant ».
Fait essentiel : ces deux composantes vont évoluer pendant la quasi-
totalité de l’enfance indépendamment l’une de l’autre. Cette disjonction
caractérise la « sexualité infantile » jusqu’à l’apparition de la puberté.
L’enfant est curieux de la sexualité mais il ne construit pas véritablement de
« scénario sexuel », fait de fantasmes sexuels où il serait l’acteur du
scénario. La fantaisie la plus proche qu’on puisse retrouver chez un enfant a
été décrite par Freud dans le fantasme « On bat un enfant 112 » : finalement,
la vue d’un père qui bat un frère ou une sœur semble constituer une scène
plus propice à ouvrir l’imaginaire d’un enfant que celle d’avoir devant ses
yeux deux adultes ayant des relations sexuelles. Dans la scène dite de
fustigation, l’enfant s’imagine aisément être un acteur (plus volontiers
passif d’ailleurs) du scénario, alors que, face au coït de deux adultes, il ne
semble pas développer si facilement que cela un scénario imaginaire, mais
beaucoup plus une compulsion à revoir cette scène fascinante et captivante
au sens où cette vision oculaire sidère l’activité psychique.
À côté de ce désir de voir, les activités autoérotiques et/ou
autostimulantes de l’enfant se distinguent de celles de l’individu pubère par
deux différences essentielles : elles ne paraissent pas être un support à
fantasmer ; elles ne débouchent pas sur un orgasme 113 et de ce fait n’ont pas
de fin possible autre que l’épuisement. On le sait, les activités
autostimulantes (termes ici préférables à autoérotiques) d’un enfant peuvent
ne pas avoir de limites au point de mettre sa vie en danger ! D’aucuns
appellent cela la toute-puissance infantile ! La maturité sexuelle et
l’accession à la génitalité vont précisément, par la surprise de l’orgasme,
lier entre elles ces deux composantes, scénario imaginaire et activité
d’organe, lien orgasmique qui d’une certaine manière constitue une entrave
pour la toute-jouissance de chacune de ces composantes dans leur
indépendance : elles se font de l’ombre l’une à l’autre, d’autant que
l’orgasme, véritable castration physiologique de la jouissance, vient y
mettre un terme au moins temporaire dans la relation sexuelle accomplie.
C’est probablement la raison pour laquelle nombre d’adultes semblent préférer la jouissance orgasmique fantasmatique d’un scénario imaginaire,
car celle-ci peut ne pas avoir de fin et, quand elle en a une, c’est par la
volonté, le choix et sous l’emprise du sujet lui-même : l’orgasme en
fantasme est « tout à soi » tandis que l’orgasme dans la relation sexuelle
doit non seulement se partager mais en outre « surgit » précisément au
moment où l’individu s’abandonne, renonce à la maîtrise…
C’est en ce sens que la « sexualité infantile » exerce un potentiel effet de
séduction chez tout adulte, cela d’autant plus que sa sexualité n’est pas
vraiment satisfaisante, au sens où le fait de dépendre d’un autre constitue
une blessure intolérable ou honteuse. Ainsi la sexualité de l’enfant n’est pas
un partage, elle est « toute à lui » mais avec cette réserve que curiosité
sexuelle au sens large et activité autoérotique restent disjointes l’une de
l’autre. Si l’enfant est secare, coupé, c’est au-dedans de lui-même et pas
encore de l’autre. C’est à cela qu’au sortir de la latence, l’adolescent doit
s’affronter en renonçant à la « toute-puissance infantile » d’une sexualité
solitaire.
La période de latence
Mais s’il est assez facile de désigner ce qui clôt la latence, il est moins
facile de repérer ce qui l’inaugure ! Au sortir de la période œdipienne,
l’enfant doit-il aussi renoncer ?
Et à quoi ? Renoncer à obtenir dès cet âge une réponse à l’énigme que
représente la sexualité de ses parents et des adultes en général, lesquels
restent silencieux ou ne donnent que des réponses évasives pas vraiment
satisfaisantes ? L’enfant en conclut qu’il est trop petit pour satisfaire l’un de
ses parents, trop faible pour entrer en guerre avec l’autre et qu’il y a, malgré
toutes les explications des adultes, un reste énigmatique qu’il ne comprend
pas bien aujourd’hui mais qu’il découvrira probablement plus tard. Ce
constat d’impuissance, douloureux en soi, est tempéré par un autre constat
de la réalité : il y a les petits d’un côté, les grands de l’autre et, comme tout
enfant « grandit », il suffit d’attendre. « Tu verras plus tard ! » lui dit
l’adulte, et l’enfant se dit à lui-même : « Quand je serai grand. »
La latence, c’est essentiellement la reconnaissance et l’acceptation de la
différence des générations. C’est aussi une mise en demeure : celle de se taire et d’attendre. Comme toujours quand on attend, les distractions sont
les bienvenues, d’autant plus appréciées qu’elles donnent le sentiment de
s’approprier les objets des grands : savoir lire, compter, faire ceci ou cela,
etc. L’enfant plonge avec délice dans la connaissance du monde, plutôt
séduisant, à défaut d’avoir la réponse à ce qui le préoccupe au premier plan.
Mais il serait pour le moins naïf de croire que cet apparent silence sur le
« sexuel » traduit un quelconque désintérêt : période de silence ou
d’apparent mutisme plutôt que période de latence ! Ce n’est pas parce que
certains ordres monastiques interdisent de parler que les moines y sont
muets ou aphasiques ! En effet, s’il y a renoncement au moins partiel aux
désirs œdipiens (le constat de la différence des générations), il n’y a en
aucune façon renoncement à la curiosité des choses qui concernent le sexe
et encore moins à l’envie d’obtenir de son corps du plaisir : l’une comme
l’autre n’ont aucun terme spontané et l’enfant protégé par son impuissance
orgasmique pourrait sans fin s’adonner à la curiosité sexuelle et aux plaisirs
autoérotiques libidineux. Qu’est-ce qui est donc susceptible de mettre un
frein aux activités de ce « petit pervers polymorphe » ?
Dans les décennies précédentes, la réprobation parentale et la
condamnation sociale portant à la fois sur les questions trop « intimes » et
sur les pratiques trop « maladives » aidaient vigoureusement le surmoi dans
son activité de refoulement. La désignation coupable et l’opprobre général
sur la sexualité par les adultes faisaient comprendre ou sentir à l’enfant
qu’il devait soigneusement cacher tout ce qui s’en approchait. Cela
occasionnait de solides points de fixation névrotique (culpabilité en regard
de la curiosité et des désirs voyeuristes, inquiétude par rapport aux
pratiques masturbatoires et à leurs équivalents) mais favorisait dans les
bons cas un déplacement vers d’autres curiosités et une sublimation bien
étayée. Un « roman familial » un peu envahissant, une rêverie parfois
compulsionnelle, une résurgence phobique, une propension répétée au
masochisme, une conduite isolée comme une énurésie rebelle, tout cela
pouvait traduire le contre-investissement symptomatique et défensif d’une
culpabilité difficile à refouler, mais laissait le champ relativement libre aux
activités sublimatoires proposées en échange par les parents et la société.
Cependant, cet interdit social, relayé par une vigoureuse réprobation
parentale, renforçait l’illusion de la « latence », comme si rien de sexuel ne se passait entre cinq-six ans et onze-douze ans ! Il n’est pas interdit de
penser qu’il existait entre le fonctionnement psychique correspondant à cet
âge et la pudibonderie sociale une connivence favorisant massivement le
refoulement et par conséquent la névrose. Les dangers du sexuel
nécessitaient une maison bien… close… et les névroses d’adultes les plus
graves y trouvaient un fondement solidement cadenassé.
Il est pour le moins difficile d’ignorer les transformations majeures dans
l’éducation des enfants au cours des récentes décennies ! La première, et de
loin la plus importante, est le succès paradoxal de la psychanalyse :
l’inconscient et les « pulsions » font de nos jours partie du patrimoine
collectif. Chacun revendique à sa façon le droit de ses pulsions : il y a droit,
et au pire ses pulsions sont son droit. Le constat est valable aussi bien pour
les adultes que pour les enfants : ils ont eux aussi droit à leurs pulsions !
Désormais l’inconscient est en position de revendication victimaire et non
plus d’ennemi détestable.
La deuxième, en lien avec la précédente, est le fantasme de transparence :
la connaissance de l’inconscient se confond facilement avec l’illusion de
pouvoir tout savoir de l’inconscient. Une transparence absolue qui
permettrait à l’être humain de tout connaître de lui-même et de tout savoir
de la société : l’ignorance d’un côté, le caché/refoulé de l’autre sont
devenus l’ignominie majeure désignée par l’individu contemporain.
La troisième, conséquences des deux autres, concerne le discours social
sur le sexe : il y est intronisé, chacun, enfant compris, ayant « droit à sa
sexualité ». Aussi la part énigmatique de la sexualité doit-elle être dévoilée,
d’où le succès de sa composante scopique. Dans notre société, voir et
savoir, savoir et connaître ne semblent plus différenciables, peut-être grâce
à, ou à cause de, la technologie envahissante de l’image (photo numérique
instantanée, film internet effaçant la différence privé/public, télé-vision et
omni-vision, etc.).
Pour faire bonne mesure, ajoutons que nos sociétés contemporaines sont
pressées, l’urgence devient leur mode de fonctionnement favori, supporter
la frustration et s’installer dans l’attente ne sont plus des valeurs ni
reconnues ni positives. Et à ces changements dans les valeurs culturelles, il
faut ajouter les changements dans le statut de l’enfance et peut-être plus
encore de l’enfant lui-même. L’« enfant chef de la famille » et l’autorité de l’infantile transforment, on l’a vu, cet enfant en pourvoyeur des besoins
d’affection des adultes, ce qui participe à l’estompage de la différence des
générations : le sexuel n’est hélas pas tout l’affectif, d’autant que le sexuel
est une affaire d’instant alors que l’affection touche à la durée, ce que tout
parent attend de son enfant. La demande affective récurrente des parents à
l’égard de leur progéniture (« Je t’aime, mon chéri… dis-moi, tu
m’aimes ? ») impose un contre-investissement social protecteur : les enfants
deviennent « intouchables » dans toutes les acceptions possibles.
Tout concourt donc à faire de ce qu’on nommait jadis la « période de
latence » un comble de paradoxalité. Plus que jamais, au nom de sa
protection, l’enfant doit être exclu de la sexualité active des adultes, mais il
est plongé comme il ne l’a peut-être jamais été dans l’exposition sexuelle
(une récente exposition parisienne sur le « zizi sexuel » a rencontré un vif
succès). Aujourd’hui sa curiosité (sexuelle) est plus en menace d’être
saturée que d’être inassouvie, mais avec l’écrasante pesée de l’image,
laquelle est supposée pouvoir donner la clef de l’énigme. Les scènes
pornographiques viennent confirmer les théories sexuelles infantiles :
conception orale et fellation, conception anale et sodomie, violences
sexuelles et fustigation, rencontres tout à fait conformes à l’imaginaire de
l’enfant qui de surcroît peut facilement mettre des éprouvés physiologiques
sur ces « rencontres » alors que celle d’un pénis et d’un vagin lui reste
énigmatique.
Curiosités réciproques
Enfance et sexualité exercent l’une sur l’autre une attraction mutuelle, un
puissant effet de séduction réciproque. Du côté de l’enfance, tant que
l’individu n’a pas accédé à la sexualité génitale, il y aura toujours un reste
énigmatique qui échappe à sa compréhension. Qu’on lui raconte que les
enfants naissent dans les choux ou sont déposés dans la cheminée, qu’on lui
explique que le papa dépose la « petite graine » dans le ventre de la maman
ou même qu’on lui précise, dessins à l’appui, que le « zizi de papa va dans
la fente de maman », il restera toujours pour l’enfant une part d’énigme
dans cette affaire : la sexualité ne peut pas s’apprendre d’un autre, elle ne peut que s’apprendre par soi-même avec un autre. C’est son paradoxe
absolu !
Mais pour l’enfant ce reste énigmatique exerce un puissant effet de
séduction : il aimerait bien savoir. Aussi n’est-il jamais complètement
satisfait des explications que peut lui donner l’adulte, explications qui, plus
elles se font précises et anatomiques, plus elles finissent par exciter l’enfant,
par brouiller son esprit et finalement le laisser perplexe. Car la sexualité
génitale n’est pas seulement une affaire de reproduction (comment faire les
enfants), elle est aussi une affaire de désir, de jouissance et d’orgasme, ce
« reste » qui précisément lui échappe. Devant cette frustration, soit l’enfant
cesse de poser des questions, soit il persiste, mais l’adulte en arrive alors
toujours à cette déclaration rituelle : « Tu verras cela quand tu seras plus
grand. » Ponctuation heureuse qui invite l’enfant à attendre et à détourner
son intérêt sur d’autres choses, à « sublimer » cette curiosité en désir de
connaissances diverses. Il est donc essentiel pour l’enfant que l’adulte sache
poser une limite, laquelle certes peut varier selon les époques, les cultures
ou les croyances, mais reste indispensable et le protège.
Sur l’adulte, cette curiosité sexuelle de l’enfant peut, hélas, exercer un
puissant effet de séduction, effet d’autant plus puissant que cet adulte ne se
sent pas épanoui dans sa propre sexualité, continue d’éprouver un sentiment
de frustration ou d’incapacité. Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, le
propre de ce qu’on nomme la « sexualité infantile » est d’appartenir à
l’enfant dans sa singularité : la masturbation (le plaisir d’organe) et la
curiosité sexuelle sont « toutes à lui » et n’imposent pas la rencontre d’un
autre ni son bon vouloir. Cette dimension solipsiste de la sexualité infantile
est susceptible d’exercer un effet d’attirance chez un adulte qui ne parvient
pas à un minimum de partage satisfaisant avec un autre. Nombre de
pédophiles avancent comme justification à leur comportement le fait que
l’enfant s’est montré curieux… Mais si eux-mêmes n’ont ni pu ni su
respecter la limite que nous venons d’évoquer dans le paragraphe précédent,
c’est précisément parce qu’ils sont dévorés par une curiosité insatiable
concernant cette « sexualité infantile », temps d’une sexualité heureuse
définitivement perdue pour eux ! Le surgissement de la sexualité génitale
impose à l’individu de renoncer à cette « toute-puissance » infantile laquelle
continue parfois de fasciner et de séduire ceux qui n’ont pu y renoncer…
Notes
99. Le récent ouvrage de W. Pasini en est un exemple type : Les Armes de la séduction, Paris, Odile
Jacob, 2011.
100 . De la séduction, op. cit.
101 . Tome LXXII, no 3, 2008.
102 . Voir « Graf Herbert (le petit Hans) », in E. Roudinesco, M. Plon, Dictionnaire de la
psychanalyse, op. cit.. Notons que des intrications de ce genre n’étaient pas exceptionnelles du temps
des pionniers de la psychanalyse au début des années 1900.
103 . Celles des ambiguïtés sexuelles en particulier.
104 . S. Freud, « Les théories sexuelles infantiles » (1908), in La Vie sexuelle, op. cit., p. 19.
105 . S. Freud, « Quelques conséquences de la différence anatomique entre les sexes », ibid., p.127.
106 . On comprend aisément que celui qui ne partage pas la même croyance puisse rapidement
devenir lui-même un danger potentiel, un persécuteur nuisible, un ennemi à supprimer !
107 . Voir chapitre 3.
108 . Voir sur ce thème notre ouvrage avec N. Catheline, Ces adolescents qui évitent de penser. Pour
une théorie du soin avec médiation, Toulouse, Érès, 2010.
109 . Voir chapitre 2.
110. Voir Ces adolescents qui évitent de penser, op. cit.
111 . Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, tome 1, p. 1124.
112. Sigmund Freud, « On bat un enfant », in Revue française de psychanalyse, tome VI, no 3-4,
Paris, Denoël et Steele, 1933, p. 274-297.
113. Quelques enfants, plus d’ailleurs des filles que des garçons, connaissent peut-être l’équivalent
d’un orgasme mais reconnaissons que c’est loin d’être le lot commun…
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